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Full text of "Les teignes"

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LES TEIGNES 



£ 



L'ENSEMBLE DES OUVRAGES DE M. SABOURAUD 

SUR LES MALADIES DU CUIR CHEVELU 

Forme à ce jour 3 volumes. 

I. — Les Maladies séborrhéiques. - SÉBORRHÉE, ACNÉS, CALVITIE. Paris, 
1902. 1 vol. gr. in-8, avec 91 ligures en noir et en couleurs. . 10 IV. 

II. — Les Maladies desquamatives . — PITYRIASIS ET ALOPÉCIES PELLI- 
CULAIRES. Paris, 190i. 1 vol. gr. in-8, avec 122 figures dans le texte en 
noir et en couleurs 22 fr. 

III. — Les Maladies cryptogamiques. — LES TEIGNES. Paris, 1910. 1 vol. 
gr. in-8, avec 455 figures dans le texte et 28 planches hors texte. 



05054 — Imprimerie Laiiure, rue île Fleurus, 9, ;i Paris. 



^AM^ 



MALADIES DU CUIR CHEVELU 



III. — LES MALADIES CRYPTOGAMIQUES 



LES TEIGNES 



P A R 



Le docteur r. sabouraud 

Directeur du laboratoire municipal de la Ville de Paris à l'hôpital Saint-Louis 



AVEC 433 FIGURES ET 28 PLANCHES HORS TEXTE 



PARIS 

MASSON ET C ie , ÉDITEURS 

LIBRAIRES DE l'aCADÉMIE DE MÉDECINE 
120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN 

1910 



9/£ 



Tous droits de traduction et do reproduction réservés 
pour tous pays. 



DUKE 






■ 









AVANT-PROPOS 



Dans le plan général de l'ouvrage dont ce livre fait partie, 
l'histoire des Teignes, à laquelle il est consacré, ne devait être 
présentée que beaucoup plus tard. J'ai cru devoir l'écrire dès 
aujourd'hui. 

C'est que toute recherche scientifique passe par des alternatives 
d'activité et de sommeil, et l'étude des Teignes vient d'accomplir, 
dans les vingt années dernières, un immense progrès. Entre toutes 
les affections que la peau humaine peut présenter, les maladies 
de l'épiderme causées par des parasites cryptogamiques forment 
le groupe le plus clair et le mieux circonscrit. Or, les opinions 
de la Dermatologie ont évolué sur ce sujet. Il a été remanié 
de fond en comble, agrandi au delà de toute prévision. 

On croyaitconnaîtreles Teignes en 1890; elles étaient, en réalité, 
presque inconnues de tous points. On ne savait guère que leur 
existence ; cliniquement on n'avait fixé que leur symptomatique 
générale. Et leur thérapeutique était au moins, pour la plupart 
d'entre elles, à peu près illusoire. 

Avec les méthodes expérimentales, on a, depuis lors, repris 
leur étude par la base. Ainsi pouvons-nous écrire un livre qui 
n'aura presque rien de commun avec celui qu'on eût écrit sur le 
même sujet, il y a vingt ans. 

On ne peut assurément considérer comme clos ce chapitre de 
la Dermatologie, et supposer terminée l'étude expérimentale des 
Epidermatophytes. II n'en est pas moins utile pourtant de som- 
mer ce qu'on sait aujourd'hui des Teignes pour que les recher- 
ches à venir puissent s'appuyer dorénavant sur des faits dont il 
existe un exposé d'ensemble et une figuration explicite. 



X 



-0<^ 



En outre, les Teignes ont, en ces dernières années, trouvé un 
mode de traitement, à ce point supérieur aux méthodes théra- 
peutiques d'autrefois, qu'on peut considérer celles-ci comme 
périmées désormais. 

Depuis cinq ans, les Teignes sont devenues des maladies aisé- 
ment curables; les Rayons X ont fait cette merveille, et c'est 
l'un des progrès les plus certains qu'ait accompli, en ces 
dernières année;?, la Dermatologie tout entière. 

Toutes ces raisons montrent ce sujet comme ayant parcouru 
une étape dont il est nécessaire de fixer l'histoire, et c'est ce que 
ce livre a voulu faire. 

Paris, 1 er mars 1910. 

R, Sabouraud. 



LES TEIGNES 



RE-MI ÈRE PARTIE 
HISTORIQUE 



DÉFINITION DU MOT TEIGNE 

Au début d'une étude générale des teignes, la première chose à 
faire est de donner de ce mot une définition, or cela ne se peut faire 
sans raconter son histoire. 

C'est Bazin qui lui a donné le sens moderne qu'on lui attache au- 
jourd'hui universellement ('). Bazin a voulu qu'on réservât ce nom 
aux maladies des poils causées par des parasites végétaux, mais avant 
de revêtir cette acception précise, ce mot en avait eu beaucoup 
d'autres, moins distinctes. Tous les vieux mots ont ainsi changé; de 
sens au cours des âges. Le mot teigne, qui est très vieux, n'a pas 
échappé à cette règle (*). 

Il est né au cours de la décadence latine. Après avoir nommé, sous 
la plume d'Horace, les insectes qui rongent les laines et les livres, il 
en est venu peu à peu à désigner les poux et toutes sortes de vermine, 
enfin toutes les maladies sordides du cuir chevelu ( 3 ). 

( 1 ) C'est dans ses Recherches sur la nature* et le traitement des teignes (1855. 
p. Il) que Bazin, répondant à la question : Doit-on supprimer le mot teigne? 
écrit : <- Je pense qu'il y a de l'avantage à garder t ce mot, comme expression 
générique, pour désigner tout un ordre d'affections contagieuses, propres au 
système pileux.... Je définirai la teigne : une affection des poils, produite ou 
entretenue par la présence d'un végétal parasite. » 

( 2 ) J'ai donné ses origines premières dans le second volume de cet ouvrage : 
Les maladies desquamatives : Pityriasis et alopécies pelliculaires, Masson et C'°, 
1904, p. 8. 

( 3 ) C'est en ce sens que l'emploie l'évêque Fortunat, qui vivait à la cour du 
roi Sigebert, à Cologne, au vi e siècle. Fortunali opéra omnia, 1786, t. II, p. 85. 

LES TEIGNES. 1 



X. 



*-0 ^ 



2 LES TEIGNES. 

Les grands médecins de la Renaissance italienne comme Mercu- 
riali continuèrent, suivant la tradition du bas latin, à désigner par le 
mot de teignes toutes les maladies de la tête, uniformément ('). C'est 
en ce môme sens que l'employaient Guy de Ghauliac et toute notre 
vieille médecine du moyen âge, née de la médecine arabe qui elle- 
même était galéniste. 

Tous les galénistes admettaient cinq types de teignes, qui se perpé- 
tueront avec leurs mêmes noms jusqu'au début du xix c siècle avec 
Alibert. De ces cinq teignes anciennes, deux seulement sont à consi- 
dérer ici : la tinea lujjinosa, qui était le fa vus des auteurs modernes, 
et la tinea favosa, de favus (rayon de miel), nom qui désignait sans 
aucun doute, non pas la maladie qui est notre favus moderne, mais 
bien l'impétigo à croûte mielleuse (-). 



HISTOIRE ANCIENNE DE LA TEIGNE FAVEUSE 

Des cinq teignes galéniques, l'une devait dominer et dominait 
effectivement toutes les autres, tant ses caractères étaient évidents et 
différentiels. C'est celle qui est devenue le favus. Eusthène Rudius, 
qui reproduisait Avenzoar et Avicenne, entre toutes les teignes, dis- 
tinguait celle-là comme la vraie teigne. Ce fut l'opinion de tout le 
moyen âge; c'était encore celle de Devergie en 1857. C'est sans doute 
notre favus que décrivait Ambroise Paré sous le nom de tinea corro- 
siua ( 3 ), bien que Lorry soit à ce sujet d'un avis différent (''). C'est elle 
aussi que Lorry appelait la vraie teigne, vera, tinea, et qu'il disait 
être une maladie « quem puevis pauperum aliquando, sed rarius in 
ilivilibi/x, occurrere omnes consentiunt, née tamen ab ea immunes sttnt 
adulti. » 

Suivant certains auteurs, la teigne était congénitale, et, suivant les 
autres, acquise. Parmi les anciens, les uns croyaient la teigne née de 
la lèpre des parents; les autres disaient plus justement le teigneux 
tils de teigneux, mais ceux-là même croyaient à l'hérédité plus qu'à la 
contagion. 

Lorry cependant ne croit pas qu'on hérite de la teigne, mais du ter- 
rain. La description unique qu'il donne de la vera tinea ressemble 

(') Meucuiiialis, Libri duo de rnorbis cutaneis. Opéra Pauli Picardii, Venise, 
1577. 

( â ) Voyez : Guy de Chauliac. La grande chirurgie restituée par Laurens Jou- 
kert etc.. Lyon, 1641, p. 398 et suiv. Bibliothèque de l'hôpital Saint-Louis. 

( 5 ) Ambroise Paré. Edit. Malgaigne, Paris 1840, t. II, p. 400-409. La tinea corro- 
xiva est « fort puante et cadavéreuse, de couleur plombine et jaunâtre ». 

( 4 ) Lorry. Tractatus de morbis cutaneis. « De lupinosa quam veram sptam 
agnoscimus Hneam, ne menlîonem quïdem injicit (A. Pavxus) », p. 464. 



HISTORIQUE. 3 

plus, je trouve, à celle d'un eczéma impétigineux qu'à celle de notre 
fa vus, ou du moins sa description semble-t-elle réunir et confondre 
ces deux types morbides et d'autres encore ('). 

Alibert, qui fut au xix e siècle comme le dernier représentant de 
notre plus vieille médecine française traditionnaliste, adopta dans ses 
premiers ouvrages les teignes de Guy de Chauliac, et lorsqu'il y 
changea quelque chose, ce fut pour faire une faute d'identification 
assez grave. Jusque-là, c'est la tinea lupinosa qui avait toujours désigné 
notre fa vus moderne, et la graine du lupin n'est pas éloignée de la 
forme lenticulaire des « godets » qui sont une caractéristique de la 
maladie. Ce nom avait donc quelque raison d'être, aussi bien d'ailleurs 
que celui de Favus (rayon de miel) avait raison de désigner l'impétigo, 
qu'on dit encore mielleux ou mélitagrique. Alibert abandonna la tinea 
lupinosa et l'appela Favus. C'était une erreur. Gibert l'a notée (-). Feu- 
lard aussi plus explicitement( 3 ); garder le vieux mot eût évité des con- 
fusions. Et c'est pourtant de cette erreur d'attribution qu'est venu le 
nom de notre favus moderne.... Presque toutes nos entités morbides 
dermatologiques ont dû leur nom au hasard. 

Pour la plupart des anciens, le favus était diathésique et de cause 
interne. Une maladie si tenace avait forcément des racines profondes 
dans l'organisme; Lorry ( 4 ) avait vu un cas de guérison suivi de folie, 
un autre, de mort.... 

Alibert ne croyait pas encore à sa contagiosité. C'est pour cela qu'il 
faut glaner, dans la thèse inaugurale d'un élève d'AIibert, Gallot, l'idée 

(*) Lorry. Tractatus de morbis cutaneis. De tinea, art, IV. De Porrigine. Voir 
aussi : cap. III. De achoribus et favis infantium. La vraie teigne est dite lupi- 
nosa quand la croûte est épaisse. Elle est sèche et aride. Au début elle semble 
peu de chose, at cresci eundo malum, et l'envahissement peut se voir du cou, 
des oreilles, des paupières... (Eczéma impétigineux?) Lorry note de même sa 
guérison fréquente à la puberté, et l'on sait que la guérison spontanée du favus 
ne s'observe pas. Enfin, dans certains cas, la lésion serait ereuse et pourrait 
même éroder l'os.... En somme, le texte de Lorry n'est pas parmi les meilleurs 
de son livre. Peut-être doit-on reconnaître le favus actuel dans le fragment de 
Celse qu'il reproduit en décrivant le quatrième genre des impetigines. Lorry. 
loc. citât., p. 349 et Celse, lib. VI, chap, 2. Voir aussi 5 et 4 : « Quartum genus 
est cjnod curationem omnino non recipit, distans colore. Nam subalbidum est recenti 
eicatrici simife(?) squamutasque habet pallidas, quasdam subalbidas, quasdam lenti- 
eulae similes, quibus demptis, profluit sanguis nonnunquam. » Mais ce texte est en 
somme très vague. Dans le chapitre des herpès (Lorry. Loc. citât. De Herpeti- 
bus, p. 294), rien ne semble concerner la teigne qu'on appellera plus tard teigne 
tondante, sinon : « Is lentius serpit, fere semper rotundam affectans figuram, eximie 
prurit, et sanationem recepit celerius, aliquando acuti morbi tempora aemulatus. » 
Cette opinion de la guérison des teignes par une maladie aiguë intercurrente a 
été, de temps en temps, reprise par divers auteurs. 

( 2 ) Gibert. Traité pratique des maladies spéciales de la peau, 2 e édition, 1840, 
p. 237. 

( 3 ) Feulard, Teignes et. teigneux. Prophylaxie, hygiène publique. Paris, 1886, 
p. 16. 

('*) Lorry Loc. cit., p. 467. 



k LES TEIGNES. 

inverse que la teigne vraie (lisez : le l'avus) pourrait avoir une cause 
parasitaire ( 1 ). 

L'histoire plus récente du l'avus montrera combien cette idée vraie 
de l'origine externe des teignes, et du favus en particulier, demanda de 
temps et de luttes pour conquérir les esprits. 

Mahon ( 2 ) avait accepté les désignations d'Alibert : pour lui, la teigne 
laveuse est bien notre favus moderne ; sa description du type morbide 
est bonne, elle est accompagnée d'une planche en couleurs dont la 
vérité est saisissante, et qui est l'une des meilleures que je connaisse. 

En Angleterre Willan ( 3 ) et Bateman ( 4 ) avaient classifié les an- 
ciennes teignes françaises sous le nom de porrigo. Pour ces auteurs, 
mieux informés qu'Alibert, et plus respectueux des traditions, lors- 
qu'elles pouvaient s'accorder avec leur système, le porrigo lupinosa 
reste la vera tinea des anciens et le porrigo favosa est notre impétigo 
d'aujourd'hui. Mais le système de Willan-Bateman, accepté par la 
dermatologie française souvent jusque dans ses fautes, ne put préva- 
loir ici contre l'erreur d'attribution d'Alibert. Et c'est sous le nom de 
Favus que la vraie teigne des anciens, celle des teignes actuelles que 
la médecine avait su distinguer la première, est connue aujourd'hui, 
non seulement en France, mais dans le monde entier, et même en 
Angleterre. 

C'est Biett, le premier willaniste de France (mais auparavant élève 
d'Alibert), qui détourna expressément le porrigo favosa de Willan de son 
sens willanique, pour en désigner la vraie teigne. Le môme mot dans 
Bateman et dans Biett se trouve ainsi désigner deux entités différentes. 

C'est depuis lors que les fameuses croûtes, comparées depuis 
mille ans aux graines lenticulaires du lupin, furent appelées des favi, 
avant d'être appelées, comme aujourd'hui, des « godets ». Sur la foi 
de Willan, pour qui tous les porrigos étaient pustuleux, les favi étaient 
considérés comme des pustules desséchées. 

Biett, en outre, délaissa les autres porrigos willaniques. Il avait 

(') « Nous ne nous épuiserons point en conjectures sur la cause prochaine 
de la teigne, mais nous nous garderons de blâmer ceux qui font des recherches 
pour « découvrir la cause prochaine de certaines maladies, et nous n'affirmerons 
point que ces recherches soient toujours inutiles. Ne sait-on pas que dans 
l'espèce de gale produite par Yacharus (sic) scabiei, cet insecte est la cause pro- 
chaine de l'éruption et que cette dernière disparait, dès que, par des moyens 
convenables, on a fait périr les cirons qui l'occasionnent ».... « Il est possible 
que la teigne, et diverses autres affections, reconnaissent aussi une cause pro- 
chaine étrangère à notre économie, et dont la soustraction prévient ou guérit 
la maladie. » Gallot. Dissertation sur la teigne. An XI, 1802, p. 72. 

( 2 ) Mahon jeune. Recherches sur le siège et la nature des teignes, in-8° avec 5 plan- 
ches coloriées, Paris, 1829. 

( 3 ) R. Willan. Description and trealinent of cutancous diseases, 1798, London, in-8". 

( 4 ) Th. Bateman. .4 practical synopsis of cutaneous diseases. Traduction Ber- 
trand, 1820. 



HISTORIQUE. 5 

mal compris le porrigo scutulata (notre teigne tondante) et l'avait 
assimilé au l'avus, erreur grave, qui fit qu'on dut découvrir à nouveau 
ce qui avait été déjà décrit. 

Bateman avait étudié aussi, avec une clarté magistrale, et comme 
une espèce morbide spéciale, ce qu'il avait appelé le'pùrHgo decplvans; 
notre pelade française, Yalopeeia areata de la dermatologie du inonde 
entier. Biett ne soutint pas non plus, sur ce point, la doctrine willa- 
niqUe; aussi la pelade demeura-t-elle peu connue, souvent confondue 
avec la cicatrice dû favus, sous le nom de Favus sine fàvis (Alibert), 
confusion qui amena par la suite une série d'erreurs infiniment com- 
pliquée. 

En somme, Biett, repris par la tradition, avait fini par réserver au 
seul favus le nom de porrigo, comme Lorry en avait voulu faire là 
seule vraie teigne. De "même Bayer ('), qui s'inspirait souvent de la 
Dermatologie du xvm e siècle, revint à la conception de la teigne 
unique; seulement elle s'appelait désormais le Favus. 

Cette façon de voir, parce qu'elle était simple, et aussi parce qu'elle 
s'accordait avec la symptomatique étrange, et les caractères évolutifs, 
qui font du favus une affection si spéciale, cette façon de voir, dis-je, 
reconquit peu à peu l'opinion médicale presque entière. Vingt ans 
plus tard, Devergie ( 2 ) regrettera encore la nouvelle confusion créée 
par Bazin lorsque celui-ci englobera sous le nom de teignes toutes 
les affections contagieuses ou présumées telles du cuir chevelu. 

Ainsi, au moment où les études microscopiques du sujet vont re- 
manier de fond en comble la pathogénie du favus, restée idéale jusque- 
là, tous les dermatologistes du monde s'accordaient sur les points prin- 
cipaux de la question. Tous acceptaient le favus comme une entité 
morbide indiscutable, et savaient le reconnaître ; et le nom de favus, 
bien que détourné de son sens primitif, était désormais accepté de 
tous, et ne pouvait prêter à confusion. Lorsque les discussions les plus 
passionnées seront poursuivies pour ou contre l'origine cryptoga- 
mique du favus, au moins, aucun des polémistes ne fera-t-il d'erreur 
sur le sujet même de la discussion. 

La suite de cette étude montrera qu'il n'en fut pas de même en ce 
qui concerne les teignes tondantes, ce qui donna naissance à plusieurs 
opinions incohérentes de tous points. 

Nous le comprenons aujourd'hui, les idées d'alors sur la pathogénie 
du favus ne pouvaient pas ne pas être fausses ; elles étaient pourtant 

(*) Rayer. Traité théorique et pratique des maladies de . la peau, fondé sur de 
nouvelles recherches d'anatomie et de physiologie pathologiques, Paris, 1826-27, 
2 vol. avec atlas. 

II e édition, entièrement refondue, 1835, 3 vol. avec un atlas de 26 planches. 

( 2 ) Devergie. Traité pratique des maladies de la peau : IR édition, 1857, 
p. 518. 



6 LES TEIGNES. 

aussi âprement débattues que si l'une ou l'autre eût pu être vraie. 
Il en est toujours ainsi. 

Dès longtemps on avait remarqué que les « croûtes » de la vraie 
teigne étaient chacune centrée par un poil. De là deux opinions parmi 
les auteurs. Les uns, comme Duncan ('), avaient considéré notre favus, 
« as a disease of the roots of the hair ». Les autres, comme Murray ( 2 ), 
avaient voulu faire de notre « godet l'avique » le résultat d'un trouble 
de sécrétion. « Potiorem sedem mali, in folliculis dictis pinguedinosis, 
vel ipso textu celluloso, quaerendam arbitrer. » C'est cette opinion qui 
aura le plus d'adhérents dans la première moitié du xix c siècle ( 3 ). 
Cazenave la soutiendra même, trente ans après qu'on l'aura démon 
trée fausse. A cette époque, on admettait deux ordr,es de follicules sé- 
bacés ( l ) : ceux de la peau glabre et ceux du cheveu, distincts entre eux. 
Ce serait ceux des cheveux dont un vice de sécrétion ferait les favi. 

D'autres discussions avaient lieu qui rappellent les disputations 
scholastiques : pour Willan et les willanistes les favi ne pouvaient 
être que des pustules sèches. Mais ces soi-disant pustules détermi- 
naient des cicatrices; ne seraient-ce point des tubercules?... 

En 1840, Gibert rangera encore les favi parmi les pustules, tout en 
s'excusant de le faire ( :; ). 

En résumé, quand les premiers travaux microscopiques vont pa- 
raître sur le favus, l'opinion dominante, c'est que le favus est, ce que 
nous dirions aujourd'hui, « une espèce particulière de séborrhée con- 
crète ». La majorité des médecins y voyait une maladie diathésique, 
et dont la guérison, quand elle était possible, pouvait n'être pas sans 
danger pour le malade. Gibert, en 1840, est encore de cet avis. 



DECOUVERTE DE LA NATURE CR Y PTOGAMIQU E DU FAVUS 

A cette époque Bassi venait de découvrir la nature mycosique de 
la Muscardine épidémique des vers à soie. Aussitôt beaucoup d'esprits 
prévirent que la muscardine n'était pas la seule maladie au monde 

(') Duncan. Médical vases and observations, selecled from the Records of the 
Public, dispensary at Edinburg. Third édition, Edinburgh, 1784, p. 205. 

( 2 ) Murray. De niedeadi tineae capitis ratione para lipo mena, 1782. Collect. 
Faculté : Dissert., t. X, n° 2, p. 178. 

( 5 ) Àlibert en 1832 considérait les favi comme des lésions de sécrétion. 

(*) Letenneur. Quelques recherches sur le favus. Th. de Paris, 1839. 

( 5 ) ■• En classant avec les auteurs anglais le favus ou la teigne dans l'ordre des 
pustules, nous ne pouvons cependant nous empêcher de reconnaître que l'élé- 
ment faveux n'est point, à proprement parler, un bouton purulent, mais bien, dès 
le début, une croûte sèche, qui elle-même paraît être le produit d'une altération 
de sécrétion du follicule pileux.., mais nous avons cru devoir tenir compte de 
l'analogie d'aspect qu'offre cet élément avec les pustules véritables. >• Gibert. 
Traité pratique des maladies spéciales de la peau, II e édition, 1840, p. 238. 



HISTORIQUE. 7 

causée par une moisissure, et de tous côtés, en Allemagne, en Suède, 
en France, on chercha. Ainsi la nature mycosique du fa vus se trouvâ- 
t-elle affirmée presque à la fois en trois pays. 

En 1857, et, je crois, avant tout autre, Remak (') observa que les fttvi 
étaient constitués par un agrégat de filaments de moisissures, ce qui 
suffisait à les distinguer des autres croûtes. Mais, l'idée ne lui vint pas 
que cette maladie eût la moisissure pour cause. Et c'est en 1859 que 
Schônlein (?) démontra la nature végétale des soi-disant « pustules 
sèches » du favus. Ayant examiné des éléments du porrigo lupinosa de 
Willan, il écrit : « Tout de suite mes premières recherches ne me lais- 
sèrent aucun doute sur la nature mycosique de la soi-disant pustule : 
und gleich die ersten Vêrsuc/se Uess-en fceinen Zweifel iiber die Pilz 
natter dev xogenannten Puxteln » ; un dessin médiocre accompagne ce 
texte ; il figure des filaments mycéliens ramifiés émergeant d'une masse 
granuleuse indistincte. 

Dès cette découverte se formèrent deux courants d'opinions inverses 
sur la valeur à lui attribuer. Henle ne voulut voir, dans la moisissure 
des croûtes faviques, qu'une formation accidentelle, au sein d'une 
sécrétion purulente. Remak ( 3 ), Fuchs ( 4 ), et Langenbeck ( s ), élèves de 
Schônlein, défendirent au contraire sa constance et sa valeur. 

Une chose remarquable en ces communications allemandes, c'est 
que presque toutes visaient à faire supposer des moisissures dans une 
quantité de lésions cutanées diverses, plus ou moins nettement classées 
comme scrofuleuses, et non pas exclusivement dans le favus. Klenke ( G ) 
trouve des champignons dans une croûte de lait et dans un lupus, 
B. Langenbeck ( 7 ) a observé aussi le développement de champi- 
gnons dans diverses éruptions cutanées, croûtes serpigineuses, etc. 
Jahn ( 8 ) cite des cas analogues. 

(M Dissertât, inaug. De morho scroftilo. Von Xaverus Hube Berolini, 1837. p. 19. 

( 2 ) Arch. fur Anat, und Physiol. Von f. Millier, Berlin, I839, p. 82. Zur Patfao- 
genie der Impetigines von Prof. Schônlein in Zurich. PI. III, fig. 5. 

(?) Remak combat l'opinion de Henle dans le Medicînische Zeitung hèraùsge- 
geben von dem Vereine flir Heitkunée in Preusen. Berlin, 1840, n° 16, p. 75, 74, 
analysé dans Beperlorium fur anat. und Physiol. de Valentin, 1841, t. VI, p. 58. 

(*) Fuchs, dans son traité des maladies de la peau (Die krankhaften Verdnde- 
rungen der Haut, 5 vol. in-8°, Gôttingen, 1840), fait déjà une classe de maladies 
« mit parasitischen vegetabilien » dont la première est le favus. T. II, p. 509- 
512. 

( 5 ) Langenbeck mentionne la découverte de Schônlein et l'a vérifiée, mais il en 
parle d'une façon moins nette, et n'en tire pas de conséquences. Fuchs et Lan- 
genbeck. C. H. de la Policlinique, de Goettingen, dans Annales Hanovrienncs de 
Holscher, 1840. 

( 6 ) Neue physiologisrhe Abhandlnngen. Leipzig, 1842, p. 60. 

( 7 ) Stammiicher Beriehl iiber die 18 ,e Versammlung der Gesellschaft deutsc/ier 
Naturforscher und Aertze zu Erlangen, septembre 1840, von Leopold und L. Stro- 
meyer, Erlangen, 1841, p, 166. 

(*) Naturgeschiehte der Schonleinschen Bimmen Ausehlaege und Exanthème, 1840, 
p. 155. 



8 LES TEIGNES. 

Les choses en étaient là, et ces faits, peut-être à cause de leur 
diversité, avaient assez peu ému le public médical allemand. A plus 
forte raison, la rumeur n'en avait-elle point passé les frontières, lorsque 
parut à l'Académie des sciences, le \ u 2 juillet 18-41, un mémoire de 
D. Gruby : Sur une végétation qui constitue la vraie teigne, mémoire 
dont on peut, sans erreur, faire dater l'ère moderne de l'histoire des 
teignes cryptogamiques. 

Gruby (*) est l'homme qui découvrit l'origine mycosique de toutes 
les teignes humaines. On ne trouvera donc pas étrange que nous con- 
sacrions à ce savant d'une physionomie singulière quelques lignes 
sommaires de biographie. 

Gruby, israélite d'origine hongroise, élève à Vienne de Bokitansky 
et de Berres, vient à Paris, à la fin de l'année 1840, ayant quitté Vienne 
après avoir refusé d'échanger une chaire de professeur extraordinaire 
contre un certificat de baptême. A Paris, Gruby fréquente aussitôt le 
service du docteur Baron, à l'hospice des Enfants- Trouvés, rue d'Enfer. 
C'est de ce service que sortirent tous ses mémoires à l'Académie des 
sciences, lesquels sont demeurés la base de toute étude microgra- 
phique des teignes (1840-1845). 

Durant ces années et celles qui suivent, Gruby découvre le champi- 
gnon du « Muguet », le Tripanosome du sang de la grenouille, étudie 
le Demodex folliculorum de l'homme, et d'autres parasites des animaux, 
s'occupe de travaux d'anatomie comparée, et fait, pendant treize ans, 
un cours public de science expérimentale, où il compte parmi ses 
élèves : Flourens, Magendie, Milne-Edwards et ("lande Bernard. 

Vers 1850, il commence à se consacrer à la pratique médicale, et 
devient bientôt un médecin en vogue, célèbre par l'originalité de ses 
prescriptions et de ses conseils. 11 s'occupe ainsi, durant, 40 ans, de 
médecine, et aussi d'astronomie, de météorologie, et, de plus en plus, 
d'oeuvres de philanthropie et de charité, et meurt à Paris, âgé de 
88 ans. Tel fut l'homme étrange dont les œuvres scientifiques, toutes 
très brèves, comme on le verra, devront nous occuper tant de fois.... 

... Donc son premier mémoire avait pour sujet l'origine mycosique 
du favus. Son importance historique, aussi bien que sa valeur propre, 
nous font un devoir de le présenter ici en détail f 2 ). 

( J ) Une excellente biographie de Gruby dont nous nous inspirons ici a été 
donnée par Raphaël Blanchard dans ses Archives de Parasitologie, II, n" 1, 
p. 43, 1899. David Giujby, 1810-1898. Consulter aussi L. Leleu. Le D r Gruby. Notes 
et souvenirs. Stock, édit.-, 1908. 

(*) Mémoire sur une végétation qui constitue la vraie teigne, par M. Gruby 
(extrait par l'auteur). C. R. Acad. des Se, 12 juillet 1841, t. .XIII, p. 12. En voici 
le texte intégral : 

« Les médecins les plus distingués diffèrent d'opinion sur la nature de la 
teigne et sur son siège. Nous ne citerons que les opinions les plus répandues; 
ainsi MM. Willan, F. Batman et Rayer adoptent une pustule comme première 



HISTORIQUE. 9 

11 commence par un lumineux exposé des incertitudes et des contra- 
dictions des cliniciens que l'auteur opposera les unes aux autres, et 
toutes aux faits précis qu'il apporte. Il montre l'insuffisance des 
caractères cliniques du favus. « Pour reconnaître la vraie teigne, on 
n'a qu'à la soumettre au microscope. » Une parcelle de godet, délayée 

formation, tandis que M. Baudelocque et MM. Mahon et Gibert nient l'existence de 
ces pustules comme éléments de la teigne. La même différence d'opinion existe 
concernant sa contagiosité. M, Alibert nie la contagiosité, en opposition en cela 
avec la majeure partie des médecins, qui l'admettent De même, M. Mahon et 
beaucoup d'autres considèrent les follicules de la peau comme siège de la 
maladie, tandis que M. Baudelocque le met dans les bulbes. Le diagnostic est. 
dans beaucoup de cas, très difficile par le manque de caractères essentiels, et 
il n'est pas rare de voir la vraie teigne confondue avec la pseudo-teigne et 
plusieurs autres espèces. On a basé le diagnostic sur les caractères suivants 
plus ou moins constants : 

« 1° Sur les pustules placées au-dessus de l'épidémie autour des poils : mais 
nous avons vu la discordance des auteurs sur ce point, et en effet nous avons 
vu plusieurs cas de vraie teigne exempte de pustules. » 

« 2° Sur les dépressions que les croûtes arrondies offrent : mais on ne peut se 
servir de ce caractère que lorsque les croûtes sont bien développées et encore 
entières, ce qui n'a pas lieu souvent. >• 

- 3° Sur la contagiosité : mais outre qu'elle n'est pas encore bien constatée, il 
y aurait de grands inconvénients à inoculer une maladie si grave dans un but 
diagnostique. » 

« 4° Sur l'odeur spécifique, que l'on ne. peut observer ni dans le commence- 
ment de cette maladie, ni dans les cas où elle n'a qu'une petite étendue. » 

•• Tous ces caractères étant insuffisants pour constater la vraie teigne, j'expo- 
serai dans ce travail : 

« 1° Un nouveau caractère de la vraie teigne, assez constant et net pour de- 
venir le caractère diagnostique de cette maladie. » 

« 2° La physiologie de ce produit pathologique. » 

•• 5° Le siège spécial et la relation qui existe entre ce produit morbide et les 
tissus environnants. » 

« I. — Pour reconnaître la vraie teigne, on n'a qu'à la soumettre au micro- 
scope; pour cela on se sert d'une petite parcelle de la croûte, délayée avec une 
goutte d'eau pure; on la met entre deux lames de verre et on l'examine sous 
un grossissement linéaire de oOO. On v verra une grande quantité de çorpus- 

1 1 

cules ronds ou oblonss, dont le diamètre lougitudinal est de =—; à 77^. de 

millimètre et le transversal de ^^ à — - de millimètre; ils sont transparents. 

jOO la(l 

à bord net, à surface lisse, incolores, légèrement jaunâtres, et composés d'une 
seule substance. On remarque en outre de petits filaments articulés d'un dia- 
mètre de ;j-— - à ^— de millimètre, transparents et incolores; la forme générale 

de ces filaments est cylindrique ou ramifiée, selon la partie de la croûte à 
laquelle ils appartiennent. 

•• Les filaments cylindriques sont composés de corpuscules oblongs ou ronds, qui 
ont souvent l'aspect d'un chapelet; les filaments ramifiés, au contraire, sont mu- 
nis de distance en distance de cloisons végétales, représentant des cellules oblongues, 
dans lesquelles on trouve de petites molécules rondes et transparentes d'un 

diamètre de rrrr^r, à t-jtttjj de millimètre. Ouelquefois on trouve des granules 

adhérentes aux filaments, pareilles aux spores de la Torula olivacea et T. sa- 
chari, présentées dans l'ouvrage intitulé Icônes fungorum de M. Corda (Pragœ. 



10 LES TEIGNES. 

dans l'eau, et examinée à un grossissement de 300 diamètres, montre 
des quantités d'articles ronds, ou oblongs de 5-40 y. de long, sur f>-6 u 
de large, « transparents, à bords nets », et aussi de plus petits « fila- 
ments articulés » de I à 2 1/2 |/., cylindriques et ramifiés, composés 
d'articles en chapelet, séparés par des cloisons, et dont la nature 

1841, t. IV). La l'orme de ces filaments met leur caractère végétal hors de doute; 
elles appartiennent au groupe des mycodermes, selon M. Brongniart. 

« Comme nous n'avons pas encore trouvé une molécule de la vraie teigne qui 
ne soit chargée d'un grand nombre de ces mycodermes, celles-ci constituent 
un vrai caractère essentiel de cette maladie. 

« IL — La croûte de la teigne offre quelques particularités trop intéressantes 
pour être passées sous silence. Il faut choisir une croûte isolée, entière, âgée 
seulement de quelques semaines, et dont la surface externe ne se soit pas 
brisée; pour cela, on la prendra d'un endroit où la quantité de cheveux ne 
l'empêche pas d'être enlevée avec facilité. La croûte offre alors l'aspect d'une 
capsule aplatie, semblable à celle de la noix vomique, c'est-à-dire la forme 
d'un disque dont l'une des surfaces est légèrement concave, l'autre convexe. Le 
bord, de forme circulaire, est partagé par un léger sillon en deux parties égales; 
dont la supérieure est exposée à l'air, et l'autre située vers le derme. Ces deux 
disques sont de couleur jaune à leur surface externe, et à l'intérieur de couleur 
blanc grisâtre. La surface concave est la partie aérienne, la convexe est la 
partie cutanée. 

« La croûte tout entière est enveloppée dans des cellules d'épidémie., qui sont 
beaucoup plus nombreuses sur la partie aérienne que sur la cutanée. 

" Il y a encore une deuxième enveloppe, qui entoure la croûte tout entière, 
qui est composée de molécules de différentes grandeurs, qui constituent une 
substance amorphe, placée entre les cellules d'épidémie et la végétation para- 
site elle-même. On trouve ensuite vers l'intérieur la plante parasite, dont les 
racines sont immédiatement placées dans la substance amorphe que je viens 
de citer; la ramification, au contraire, se prolonge vers le centre de la croûte. 
Une coupe verticale de la croûte offre un tissu central poreux et grisâtre, 
friable et composé des granules et des branches du mycoderme; le nombre 
des granules y -surpasse de beaucoup celui des branches. Dans la partie péri- 
phérique, au centre, on voit le tissu compact de la substance amorphe, où les 
racines du mycoderme sont placées. 

•< Les granules paraissent être les produits de la plante, et servent probable- 
ment à sa propagation. 

« En résumé, chaque croûte isolée de la teigne consiste en deux enveloppes et 
en un assemblage de mycodermes qui y sont renfermées comme les fruits dans 
leurs péricarpes. 

<• La contagiosité de celte maladie devient plus probable par sa nature végé- 
tale, et j'aurai l'honneur de soumettre à l'Académie le résultat de l'inoculation 
de cette plante sur l'homme et sur différentes classes d'animaux. » 

« III. — Le tissu de 1'épiderme est le siège particulier de la teigne ; les cellules 
de l'épiderme qui, par leur structure s'approchent de la composition du tissu 
végéta], paraissent bien aptes à donner naissance à un tissu pareillement vé- 
gétal; aussi voit-on le mycoderme de la teigne se propager entre les cellules 
de l'épiderme, en comprimant seulement le tissu du derme sans le détruire. 
Seulement on trouve quelquefois le tissu cutané enflammé au-dessous de la 
croûte avec peu de globules inflammatoires. 

« Presque toujours on peut enlever la croûte sans blesser notablement la peau. 

« Dans le cas le plus fréquent, après la séparation de la croûte, un liquide 
séreux est exsudé sur la surface de la plaie pour la couvrir; aussi voit-on la 
guérison s'accomplir sans cicatrice, ce qui tend à prouver que le derme n'a été 
détruit ni par la suppuration, ni par l'ulcération. 

« La liaison entre les bulbes des cheveux et ses (sic) parasites n'est pas si in- 



HISTORIQUE. 11 

végétale ne fait aucun doute. Or, comme les moindres parcelles de 
godet montrent ces éléments cryptogamiques, ceux-ci « constituent 
un vrai caractère essentiel de cette maladie ». 

La croûte spéciale du favus, ce que nous appelons aujourd'hui le 
godet, est décrite par Gruby en perfection. On a peine à comprendre 
aujourd'hui comment Gruby a pu se rendre compte, à ce point, de la 
structure du godet favique, qu'il a fallu la technique des coupes his- 
tologiques pour préciser. La description de Gruby est pleine de 
détails qui, pendant trente ans et plus, restèrent à peu près sans véri- 
fication ni contrôle, et n'ont pris place en nos livres classiques que 
dans les 15 ou 20 dernières années. C'est dans la troisième partie de 
son mémoire que Gruby décrit l'envahissement parasitaire du folli- 
cule, sans que l'envahissement parasitaire du cheveu y i soit pourtant 
expressément mentionné. Le texte de Gruby se termine enfin sur cette 
espérance que les médecins, comprenant mieux la direction à donner 
à leur thérapeutique, pourront arriver plus aisément à la guérison de 
la maladie. 

Tel est le premier mémoire de Gruby, dont on pourra consulter ci- 
contre le texte complet, transcrit avec les fautes mêmes de français 
que la récente arrivée de l'auteur en notre pays fait comprendre et 
excuser. 

Le premier effet de la communication de Gruby fut de provoquer 
des revendications multiples, et d'apprendre à tous les constatations 
précédentes de Schônlein, de Remak, de Fuchs et Langenbeck : 
réclamation de Kettner (') pour la priorité de Schônlein; réclama- 
tion de Têxtor en faveur de Schônlein, de Fuchs et Langenbeck avec 
qui il a étudié dans le Porrigo favosa et Yimpetigo scro/ulosa des 
champignons, « analogues à celui de la muscardine » ( 2 ). 

Mais précisément, ces travaux, comme je l'ai dit, étaient médiocres à 
cause de la multiplicité et de l'imprécision de leur sujet. Tel auteur, 
comme Meynier ( 3 ), revendiquait jusqu'à la priorité d'une note où « il 

time qu'on l'avait supposée; car il arrive très souvent que le myooderme est 
bien développé, sans que les follicules des cheveux en soient notablement altérés 
Quelquefois cependant les filaments de myeoderme se prolongent vers les 
follicules des cheveux et entourent ses (sic) bulbes; ce qui cause alors la forme 
conique de la partie cutanée de la croûte. 

« Le poil se ramollit alors tellement que, placé entre deux lames de verre, une 
légère compression suffit pour l'aplatir et pour le faire se fendre dans le sens 
de ses fibres, ce qui peut très bien servir à en étudier le tissu filamenteux. 
Les follicules de la peau sont secondairement atteints de la même altération, 
de même que les autres tissus de la peau. 

« Quant à la thérapie de cette maladie, ces nouveaux faits doivent engager ios 
praticiens à faire de nouvelles tentatives dans cette direction. » 

( 1 ) 19 juillet 1841. C. R. Ac. des Se, t. XIII, p. 147. 

( 2 ) 26 juillet 1841. C. R. Ac. des Se, t. XIII, p. 220. 

( 3 ) C. R. Ac. des Se, 1841, t. XIII, p. 309. 



12 LES TEIGNES. 

croit que beaucoup de maladies cutanées sont dues à des parasites 
végétaux ». 

Gruby se contenta de répondre à l'Académie (') qu'il ignorait tout à 
l'ait les travaux de Schônlein et qu'ils di lieraient beaucoup des siens, 
ce qui était vrai. 

Plus tard, Gruby annonça qu'il avait réussi à inoculer le champignon 
du l'avus sur la peau de l'homme, qu'il l'avait inoculé à des animaux 
sains, enfin qu'il avait réussi à le faire croître même sur du bois (?)( 2 ). 

C'est Haunover ( 3 ) qui fournit le deuxième dessin du parasite du 
favus : filaments mycéliens articulés et articles mycéliens isolés que 
l'auteur compare à des levures. C'était une comparaison assez loin- 
taine. En Italie, Dubini( 4 ), en Angleterre, Benett( 5 ), furent les pre- 
miers à vérifier l'existence du parasite du favus. 

De toutes parts, d'ailleurs, les examens se multipliaient. Lebert( G ) 
fournissait, avec une description un peu meilleure du parasite que les 
ouvrages contemporains, un meilleur dessin et un nom nouveau : 
Oïdium Schônleinii. L'honneur de nommer le parasite resta à Remak( 7 ). 
C'est lui qui, s'inspirant du célèbre mycologue Link, différencia le 
champignon du favus du genre Oïdium et créa pour lui le genre 
Achorion. Ainsi fut nommé le champignon du favus. Il est resté défini- 
tivement VAchorion Schônleinii. 

C'est aussi dans ce travail que Remak fit les premiers essais de 
germination et de culture de l'Achorion — après Gruby. Remak avait 
placé de la poussière de favus sur les milieux les plus divers : chair 
musculaire, pus, sérum, eau sucrée, pomme. Sur la pomme, il obtint, 
après vingt-quatre heures, une germination évidente. Les spores re- 
prises poussaient des prolongements mycéliens qu'il reproduisit par 
le dessin, et ces dessins sont d'une vérité certaine;... seulement, au 
sixième jour, la pomme se recouvrait de Penicillum. 

Enfin Remak raconte, dans ce travail, l'inoculation positive qu'il 
avait obtenue sur lui-même. Ayant posé sur son bras une croûte favi- 

(') C. fi. Ae. des Se., 1841. t. XIII, p. 388. 

(-) Sur les mycodermes qui conslituenl la teigne laveuse. C. H. Ac. des Se., 
I. XIII, p. 5119, et Ueber tinea l'avosa. Milliers Archiv. fur Aval, und Physiol, 
1842, p. 22. 

( 3 ) Hannover. Arch. fur anal, and Physiol. von ./. Millier, 1842. 282-95, pi. XV, 
fig. 7, 8, 9. 

(*) Dubini. Sulla natura vegelabile délia tigna vera o favosa. (Sazz. med. Milano, 
1842, û p. 65-68. 

( 5 ) Benett. On the vegetable nature of Tinea favosa. (Porrigo lupinosa of 
Bateman) its symptoms, causes, pathology and treatement, with colored plate. 
The inonlhly journal of médical Sciences, 1842, and Transa<\ of the Royal Society 
of EdinburghAU% vol. XV, 2 e partie, p. 277-94. 

( 6 ) Ledert. Physiol. patli., t. II. Mémoire sur la teigne, Paris, 1845, p. 477. 

( 7 ) Remak. Diagnostische und pathogenische untersuchungen, Berlin, 1845, VII. 
Muscardine und Favus (Porrigo lupinosa), p. 195-2 15. 



HISTORIQUE. 13 

que, il la maintint en place avec un taffetas d'Angleterre, pendant 
quelques jours, après lesquels tout tomba sans qu'il se fût rien pro- 
duit. Mais quatorze jours plus tard, on vit apparaître une rougeur 
prurigineuse, puis un favUs se produisit qu'on enleva, qui se reforma, 
et qui fut enlevé de nouveau. Le tout dura plusieurs semaines. Le 
nombre des inoculations manquées fit croire à Remak qu'il fallait une 
prédisposition pour contracter la teigne, et il accusa la scrofule.... 

Cependant tous les médecins n'étaient pas convertis aux vues nou- 
velles des naturalistes. Beaucoup refusèrent avec Cazenave de voir et 
de croire; d'autres, comme Léveillé, essayèrent de voir et ne virent 
pas ('). Dès 1844, Cazenave (-) commençait, contre le champignon du 
favus, la campagne qu'il devait poursuivre pendant vingt-quatre ans. 
Comment croire à l'origine cryptogamique d'une maladie que tous 
les auteurs disaient avoir vu survenir spontanément? Biett certifiait 
avoir vu le favus naître après une émotion morale.... 

D'année en année pourtant, les idées nouvelles firent leur chemin. 
Rayer (•"'), depuis la publication de son ouvragé, vérifia la nature cryp- 
togamique des favi, il l'avait dit à Ch. Robin qui consigna cette 
adhésion dans son ouvrage ( l ). Enfin Bazin fut un des premiers, non 
seulement à accepter les idées nouvelles et à combattre pour elles, 
mais à en tirer des déductions thérapeutiques et à transformer les 
anciens traitements du favus, comme nous le verrons plus loin. 

L'Achorion Schônleinii entra définitivement dans la science clas- 
sique, avec le considérable article que lui consacra Charles Robin dans 
son Histoire naturelle des végétaux parasites de l'homme et des ani- 
maux ( ;i ). Ce livre, le plus scientifique de cette époque sur ces sujets, 
le plus consciencieux, et le mieux informé, est le trésor où tous les 
auteurs qui suivirent allèrent, comme moi-même, puiser le meilleur 
de leurs renseignements bibliographiques. 

Robin classe YAchorion Schônleinii dans le genre Achorion de 
Link et Remak, dans la tribu des Oïdiés. Le parasite a deux habitats : 

1° Autour du poil, et l'auteur note cette conséquence, qu'il devait 
tenir de Bazin — de son avulsion partielle par l'épilation. 

2° Et dans la peau, où le parasite crée l'agglomérat parasitaire qui 
est le favus. ou godet. 

Le développement du godet est décrit d'après Lebert et Remak : 

( l ) Léveillé. Art. Mycol. du Dict. mur. d'hist. naturelle, Paris, 1847, t. VIII, 
p. 461. 

( a ) Cazenave. Die. de méd., 1844, 2 e édit., vol. XXIX. Art. Teigne, p. 338, Traité 
des maladies du cuir chevelu, 1850, p. 210. 

( 3 ) Rayer. Traité des maladies de la peau, Paris, 1855, t. I, p. 697. 

( 4 ) Loc. cit. infra, p. 481. 

( 5 ) Ch. Robin. Histoire naturelle des végétaux parasites qui croissent sur l'homme 
et sur les animaux vivants, 1853 (avec un atlas de 15 planches). 



14 LES TEIGNES. 

dans la peau, « on aperçoit par transparence un i'avus sous la l'orme 
d'un petit corps jaune. Si l'on enlève le feuillet épidermique qui 
recouvre ce corps, il sort quelquefois une gouttelette de pus, et au- 
dessous existe un petit favus, qui, dès son origine, présente une surface 
lisse et se trouve enchâssé dans l'épaisseur de la peau(') ». Robin note 
la naissance sous-épidermique du godet, et l'exfoliation de l'épidémie 
corné, quand le godet est devenu énorme et saillant. Il croit à la for- 
mation possible de godets sur des régions dépourvues de follicules 
pilaires, quoique le godet prenne un follicule pour centre, le plus 
souvent. Et dans ce cas Robin note très exactement le début du godet 
au niveau où le follicule arrive à la hauteur des couches profondes 
de 1'épiderme cirçonvoisin (*). 

J'arrêterai ici cette histoire, au moment où les premiers essais de 
culture vont être suivis de succès et faire entrer la question dans une 
nouvelle phase que nous retrouverons plus loin( r '). 

A cette époque, et malgré des dissidences encore nombreuses, pour 
tous les hommes de science, la question de l'origine mycosique du 
favus était définitivement tranchée. Sans doute Gazenave, en dépit de 
tout son esprit, refusait jusqu'en 18=68 de faire pénitence, et s'entêtait 
dans ses négations C"); mais, à côté de lui, l'immense majorité des 
savants acceptait la conquête scientifique nouvelle, et Bouchardat, 
dès 1857, pouvait dire( ; ) : « Pour les maladies de la peau déterminées 
par des parasites végétaux, la science ne date que du jour où l'on a 
découvert, décrit ces êtres microscopiques, étudié leurs conditions 
d'existence, en leur rapportant les désordres si variés qu'ils déter- 
minent.... C'est dans les voies qui nous ont été ouvertes par ces recher- 
ches que j'aperçois pour la thérapeutique le progrès, la perfection »( 6 j. 

(*) Robin. Loc. citât., p. 4i5. Je n'ai pu retrouver, avec certitude, quel est l'au- 
teur qui créa le nom de godets faviques, nom qui, peu à peu, remplaça le mot de 
fmri, usité auparavant. C'est dans Robin que j'en ai trouvé la première men- 
tion. Godet est sans doute la traduction de scutulum (écuelle), qui est resté 
usité en Angleterre avec le même sens. 

( 2 ) Sa description anatomique du godet n'est pas aussi exacte que celle de 
Gruby. Et la figure 10 de la planche III, qui représente des unités morpholo- 
giques, spores et tubes mycéliens de l'Achorion, est assez médiocre. 

( 3 ) Voir p. 66. 

( 4 ) A. Gazenave. Pathologie générale des maladies de la peau, 1868. « ... MM. Ro- 
bin et Bazin ont parfaitement décrit des corps ovoïdes, de 5-8 millièmes de 
millimètres, qu'ils ont cru être les spores du champignon de Schônlein, et qui 
ne sont que cette matière sébacée qui, d'après Kôlliker, provient par méta- 
morphose des cellules d'épithélium, nucléeuses, tapissant la face interne des 
conduits glandulaires..., p. 129. 

«... Nous avons vu..., à propos des lésions pathologiques qui sont produites 
par l'inflammation, ces favi qui constituent une espèce de pustule particulière 
accompagnés d'une hypersécrétion d'un liquide fourni par les cryptes des- 
tinées à lubréfler le poil, p. 155. 

C°) Bull, de /'.4c. de tnéd., t. XXIII, 1857-58. 

( 6 ) Cité par Feulard. Teignes et teigneux, p. 7(1. 



HISTORIQUE. 15 



HISTOIRE ANCIENNE DES TEIGNES TONDANTES 

Le i'avus, dont nous venons d'étudier l'histoire première, n'était pas 
la seule maladie contagieuse et mycosique du cuir chevelu. Il en 
existe d'autres, aujourd'hui désignées sous le nom commun de Tel 
gnes tondantes. Mais l'histoire de celles-ci a été beaucoup plus difficile 
à faire. Le favus se présentait, en tous sièges, avec des caractères 
presque identiques. 11 n'en était pas de môme pour les teignes ton- 
dantes. Leur parasite, comme l'Achorion, peut avoir diverses localisa- 
tions : au cuir chevelu, à la peau glabre, aux ongles, et même à la 
barbe chez l'homme, mais leurs lésions avaient, en chaque point, une 
physionomie spéciale. On comprend donc que la médecine ne parvint 
pas, du premier coup, à identifier des types morbides aussi apparem- 
ment distincts. 

La tradition médicale en Angleterre semble pourtant être parvenue, 
dès le xvi e siècle, à réunir sous le même nom de rlngworm (ver en 
anneau), les lésions qu'on nomma plus tard, en France, l'herpès circiné 
et la teigne tondante ('), deux des localisations des mêmes parasites, au 
cuir chevelu et à la peau glabre. Ce qu'il y a de certain, c'est que le 
rlngworm de la vieille médecine anglaise devint, sous la plume de 
Bateman, Vherpes circinnatùs, et que Bateman le décrit d'emblée 
comme fréquent chez les enfants, et comme contagieux et épidémique : 

The herpetic ringworm is most commonly seen in children and has 
been deemed contagious. It has sometimes, indeed, been observed in 
several children, in one school or family, at the same Urne. 

Or Bateman n'ignorait pas (la planche xxxix de son atlas le 
démontre) la parenté du ringworm et de la teigne tondante. Car on y 
voit, sur la tempe du petit malade, un cercle rouge, en partie posé sur 
les régions pilaires du cuir chevelu, et, en partie, sur les régions 
glabres du front. Il semble que pour la plupart des auteurs anglais de 
cette époque, l'identification de l'herpès circiné et de la teigne ton- 
dante est faite définitivement. Samuel Plumbe, plus explicite que 
Bateman, dira ( 2 ) : 

The diseased sécrétion of the scalp affection is capable of producing, 
by inoculation, the ringworm of the skin on others parts and vice versa. 

( 1 ) Le mot : Ringworm existe dans le Manipulus vorabulorum de Levin, 1570, 
d'après M. Morris. 

( 2 ) Samuel PlumBe. A practical treatise of the diseuses of the skin, 1824, IV e édi- 
tion. 1837. Londres, p. 146-147. 



16 LES TEIGNES. 

Willan et Bateman avaient classé le ringworm du cuir chevelu dans 
les Porrigos. Ils distinguaient six espèces de porrigos dont nous con- 
naissons déjà le P. lupinosa, lequel, suivant la tradition galénique du 
moyen âge, était la teigne vraie, notre actuel favus. C'est sous le nom 
de P. scutulata que Willan et Bateman donnèrent la description des 
teignes tondantes ('j; description médiocre, et l'identification du type 
morbide ainsi nommé resterait peut-être incertaine sans la planche 
que nous avons citée tout à l'heure, qui est tout à fait démonstra- 
tive et précise le texte. Il faut croire néanmoins que le type du porrigo 
scutulata était dans l'esprit des maîtres anglais assez peu clair, car 
lorsque la dermatologie willanique vint orendre racine à l'hôpital 
Saint-Louis, avec Biett, celui-ci en avait tout à fait perdu la notion. On 
ne trouve, dans son enseignement, aucune description qui puisse s'y 
rapporter, et Gibert affirmera positivement que Biett avait toujours 
méconnu ce type morbide. 

En France, c'est un empirique, Mahon l'aîné ( 2 ), qui découvrit la 
teigne tondante et la nomma. La description de Mahon semble celle 
de la teigne tondante que nous appelons aujourd'hui la Microsporie. 
Il s'agit de tonsures plus ou moins grandes, rondes, à cheveux cassés 
visibles; sur ces taches, la peau est bleuâtre, et lorsqu'on la gratte, 
elle se recouvre de poussière blanche semblable à de la farine. Pour- 
tant Mahon semble confondre, parmi les teignes tondantes, des cas 
de Monilithrix, affection qui ne ressemble qu'à la tondante à grosses 
spores. Sa description est certainement plus complète et de beaucoup 
plus explicite que celles de Willan et Bateman. 

« Les individus affectés delà teigne, dit-il, nous ont toujours offert, sur 
le cuir chevelu, au moins une tonsure plus ou moins étendue, mais tou- 
jours régulièrement circulaire, où les cheveux étaient naturellement 
coupés, ou plutôt cassés à une ou deux lignes au-dessus du niveau de 
l'épiderme. A cette place, la peau était extrêmement sèche, plus com- 
pacte, plus serrée, que les parties voisines qui étaient saines ; les aspé- 
rités qui se faisaient remarquer étaient sensibles à la vue et surtout au 
toucher ; elles étaient semblables à celles qui deviennent apparentes sur 
la surface de la peau à la suite de l'impression subite du froid, ou après 
le frisson causé par un sentiment d'horreur, enfin, à ce que l'on appelle 
vulgairement la chair de poule. La teinte de la peau était un peu 
bleuâtre; mais, lorsqu'on la grattait, la surface soumise à ce frottement 
se recouvrait d'une poussière fine et très blanche, que l'on peut com- 
parer à de la farine très ténue. » 

(*) Les quatre autres porrigos de Willam-Bateman étaient : 1" le porrigo larvalis, 
eczéma impétigineux, croûtes de tait du premier âge ; 2" le porrigo furfurans qui est 
notre pityriasis capitis, mélangé à des eczémas squameux secs ; 3° le pomgo decnl- 
vans, qui est notre pelade, Valopecia areqta de la dermatologie internationale; 
i°le porrigo favosa, qui est notre impétigo contagieux et l'eczéma impétigineux. 

( 2 ) On trouve sa description dans l'ouvrage de son frère, Mahon le jeune : 
Recherches sur le siège d la nature des teignes, 1829, 5 pi. colorées, p. 1401 



HISTORIQUE. 17 

Aucun dermatologiste ne peut se méprendre à cette description. 
C'est bien là celle de nos teignes tondantes dont le type clinique est 
encore aujourd'hui l'un des plus fréquents. 

Et non seulement le livre de Mahon décrivit la teigne tondante, mais 
il mentionna sa propagation fréquente à [la peau glabre, et même sa 
transmission possible aux ongles. Ainsi trois sur quatre des manifes- 
tations de la maladie furent, à la fois, et très précisément mises au 
jour par un observateur qui n'était pas un médecin. 

La découverte de Mahon eut peu d'écho. On retrouve, il est vrai, la 
teigne tonsurante dans la 2 e catégorie des dermatoses teigneuses d'Ali- 
bertC) et plusieurs de ses élèves la nommeront( 2 ) ; mais quand on par- 
court leurs textes on n'y trouve point le cachet de l'observation per- 
sonnelle, comme dans Mahon, et, au contraire, on y ,trouve d'évi- 
dentes confusions de mots et de choses. Du reste la plupart des 
auteurs contemporains, Rayer, par exemple, ignorent absolument la 
teigne tondante ( 5 ) ne la nomment ni ne la décrivent; et il me paraît 
tout à fait vraisemblable que le diagnostic de la teigne tondante ne 
fut jamais porté en France, de 1850 à 184-0, excepté chez les frères 
Mahon. 

Ainsi donc et pour résumer l'histoire ancienne de cette maladie : une 
mauvaise description et une bonne planche de Willan-Bateman, une 
bonne description et une planche médiocre de Mahon, description 
reprise par Alibert, et c'est tout. Les contemporains négligent et con- 
tinuent d'ignorer la nouvelle entité morbide. Et c'est en 1840 que 
Cazenave la retrouve et la décrit ( 4 ). 

Cette fois, la description est tout à fait magistrale, à ce point que 
désormais la maladie ne pourra plus être méconnue. 

Le titre de cette note : Porrigo decalvans et Herpès tonsurans, 
annonce une différenciation entre la pelade et la teigne tondante, et 
montre à quel point le porrigo decalvans de Bateman, notre pelade 
actuelle restait encore confondue parmi les affections du cuir chevelu 
mal différenciées. 

Le travail de Cazenave se trouve donc être, à la fois, la première 

(*) Alibert. Monographie des Dermatoses, 1832-1835. Les dermatoses teigneuses 
comprenaient quatre groupes : 1° achores, 2° porrigines, 3° favus, 4° trichoma 
ou plique. Les porrigines étaient au nombre de quatre : p. furfuracée, amian- 
tacée, granulée et tonsurante. 

( 2 ) P. Baumes. Nouvelle Dermatologie. Lyon, 1842, t. II, chap. VI, ordre V. 
Éruptions squameuses, p. 34. Consulter à ce sujet la note 2 de la page 70 du 
tome II du présent ouvrage. 

( 3 ) Rayer. Traité théorique et pratique des maladies de la peau. Paris, J.-B. Bail- 
Hère, 1826-27, 2 vol. in-8° avec atlas. — 2 e édition, 1855, 3 vol. in-8° avec un atlas 
de 20 planches. 

( 4 ) A. Cazenave. Porrigo decalvans et herpès tonsurans. Annales des maladies 
de la peau, Paris, 1845-44, p. 37-44. 

LES TEIGNES. 2 



18 LES TEIGNES. 

complète description clinique de la teigne tondante, et la première 
différenciation de cette teigne et de la pelade. 

« Au mois d'août 1840, je fus appelé dans un collège de Paris, pour 
donner des soins à un assez grand nombre de jeunes gens atteints d'une 
éruption du cuir chevelu, éruption identique chez tous, et évidemment 
transmise par contagion. J'avais, quelque temps auparavant, donné, en 
ville, des soins à deux petits malades atteints de la même affection, et 
dont le plus jeune, appartenant à ce collège, était considéré comme le 
point de départ de la maladie. En observant l'éruption de près, et avec 
attention, je fus frappé de sa forme ronde, de sa marche excentrique, 
de sa superfïcialité, et je restai aussitôt convaincu que j'avais affaire à 
une variété de l'herpès, à cette forme que j'ai appelée l'herpès squameux, 
et dans laquelle l'état vésiculeux est si fugace, si éphémère, qu'il est 
presque toujours difficile de l'apprécier. J'avais l'avantage de pouvoir 
étudier la maladie à ses diverses phases, et je pus en constater sur place, 
pour ainsi dire, le développement et l'évolution. Au premier aspect, 
l'éruption était caractérisée par des plaques très petites, pour la plupart, 
mais, régulièrement arrondies, sèches, d'un aspect grisâtre, recouvertes 
de squames, ou plutôt de farines, d'une sorte de poussière se détachant 
avec facilité. En étudiant de plus près ces plaques, je pus, avec la loupe, 
reconnaître quelques points encore évidemment vésiculeux, et, ce qui ne 
permettait pas le moindre doute, je retrouvai dans la plupart des cas, sur 
le front ou sur le cou des petits malades, des disques d'herpès circiné. 

... Enfin, si les plaques, même les plus petites, étaient évidemment 
dégarnies de cheveux, l'alopécie était plus apparente que réelle, puisque 
les cheveux étaient seulement coupés court, comme rasés, à 1 ou l 2 milli- 
mètres du cuir chevelu. » 

« Cette circonstance, en me donnant le secret de la teigne tondante 
de M. Mahon, achevait de m'éclairer sur toutes nos hésitations ou nos 
erreurs ; je compris qu'une partie au moins du ringworm des Anglais, que 
cet herpès mystérieux pressenti par Biett, que la teigne tondante, étaient 
une seule et même maladie n'ayant rien de commun avec le porrigo et 
je n'hésitai pas à lui donner le nom d'herpès tonsurant, qui exprimait à 
la fois et la nature vraie, et l'aspect caractéristique de cette éruption. » 

A partir de ce moment, la teigne tondante entrait définitivement 
dans le cadre nosographique, et ne devait plus être oubliée ou ignorée 
de personne. Mais sa différenciation, qui nous paraît si simple, avec la 
pelade, restait pour la plupart, fort obscure, assez pour fournir encore 
matière, dans l'avenir, à d'amples confusions, dont nous aurons à 
rappeler l'histoire chemin faisant. 



HERPES CIRCINÉ 

On a beaucoup reproché à Gazenave le nom d'herpès tonsurans ('). 
Mieux valait sans doute le nom de teigne tondante qui ne préjugeait 

(') E. BesNieiî. Note* de K/tposi, t. II, p. Ï98. 



HISTORIQUE. 19 

en rien la nature de la maladie. Je vois pourtant à ee mot une grande 
qualité, car il rapprochait l'herpès tonsurans de l'herpès circinatus de 
Bateman, c'est-à-dire du ringworm, il tendait à identifier, avec les 
Anglais, les deux types objectifs que revêt la maladie, sur les régions 
pilaires et sur les régions glabres. 

Cette notion, que Mahon avait fournie, était retombée en oubli. A la 
vérité le nom d'herpès circiné était passé en France, mais il servait à 
désigner de la façon la plus confuse toutes les lésions nummulaires, 
annulaires et circinées, plus ou moins analogues aux cercles trichophy- 
tiques, et que nous savons maintenant en différencier, depuis le pity- 
riasis rosé de Gibert, jusqu'aux placards du type de 1' « Eczéma 
séborrhéique de Unna » etc.. En 1855, Rayer (') décrit l'herpès cir- 
cinatus comme une éruption saisonnière et non contagieuse, de 
cause inconnue et sa description symptomatique est des plus insuffi- 
santes. En 1840, Gibert ( s ) ne mentionne même pas la parenté possible 
de l'herpès circinatus avec la teigne tondante; il l'identifie aux petits 
cercles du pityriasis stéatoïde présternal. Et c'est peu à peu que la 
notion de l'identité de l'herpès circiné et de l'herpès tonsurant se fera 
jour dans l'esprit de Cazenave jusqu'à prendre sa forme parfaite dans 
son Traité des maladies du cuir chevelu ( 3 ). 

Ainsi les quatre manifestations de la maladie à laquelle Hardy 
devait donner, un peu plus tard, le nom générique de trichophytie ont 
une histoire ancienne qui précède les découvertes des micrographes. 
Nous l'avons vu pour la trichophytie cutanée avec le ringworm, pour 
la tondante, pour Yonychose avec Bateman et avec Mahon; mais l'his- 
toire des teignes de la barbe est encore plus ancienne. Leur description 
se retrouve aisément jusque dans les livres antiques. 



HISTOIRE DÈS TEIGNES TONDANTES DE LA BARBE 

Les lésions des teignes tondantes de la barbe ressemblent extrê- 
mement aux lésions suppuratives simples, aux pyodermites de la 
même région et naturellemeiit, leur double histoire se trouvait alors 
confondue. 

Les Grecs distinguaient parmi les inflammations cutanées, les A/wpeç 
et les l\7)fia. Les a'/wpsç étaient semble-t-il, les épidermites superficielles, 
et les X7|piales dermites profondes. Au début du xix' siècle, Alibert 

(') Rayer. Traité théorique et pratique des maladies de la peau, 1855, p. 501. 

( a ) C.-M. Gibert. Traité pratique des maladies spéciales de la peau. 2 e Édition, 
1840, p. 157. 

( 5 ) A. Cazenave. Traité des maladies du cuir chevelu, in-8 . Bafllière, étfit. Feins, 
1850, p. 196. 



20 LES TEIGNES, 

distinguait encore les eczémas impétigineux de l'en lance sous le nom 
â,]Achore* et le mot de Kérian s'est conservé, même jusqu'à nous, 
toujours pour désigner les folliculites agminées en dermite profonde. 

Les dermites profondes d'origine folliculaire ne sont nulle part plus 
fréquentes qu'à la barbe, et c'est là qu'elles ont de tous temps été le 
mieux étudiées. On les disait sycosiques, de tyuxcv, figue (ouverte), et 
Guy de Ghauliac distinguait entre ses cinq teignes la Unea ficoxn. Nous 
disons encore : les Sycosis pour désigner les dermites folliculitiques de 
la barbe. Le sycosis menti, ou mentagre, avait acquis à Rome une 
grande célébrité, du l'ait d'une épidémie grave, qui avait sévi sous le 
principat de Claude, et que Pline le Jeune avait relatée dans sa fameuse 
histoire du monde en 57 livres. Un certain chevalier Persinus avait 
rapporté d'Asie à Rome une mentagre. A celte époque, les hommes 
s'abordaient en s'embrassant ; une épidémie s'ensuivit, fort sérieuse, 
à ce qu'il semble. Les lésions de dermite profonde étaient horribles, 
la maladie très durable. Des empiriques égyptiens la guérirent avec 
des caustiques, mais au prix de cicatrices abominables. Ce texte de 
Pline hanta tout le moyen âge, et les auteurs de tous les temps ont 
retracé sa description qu'on retrouve encore dans Gibert ('). 

Parmi nos vieux auteurs, Lorry place la mentagre parmi les impé- 
tigines, comme Galien. Nous plaçons aujourd'hui encore la lésion 
élémentaire des pyodermites de la barbe parmi les impétigos pustu- 
leux. Pour Rayer : 

« Le sycosis est caractérisé par l'éruption successive de plusieurs 
petites pustules acuminées, semblables à celles de la couperose, éparses 
ou disposées en groupe*, sur le menton, la lèvre supérieure, les régions 
sous maxillaires et les parties latérales de la face( 2 ). » 

Rayer rattache au sycosis banal, très justement, l'acné pustuleuse 
cohérente de la nuque « sycosis capillitii », Il en décrit les indurations 

(') Gibebt. Loc. cit., 2 e édit, 1840, p. 198. 

(-) Rayer. Traité Ihéor. et prat. des mal. de la peau. 2 e Édit., 1835, p. 519. Je 
transcris ici une note de Rayer intéressante à plus d'un titre : « Celse (De 
remedica. Lib. VI, cap. 3), Aétius (Tetrab. I. Serai, "2, Cap. 80, 190) et Paul d'Égine 
(Pauli Aeginetae opéra. Lib. III, cap. 22) ont indiqué deux variétés de sycosis, 
dont une correspond évidemment à l'éruption que je viens de décrire. Pline 
(Plinii secundi. Natur. historiœ libri XXXVII, Venise 1569. In-fol. Lib. XXIV, 
cap. I, n° 4) en a fait une peinture vive et animée sous le nom de mentagre et 
la croyait contagieuse. L'expression sycosis (de auxov, figue) ne rappelle "qu'un 
des aspects de l'éruption, ses tubercules rouges; le mot mentagre est moins con- 
venable encore, car il est applicable à toutes les éruptions du menton, et ne 
peut l'être aux sycosis développés exclusivement sur la lèvre supérieure. 

Willan, Bateman, MM. Macartney et Samuel Plumbe ont rangé à tort le sycosis 
parmi les tubercules. Je n'ai pu consulter la dissertation de Johrenius (A. Johre- 
nius, Diss. de mentagra. In-4°, Francfo. ad Viadrum, 1662). M. Alibert a décrit 
le sycosis sous le nom de dartre pustuleuse mentagre. 



HISTORIQUE. 21 

profondes. Il ne distingue pas un sycôsis qui soil contagieux, mais 
reste en doute au sujet de la contagiosité de tous. De tous les textes 
que j'ai lus sur ce sujet, il ressort que, vers 1830, la dermatologie fran- 
çaise reconnaissait très bien les inflammations chroniques de la barbe, 
qu'elle les identifiait aux dermites profondes de tous sièges, et que si 
elle ignora, jusqu'à Gazenave, l'origine el le siège folliculaires de ces 
dermites profondes, elle admettait leur parenté comme prouvée avec 
les dermites pustuleuses en général. C'était là une idée parfaitement 
juste. Mais la dermatologie confondait ainsi, parmi les pyodermites 
locales, les teignes tondantes de la barbe qui peuvent affecter en ce 
siège une forme inflammatoire analogue. Nous verrons par contre des 
auteurs s'imaginer un peu plus tard que tous les sycosis sont de la 
teigne : la vérité doit souvent trouver son chemin entre des erreurs 
inverses. 



RECHERCHES DE GRUBY SUR LES TEIGNES TONDANTES 

Dans l'histoire des teignes tondantes, l'intervention du microscope 
apporta subitement, comme dans la question du favus, des lumières 
nouvelles; et ces lumières, c'est le même homme : D. Gruby, qui eut 
l'honneur de les fournir. 

Depuis son mémoire sur le favus, que nous avons étudié plus haut, 
Gruby, qui observait le plus souvent dans un service hospitalier d'en- 
fants, avait consacré un an à des recherches sur le muguet. Mais, à 
partir de 184!2, il s'appliqua de nouveau à l'étude des affections des 
régions pilaires, et publia, en trois années, trois mémoires, sur trois 
teignes, différentes entre elles, et différentes du favus. Le premier de 
ces trois mémoires eut pour objet une teigne de la barbe et pour 
titre : Sur une espèce de mentagre contagieuse résultant du développe- 
ment d'un nouveau cryptogame, dans la racine des poils de la barbe 
de V homme ('). 

( l ) Comptes rendus de l'Académie des Sciences. Tome XV, p. 51 L 2. 
L'importance historique des travaux de Gruby est telle, que je crois utile 
de donner ici le texte même de ses mémoires. Voici le mémoire sur la mentagre. 

« Dans de précédentes communications, j'ai fait voir que deux maladies, la 
teigne laveuse et le muguet des enfants, résultent du développement de cer- 
tains cryptogames dans les tissus de l'homme vivant. 

Aujourd'hui, j'ai l'honneur de soumettre au jugement de l'Académie mes 
recherches sur une troisième espèce de cryptogame qui s'établit dans la gaine 
du poil de la barbe chez l'homme, et qui vient y constituer une maladie qui n'a 
pas été jusqu'à présent suffisamment caractérisée. 

Cette maladie siège dans la partie pileuse de la face ; mais plus ordinairement 
elle occupe le menton, la lèvre supérieure et les joues. 

Elle couvre toutes ces parties d'écaillés blanches, grises et jaunâtres; ces 



22 



LES TEIGNES. 



Assurément ce mémoire n'est pas sans défaut. D'abord, il est extrê- 
mement sommaire; en outre, il contient une description clinique qui 
est, sans aucun doute, celle du cas que Gruby avait observé; mais ce 
cas est plutôt parmi les cas d'exception de la maladie qu'il décrivait. 

Enfin, et comme dans tous les autres mémoires du même auteur, 
la description clinique y est tellement succincte, et, peut-on dire, 
sacrifiée, que le lecteur a peine à reconnaître le type morbide dont 
il est question. Néanmoins tous ces défauts n'entament en rien la 
valeur micrographique de ce travail. 

La question, d'abord, est bien posée : 

« 11 s'agît d'un cryptogame qui s'établit dans la gaine du poil de la 
barbe, chez l'homme, et y constitue une maladie qui n'a pas été jus- 
qu'à présent suffisamment caractérisée. Mais l'auteur ajoute : « Celte 
maladie siège dans la partie pileuse de la face, mais plus ordinaire- 
ment elle occupe le menton, la lèvre supérieure et les joues. 

Or la maladie qu'il décrit est en réalité si rare à la moustache que 

écailles sont de 2 à 6 millimètres de largeur sur 3 à <S millimètres de longueur ; 
elles sont un peu convexes au milieu, leurs bords sont anguleux, un peu 
déprimés et traversés de toutes parts par les poils ; elles, ne sont que légère- 
ment attachées à la peau sous-jacente, elles adhèrent fortement aux poils. 

En examinant les écailles sous le microscope, on reconnaît qu'elles ne sont 
composées que de cellules d'épiderme; mais l'examen microscopique du poil 
démontre que toute sa partie dermatique est entourée de cryptogames formant 
une couche végétale entre la gaine du poil et le poil lui-même, de telle sorte que 
le poil est enfoncé dans une gaine exclusivement formée de cryptogames, comme 
un doigt dans un gant. Mais, chose remarquable, les cryptogames ne dépassent 
jamais la surface de l'épiderme cutané ; ils prennent naissance dans la matrice 
du poil et dans les cellules dont sa gaine est composée, et ils remontent pour 
envelopper la partie du poil engagée dans la peau. Ils se présentent partout avec 
une quantité innombrable de sporules qui restent adhérents, d'une part, à la 
surface interne de la gaine du poil et, d'autre part, au poil lui-même ; ils sont 
tellement attachés à la gaine, qu'il est difficile de les en séparer sans la déchirer. 

Du reste, à l'exception des cryptogames, on ne trouve aucun autre produit 
pathologique, ni globules de pus, ni globules inflammatoires. 

Les cellules de la gaine du poil conservent leur transparence et leur forme 
normale; elles sont moins adhérentes entre elles, c'est-à-dire qu'on peut plus 
facilement les séparer les unes des autres que dans l'état physiologique, 

On peut facilement distinguer les trois espèces de cryptogames de la teigne 
laveuse, du muguet et tle la nientagre aux caractères suivants : 



DANS LES PORIUGOIUIYTES 

(Cryptogames de la teigne faveuse). 

1" Les cryptogames se logent entre 
les cellules épidermiques. 

2° Ils descendent sur les follicules 
du poil. 

•> Ils sont enfermés dans des cap- 
sules propres. 

i" Ils n'ont que très rarement des 
granules daRS leurs tiges. 

5° Leurs sporules sont grands et 
ordinairement ovales. 



DANS LES MENTAGROPHYTES 

(Cryptogames de la mentagre). 

I" Les cryptogames se logent entre 
le poil et sa gaine. 

2° Ils remontent de la racine du 
poil vers l'épiderme. 

5° Ils n'ont point de capsule. 

4° Ils ont presque toujours des gra- 
nules dans leurs tiges. 

5° Leurs sporules sont petits et or- 
dinairement ronds. 



HISTORIQUE. 



23 



je n'en ai pas vu, en quinze ans d'observation, plus de deux ou trois 
exemples. De ce seul mot de Gruby peut-être, est sortie une longue 
confusion entre les sycosis dus aux microbes pyogènes, très fréquents 
à la lèvre supérieure, et lamentagre mycosique qui très ordinairement 
ne l'atteint pas. En outre, la description clinique qui suit est celle 
d'une lésion sèche, squameuse, et la mentagre mycosique, qui peut à 
la vérité exister sous cette forme sèche, s'accompagne bien plus sou- 
vent de réaction inflammatoire et même de suppuration. Ceci confirme 
ce que je disais, que Gruby avait dû décrire le cas particulier qu'il 
avait vu et non pas un grand nombre de cas de cette affection. 

Quant à la description du parasite elle est topique et d'une pré- 
cision qui ne laisse prise à aucun doute. 

« L'examen microscopique du poil, dit Gruby, démontre que toute sa 
partie dermatique est entourée de cryptogames, formant une couche 
végétale entre la gaine du poil et le poil lui-même, de telle sorte que le 
poil est enfoncé dans une gaine exclusivement formée de cryptogames, 
comme un doigt dans un gant. Mais, chose remarquable, les crypto- 
games ne dépassent jamais la surface de l'épiderme cutané,... » 

C'est là le type parasitaire de ce que nous appelons aujourd'hui un 
Trichophyton ectothrix. En somme, et pour résumer en deux mots 
l'objet de ce mémoire, il décrit dans la barbe une affection sèche, 
desquamative, non suppurée, dans laquelle un feutrage mycosique 
constitue une gaine à la partie radiculaire du poil malade. 



Il 



Tous les mémoires de Gruby le montrent mycologue supérieur et 
dermatologiste médiocre. 11 n'aurait pas dû lui suffire de décrire des 
parasites nouveaux; sa gloire d'inventeur et de précurseur des doc- 
trines expérimentales eût été plus grande s'il eût indiqué en quels 
types morbides il avait trouvé ces parasites, d'une façon telle que 
d'autres auteurs eussent pu aisément pratiquer les recherches de 
contrôle nécessaires. 



DANS LES APHTHOPHYTES. 

(Cryptogames du muguet). 

1° Les cryptogames sont logés entre 
les cellules d'épithélium. 
2° Ils forment des champignons. 

5° Leurs branches se détachent de 
la tige selon des angles aigus. 
4° Les branches sont rarement striées. 



DANS LES MENTAGROPHYTES 

(Cryptogames de la mentagre). 

1° Les cryptogames sont logés clans 
les gaines du poil. 

2° Ils ne forment point de champi- 
gnons. 

5° Leurs branches se détachent selon 
des angles de 40 à 8(1». 

4° Leurs branches sont toujours 
striées. 



2k LES TEIGNES. 

J'ai dit que la médecine d'alors connaissait les inflammations chro- 
niques de la barbe et du menton, mais la teigne que Gruby venait de 
décrire demeurait confondue parmi elles. Les auteurs qui, dans la 
suite, croiront vraie la description de Gruby, voudront retrouver son 
parasite dans toute affection de la région. Et les négateurs qui, dans 
un cas, ne l'y retrouveront pas, auront beau jeu à nier sa constance et 
sa valeur causale. 

Pour le mémoire qui va suivre, les contusions seront pires encore. 
Le beau texte de Cazenave qui venait de différencier la teigne ton- 
dante de la pelade, se trouva presque exactement contemporain du 
mémoire de Gruby sur le même sujet. Et Cazenave était encore à peu 
près seul, parmi les médecins à avoir la connaissance clinique exacte 
de la teigne tondante. Dans ses mémoires suivants, Gruby allait donc 
l'aire la preuve de l'origine mycosique de maladies encore tort mal 
différenciées pour tout le monde. Dans ces conditions, une parfaite 
description objective des faits cliniques eût été nécessaire, sans quoi 
de nombreuses confusions étaient à prévoir; il n'y a pas à s'étonner 
beaucoup qu'elles se soient produites. 

Le mémoire suivant de Gruby a pour titre : Recherches sur lànature, 
le siège et le développement du « Porrigo decalvans » ou Phyto-alopécie (*) . 

Or le porrigo decalvans n'avait alors qu'une définition^ celle de 
Bateman, et pour Bateman il était caractérisé par des taches ch/iuves, 
sur lesquelles la peau lisse, unie, brillante et blanche ne montrait plus 
aucun cheveu. Et voici au contraire la définition clinique que Gruby 
en donne : 

« Le porrigo decalvans se caractérise, comme on sait, par des plaques 
arrondies, couvertes d'une poussière blanche et de petites écailles grisâ- 
tres, et par la chute des cheveux. » 

Si l'on ajoute à cette définition, que Gruby décrit les cheveux ma- 
lades comme ayant trois millimètres de long hors de la peau, on se 
rendra compte qu'il n'y a rien de commun entre la tache chauve, à 
peau unie, décrite par Bateman et la plaque grisâtre couverte de che- 
veux mal rasés, décrite par Gruby sous le môme nom. 

Donc il y avait, dans l'observation de Gruby, une première et très 
grosse erreur. Non seulement il ne décrivait pas nettement la maladie 
dans laquelle il allait trouver un nouveau parasite, il ne la décrivait 
pas, du moins, assez pour qu'on pût la reconnaître à coup sûr, mais 
encore il lui donnait le nom d'une maladie différente. 

Cette erreur, que tous les dermatologistes auraient dû reconnaître 
de suite, ne fut d'abord reconnue par aucun d'eux. 

(') Comptes rendus <l<- l'Académie îles Sciences (séance du 11 août Î843. 
Tome XVII, p. 501. 



HISTORIQUE, 25 

Autre omission des plus graves et des plus grosses de conséquences ; 
dans tout son texte, lorsque Gruby parle des « individus » atteints de 
la maladie qu'il décrit, pas une seule fois il ne mentionne qu'elle soit 
spéciale à l'enfance ; il pouvait assurément ignorer ce fait, mais au 
moins devait-il dire qu'il ne l'avait observée que chez des enfants. 
Aucun lecteur ne pouvait le deviner, alors que le précédent mémoire 
de l'auteur avait une maladie de la barbe pour objet. 

Mais lorsque Gruby, quittant le terrain de la clinique, commence la 
description microscopique, cette description met en évidence toute 
sa maîtrise. Assurément, quelques points de ce tableau sont à modi- 
fier ou à compléter. Néanmoins, même avec ses lacunes et ses légères 
erreurs, ce mémoire n'en reste pas moins une merveille de véracité et 
de précision; il n'est pas inutile de faire remarquer que lorsque j'ai 
retrouvé, en 1892, le même parasite, sans savoir qu'il eût été décrit, 
déjà par personne, ma description fut loin de valoir celle que Gruby 
en avait donné cinquante ans plus tôt ('). 

(') Voici le texte intégral du mémoire de Gruby : 

•• Le porrigo decalvans se caractérise, comme on sait, par des plaques 
arrondies, couvertes d'une poussière blanche et de petites écailles grisâtres, 
et par la chute des cheveux. 

En examinant attentivement sous le microscope, cette poussière blanche qui 
couvre la peau dans le porrigo decalvans, on sera étonné de la trouver formée 
entièrement par des cryptogames. En soumettant au microscope les cheveux 
provenant d'individus atteints de cette maladie, on y remarque une grande 
quantité de cryptogames qui les entourent de tous côtés, et leur forment une 
véritable gaine végétale qui les accompagne depuis leur sortie de la peau jus- 
qu'à la distance de 1 à 5 millimètres. 

En examinant au microscope la gaine dont je parle, on voit sa véritable com- 
position végétale. Les cryptogames en sont admirablement rangés et feutrés 
pour constituer un tuyau ou gaine végétale solide autour de chaque cheveu. 
Ces cryptogames sont composés de branches, tiges et sporules. Les branches 
prennent naissance dans le tissu des cheveux, et constituent la couche interne 
de la gaine, tandis que les spores forment la couche externe. (L'épaisseur de 

la paroi de la gaine est égale à -t-t-t- de millim. de diamètre). Les tiges ont une 

forme ondulée ; elles suivent la direction des fibres des cheveux ; elles sont transpa- 

2 5 

rentes : leur diamètre est de -y— — à -r^ de millimètre de diamètre. Dans leur 

intérieur, elles ne contiennent pas de mollécules; elles se bifurquent quelques 
fois en formant des branches d'un angle de 30 jusqu'à 50 degrés. Les tiges et 
les branches sont d'ailleurs du même diamètre. 

Les branches se distinguent des tiges par des sporules qui les accompagnent; 
elles se terminent à la surface externe de la gaine en se couvrant complètement 
de sporules. Les sporules garnissent la surface externe de la gaine et se pres- 
sent les unes contre les autres au même niveau ; cependant on en rencontre 
quelques-unes à la surface des cheveux, adhérentes aux branches. Les sporules 
sont ordinairement rondes, il y en a aussi quelques-unes d'ovales ; leur dia- 

1 5 

mètre est de jjr-— à t^? de millimètre: Les sporules ovales sont un peu plus 

2 5 i -S 

grandes : elles ont de r^ à j-^ sur j-^ à j^ ) de millimètre de diamètre. 



26 LES TEIGNES. 

Qu'on lise avec soin ce texte admirable, on y retrouvera la descrip- 
tion précise de tous les éléments caractéristiques du parasite. 

D'abord est décrite la gaine entourant le cheveu à son émergence 
de la peau, et l'auteur insiste sur ce fait que rien d'autre ne la consti- 
tue que le pasasite lui-même. L'écorce faite d'une mosaïque despores 

Elles sont transparentes, ne contiennent point de molécules dans leur intérieur, 
et dans l'eau elles se gonflent. 

J'appellerai ces cryptogames, à cause de la petitesse de ces sporules, Micros- 
porufn, et, pour attacher à cette partie nouvelle de la Pathologie, le nom de ce 
célèbre académicien qui, par ses belles recherches sur la muscardine, a beau- 
coup contribué à diriger les esprits sur les plantes parasites qui détruisent les 
tissus vivants des animaux, je propose le nom de microsporum Audouïni, pour 
dénoter les individus végétaux qui constituent le Porrigo decalvans. 

Le tissu du poil est altéré par la quantité de microsporum Audouïni qui se 
fixe à sa surface. D'abord le cheveu devient opaque à l'endroit où les crypto- 
games sont placés ; sa surface lisse devient rugueuse. L épithèlium qui tapisse 
la surlace des cheveux perd son éclat et sa cohésion, il tombe peu à peu. Le 
tissu des cheveux lui-même devient friable, cassant ; un tel cheveu casse même 
par la simple flexion, et de là, partout où les plantes parasites ont envahi le 
lissu de cheveux (sic), les cheveux tombent peu à peu jusqu'à ce qu'il n'en reste 
aucune trace. L'endroit où les cheveux sont tombés est d'un blanc grisâtre, 
parce qu'il y a encore une quantité de cryptogames qui reste à la surface de 
l'épiderme dont les cellules sont devenues le siège. 

Outre ces cryptogames, on n'y rencontre aucun produit pathologique, ni 
inflammation, ni vésicules, ni pustules, ni hypertrophie de l'épiderme. Cette 
maladie de la peau doit donc être placée dans la nouvelle classe des maladies 
parasitaires végétales, c'est-à-dire une nouvelle classe de maladies que j'ai 
nommées phytoparasites, à côté de la teigne faveuse, de la phytomentagre et 
du muguet. 

Les mierospores d'Audouïn qui constituent le phyto-alopécie (c'est le nom par 
lequel je propose de distinguer cette affection), ont beaucoup d'analogie avec 
les cryptogames qui constituent la maladie que j'ai décrite sous le nom de 
phytomentagre; mais ils se distinguent surtout par le siège. Les cryptogames 
dans la mentagre sont placés dans les follicules des poils, et même autour de 
leur racine ; les microspores d'Audouïn au contraire, sont placés autour de la 
partie aérienne des cheveux. Les sporules de la microsporie d'Audouïn sont 
plus petites, ses branches plus courtes que dans les mentagrophytes. 

Le microsporum Audouïni commence son développement à la surface des 
cheveux, à 1 ou 2 millimètres de l'épiderme. On voit le tissu des cheveux devenir 

moins transparent dans une étendue de tjtttt à jtttt- de millimètres. Il se déve- 

1 2 

loppe de petites molécules, à peine mesurables, de y-j^ à de millimètre 

de diamètre. Le tissu ainsi altéré est accompagné de fibres ou cellules plus 
larges que les fibres des cheveux, allongées, qui sont placées parallèlementavec 
l'axe des cheveux, et c'est dans cette partie qu'on observe les premières traces 
du microsporum Audouïni, qui, en s'étalant entièrement sur les cheveux, et de 
là, par contact immédiat sur plusieurs cheveux, les altère peu à peu jusqu'à 
ce qu'ils tombent en morceaux et provoquent l'alopécie. 

Les cryptogames se développent et se multiplient avec une rapidité incroyable; 
il suffit qu'un point de la peau soit atteint, pour qu'en peu de jours une plaque 
de ." à \ centimètres soit couverte de plantes parasites. Les cheveux, à l'endroit 
où ils sortent de la peau, deviennent grisâtres, et, en huit jours, ils cassent au 
même endroit, où les cryptogames les entourent. Les cheveux dont le diamètre 
est plus épais résistent plus longtemps, et à mesure que les cheveux sortent 



HISTORIQUE. 27 

contigûes, les filaments mycéliens parasitaires dans le corps du che- 
veu, leurs bifurcations, leur terminaison sous l'écorce sporulaire, tout 
cela est décrit merveilleusement bien, et le mémoire se termine par 
l'exposé des caractères différentiels du parasite des mentagres et du 
nouveau parasite décrit : le Microsporum Audouïni. 

Dans cette description micrographique, certains points de détail 
concernant la structure du Microsporum Audouïni seront par la suite 
repris et précisés ; ainsi, le sens des bifurcations mycéliennes, la direc- 
tion descendante des filaments mycéliens, et les rapports existant 
entre les filaments mycéliens et les éléments sporulaires du parasite. 
Mais, d'une part, plusieurs de ces points sont encore aujourd'hui liti- 
gieux, et, sur d'autres, beaucoup d'erreurs ont été faites, que ne fait 
pas le texte du premier observateur, car il est bien remarquable après 
soixante-cinq ans passés de ne pouvoir guère y relever que des omis- 
sions et non des erreurs. 



III 

Dix mois plus tard, Gruby présentait à l'Académie des sciences un 
nouveau et dernier mémoire sur un sujet analogue au précédent. Il 
est intitulé : Recherches sur les cryptogames qui constituent la maladie 
contagieuse du cuir chevelu décrite sous le nom de teigne tondante 
(Mahon). Herpès tonsurans (Cazenave)( 1 ). 

Ce mémoire est sans conteste le meilleur et le plus parfait que l'au- 
teur ait fourni. Il est d'ailleurs à remarquer que la valeur technique 
micrographique de chacun d'eux s'accroît dans l'ordre même où ils 
ont paru. 

A la vérité, les mêmes défauts que j'ai signalés dans les mémoires 
précédents, existent encore dans celui-ci, et en premier lieu l'insuffi- 
sance des descriptions cliniques, car elles ne permettent pas au der- 
matologiste de savoir quel est le type morbide, auquel s'appliquent 
les descriptions microscopiques qu'on va lire. Le titre de ce dernier 

de leurs follicules, ils sont attaqués par ces plantes parasites : on y voit même 
autour, les cryptogames s'accumuler et former une petite élévation grisâtre de 

7 à millimètre de diamètre ; et ce sont les mêmes élévations qu'on a consi- 

dérées comme pustules, vésicules ou sécrétions de follicules sébacés. 

La nature végétale du porrigo decalvans est un fait qui porte à regarder cette 
affection comme contagieuse ; et à ce titre elle exige les mêmes précautions de 
l'isolement que la teigne faveuse et le mentagrophyte. Aussi, les praticiens 
doivent-ils faire des efforts pour détruire ce parasite végétal qui a résisté jus- 
qu'aujourd'hui à tous les traitements empiriques. » 

( l ) Comptes rendus de l 'Académie des Sciences (séance du 1 er avril 18i4).T. XVIII, 
p. 585. 



28 LES TEIGNES. 

mémoire (') semble précis, mais sa clarté n'est qu'apparente. Les trois 
lignes dans lesquelles Gruby décrit la teigne tondante de Mahon sont 
presque identiques à celles par lesquelles il définissait le Pofrigo 
décdlvaris dans le mémoire précédent. Dès lors ces deux mémoires 

(') Voici le texte intégral de ce mémoire : Sur la nature, le siège et le développe- 
ment de la teigne tondante, ou de la rizo-phyto-alopécie. 

« Depuis que j'ai eu l'honneur de communiquer à l'Académie, mes recherches 
sur la nature végétale de la phyto-alopécie (Porrigo decalvans), je n'ai pas 
cessé de continuer mes expériences sur les maladies contagieuses dont la 
nature nous est inconnue, et notamment sur celles qui attaquent le cuir che- 
velu. Parmi ces maladies, il en est une que sa nature contagieuse et l'opiniâtreté 
qu'elle oppose aux divers traitements à l'aide desquels on a cherché jusqu'ici à 
la combattre, signalent à l'attention des pathologistes. Je veux parler de la 
teigne tondante de M. Mahon, ou herpès tonsurans de M. Cazenave, affection 
caractérisée par la chute partielle des cheveux, et la formation sur les lieux 
dégarnis, de plaques arrondies couvertes de petites écailles blanches et de 
petites aspérités analogues à ce qu'on appelle vulgairement la chair de poule. 

En examinant, avec attention sous le microscope les fragments de cheveux 
provenant de la teigne tondante, on reconnaît que tout leur tissu est rempli de 
cryptogames et que les cheveux sont encore couverts de leurs écailles épider- 
miques, lorsque leur intérieur est déjà plein de sporules. 

Les sporules de ces cryptogames sont ordinairement rondes, transparentes, 
incolores; leur surface est lisse; à l'intérieur, elles ne contiennent qu'une sub- 
tance homogène. Leur diamètre varie de 2 à 6 et de 4 à 8 millièmes de millimètre. 

Ces cryptogames prennent naissance à l'intérieur de la racine des cheveux, 
sous la forme d'un groupe de sporules rondes ; de ces sporules naissent peu à 
peu des filaments articulés en chapelet, qui en se développant, rampent dans 
l'intérieur du tissu des cheveux, parallèlement à leur axe longitudinal, en mon- 
tant en ligne droite. A mesure que le cheveu pousse, les cryptogames, qu'il 
renferme dans l'intérieur de son tissu, poussent également, et jusqu'à ce qu'il 
sorte de son follicule. La quantité de sporules est tellement augmentée qu'elle 
remplit complètement l'intérieur du cheveu dont le tissu normal n'est presque 
plus reconnaissable. 

Changements qu'éprouvent les cheveux par suite du développement des crypto- 
games. Pour bien apprécier les changements qu'éprouvent les cheveux dans la 
teigne tondante, il ne suffit pas d'étudier les fragments qui garnissent ordinaire- 
ment les plaques de cuir chevelu à l'endroit où la maladie est bien développée ; 
mais il faut aussi étudier les cheveux qui ne sont pas encore totalement envahis 
par les cryptogames et qui ne sont même pas encore cassés; alors on voit que 
l'intérieur des racines seul est devenu opaque et garni de sporules, tandis que 
le reste des cheveux est entier et complètement normal. 

A mesure que le cryptogame se développe dans la partie dermatique des 
cheveux, celle-ci devient de plus en plus opaque. A mesure que les crypto- 
games remplissent le tissu du cheveu, celui-ci devient gris, opaque, perd de 
son élasticité et de sa cohésion; son tissu est tellement ramolli, que le moindre 
frottement suffit pour le briser; il augmente de diamètre, sans d'ailleurs dis- 
continuer de pousser. 

Ordinairement, les cheveux se cassent à 2 ou 5 millimètres de la peau, jamais 
en ligne nette, et ils laissent des inégalités imitant des espèces de filaments. 

Il arrive quelques fois que les cheveux se cassent avant d'être sortis de leurs 
follicules, et alors l'ouverture qui devait leur donner issue est occupée par la 
matière sébacée qui se durcit au contact de l'air. Cette matière, poussée par le 
cheveu qui continue à croître, forme en se soulevant, une petite saillie semi- 
transparente dans laquelle les cheveux malades, ramollis, s'engagent et s'entor- 
tillent de telle sorte que cette petite élévation composée de matière sébacée 
endurcie, de cellules d'épiderme desséché, d'un à ." cheveux malades différem- 



HISTORIQUE.. 29 

posent un dilemme : ou bien le travail précédent s'applique vraiment 
au Porrigo decalvans de Bateman, à ce que Bazin dès lors appelait 
la Pelade : c'est ce que tous les contemporains croiront, mais alors, 
la courte description que Gruby en donne, est non seulement in- 
suffisante mais fausse de tous points ; ou bien les deux derniers 
mémoires s'appliquent l'un et l'autre à des teignes tondantes qu'il 
faut expressément différencier, car elles demeurent confondues ; 
c'était là la vérité, et c'est ce que personne ne comprit, pas même 
Gruby. Dès que l'auteur aborde la description des cheveux malades et 
de leur parasite, toutes ses qualités se retrouvent : une seule erreur 
et de peu de conséquence quand il fait naître au fond de la racine 
pilaire le parasite dont les éléments sporulaires, en files ascendantes 
monteraient en ligne droite. Il n'y a nul doute aujourd'hui que la direc- 

raent courbés et remplis de sporules, offre l'aspect d'une substance opaline, et 
c'est peut-être pour cela qu'elle a été regardée comme une vésicule ou comme 
du pus desséché. 

Les mêmes élévations, jointes à celles qui résultent du gonflement des che- 
veux, gonflement qui a lieu même dans leur partie dermique, offrent l'aspect 
de chair de poule qu'on rencontre dans cette maladie. 

A mesure que les cryptogames cessent de se développer dans l'intérieur 
de la substance des cheveux, ceux-ci deviennent de plus en plus transparents, 
moins grisâtres, plus fermes et le diamètre en devient de plus en plus mince, 
jusqu'à ce que l'état normal soit complètement rétabli. 

Les cryptogames qui constituent la teigne tondante, diffèrent tellement de 
ceux qui constituent la phyto-alopécie, qu'il est impossible de confondre ces 
deux maladies. Leur siège même, leur développement et le rapport qu'ils offrent 
avec le tissu des cheveux, diffèrent également de celui de la phyto-alopécie. 

D'abord, les cryptogames de la teigne tondante ne sont formés que de 
sporules en chapelet ; rarement on voit des sporules allongées imitant des 
branches. 

Les cryptogames, de la phyto-alopécie au contraire, ont de nombreuses bran- 
ches courbées, ondulées et les sporules placées à leur côté. 

Dans la teigne tondante, les sporules sont grandes ; leur diamètre varie de 
"■1 à 6 sur 4 à 8 millièmes de millimètre. 

Les sporules des cryptogames de la phyto-alopécie, au contraire, sont extrê- 
mement petites ; leur diamètre n'est que de 1 à 5 millièmes de millimètre, et 
c'est aussi pourquoi je les ai appelées Microsporon. 

Dans la teigne tondante, les sporules remplissent l'intérieur des cheveux, 
tandis que leur surface externe est peu changée. 

Les sporules du Microsporon Audouïni, au contraire, sont placées à la surface 
externe des cheveux et forment une véritable gaine autour d'eux. 

Les cryptogames de la teigne tondante prennent naissance et se développent 
dans la racine des cheveux. 

Le Microsporon Audouïni, au contraire, se développe à la surface externe des 
cheveux, en dehors des follicules. 

Ces caractères sont tellement constants dans la teigne tondante, qu'il n'y a 
pas un seul cheveu malade dans cette affection qui ne les présente, 

La teigne tondante résulte uniquement du développement des cryptogames 
que nous avons déjà décrits, et elle mérite par conséquent d'être classée parmi 
les maladies dues à des parasites végétaux, à côté de la phyto-alopécie, de la 
mentagrophyte, de la porrigophyte et de l'aphtophyte. Et pour distinguer la 
teigne tondante de -la phyto-alopécie, je propose de donner à cette dernière, 
la dénomination de rizo-phyto-alopécie. » 



30 LES TEIGNES. 

tion du parasite ne soif inverse à celle du cheveu. Pour le reste de la 
description, tout est exact et d'une perfection de détail incroyable. 
L'auteur montre que le parasitisme reste limité à la portion radicu- 
laire du cheveu, et que ce parasitisme n'empêche nullement le cheveu 
de croître. Il décrit avec la dernière perfection les contournements du 
cheveu malade, à l'orifice de son follicule, et cette description est tel- 
lement précise qu'on pourrait presque affirmer l'espèce mycosique 
spéciale que Gruby avait sous les yeux. 

Enfin Gruby insiste avec des raisons péremptoires sur les différences 
fondamentales des deux derniers cryptogames qu'il a décrits. 

Les différences provenant de la topographie des parasites, de leur 
morphologie, de la dimension de leurs éléments sporulaires, sont 
notées avec une scrupuleuse exactitude. Évidemment un homme très 
averti de notre temps pourrait relever çà et là, tel détail, comme la 
localisation prétendue exclusive du Microspofûm Audouîni à la tige 
du cheveu, hors du follicule, etc., etc.... Mais, dans ses grandes lignes, 
le parallèle entre le Microsporum Audouîni et le dernier parasite décrit 
est d'une vérité extraordinaire. 

Ce mémoire se termine par un paragraphe audacieux attribuant 
chaque teigne à la seule présence du parasite qui la caractérise. Une 
telle affirmation nous semble simple aujourd'hui. Il fallait alors pres- 
que du génie pour la formuler. La suite nous le fera bien voir. 

Résumons maintenant les faits apportés par Gruby en ces trois 
écrits mémorables, car de tout le reste de sa vie, désormais, il n'écrira 
plus jamais sur ces sujets, même pour défendre ses affirmations contre 
ses contradicteurs. 

En ces trois dernières années 1812, 43, 44, Gruby a reconnu et 
décrit trois parasites. 

I. — Le premier dans la mentagre. Celui-ci est caractérisé par des 
éléments sporulaires situés entre la racine du cheveu et son follicule, 
c'est ce que nous appelons aujourd'hui un Trie hoph.y ton ectothrix. 

II. — 11 a décrit le second dans une maladie qu'il a malheureuse- 
ment nommée du nom attribué jusque-là à la pelade, mais les quelques 
caractères objectifs qu'il en donne sont d'une teigne tondante. Ce 
parasite enveloppe le cheveu d'une écorce de petites spores, et infiltre 
tout le cheveu de filaments qui s'y dédoublent et s'y multiplient. 

Le troisième parasite, dans la teigne tondante de Mahon, est un 
Triehop/tyton endot/rrix, parasite exclusivement inclus dans le che- 
veu, sous la forme de chaînes de spores verticales, tassées côte à côte, 
et qui remplissent le cheveu complètement. 

Voilà donc trois ordres de faits nouveaux nettement posés et affir- 
més. Chacun d'eux provoquera des recherches nouvelles, et des luttes 
scientifiques dont les chapitres suivants vont tracer l'histoire. 



HISTORIQUE. 31 



PREMIER ACCUEIL FAIT AUX DÉCOUVERTES DE GRUBY 
IDÉES DE LÉPOQUE SUR LA CONTAGION 

L'émoi que les découvertes de Gruby produisirent dans le monde 
médical l'ut considérable. Aussitôt, avant toutes vérifications, d'émi- 
nents pathologistes s'inscrivirent en faux contre elles. Comme après 
toutes les découvertes bactériologiques de la période qui suivit, des 
faits donnèrent lieu à des querelles de senïirnenl. On chercha à démon- 
trer philosophiquement que de telles théories étiologiques ne pou- 
vaient avoir aucune valeur. Dès -18-44, Cazenave répudie l'origine cryp- 
togamique des teignes, il se battra contre elle pendant 29 ans ('). 

Très vite aussi des esprits clairs comprirent combien les 'découvertes 
nouvelles précisaient et amplifiaient subitement les notions jusque-là 
si vagues concernant la contagion et l'épidémiologie. C'est alors que 
Requin écrivait ces mots admirables (-) : 

« Malgré la conscience de mon défaut de compétence en fait de micro-, 
graphie et de mycologie, je n'hésite pas à proclamer franchement, naïve- 
ment, je ne dirai pas ma conviction, mais bien mon penchant, mon sen- 
timent, ma croyance, en ce qui concerne, du moins, les teignes faveuses 
et tonsurantes, considérées comme étant dues au développement de 
petits végétaux, de parasites. Cette manière de voir explique à merveille 
la contagion de ces teignes là, contagion trop réelle, et en môme temps, 
toute superficielle, toute extérieure, comme la contagion de la gale. » 

Dès lors, il institue un chapitre des « maladies cutanées par pré- 
sence d'êtres parasites », comprenant la teigne laveuse, la teigne ton- 
surante, la phtiriase, la gale, etc.. et il crée le néologisme de « Der- 
mopathies parasites » pour les résumer. 

Dès lors aussi, le premier à' l'hôpital Saint-Louis, Bazin a la pleine 
conscience de la nature exclusivement parasitaire et exogène des 
teignes. Il comprend qu'elles ne réagissent pas sur la santé générale, 
que le favus même ne fait pas exception à cette règle, et il rompt 
nettement sur ce point avec les errements des temps passés (•"). 

Cependant, en 1845, avait paru, en suédois, et en 1848, en allemand, 
le travail de Malmsten, travail médiocre, et de tous points incom- 
parable à ceux de Gruby, plus célèbre qu'eux pourtant jusqu'en ces 
dernières années ( 4 ) . Il fut plus célèbre parce que Malmsten eut la pensée 
de nommer le parasite qu'il décrivait. Il le nomma Trichophylon 

(*) A. Cazenave. Article Teignes, du Dictionnaire de médecine en 50 volumes. 

( 2 ) Requin. Éléments de pathologie médicale. Paris, '1852, t. III, p. 156 et sui- 
vantes. 

( 3 ) Bazin. Recherches sur la nature et le traitement des teignes, 1852. 

( 4 ) Malmsten. Le mémoire de Stockholm est traduit en allemand par Creplrn, 
in Arch. fur Anal, und Physiol. von J. Millier, 1848. p. I. 



32 LES TEIGNES. 

G;'.; — yu-rov. Et ce l'ut le Trichophyton de Malmsten. Plus lard Hardy 
créa le néologisme : Trichophytie; la maladie et son parasite eurent 
dès lors leur état civil. Les mots ont un grand pouvoir; suivant qu'ils 
sont heureux ou médiocres, ils l'ont souvent accepter ou refuser L'idée 
dont ils portent le sens et la fortune. 

Cependant les objections pleuraient de toutes parts. C'était Léveillé, 
qui, malgré ses efforts, n'avait rien su voir qui ressemblât aux des- 
criptions de Gruby (') ou Malherbe, recommandant de ne pas confondre 
avec des végétaux, les globules des éléments solides ou liquides de 
l'organisme ( 2 ). Et Robin de répliquer : « Cette phrase suffira pour 
montrer à ceux qui connaissent la structure des éléments anato- 
miques animaux, d'une part, et les caractères des champignons, 
d'autre part, que M. Malherbe n'a bien vu ni les uns, ni les autres. » 
Les plus avisés parmi les pathologistes gardaient une prudente ré- 
serve^ 3 ). D'autres, sans nier l'existence même du champignon dans 
la teigne tondante, ne voulaient y voir qu'un fait sans importance cau- 
sale ( 4 ). Les plus désireux de voir et d'apprendre faisaient des erreurs 
techniques grossières. Bazin considérait des grossissements de 280- 
7)00 diamètres comme des grossissements de 700 à 800 diamètres ( s ). 
Ou bien les vues théoriques a priori faisaient la conviction positive de 
certains, comme les vues théoriques inverses faisaient les affirmations 
négatives d'autrui; ainsi Bazin voyait d'emblée dans la Pelade le 
Microsporum Audouïni décrit par Gruby dans une tondante ( 6 ) et 
pourtant, avec quatre parasites décrits, dont il devait méconnaître 
deux, Bazin affirmait l'existence de cinq teignes cryptogamiques ( 7 ). 

(') Léveillé. Article Mycologie du Dict. univ. d'hist. natur., de d'Orbigny, 1847. 

( â ) Malherbe. Étude* clinique* sur l'herpès tonsurant. Nantes, 1852. broch. in-8, 
p. Kl, suivies des notes de M. Letenneui'. 

( 5 ) Grisolle. Traité élémentaire de pathologie interne, 2 e édit., Paris, 1846, I, 
p. 561 et 565. C'est seulement dans la cinquième édition, en 1855, que l'origine 
parasitaire des teignes est signalée, non sans restrictions. 

('*) Letenneur. Réflexions sur l'herpès tonsurant, Nantes, in-8°, p, 17. L'auteur 
n'admet pas la présence du champignon, mais il n'a pas cherché à le voir et il 
ne le considérerait pas comme cause du mal, mais comme conséquence. 

( 5 ) Robin. Histoire naturelle des végétaux parasites, p. 403. 

( G ) Robin dit nettement (toc. cit., p. 424) que les documents apportés par 
M. Razin ne présentent de certitudes que pour la teigne faveuse, la teigne ton- 
surante et la mentagre et non pour les pelades, « ce qui ressort du reste de la 
lecture de son travail ». Et il ajoute judicieusement : « la plupart de ces docu- 
ments sont excellents, bien que parfois incomplets au point de vue de l'anatomie 
normale et pathologique ». 

( 7 ) 1° Teigne faveuse (Porrigo favosa et scutulata). 

2° Teigne tonsurante (teigne tondante de Mahon, herpès tonsurant de 
M. Cazenave). 

5° Teigne mentagre ou sy.cosique. 

4" Teigne achromateuse (Porrigo decalvans de Rateman; vitiligo du cuir che- 
velu de M. Cazenave). 

5° Teigne décalvante (alopécie idiopathique). 

(Razin. Recherches sur In nature et le traitement des teignes, 1852). 



HISTORIQUE. 33 

Pendant ce temps, Hardy publiait, à côté de deux dessins excel- 
lents, plusieurs autres, fantaisistes. Jusqu'en 1886 il croira que le 
Trichophyton peut pousser dans les glandes sébacées ('). 

Et puis, en vérité, les idées médicales de toute cette époque sur la 
contagion sont si étranges pour nous, aujourd'hui, que si nous vou- 
lons comprendre l'hostilité qui accueillit les découvertes de Gruby, il 
nous faut un peu les connaître. 

Rattacher l'idée de la contagion à la transmission d'un contage 
vivant, puisqu'il se reproduit, est une idée qui nous paraît aujourd'hui 
banale. Cette idée, le bon sens d'aujourd'hui suffit à la faire admettre. 
Mais le bon sens d'il y a cinquante ans lui était hostile. Tout parais- 
sait plus simple que cette idée-là. Cette idée paraissait ne pas pouvoir 
s'adapter à ce qu'on connaissait des lois de la contagion. L'esprit de 
l'homme moyen est essentiellement illogique ; il adore les mots qu'il 
ne comprend pas ; il préfère beaucoup un mystère à son explication 
naturelle ; une loi incomprise lui paraît quasi divine; elle perd de son 
prestige quand on lui en montre le mécanisme. Il y a des médecins 
célèbres qui étaient de pitoyables savants, mais qui auraient fait de 
très bons prêtres. 

En 1857, Devergie, partisan résolu de la génération spontanée, émet- 
tait comme hypothèse plausible : « L'acarus est un produit morbide de 
la gale, comme le mycoderme est le produit morbide de la teigne, 
comme l'insecte de l'acné punctata est le produit morbide de cette 
maladie, comme le pediculus est le produit morbide du prurigo pedicu- 
laire » ( 2 ). 

Dans la même brochure précitée, Letenneur disait : « Il est possible 
que l'existence de ces parasites soit réelle ; mais on aurait tort, comme 
le font les micrographes,... » de croire... « qu'ils sont la cause et non 
la conséquence de la maladie, et, bien plus, qu'ils sont toute la 
maladie ». 

Pour Cazenave ( 3 ) ce qui est hors de doute, bien qu'inexpliqué, c'est 
le principe contagieux de l'herpès tonsurant. 

Dix-huit ans plus tard il écrira encore ( 4 ) : 

« La contagion, ce principe inexplicable, joue un rôle aussi important 
que mystérieux dans certaines affections cutanées. Il suffit de signaler la 
gale, qui est essentiellement transmissible ; ce n'est pas là, à la rigueur, 
de la contagion proprement dite; c'est un insecte transmis d'un individu 
à un autre, et l'éruption, toute spéciale, il est vrai, qu'occasionne sa pré- 
sence n'est qu'un résultat qui disparaît avec elle. 

« Mais, la contagion existe incontestablement dans le favus, dans 

(') Hardy. Leçons sur les affections cutanées dartreuses, 1862, p. 368. 

( 2 ) Devergie. Traité pratique des maladies de la peau, II e édit., p. 566-567. 

( 3 ) A. Cazenave. Traité des maladies du cuir chevelu. Paris, 1850, in-8°, p. 40. 

( 4 ) A. Cazenave. Pathologie générale des maladies de ta peau, 1868, p. 250-251. 

les teignes. 3 



34 LES TEIGNES. 

Y herpès tonsurant.. Elle a élé l'origine d'une théorie nouvelle, dont j'ai 
déjà dit quelques mots, et qu'il importe d'examiner en détail: la théorie 
des végétaux parasites de la peau. 

« Le i'avus, essentiellement contagieux, avec son aspect particulier, 
avec ses croûtes toutes spéciales, a été le point de départ de cette théorie, 
L'imagination aidant, elle a fait tant de progrès que, je l'ai dit déjà, ce 
nouveau système, d'origine allemande, tend à substituer, pour toutes les 
maladies de la peau, le morbidisme végétal aux phénomènes patholo- 
giques que l'expérience nous a appris à voir dans ces affections. 

« Il est curieux de suivre la filière par laquelle l'esprit d'invention a été 
amené à englober tant de maladies dans le parasitisme. On a admis la 
nature parasitaire du favus pour expliquer la contagion: mais il y a une 
autre maladie du cuir chevelu qui est contagieuse, V herpès tonsurant.... 
Elle a dû avoir aussi son parasite.... » 

En regard de ce texte d'un homme intelligent, mais prévenu et 
obstiné, en voici un autre presque incompréhensible pour des gens 
nés après Pasteur. 

« Nous ne nions pas, écrit Devergie ('), 'l'existence de ces cryptogames, 
nous la constatons, au contraire ; seulement, au lieu de considérer les 
cryptogames comme cause absolue, constante de la maladie, nous les con- 
sidérons comme pouvant être tantôt effet, tantôt cause de l'affection, ce 
qui constitue une dissidence très grande d'opinion. 

Il y a la graine et le terrain. On guérit souvent la maladie par un trai- 
tement général, alors que les traitements antiparasitaires restent sans 
effet. 

Je repousse de toutes mes forces cette opinion, qu'il suffît de détruire 
le champignon pour détruire la maladie. » 

Ainsi pensait le monde savant en 1850 et quelques auteurs en 1857 
et 1868. Pour comprendre l'histoire dermatologique de cette époque, 
il est bon de ne pas ignorer cela. 



HISTOIRE DU MICROSPORUM AUDOUINI APRES GRUBY 

L'histoire des teignes tondantes après Gruby fut faite d'une série 
de quiproquos invraisemblables. 

On ne pourrait comprendre ce qui va suivre si l'on ne se rappelail 
d'abord que les travaux de Gruby sont, à quelques mois près, je l'ai 
dit, contemporains du travail de Cazenave qui venait de différencier 
explicitement la teigne tondante du Porrigo decalvans c'est-à-dire de 
notre Pelade ( 2 ). L'excellente étude de Cazenave séparait deux entités 

(') A. Devergie. Loc. cit., p. 499. 

(-) A. Cazenave. Porrigo decalvans et Herpès tonsurcms (in Annales /les maladies 
de la peau. Paris, 1845-1844, p. 37-44). 



HISTOIRE DU MICROSPORUM AUDOUÏNI APRES GRUBY. 35 

morbides qui nous paraissent aujourd'hui sans ressemblances, mais 
<[ui, à l'époque, étaient 1res mal différenciées ( r> ). 

Or, au même moment, Gruby, qui n'était pas un dermatologiste, 
trouvait, dans deux affections du cuir chevelu, fort analogues entre 
elles, deux parasites mycosiques différents. Il dut supposer que les 
deux parasites correspondaient aux deux maladies différenciées par 
Cazenave, que l'un devait appartenir au Porrigo decalvaris, et l'autre 
à ÏRerpès tonsitrant. A parler le langage toujours si baroque des der- 
matologistes, sans être dermatologiste soi-même, on risque les pires 
eonfusions. (".elle qui suivit dura cinquante ans. 

Il est étrange pourtant, que, parmi tous les cliniciens de cette époque, 
Cazenave seul ait compris l'erreur de Gruby et dit qu'en décrivant le 
porrigo decalvaus, Gruby « avait voulu parler de l'herpès tonsu- 
rant (-) ». 

Mais comme Cazenave était un adversaire systématique, la passion 
qu'il apportait dans le débat fit sans doute négliger son avis. Il reste 
quand même assez étonnant que Bazin, Hardy, Devergie, Gibert, qui 
ont connu Gruby et lui ont parlé, ne lui aient pas demandé, après 
avoir vu ses préparations, de quels cas cliniques elles provenaient. 

En tous cas l'erreur d'attribution du Microsporum Audouïni fut faite 
de suite, et ses conséquences poussées jusqu'au delà des limites 
croyables. 

Les deux teignes tondantes qu'avait analysées Gruby ont des symp- 
tômes tels que le diagnostic différentiel peut en être fait sans le mi- 
croscope, mais l'une a des caractères symplomatiques frappants, même 
à l'œil nu, même à distance, tandis que l'autre a des caractères dis- 
crets qu'on doit étudier de près et même à la loupe. A l'époque de 
Gruby, il était fatal que la plus évidente fut la seule remarquée, et 
qu'elle dut recouvrir l'autre. Jusqu'en 1892, une seule teigne tondante 
fut donc décrite par presque tous les auteurs, et c'était la plus fré- 
quente, la plus frappante comme symptômes. 

Pour Bazin, par exemple, la tondante, c'était la teigne constituée 
par des plaques grises, ardoisées, squameuses, couvertes de tronçons 
de cheveux engainés, blanchâtres. Bazin ne put jamais supposer, 
même un instant, que ce fut dans cette maladie que Gruby avait dé- 
couvert le Microsporum Audouïni, puisque Gruby disait l'avoir vu 
dans le Porrigo decalvaus, lequel, pour Bazin, était la Pelade. Com- 

(') Il y a, d'ailleurs, des cas de pelades à cheveux fragiles (E. Besnier) qui ne 
sont pas sans présenter d'étroites analogies objectives avec des cas de teigne 
tondante, ot il y a, d'autre part, des cas de teigne tondante s'accompagnant de 
déglabration périphérique (Bald-ringworm des Anglais), d'aspect extrêmement 
peladoïde. Ce sont ces cas qui, de tous temps, ont facilité ces confusions entre 
ileux affections qui dans leurs formes typiques sont très dissemblables. 

(-) A. Cazenave. Traité des maladies du cuir chevelu. Paris, 1850, p. 197. 



36 LES TEIGNES. 

ment ces deux auteurs auraient-ils pu s'entendre, ils ne parlaient pas 
le même langage. 

Bazin n'eut donc pas d'hésitation lorsqu'il attribua le Microsporum 
Audouïni à la Pelade. Or Bazin admettait alors deux pelades et ne 
savait pas bien dans laquelle Gruby avait décrit son parasite, mais, 
pour lui, c'était certainement dans l'une des deux ('). Et il admettait 
par provision que toutes deux fussent parasitaires (*). 

De tous les auteurs de cette époque, sauf l'irréductible Cazenave, 
aucun ne put se soustraire à la domination intellectuelle de Bazin. 
L'exemple en est frappant dans le fameux ouvrage de Bobin ( 3 ), qui 
est comme le compendiwm de la science de cette époque. Lorsque 
Bobin décrira le Microsporum Audouïni, il le donnera comme le cham- 
pignon de la teigne achromateuse [Porrigo decalvans de Bateman] 
(vitiligo du cuir chevelu de Cazenave) et de la teigne décalvante (alo- 
pécie idiopathique), d'après M. Bazin. 

Le Microsporum Audouïni est décrit par Bobin d'après Gruby, c'est 
à-dire parfaitement bien, et, chose plus remarquable, Bobin adopte 
jusqu'à la description clinique donnée par Gruby ( 4 ) : 

« Les parties du cuir chevelu, dont les poils se sont rompus, restent 
(run gris blanchâtre, à cause du cryptogame qui couvre ces surfaces.... » 

C'est qu'il a vu un enfant atteint de cette affection et qu'il a pu 
vérifier l'exactitude de la description malheureusement trop succincte 
de Gruby. Néanmoins il parle : 

« des plaques ou croûtes d'un gris blanchâtre qui recouvrent les par- 
ties du cuir chevelu dont les poils se sont brisés. » 

Or tout cela ne s'applique en aucune façon à la teigne achroma- 

(') « ... C'est encore à M. Gruby que nous sommes redevables du champignon 
propre au Porrigo decalvans ; que, par cette dernière expression, le célèbre 
niicrographe ait entendu le vitiligo du cuir chevelu, ou ce que j'appelle la teigne 
décalvante, peu importe; l'erreur n'a pas de conséquence en thérapeutique, 
puisque dans l'une et l'autre affection, il existe également une production mucé- 
dinée qui déracine le poil et détermine l'alopécie.... » 

« Dans toutes ces affections, le champignon détermine plus ou moins vite et 
d'une manière plus ou moins durable l'alopécie, mais enfin il l'amène toujours 
après lui. » Bazin. Recherches sur la nature et le traitement des teignes. Paris, 1852, 
p. 71. 

(-) La teigne décalvante est notre pelade : alopécie rapide sans squames, sans 
croûtes, sans décoloration des parties malades. Bazin en parle comme d'une 
chose curieuse (donc rare)? la teigne achromateuse est notre vitiligo, et Bazin le 
dit : vitiligo dermophytique. 

Bazin. Loc. cit. Cf. aussi : Des teignes achro maternes (Pion, 1855, in-8° ext. de la 
Gazette des Hôpitaux). 

( 3 ) Ch. Bobin. Histoire naturelle des végétaux parasites, etc.... Paris, 1853, p. 426. 

( 4 ) Bobin, (oc. rit., p. 428. 



HISTOIRE DU MICROSPORUM AUDOUINI APRÈS GRUBY. 37 

teuse ou décalvante de Bazin, notre pelade, dans laquelle les régions 
frappées sont toutes nues et la surface de la peau saine. 

Cela n'empêchera pas Robin, qui n'est pas un dermatologiste, de 
décrire l'évolution de la maladie d'après Bazin, et alors il parle de 
son extension aux sourcils, aux cils, aux favoris, aux moustaches, et 
successivement aux poils des diverses parties du corps, ce qui est le 
tableau évolutif des pelades graves. Il parle alors des plaques décou- 
pées, d'alopécie, sur lesquelles : 

« On trouve la peau saine, sans changement de couleur. Lorsqu'on 
examine les parties à la loupe, on n'aperçoit, sur les orifices béants des 
follicules pilifères, aucun vestige de poil. Il n'y a ni tuméfaction, ni rou- 
geur, ni squames.... » 

A la suite de Bazin ('), la dermatologie du monde entier se trompa 
sur l'attribution du Microsporum A udouïni. Tous les savants le cher- 
chèrent dans la Pelade, et naturellement ne le trouvèrent pas. En Alle- 
magne, cette erreur d'identification fut d'autant plus naturelle que 
la teigne due au Microsporum Audouïni n'y existe pas. Il eût existé 
que les Baerensprung(-),les Bceck ( 3 ), les Pincus ( i )et Scheerenberg( 5 ) 
et Rindfleisch ( 6 ) ne l'auraient pas trouvé dans l'Alopecia areata. 

( l ) Vers la fin de sa vie, Bazin, qui avait passé 15 ans à chercher le Micros- 
porum Audouïni de Grubydansla pelade, et qui l'avait même figuré (fig. 2, pi. IV 
de ses Leçons théoriques sur les affections cutanées parasitaires, II e édit., 1862). 
— adopta une théorie nouvelle. Il y a deux pelades. L'une, qu'il appelle décal- 
vante, est une « fausse pelade » trichophytique en réalité. (Bazin prenait-il les 
poils peladiques cassés pour des poils trichophytiques? ou bien avait-il ren- 
contré quelques cas de tondantes accompagnées d'alopécie périphérique dont 
nous parlons dans la note 1 de la page 150? Je ne sais). La seconde, la seule 
vraie pelade, ou pelade achromateuse, est celle qui est due au Microsporum 
Audouïni, mais elle est rare. Et alors, pour que son édifice nouveau présente 
cette architecture régulière et symétrique à laquelle il tenait tant, Bazin admet 
deux Trichophytons : le T. tonsurans pour la tondante (comprenant aussi le 
sycosis et l'herpès circiné)et le T.decalvans pour la pelade décalvante d'emblée. 
Le T. decalvans remplace donc le Microsporum Audouïni. Bazin le décrit mal, 
et on se demande, à la lecture, si cette description ne correspond pas à ce qui 
devait être, un an plus tard, la spore de Malassez et que Bazin serait ainsi le 
premier à avoir décrit : « Sur la tige des poils, les spores forment parfois de 
petits groupes isolés ou affectant une disposition racémiforme. Cette tige, elle- 
même, présente, de distance en distance, des renflements ou nodosités constituées 
par des fibres longitudinales dilatées et incurvées, et au travers desquelles on 
aperçoit des amas de sporules. C'est au niveau de ces renflements que se bri- 
sent les poils.... » (Dictionnaire de Dechambre, t. VII, art. Microsporon. p. 612). 

(-) Baerensprung. Ueber Area Celsi (Charité- Annalen, Jahrg, 1858, Heft. 5). 

( 3 ) Boeck. Beobachtungen ûber Area Celsi (Virchow Arch., XLIII, 1868, p. 556). 

( 4 ) Pincus. Ueber Alopecia areata und Herpès tonsurans (Deutsrhe Klinik, 1869, 
n" 1, 2, 14, 15, 18). 

( 5 ) Scheerenberg. Virchows Arch. fur Path. Anal., XL VI, p. 4. 

( 6 ) Rindfleisch. Area Celsi (Arch. fur Dennat. und Syph., 1869, p. 485. Cf. aussi 
Neumann (de Vienne), Traité des maladies de la peau. Trad. Darin. Paris, 188(1, 
p. 398). 



38 LES TEIGNES. 

Cependant, pour tous les dermatologues, la teigne que cause le 
Microsporum Audouïni était la vraie tondante trichophy tique, et les 
médecins en traçaient désormais des tableaux cliniques merveilleux 
de détail et de précision. Lisez Cazenave, sa description est si par- 
laite qu'on peut l'accepter toute entière ('). Il semble que l'auteur, 

(') A. Cazenave. Traité d?s maladies <la cuir chevelu (J.-B. Baillière, édit. Paris, 
1850, p. 191). 

Après avoir présenté ici les mémoires de Gruby, c'est justice de transcrire 
de même la description clinique de Cazenave. La voici : 

« Depuis 1X40, dit-il, j'ai pu observer un grand nombre de fois cette maladie 
qui semble avoir, dans ces derniers temps, fait de grands progrès et être 
aujourd'hui très commune en France : j'ai recueilli des documents complets 
qui me permettent de donner de cette éruption une histoire exacte et précise. » 

« § 2. Il existe donc une forme de l'herpès circiné, particulière au cuir che- 
velu, caractérisée par des plaques d'inégale grandeur, mais exactement arron- 
dies, sèches, d'un aspect grisâtre, et remarquables par une alopécie particulière, 
dans laquelle, le plus souvent, les cheveux sont seulement coupés court en 
forme de tonsure, mais si près de la peau que la dénudation parait complète à 
première vue. » 

« L'herpès tonsurant débute à la manière de l'herpès circiné, par un point 
d'ordinaire très petit, mais qui tend à s'élargir sans cesse, jusqu'à atteindre, par 
exemple, les dimensions d'une pièce de cinq francs et quelquefois plus. A leur 
début ces points sont rouges, animés, recouverts de vésicules (?) très ténues et 
aussi très éphémères, qui se terminent toujours par résolution, et deviennent 
le point de départ d'une desquamation qui persiste à toutes les phases de 
l'éruption, mais dont on ne s'aperçoit que quand la brisure du cheveu est déjà 
manifeste. La plaque s'élargit en suivant une marche excentrique; et si l'on 
observe attentivement l'évolution de la maladie, il semble que la brisure du 
poil précède l'état squameux : au moins dans les premiers temps et surtout 
quand la plaque est unique, la tonsure en est le caractère saillant. 

... Plus tard, surtout quand les plaques sont très larges, l'alopécie perd son 
caractère de tonsure, et les cheveux qui restent sont irrégulièrement épars sur 
une surface sèche, inégale. 

Quant à l'état squameux, il existe dans toute l'étendue de la plaque, si large 
qu'elle soit d'ailleurs, et dont le centre n'est jamais sain, bien qu'il soit sans 
rougeur et sans humidité. Il n'y a presque jamais de chaleur; quelquefois les 
malades accusent de la démangeaison. 

Les plaques présentent des diamètres qui peuvent varier depuis celui d'une 
pièce de 2 francs jusqu'à celui d'un ancien écu de six livres. 

Quand la plaque est unique, ce qui arrive assez fréquemment, elle dépasse 
rarement le diamètre de 2 à 5 centimètres : elle simule exactement une tonsure 
assez bien arrondie : les cheveux y sont coupés net, à 2 ou .1 millimètres de 
leur point de sortie; ils sont un peu dégarnis d'ailleurs et laissent voir une foule 
de petites squames blanches, très minces, répandues sur une surface grisâtre, 
comme un peu décolorée; les cheveux qui servent de limites immédiates à cette 
tonsure sont fournis et épais, comme dans tout le reste de la tète, et même 
ceux qui sont coupés ras sur la plaque malade conservent longtemps leur inté- 
grité sous tous les autres rapports. Quelquefois, il y a autour de cette plaque 
principale, deux ou trois petites tonsures inégales dont le développement reste 
incomplet. 

La tonsure peut aussi être multiple : il arrive même parfois que, par suite 
du développement excentrique et progressif des diverses plaques, celles-ci se 
joignant et se confondant, la tète soit en grande partie tondue, et que l'on ne 
retrouve plus qu'aux extrémités de l'éruption des moitiés ou des quarts de 
cercle qui permettent encore de reconstruire les plaques qui ont primitivement 
existé. La maladie alors a beaucoup perdu de son aspect caractéristique. C'est 



HISTOIRE DU MICROSPORUM AUDOUINI APRES GRUBY. 39 

fut d'autant meilleur clinicien qu'il haïssait le microscope davantage. 

Si l'on réunissait le tableau clinique qu'il fait de la maladie, au 
tableau microscopique de Gruby, l'ensemble serait parfait. 

Parcourez de même tous les ouvrages dermatologiques, si la des- 
cription de Cazenave reste la meilleure, néanmoins, c'est toujours la 
même teigne tondante que les autres ouvrages décrivent. A la vérité 
plusieurs auteurs de cette époque sont encore confus. Ainsi Gibert, qui 
décrit la teigne « furfnracée, herpétique ou tonsurante » comme 
Cazenave, mais qui appelle du nom très peu différent de teigne ton- 
dante la pelade à cheveux fragiles ('). De telles confusions de mots 
sont bien frappantes et expliquent beaucoup des confusions de faits 
que nous connaissons maintenant ( 2 ). 

Dans Gibert comme dans Bazin, la description de la tondante est 

surtout clans ce cas, qu'au lieu d'une ou plusieurs tonsures bien nettes, une 
plus ou moins grande partie du cuir chevelu présente de larges surfaces 
inégales, farineuses, grisâtres, sans turgescence aucune, couvertes de cheveux 
plus rares et disséminés. J'ai vu plusieurs fois, quand la maladie existait déjà 
depuis longtemps, se développer de nouveau, au centre de ces surfaces, de 
petits disques d'herpès circiné, qui ne tardaient pas à se confondre avec la 
plaque farineuse ancienne. 

L'herpès tonsurant semble n'attaquer que la première et la seconde enfance; 
pour ma part, je ne l'ai pas encore rencontré à l'âge adulte. Je ne connais pas 
non plus d'exemple de récidive. Il peut se développer sur tous les points du 
cuir chevelu, mais il affecte de préférence, et bien évidemment, la partie posté- 
rieure et la face pariétale. Il a d'ailleurs une marche essentiellement chronique; 
il dure ordinairement plusieurs mois; je l'ai vu persister au delà d'une année. » 
(p. 196). 

•< Il est impossible de confondre la plaque farineuse d'un bleu grisâtre, tondue, 
de l'herpès, avec les plaques lisses, décolorées, d'un blanc de lait, chauves, du 
porrigo decalvans. » (p. 200). 

Tel est le. texte de Cazenave et c'est après ce texte d'une si remarquable 
vérité, et d'une si belle allure clinique que se trouve une lamentable étude de 
la pathogénie de cette affection : 

« La cause première, intime de l'herpès tonsurant nous échappe.... 

... Je n'insisterai que sur un point, c'est sur le peu de cas qu'il faut faire de 
ce qu'on a appelé les illusions du microscope.... 

... Ce qui est hors de doute, bien qu'inexpliqué, c'est le principe contagieux de 
l'herpès tonsurant », etc. (p. 197). 

( x ) C. M. Gibert. Traité pratique des maladies de ta peau, 1860, t. I, p. 325. 

( 2 ) Gibert transcrit d'ailleurs la description de Bazin : « La teigne tonsurante 
est une affection contagieuse du système pileux, caractérisée par la décolora- 
tion des poils, l'altération de leurs qualités physiques, qui les rend fragiles et 
susceptibles de se casser à quelques lignes de leur insertion sur la peau; par 
l'état chagriné bleuâtre, hérissé de follicules pileux, et aussi par des squames 
blanches, minces, pulvérulentes, formant de petites gaines à la base des poils. » 

Pour Bazin, « la partie malade est en outre recouverte d'écaillés et de 
squames blanches comparables... à de l'amiante, ou mieux encore au duvet 
blanchâtre qui recouvre la coque de l'amande avant sa maturité. Ces petits 
flocons blancs... forment des gaines (aux cheveux). Les plaques s'élargissent 
de jour en jour, finissent par se rencontrer et forment alors de larges surfaces; 
si l'on veut arracher, avec les pinces, les cheveux rompus qui recouvrent la 
plaque, on les brise de nouveau un peu plus près de leur insertion ». Bazin, 
Recherches sur la nature et le traitement des teignes. 



40 LES TEIGNES. 

absolument caractéristique. La description laite par Devergie ne Test 
pas moins. Impossible de se méprendre sur la nature de ces plaques, 
grandes au maximum comme une pièce de cinq francs, 

« tapissées d'une sorte de poussière grise, sale, adhérente, formant 
moitié duvet, moitié écailles ( 1 ), » 

Devergie ajoute d'ailleurs à son texte une figure qui représente; 
sans doute possible, le cheveu du Microsporum Audouïni ( 2 ). 

Bref, après des années, tous les dermatologistes savaient diagnos- 
tiquer la tondante due au Microsporum Audouïni, mais ils appelaient 
son parasite le Trichophyton, et personne n'ayant retrouvé le Micro- 
sporum Audouïni dans la pelade, on admettait que Gruby s'était com- 
plètement trompé dans sa description: 

Alors Bazin écrivait cette affirmation tranchante : « Malheureusement, 
la plus grande partie du mémoire de M. Gruby n'est qu'un roman ( 3 ). » 

De même, après avoir décrit, comme tondante trichophytique, la 
teigne du Microsporum Audouïni ', Lailler dira en parlant des mémoires 
de Gruby : 

La description [du parasite] y est si incomplète au. point de vue histo- 
logique, si obscure au point de vue clinique, qu'il faut arriver jusqu'à 
Malmsten pour avoir une notion précise sur le Trichophyton (*). 

Avec Cazenave, Hardy avait pourtant supposé que Gruby avait 
décrit comme pelade une tondante ( s ), mais, de tous les cliniciens de 
cette génération et de la génération suivante, un seul, Tenneson, un 
bibliophile, relisant dans le texte des Mémoires de Gruby, avait pleine- 
ment compris la confusion faite par ses contemporains et avait écrit 
cette phrase caractéristique : 

« Il suffît de lire la note de Gruby pour se convaincre qu'il avait en 
vue, non la pelade, mais la teigne tondante.... Il a donc simplement mé- 
connu « le porrigo decalvans » de Bateman et appliqué le mot à contre- 
sens ; mais, on ne s'en est pas aperçu, et le Microsporum Audouïni 
a été patronné, figuré par Bazin, comme le parasite de la pelade ( 6 ). » 

(*) Devergie. Loc. cit., p. 275-276. 

(-) « Le diagnostic de cette affection, ajoute-t-il, est très facile. La dénudation 
d'un ou plusieurs points de la tête, sur une surface grisâtre ou légèrement 
squameuse, couverte de cheveux de 3 à 4 millimètres, grisâtres eux-mêmes £ 
la forme ovoïde de la plaque, l'aspect de tonsure qu'elle représente forment 
autant de caractères... pour reconnaître Ja maladie. » (Loc. cit., p. 546). 

( 3 ) Bazin. Leçons théoriques sur les affections cutanées parasitaires. Paris, 1858. 
(Cf. p. 144 et p. 196). 

( 4 ) Lailler. Leçons cliniques sur les teignes, recueillies par Landouzy, 1878, 
p. 33. 

( 3 ) Hardy. Traité pratique et descriptif des maladies de la peau. Paris, 1886, 
p. 570. 

( 6 ) H. Tenneson. Traité clinique de Dermatologie. Paris, 1895, grand in-8°. Doin, 
édit., p. 223. 



IDENTIFICATION EN FRANCE DE L'HERPES C1RC1NE. kl 

Mais, dira-t-on, comment des centaines de cliniciens ont-ils pu pra- 
tiquer dans la teigne tondante des milliers d'examens sans reconnaître 
le Microsporum Audouïni si exactement décrit par Gruby? C'est qu'à 
l'inverse de Gruby ils étaient cliniciens, mais non pas micrographes. 
S'ils ont vu mille t'ois le Microsporum Audouïni sans le reconnaître, cela 
tient à bien des causes. D'abord les cliniciens examinent des cheveux 
malades quelconques, le plus souvent pris au hasard, sans chercher à 
l'aire porter leur examen sur les plus typiques, et les plus intacts. Ils 
les épilaient brusquement, sans chercher, par une épilation lente, à les 
épiler entiers, ou du moins à les casser le plus près possible du bulbe. 
Leurs préparations étaient faites brutalement, sans souci de ménager 
le plus possible les rapports des éléments parasitaires. Souvent les 
préparations que ces auteurs ont fait représenter étaient bien dessinées, 
mais c'étaient des préparations médiocres. 

Je connais trois dessins de cette époque représentant le Microsporum 
Audouïni, tous trois, d'ailleurs, sous le nom de Trichophyton. L'un est 
le dessin de Devergie mentionné plus haut (') avec la légende : Her- 
pès tonsurant. ThrichopKyton (sic) 200 diamètres; le second est une 
coupe du cuir chevelu dans la teigne tondante due à Frédéric Taylor ( 2 ) ; 
le troisième est un dessin de Hardy, que nous avons déjà mentionné. 
Bien plus, et le chapitre suivant en fera la preuve, les dermatologistes 
de cette époque ne connaissent que le Microsporum Audouïni sous le 
nom de Trichophyton. Devergie ne décrit que k les groupes de petites 
spores parsemant Fécorce du cheveu, et même, il plaisante les des- 
criptions qui représentent le Trichophyton comme composé de 
grosses spores en chaînes, « que, dit-il, on ne rencontre jamais ». 

Arrêtons ici l'histoire de cette suite ininterrompue d'erreurs et de 
confusions. Elle montre à quel point l'étude microscopique des teignes 
restait incomplète, et combien il était nécessaire de la reprendre par 
la base. 

Nous allons voir maintenant ce qu'était devenue pendant ce temps 
l'histoire de la trichophytie vraie et du Trichophyton, et d'abord je 
dois dire quand on parvint en France à l'identification définitive des 
tondantes et de l'herpès circiné. 



IDENTIFICATION DÉFINITIVE EN FRANCE DE L HERPES CIRCINE 
ET DE LA TEIGNE TONDANTE 

J'ai exposé plus haut comment le ringworm, traditionnellement 
connu en Angleterre, avait été de prime abord rattaché à la tondante 

(') DevergiK. Traité pratique des maladies de la peau, II* édit., 1857, PI. VI. 
( 2 ) Medieo chirurgical transactions, 1879. 



42 LES TEIGNES. 

par Willan, Bateman et Samuel Pkimbe, et que Mahon, en France, 
avait fait la même identification entre les deux manifestations de la 
maladie aux régions glabres et chevelues. Néanmoins, lorsque Caze- 
nave reconnut de nouveau la même identité en 1850, elle était encore 
assez incertaine pour que son affirmation eût toute la saveur dune 
nouveauté. 

Parlant de l'épidémie de teigne tondante qu'il avait observée en IN il), 
il écrit : 

« J'ai trouvé, dans un grand nombre de cas, c'est-à-dire i l'ois sur 5, 
des disques d'herpès circiné, développés en même temps sur des points 
plus ou moins éloignés du cuir chevelu; j'en ai vu sur les membres, au 
devant de la poitrine (M, mais c'est surtout au cou et au front que je les 
ai rencontrés le plus fréquemment. Ce fait est très important, ne fût-ce 
qu'au point de vue du diagnostic, et surtout pour établir, sinon la nature, 
au moins la forme positive de cette maladie si curieuse : il acquerra plus 
de valeur encore quand je dirai que j'ai vu plusieurs l'ois ces mêmes 
plaques se communiquer du cuir chevelu aux autres régions, et même 
de ces régions au cuir chevelu. » 

Afin que l'identité des deux lésions et leur communauté d'origine 
soient mieux affirmées, Cazenave ajoute encore : 

« ... J'ai vu plusieurs l'ois des disques qui existaient exactement aux 
limites du cuir chevelu, et dont une moitié, développée sur la peau, lais- 
sait voir manifestement le caractère vésiculeux, que l'on ne retrouvait 
plus que difficilement dans l'autre moitié, perdue dans les cheveux (-). » 

Presque à la même époque, Malherbe et Letenneur affirmaient à la 
fois l'identité de l'herpès circiné et de l'herpès tonsurant, leur exis- 
tence sur l'animal et leur contagion fréquente de l'animal à l'homme ( 3 ). 

Bazin, au contraire, repoussait l'identité de l'herpès circiné et de la 
teigne tondante, à cette époque, et ses raisons pouvaient alors paraître 
plausibles. 11 connaissait le favus en cercle « le favus herpeticus », et 
raisonnait ainsi : Le cercle d'herpès peut aussi bien précéder le favus 
que la trichophytie, donc il n'est ni l'un ni l'autre (''). Et la même 
objection arrêtait ses émules en Allemagne et en Angleterre; le favus 
pouvant s'accompagner de cercles comme la trichophytie, Tilbury Fox 

(') Remarquer que, dans tous les auteurs de ce temps, l'herpès circiné est 
indiqué comme fréquent à la poitrine, parce qu'on appelait à tort dé ce nom le 
pityriasis circiné surséborrhéique fréquent en ce siège. 

( 2 ) Cazenave. Traité des maladies du cuir chevelu. Paris. 1850, p. 201. 

( â ) Letenneur esl très explicite : « Je regarde comme un fait positif et qui 
doit être acquis à la science, que l'herpès circiné et l'herpès tonsurant sont 
également contagieux, soit de l'homme à l'homme, soit des animaux à l'homme. » 
Letenneur. Réflexion* sur l'herpès tonsurant. Nantes, 1852, p. 17. Cf. également : 
Malherbe. Éludes cliniques sur l'herpès tonsurant. Nantes, 1852. p. 10. 

( 4 ) Bazin. Recherches sur lu nature ri le traitement îles teignes, p. 69. 



IDENTIFICATION EN FRANCE DE L'HERPÈS CIRCINE. 43 

et Hebra purent penser que les deux maladies étaient dues au même 
parasite ('), quoique, toujours au nom de la clinique, un grand nombre 
de voix s'élevassent dès l'origine, et avec force, contre de telles 
confusions (*). Ces confusions provenaient surtout de ce fait que, sous 
le nom d'herpès circiné, on mélangeait des cas de pityriasis circiné 
pré-sternal, des cas d'eczéma nummulaire, de psoriasis annulaire, de 
pityriasis rosé, etc., ce qui rendait le rapport i\u cercle trichophy- 
lique à la tondante beaucoup moins précis. 

Peu à peu, cependant, Bazin s'éclaira par la méthode expérimen- 
tale. Il chercha et trouva le Trichophyton dans l'herpès circiné. Mais 
comme, pour la raison qui précède, il n'en trouvait pas dans tous 
les cas, il refusait encore sa conviction. 

« Je crois que l'herpès circiné favorise dans quelques cas 'le dévelop- 
pement du Trichophyton et joue, par conséquent, le rôle de cause pré- 
disposante ; mais, bien plus souvent, cet herpès fugace, temporaire est 
un des premiers signes de la germination du végétal parasite; c'est un 
effet, el non une cause ( 3 ). » 

Enfin, un an plus tard, Bazin, tout à fait converti, écrivait : 

« Tout herpès circiné est maintenant pour moi le signe de la germina- 
tion du Trichophyton ( 4 ). » 

Bientôt, emporté par son besoin de classification méthodique, sim- 
plificatrice et schématique, qui a été la première cause de toutes ses 
erreurs, Bazin voulut que l'herpès circiné fût le premier stade d'une 
évolution qui se continuait par le pityriasis alba de la tondante 
(2 e stade) et dont le sycosis serait e troisième stade. 

« Ce sont trois manifestations symplomaliques différentes, et, en 
même temps, trois périodes successives d'une même affection parasitaire. » 

Il forçait ainsi les rapports cliniques des types morbides pour expli- 
quer ce que leurs différences symptomatiques avaient encore d'inex- 
plicable. Hardy, plus maître de son imagination, n'admit pas les trois 
stades trichophytiques de Bazin : Herpès circiné, tondante, sycosis; il 

(') Tilbury Fox. The true nature and meaning of parasitic diseases of the 
surface (The Lancet, 2 et, 9 juillet, 1859, p. 5, et 31 septembre 1859, p. 260). Cf. 
aussi : Skin diseuses of parasilic origin, their nature, nnd treatment (1863, Londres). 
T. Fox croyait que le même parasite naissant était le Mierosporum Audoumi de. 
Gruby et faisait la pelade, plus âgé, faisait la trichophytie et, à son complet 
développement, le favus. 

( 2 ) Mac Call Anders'on. On the parasitic affections of the skia (Londres, 1.86 1 
et 1868). 

( 3 ) Bazin. Considérations générales sur lu menlagre et les teignes de la face (in-8°, 
Pion, 1854). 

( 4 ) Bazin. Cours de séméiolique cutanée, suivi <lc leçons théoriques et pratiques sut- 
la scrofule el les teignes (in-8\ Paris, 1855, Pion). 



kk LES TEIGNES. 

« considère ces trois formes morbides comme des variétés différentes 
produites par un même champignon, sans qu'il y ait réellement de lien 
chronologique entre elles (')- » 

Quant à Devergie, il *admet une par une les idées de Bazin et le 
nomme à peine. Juhel-Rénoy a déjà fait remarquer combien la con- 
duite de Devergie en cette occasion avait été gauche et peu loyale. 

Depuis que M. Baerensprung a découvert un cryptogame dans l'herpès 
circiné ( 2 ), qui n'est pas accompagné d'herpès tonsurant, notre attention 
a été appelée sur le fait de la contagion. Or, il s'est présenté dernière- 
ment, à notre consultation de l'hôpital Saint-Louis, une femme qui avait 
plusieurs plaques d'herpès, les unes au cou, les autres sur l'avant-bras. 
Elle m'a dit qu'ayant retiré de nourrice ses deux enfants, l'un d'eux, qui 
était atteint de cette maladie, l'avait communiquée à l'autre ; qu'elle 
l'avait gagnée d'eux, et que son mari en était aussi atteint. L'herpès doit 
donc être considéré comme une maladie contagieuse par le cryptogame 
dont il peut être accompagné. » 

Toutes les fois que Devergie observe et qu'il décrit, il est excellent, 
toutes les fois qu'il interprète et fait de la théorie, il est au-dessous du 
médiocre : 

« L'herpès tonsurant, contagieux de sa nature, développe sur la tête 
d'autres enfants, et par contagion, des plaques d'herpès tonsurant.... 
Sur les enfants qui en sont atteints, il peut développer ou il peut se dé- 
velopper des plaques d'herpès circiné sur le cou, les bras, la poitrine, 
qui coïncident avec l'herpès tonsurant..., l'herpès tonsurant peut faire 
naître de l'herpès circiné sur des parties autres que le cuir chevelu chez 
des enfants ou chez des adultes, et alors, ces sortes d'herpès circinés 
coïncident avec l'existence du même cryptogame que celui qui existe sur 
les plaques d'herpès tonsurant, c'est-à-dire le trichophyton ; ce qui n'em- 
pêche pas qu'il puisse exister des herpès circinés développés spontané- 
ment et qui sont exempts de toute production végétale...; il est très dou- 
teux jusqu'alors que l'herpès tonsurant soit précédé ou soit accompagné 
d'un bourrelet vésiculeux comme l'herpès circiné; enfin, que l'herpès 
tonsurant est une maladie essentiellement parasitaire ( 3 ) (sic). » 

Toutes les confusions dont ces textes témoignent se poursuivirent lon- 
guement. Comme il est arrivé pour l'identification de toutes les lésions 

(') Hardy. Leçons sur les. maladies de la peau, 1858-1859. 

( 2 ) Il n'y a aucun doute aujourd'hui que la découverte du Trichophyton dans 
l'herpès circiné ne soit l'œuvre de Bazin, bien qu'à diverses reprises Devergie 
ait tout fait pour lui en retirer la priorité et la transmettre à Baerensprung. Il 
est démontré que Baerensprung, élève à l'hôpital Saint-Louis, dans le service 
de Bazin, commença ses recherches à l'imitation de celles du maître, et la 
publication de ses résultats est postérieure aussi aux affirmations de Bazin. 
Cf : Devergie. Traité pratique des maladies de ta. peau, II e édit., 1857, p. 268. — 
Le travail de Baerensprung fut publié dans les Annalen des Charité-Krankenhauses, 
6" année, 1855. 

( 5 ) A. Devergie. Traité pratique des maladies de la peau, II e édit., 1857, p. 543. 



LA TONDANTE TRICHOPHYTIQUE APRÈS GRUBY. kb 

parasitaires de la peau, les auteurs au lieu de se baser sur la présence ou 
suiTabsence du Trichophyton dans une lésion, pour affirmer ou rejeter 
sa nature trichophy tique, admettaient comme herpès circiné toutes 
sortes de lésions disparates; alors il fallait conclure que le Trichophyton 
ne se rencontrait pas dans toutes. J'ai trop souvent entendu des méde- 
cins contemporains raisonner de la sorte à propos des uréthrites et du 
gonocoque, des impétigos etdu streptocoque, etc.. pour m'étonnerde 
ces erreurs de logique qui doivent appartenir à tous les temps. Il est 
certain, en tous cas, que cette erreur fut celle de tous les médecins 
d'alors : 

En 1886, Hardy écrit encore : 

« Dans les lamelles épidermiques qui constituent les squames [de 
l'herpès circiné], il est quelquefois possible de reconnaître, t au micro- 
scope, des spores parasitaires ; nous reviendrons plus tard sur ces dé- 
tails (*). 

Mêmes incertitudes dans les leçons cliniques de Lailler ( 2 ). Jusqu'en 
1895 on méconnaissait l'origine trichophy tique des folliculites agmi- 
nées. Et jusqu'aujourd'hui j'ai vu confondre, entre eux, et par des 
maîtres, l'herpès circiné inguinal et l'érythrasma.... 

Bazin avait fourni la preuve microscopique de l'identité de l'herpès- 
circiné et de la tondante ; la preuve par l'inoculation fut donnée par 
Bouchard ( 3 ), alors interne des hôpitaux de Lyon; il reproduisit sur 
lui-même l'herpès circiné, par l'inoculation des spores d'une tondante. 
Et par ces expériences fut achevée la démonstration de l'identité de 
l'herpès tonsurant et de l'herpès circiné que Bateman, Mahon et 
Samuel Plumbe avaient affirmée au nom de la clinique, quarante ans 
plus tôt. 



LA TONDANTE TRICHOPHYTIQUE APRÈS GRUBY 

De ce que nous avons raconté plus haut, il résulte que la tricho- 
phytie vraie demeura pendant cinquante ans, après Gruby, presque 
complètement méconnue. Sous ce nom on décrivait la teigne du 
Microspor um Audo uïni . 

De temps en temps, les observateurs rencontraient bien, dans les 
examens microscopiques des cheveux teigneux, un parasite composé 
de chaînes régulières de spores placées côte à côte, mais sans y atta- 

(*) Hardy. Loc. cit., p. 375. 

( 2 ) Lailler. Leçons cliniques sur les teignes, 1878, p. 40. 

( 3 ) Bouchard. Etudes expérimentales sur l'identité de l'herpès circiné et de l'herpès 
tonsurant, Lyon, 1860. 



k& LES TEK '.NES. 

cher d'importance, et on ne décrivait pas explicitement ce type mi- 
croscopique. Beaucoup de cliniciens comme Devergie ne connais 
saient même cet aspect parasitaire que par ouï-dire et n'y croyaient 
guère . 

Quant à la figuration du T.richophyton je ne l'ai rencontrée que dans 
le livre de Hardy (') où les cheveux des deux teignes sont figurés côte 
à côte, avec assez d'exactitude pour qu'ils soient tous deux reconnais- 
sablés, mais sans aucun texte quelconque faisant allusion à ta différence 
des deux types parasitaires ou qui la souligne de quelque manière que 
ce soit. 

Pendant toute la période qui va de 18 io à 1892, à mon avis, un seul 
document est valable sur ce sujet. 11 a été fourni par P. Auberl, mé- 
decin de l'hospice de l'Antiquaille, dans une note présentée à la 
Société des sciences médicales de Lyon, en juin 1876. ('/est la descrip- 
tion la plus précise et la plus minutieuse de la tondante trichophytique 
vraie et de son cheveu caractéristique. C'est la seule que j'aie pu trou- 
ver dans tous les livres dermatologiques que j'ai parcourus. Je citerai 
toutes les parties de cette note qui présentent de l'importance. 

Son titre indique la position de la question : Deux observations 
d'herpès tonsurant survenant chez des malades en cours de traitement 
pour un favus. 

L'auteur constate, en dehors des lésions l'aviques, 

« en divers points de la tête, mais surtout à la région occipitale, un cer- 
tain nombre de points noirs rappelant l'aspect d'un comédon et ne s'effa- 
çant pas sous une friction pratiquée avec un linge. Un examen plus 
attentif, fait à la loupe, permet de constater que ces points sont dus à 
un court fragment de poil enroulé sous l'épidémie, et l'examen micros- 
copique révèle dans ces poils une infiltration complète, par des spores 
ayant de 5 à 8 millièmes de millimètre de diamètre. » 

Relisez, comparativement à ce texte, le dernier mémoire de Gruby, 
vous y retrouverez tous ces détails, le cheveu qui « se casse avant 
d'être sorti de son follicule » et « s'entortille » à son orifice, le cheveu 



(') Hahd\. Rien que la juxtaposition de ces 2 dessins est à elle seule remar- 
quable. Comme figuration du Trichophytori vrai, nous mentionnerons encore une 
coupe de tondante trichophytique par Thin,dans sa note: « On the condition ol" 
the skin in tinea tonsurans. » (Medico-chirurgical transactions, mars 1878, vol. 61). 

Adamson cite encore les dessins de Malmsten (Millier'* Archiv., 1848) et de 
Baerensprung (Annalen des Charité-Krankenhanses, décembre 1855, p. 116). comme 
correspondant exactement au Trichophyton endothrix. 

En regard de ces préparations, comparer les ligures -2 et 4 de la pi. II, dans 
les : Recherches sur la nature cl le traitement des teignes de Bazin 1 , Paris, 1855, 
p. 68. Comparer : II. (1. Adamson. Observations un the parasites of ringworm 
(Brit. journ. <</' dermat., vol. 7, n° 81, et spécialement Plate I, tig. .". Plate II, 
lit'-. 5).' 



LA TONDANTE TRICHOPHYTIQUE APRÈS GRUBY. 47 

« rempli complètement » par les spores (de 4 à 8 y.) ; l'identité des deux 
textes est tout à fait frappante ('). 
Mais, continue l'auteur, 

« l'aspect symptomatique que revêt l'herpès lonsurant, en pareil cas, 
me parait mériter d'être mis en lumière plus que ne l'ont fait les 
ouvrages de dermatologie que j'ai pu consulter et qui né foui de ce 
symptôme aucune mention nette et bien positive. » 

El après ce texte déjà excellent, Aubert, en quelques mots, diffé- 
rencie cette forme de tondante de la plus communément décrite : 

... Alors «pie pour l'herpès, il est sans cesse question de l'aspect brisé, 
de la gaine blanchâtre qui enferme et entoure le tronçon du poil, il n'est 
pas question de l'aspect tout aussi caractéristique du point noir cpie 
revêt un poil infiltré sous l'épidémie^). 

A une séance ultérieure, réfutant les objections de M. Horand, 
Aubert ajoute de nouveaux caractères à ceux qu'il a donnés aux poils 
trichophyliques : 

« Si on les gralle avec une aiguille, comme le poil est excessivement 
friable, il se détache avec la lamelle épidermique qui le recouvre, et ce 
fragment de poil, mou, impuissant à réagir, garde sa petitesse et sa 
forme première.... On m'accuse d'embrouiller un peu la question si 
j'admets que, dans l'herpès lonsurant du cuir chevelu, les spores peuvent 
atteindre jusqu'à ou 7 millièmes de millimètre de diamètre, présenter 
quelquefois une forme ovale ou allongée, si j'admets encore que le my- 
célium peut exister en proportion appréciable. 

« Mais depuis longtemps déjà la présence du mycélium et des tubes 
sporophores a été signalée dans le Trichophyton. M. Bouchard, alors 
interne de Lyon et aujourd'hui médecin des hôpitaux de Paris, avait, dès 
r860, signalé l'extrême abondance de ces éléments dans l'herpès circulé. » 

Il semble un instant que l'excellent observateur va conclure comme 
Gruby, à l'existence de deux parasites différents donnant deux formes 
symptomatiques différentes, car il ajoute encore : 

(') Dans le texte suivant, je relève encore..." Nous croyons pouvoir conclure 
que les points noirs observés chez nos deux malades » sont « constitués par 
Venroûlement sous-épidermique d'un poil infiltré de spores ».... 

(-) Rien ne montre mieux l'état d'esprit des dermatologistes, sur cette question, 
à cette époque, que la discussion qui suivit cette présentation. M. Horand 
répond entre autres choses : « que les caractères assignés, par M. Aubert. au 
parasite végétal qui infiltre les cheveux, dans les cas de points noirs, se rappro- 
chent beaucoup plus de ceux de l'Achorion que du Trichophyton ». M. Horand 
retombe ainsi dans l'erreur commune qui, sous le nom de Trichophyton, faisait 
décrire, très incomplètement et médiocrement, le MicrosporumAudouïni de Gruby. 
« En effet, poursuit l'orateur, le parasite qu'il décrit est constitué par des spores 
volumineuses, pouvant atteindre huit millièmes de millimètre, de forme 
elliptique, disposées en chapelet.... Or, on admet généralement que, dans l'herpès 
tonéurcmt, le trichophyton se compose à peu près uniquement de spores petites, 

rondes.... ., 



48 LES TEIGNES. 

« Le fait est que j'ai presque toujours constaté, dans ces poils sous-épi- 
dermiques, la présence du mycélium, et trouvé le volume des spores plus 
considérable, en moyenne, que dans les poils brisés à quelques milli- 
mètres de la surface cutanée. 

« Je crois donc... pouvoir maintenir que l'infiltration complète du poil 
par les spores appartient exclusivement à L'herpès tonsurant, que celle 
infiltration peut revêtir deux apparences sy mptomatiques principales, celle 
d'un poil brisé entouré d'une gaine blanche et comme enfariné, et celle d'un 
point noir résultant de V enroulement sous-épidermique du poil. » 

Malheureusement, au lieu d'adopter cette conclusion et de séparer 
nettement le parasite à petites spores et le Trichophyton, Aubert 
tourne le dos à cette vérité, et se rallie à l'opinion unitaire dont Bazin 
avait fait un dogme. C'est le même Trichophyton sous deux formes 
différentes : 

« Les conditions de végétation du Trichophyton influent donc notable- 
ment sur la proportion relative des éléments qui le constituent, et, s'il 
est vrai que, dans les poils brisés et entourés de la gaine blanche décrite 
par Bazin, il soit tout à fait exceptionnel de rencontrer du mycélium, il 
n'en est plus de même dans le poil, qui n'a pu traverser l'épiderme et 
qui, dès lors, s'est trouvé lui-même et a placé le parasite dans des condi- 
tions spéciales de développement et de nutrition. » 

Telle est la seule description différentielle, clinique et microsco- 
pique que j'aie pu retrouver des deux teignes tondantes différenciées 
par Gruby, avant celle que l'étude mycologique du sujet m'amena 
à en fournir en 1892. 

Je m'étonne qu'à cette époque, et lorsque je retrouvai et différenciai 
de nouveau ces deux teignes par la culture, M. Aubert, que j'ai vu à 
diverses reprises, et en particulier au Congrès de dermatologie de Lyon 
de 1890, ne se soit pas souvenu de la différenciation clinique si précise 
qu'il en avait faite vingt ans avant. J'ai retrouvé ces textes par hasard. 



LA MENTAGRE APRES GRUBY 

Bien avant l'époque où nous sommes parvenus, la dermatologie était 
arrivée à réunir peu à peu une série d'idées assez justes concernant le 
sycosis de la barbe. En le décrivant parmi les impetigines, Lorry avait 
affirmé sa parenté avec les pyodermites. Devergie et Bayer avaient 
noté ses affinités avec l'acné pustuleuse. Cazenave avait déterminé la 
localisation folliculaire des pustulations. Le mémoire de Gruby, en 
apportant une vérité nouvelle, troubla singulièrement ce chapitre noso- 
graphique, et les conséquences premières de cette découverte furent 
de faire naître un grand nombre d'hérésies cliniques. 



LA MENTAGRE APRÈS GRUBY. 49 

Bazin, qui accepta d'abord toutes les affirmations de Gruby, reconnut 
dans la teigne mentagre le « Microsporum mentagrophytes » qui 
forme comme une gaine végétale autour du poil. Et il pensa très 
naturellement que toute mentagre était cryptogamique. Alors, il put 
dire justement que si, dans certains cas, la recherche du parasite 
était facile, dans d'autres elle était très difficile et montrait peu de 
parasites (*). 

La meilleure preuve que l'on puisse donner de la confusion que fai- 
sait alors Bazin entre le sycosis pyodermique banal et le sycosis 
mycosique, c'est le tableau clinique qu'il en donne et les localisations 
qu'il lui attribue. La teigne mentagre de Bazin reste souvent « bornée 
et circonscrite à la gouttière sous-nasale » ( s ). Or c'est une région où 
l'on n'observe jamais le sycosis mycosique, alors que cette localisa- 
tion est spéciale au sycosis pyodermique consécutif aux rhinites à 
répétition. C'est avec la génération médicale suivante que la vérité 
sur ce point s'établira ( 3 ). 

Ce qui induisait surtout Bazin en erreur, c'est le succès de l'épilation 
dans la plupart des mentagres chroniques. Il y voyait la preuve de 
l'existence du parasite que la pince enlevait avec le poil ( 4 ). Plus tard 
Bazin publie son étude des sycosis ( 3 ) : la mentagre peut prendre trois 
formes, une forme humide ou pustuleuse, une forme sèche ou papulo- 
squameuse, une forme tuberculeuse ousycosique.... Dès cette époque, 
commence, dans son esprit, une confusion très certaine entre les para- 
sites mycosiques qui font la mentagre, et ceux qui font la teigne ton- 
dante : 

« Il est, pour nous, parfaitement démontré aujourd'hui, que cette érup- 
tion est très souvent occasionnée par la présence du Trichophyton tonsu 
rant sur les poils de la figure ( 6 ). » 

Limitée à cette proposition son opinion était vraie. Mais plus tard 
l'auteur ira plus loin et dira que le Microsporum mentagrophytes 

( J ) Bazin. Recherches sur la nature et le traitement des teignes, 1852, p. 70. 

( 2 ) Bazin. Recherches sur la nature et le traitement des teignes, p. 41-43. 

( 5 ) « B est aussi remarquable que cela a été peu remarqué, de voir l'extrême 
inégalité des différentes parties de la face devant le trichophyton : la région des 
sourcils, des cils, la moustache sont très rarement atteints, tandis que la barbe 
proprement dite en représente le véritable lieu d'élection. » E. Besnier. Note 1 
de la p. 800, t. II de la traduction annotée de Kaposi. 

( 4 ) C'est vraiment à Bazin qu'on doit faire remonter le mérite d'avoir introduit 
la méthode de l'épilation et réglementé son usage dans la plupart des derma- 
toses des régions pilaires où elle est encore employée. Voir dans ses Recher- 
ches sur la' nature et le traitement des teignes (p. 70) l'insistance avec laquelle il 
expose les qualités d'un bon épileur. 

( 5 ) Bazin. Considérations générales sur la mentagre et les teignes de la face, in-8°, 
Paris, 1854, Pion (Extr. de la Gazette des Hôpitaux). 

( 6 ) Loc. cit., p. 20. 

LES TEIGNES. 4 



50 LES TEIGNES. 

n'existe pas : « Ce n'est qu'un Trichophyton vieilli et dégénéré ( l ). Et 
cela est une erreur. Avec Devergie, commence la réaction qui diffé- 
renciera le sycosis mycosique ou parasitaire du sycosis pyodermique 
ou non parasitaire (-). 

Gibert accentua contre Bazin la réaction qui fit séparer l'un de 
l'autre les deux sycosis. A la vérité, pour lui, le parasite qu'on trouve 
dans certains sycosis est le Trichophyton, bien qu'il ait vu une prépa- 
ration de Gruby montrant son Mentagrophyte, mais sans savoir de 
quel cas clinique il provenait. Gibert a d'ailleurs observé et bien décrit 
la coexistence de l'herpès circiné de la main et d'une mentagre syco- 
sique dans laquelle « un poil de la barbe offrait de petites sporules 
extérieures appliquées sur lui ( 3 ) ». 

Mais il revient nettement dans la vérité clinique en déclarant que 

« dans la généralité des cas d'impétigo sycosiforme, d'eczéma, d'impé- 
tigo, de sycosis tuberculeux ou pustuleux, il n'y a pas de Champignon. » 
Et il conclut : « Tout en reconnaissant la vérité des traits du tableau 
tracé par M. Bazin, nous ne pouvons nous empêcher de croire encore à 
l'existence d'une variété de sycosis non parasitaire. » 

Désormais l'identité du Trichophyton qui l'ait le sycosis et de celui 
qui l'ait les tondantes ne sera jamais plus sérieusement mise en doute 
jusqu'aux recherches modernes; et de 1860 à 1892 ce sera un dogme 
en dermatologie. Mais on distinguera désormais deux espèces distinctes 
de sycosis : « la première, de nature parasitaire, et la seconde, de 
nature inflammatoire simple » ( 4 ). A [l'étranger c'est surtout le travail 
de Kôbner et Michelson qui fît bien connaître le sycosis parasitaire et 
le différencia expressément du sycosis inflammatoire ( s ). 

(') Article Microsporon du Dictionnaire de Dechambre, 1872-73. 

( 2 ) « Pour nous, dans la mentagre, tout le tissu de la peau et tous les organes 
contenus dans ce tissu sont malades. On observe bien, dans certains cas, l'exis- 
tence d'un cryptogame, le Trichophyton tonsurant, que nous avons vu, mais qui 
est loin d'être constant. » Devergie. Loc. cit., p. 569. 

( 3 ) C. M. Gibert. Traité pratique des maladies de la peau et de la syphilis. 
IIP édifc, 1860, t. I., p. 279. 

( 4 ) Hardy. Traité pratique et descriptif des maladies de la peau, 1886, p. 396. 

( 5 ) Kôbner und MichelsOxN. Ueber parasitâre sycosis. Arch. f. Dermat. I. 1869. 
Très longtemps Hebra s'était refusé à croire à l'existence de sycosis tricho- 
phytiques, alors que son existence était depuis longtemps une chose établie en 
France pour Bazin, Gibert, Hardy, etc.... Voici le texte de Hebra : 

... « Considérant à quel point il est facile de commettre des erreurs dans les 
recherches microscopiques, et combien nombre d'ouvrages sur les maladies 
cutanées renferment d'assertions erronées en matière de fait, je continue à 
exprimer un doute sur l'existence du sycosis parasitaire, jusqu'à ce que j'aie vu 
moi-même un exemple de l'affection à une période quelconque de son évolution ». 
Traité des maladies de la peau (trad. Doyon, t. I, p. 740). 

Comparez : Hardy. Quelques considérations sur l'étiologie, la nature et le 
traitement des maladies contagieuses du système pileux {Annales de Dermat. 
1876-77, p. 401. Cf. p. 404). 



LA MENTAGRE APRÈS GRUBY. 51 

Bazin, Gibert distinguaient dans la teigne mentagre des formes 
sèches, des formes humides et des formes pustuleuses, mais, peu à peu, 
cette notion s'oblitéra, et c'est très justement que Besnier dut plus 
tard y revenir ( i ). En effet, Devergie, à grand tort, avait nié la tricho- 
phytie pilaire sèche de la barbe, et, par une erreur inverse, il niait 
aussi les trichophyties pustuleuses du cuir chevelu (*). Il érigeait 
ainsi, en règles absolues, des règles cliniques que l'on voit, à la vérité, 
se vérifier d'ordinaire, mais qui souffrent néanmoins beaucoup d'ex- 
ceptions. Du reste, à cette époque, il ressort des textes comparés de 
tous les auteurs que la nature trichophytique du Kérion de Celse était 
tout à fait méconnue. Or, si l'on excepte les Kérions des trichophyties 
du cuir chevelu, il en reste évidemment moins qui soient pustuleuses. 

Les auteurs de la période suivante revinrent à une plus, juste appré- 
ciation des faits cliniques. Lailler connaît les trichophyties sèches de 
la barbe dans lesquelles « le pityriasis s'accuse surtout au pourtour 
des poils ( 3 ) ». ; 

Et Besnier va même jusqu'à dire qu'il n'y a pas de sycosis tricho- 
phytique d'emblée, et que la trichophytie sèche de la barbe ne devient 
sycosique que par absence de soins locaux (*). Le fait clinique est véri- 
table ; les trichophyties, qui deviendront en quelques jours des Kérions 
suppures, débutent, avec une très faible réaction inflammatoire, par 
une plaque d'herpès circiné ; mais cette transformation est fatale, 
à moins qu'un traitement très bien conduit n'arrête immédiatement 
l'évolution de la maladie. Car les parasites qui déterminent ces 
Kérions sont pyogènes. Mais, je le répète, à cette époque l'unité du 
Trichophyton semblait définitivement établie, et, pour faire com- 
prendre les Kérions, on en était réduit à expliquer leur forme suppu- 
rative par les infections secondaires ou par le tempérament du sujet. 

(') « On continue, en France aussi bien qu'à l'étranger, à appeler sycosis 
toutes les lésions trichophytiques observées dans les surfaces occupées, chez 
l'Homme, par la barbe, alors que ce terme convient seulement aux cas dans 
lesquels le trichophyton a déterminé une folliculite pilaire qui, seule, constitue 
le sycosis ». Besnier-Doyon. Noies à la traduction de Kaposi. T. II, p. 841. 

( a ) « L'herpès tonsurant ne s'observe jamais à la barbe dans les conditions de 
celui de la tête.... L'herpès circiné ne se voit pas à la tête.... La mentagre telle 
que tout le monde la connaît, c'est-à-dire le sycosis tuberculeux et pustuleux, 
ne se montre jamais à la tête ». Devergie, loc. cit., II e édit., 1857, p. 506. 

( 3 ) Lailler. Leçons cliniques sur les teignes, 1878. 

( 4 ) Il a observé « beaucoup plus rarement qu'autrefois, aujourd'hui que la 
trichophytie de la barbe est mieux connue et traitée, les types divers de Kérion, 
de folliculites isolées ou agminées, simples, indurées, tuberculeuses, phlegmo- 
neuses, qui sont, dans la totalité des cas, secondaires à la trichophytie commune, 
manifestée au début par les cercles érythémateux dans la barbe, les plaques 
grenues, typiques de la trichophytie du cuir chevelu, etc.... Notes de Besnier 
et Doyon à la traduction de Kaposi, II e édit., 1891, t. II, p. 845, note 1. 



52 LES TEIGNES. 



HISTOIRE DU KÉRION ET DE LA FOLLICULITE AGMINEE 

C'est Tilbury Fox qui reconnut le premier l'origine trichophytique 
du Kérion (1856). Pour lui, c'est une trichophytie compliquée de 
lésions inflammatoires, c'est-à-dire d'infections secondaires, opinion 
qui sera partagée par toute la génération suivante jusqu'en 1895. 
Mais les contemporains de Tilbury Fox ne connaissaient point le 
Kérion comme trichophytique, ainsi Bazin, Devergie ('). 

A la génération suivante l'origine trichophytique du Kérion est 
reconnue, mais on s'étonne que le môme parasite puisse donner lieu 
à deux maladies différentes comme la teigne tondante et le Kérion, et 
on conclut vaguement que : 

« le kérion ne prend naissance que par suite de circonstances relatives à 
l'âge du malade et à la morphologie du champignon, circonstances assez 
rares, du reste (-). » 

La question des Kérions resta toujours ouverte en Italie, c'est Ma- 
iocchi ( 3 ) qui démontra le siège du parasite au long de la gaine du 
poil, dans le follicule pilaire. Il le vit même dans les espaces lympha- 
tiques; c'est lui qui montra que chaque abcès du kérion avait tou- 
jours un follicule pour lieu anatomique. Je cite pour mémoire les 
travaux italiens de Schilling (*)', de Bardazzi ( 5 ), de Ferrari ( 6 ) et je 
passe à deux travaux qui parurent en 1880 et 1884, en Italie et en 
France, travaux analogues, on pourrait presque dire symétriques, dont 
l'étude histologique qu'ils contiennent vaut plus que l'étude écologi- 
que, mêmement fausse chez les deux auteurs, car ils concluent tous 
deux à l'origine non trichophytique du kérion. L'un de ces travaux est 
de Forlamini ( 7 ) il a pour sujet le kérion du cuir chevelu, l'autre 

(') Cl. aussi : Drnixi : Vespaïo del capillizio, in Giorn. Uni. del malalr. ven. e 
délia pelle, 1860. 

Tanturi. Kérion celsi. (// Morgagni, 1871, p. 150.) 

( 2 ) Jullien. Annales de Dermat., 1876-77, p. 595. 

( 5 ) Majocciii. Cherion dei greci et Dieci casi di Kérion Celsi : Gaz"tta Medien di 
Romq, 1875, n° 5 et Studi analomo pilliologia, id. n° 5, 1877. 

( 4 ) Schilling. Copendio clinico délie malallie cutanée et rendi conto statistico di 
quelle anat. nelV ospedale di s. gallicano nell anno, 1876. Roraa, 1877. 

( 5 ) Bardazzi. Kérion celsi o tinea Kérion in Commentario clinico de Pisa, 1877, 
p. 21(1. 

Cf. également. Alsimtz. l'eber (1er soeenannte Kérion celsi (W'ien. mr-d. 
Près*., i878). 

( 6 ) Ferrari. Studi di derniatoinycologia (Academia Gioenia, 25 nov. 1879). 
Catane, mémoire dont la partie historique est très développée. 

( 7 ) Forlamini. Studi sulla anatomia pathologîca, la natura del Cheridïi (Celso) 
o Vespaïo del capillizio (Dubini) Giorn. ilal. del malat. vener. e délia //elle, 1880. 



HISTOIRE DU KERION ET DE LA FOLLICULITE AGMINEE. 53 

est de Leloir et traite de la folliculite agminée des régions glabres. 
Forlamini, observant le kérion vers sa phase de décroissance, put en 
l'aire une consciencieuse étude sans y rencontrer de Trichophyton. Il 
vil des poils morts et non trichophytiques tombant par suppuration 
de leur follicule. L'inflammation et la suppuration semblent marcher 
de la profondeur vers la surface. Partout il vit des cellules géantes en 
grand nombre, ayant tous les caractères de celles qu'on observe dans les 
lésions tuberculeuses, etc.. Aussi met-il en doute la valeur causale 
du Trichophyton qu'il a trouvé une fois, mais non régulièrement. Il a 
tout examiné : pus, squames, 150 cheveux, il a fait 17 inoculations 
négatives, avec les mêmes produits, 200 coupes avec 800 cheveux 
dont un seul trichophytique. Aussi ne peut-il conclure que le kérion 
soit ordinairement une trichophytie. D'ailleurs, au contraire des tri- 
chophyties ordinaires, le kérion guérit par les seuls antiphlogis- 
liques.... Ce travail, fait avec une grande application et une grande 
sincérité, mais par de mauvaises techniques, et dans de mauvaises 
conditions d'observation, arrivait ainsi à des conclusions tout à fait 
fausses. De même celui de Leloir ('). A l'époque où Leloir observait, 
l'identification n'était pas faite entre le kérion du cuir chevelu et la folli- 
culite agminée des régions glabres. Aussi étudia-t-il celle-ci comme une 
affection particulière de cause inconnue. Il en avait observé un cas 
chez Vulpian en 1881, il en avait vu plusieurs autres depuis. Ce n'est 
pas une affection rare, dit-il, « et elle paraîtrait plus fréquente si elle 
était mieux connue ». Sa description clinique est excellente, complétée 
par une planche, et par des moulages, laissés au musée de l'hôpital 
Saint-Louis, qui ne permettent aucun doute sur la nature des cas 
étudiés. Leloir émet d'ailleurs l'hypothèse d'une lésion trichophytique; 
mais dit-il, 

« jamais l'examen histologique ne nous a permis de trouver la moindre 
trace de Trichophyton, » 

et jamais on n'a trouvé de cercle de trichophytie banale sur le même 
sujet. Et il retrouve l'argument de Forlamini : 

« La guérison se fait, en quelque sorte, spontanément sous l'influence 
d'un simple traitement compressif ou émollient. » 

Histologiquement, Leloir avait noté la parakératose, l'exocytose et, 
autour des follicules, la tendance à la formation de petits abcès intra- 

(') H. Leloir. Sur une variété nouvelle de périfolliculites suppurées, conglo- 
mérées en placard* (Annales de Dermat., août 1884, p. 437). Leloir avait déjà 
traité de cette question dans le Progrès médical, 1 mai 1884. 



54 LES TEIGNES. 

dermiques et épidermiques. Les follicules pileux sont remplis de 
cellules épidermiques, de globules de pus, de poils de toutes direc- 
tions. Les muscles érecteurs des poils ont disparu; la moitié supé- 
rieure des follicules est comme kystique. Le derme, au pourtour des 
kystes et des abcès folliculaires, est enflammé ; en somme, tout ce 
processus est folliculitique et périfolliculitique essentiellement. 
Comme Forlamini, Majocchi, etc., Leloir a trouvé dans plusieurs 
coupes des cellules géantes qu'il figure (PL IL fig. 4). Quant à son 
étude microbienne, elle est sans valeur. Beaucoup de ses cultures ont 
été pratiquées avec le sang du doigt. Il a obtenu ainsi des cultures de 
cocci banals de la peau, comparables à ceux qu'il trouvait à la surface 
des lésions. 

.le retrouverai, à propos du granulome de Majocchi ('), les recherches 
de Campana, Pellizari, Golombini et Maz/a. Je mentionne seulement 
les études de Scharff ( 2 ) et un cas intéressant de Saafeld ( 3 ). En résumé, 
vers 1890, les auteurs, sans exception, reconnaissaient le kérion du 
cuir chevelu comme trichophytique, et attribuaient sa suppuration aux 
infections secondaires (*). C'est ce que dit très explicitement la thèse 
de Dépéret-Muret ( 5 ), étude clinique des régions pilaires avec plan- 
ches excellentes reproduisant leurs divers aspects. Mais les périfolli- 
culites agminées de la peau glabre n'y sont signalées que comme une 
maladie différente, et cependant, la ressemblance objective et histolo- 
gique entre les deux lésions est telle que l'auteur se base sur l'absence 
de Tricbophyton à l'examen microscopique, pour en faire le dia- 
gnostic différentiel ( 6 ). 

Pendant ce temps, les périfolliculites suppurées de la peau glabre 
étaient étudiées comme une autre maladie; ainsi dans une thèse de 
Johannès Pallier sortie comme la précédente du service de Quin- 
quand, à l'hôpital Saint-Louis ( 7 ). 

C'est à ce moment que mes recherches démontrèrent l'identité des 
kérions des régions pilaires et des régions glabres, et leur commune 
nature trichophytique. Leurs mœurs spéciales étaient dues à l'espèce 



(') Voir ce volume. Anatomie pathologique. 

( 2 ) Scharff. Sur le sycosis. Monats. f. prakl. Dermat., n" 10, 1890. 

( 3 ) Saafeld. Soc. berlin. de Dermat. Séance du 2 juin 1891. 

( 4 ) E. Besnier. 5 e jeudi de l'hôpital Saint-Louis, Tt déc. 1888. Ann. de Dermat. 
H. Tenneson. Traité clinique de Dermatologie, 189.", p. 226. 

( 5 ) J.-R. Dépéret-Muret. 'De la folliculite conglomérée trichophytique. Th. de 
Paris, 1892. 

( 6 ) R. Sabouraud. Trichophyties humaines. Note de la p. 98. 

( 7 ) Johannès Pallier. Les perifolliculit.es suppurées. Th. de Paris, 1889. C'est 
une monographie de la périfoïliculite agminée, considérée comme non tricho- 
phytique. Le microbe de Leloir n'y est plus considéré comme spécifique, et le 
parasite de la lésion serait inconnu ; l'origine animale est invoquée parmi 
d'autres idées pathogénétiques. 



HISTOIRE DES TRICHOPHYTIES ANIMALES. 55 

spéciale des Trichophytons qui les causaient : Trich. pyogène à cul- 
ture blanche, ordinairement venu à l'homme par le cheval (*). 



HISTOIRE DES TRICHOPHYTIES ANIMALES 

Avant de pousser plus avant l'histoire des teignes humaines, il de- 
vient indispensable de savoir ce que les vétérinaires, et les médecins, 
étaient arrivés à connaître des teignes des animaux, et ce sera l'objet 
du présent chapitre. 

Depuis plus d'un siècle, pour les vétérinaires comme pour les mé- 
decins, l'herpès circiné, la teigne tondante, étaient un sujet d'observa- 
tion, surtout sur le cheval et sur le bœuf. Dès le xvm e siècle, en effet, 
il semble bien que Chabert avait en vue la trichophytie des Animaux 
lorsqu'il décrit ces dartres contagieuses de figure ronde « qui affligent 
quelques parties du corps et de l'encolure ( â ). » Mais c'est en 1820 
qu'un vétérinaire du canton de Zurich, Ernst, constata pour la pre- 
mière fois d'une façon explicite la transmission des dartres de la 
Vache à une jeune fille ( 3 ). Et en 1851, Grognier dit expressément que, 
dans l'opinion des paysans de la Haute Auvergne, la dartre du Bœuf 
est contagieuse à l'Homme ( 4 ). 

A partir de ce moment les exemples et observations se multiplient. 

Kollreuter en 1856 ( 5 ), Carrère en 1858 fournissent d'utiles re- 
marques cliniques. Carrère écrit, par exemple : 

« Le virus dartreux peut se conserver longtemps dans les endroits des 
étables où ont séjourné les Veaux atteints de cette maladie, si on n'a pas 
eu la précaution de brûler les instruments qui ont servi à les attacher, et 
de nettoyer les différents objets où ils se sont frottés ( 6 ). » 

(*) « En réalité, disais-je, le Trichôphyton existe dans toutes les lésions (des 
régions pilaires et des régions glabres), mais il est rare que des filaments 
mycéliens nombreux se rencontrent dans la préparation, à moins que les pro- 
duits de raclage examinés ne contiennent un poil malade, ce qui est loin d'être la 
règle. La culture, au contraire, est toujours probante. Si les premières cultures 
faites par Leloir en 1884 ne lui avaient pas donné le Trichôphyton, c'est parce 
que les isolements avaient été faits en milieux liquides, où la culture mixte du 
Trichôphyton et des staphylocoques est impossible ; le Trichôphyton n'y pousse 
pas, et s'il a déjà poussé avant l'ensemencement de staphylocoques, il y meurt. 
Ce fait, que nous avons exposé à la Soc. de Dermat. le 16 fév. 1895, suffit à 
expliquer l'échec des premières recherches. » R. Sabouraud. Les Trichophyties 
à dermite profonde. Annales de l'Institut Pasteur, 1893, juin, p. 497. 

(*) Chabert. Traité de la gale et des dartres des animaux, 1783 (Cité par Neumann). 

( 5 ) Ernst. Arehiv fiir. Thierheilk. v. d. Gesellsch. Schweizer Thieraerzte, 1820. 

(*) Grognier. Recherches sur le bétail de la Hante Auvergne, Paris, 1831, p. 95.. 

( 5 ) Kollreuter. Medic. CorrespondenMatt, 1836, n° 26 (Cité par Neumann). 

( 6 ) Carrère. Journal des Vétér. du Midi, 1838, p. 257 (Cité par Neumann). 



56 LES TEIGNES. 

Verheyen, en 1842, rapporte aussi les observations de Hintermùller, 
de Epple, très analogue aux précédentes et qui sont de 1859('). Houles, 
de Sorrèze, en 1845, affirme comme Grognier la transmission de la 
dartre bovine à l'Homme et en présente des exemples ( 2 ). Très peu 
après (1848), Papa, cité par Zurn( 3 ), aurait observé plusieurs fois la 
transmission des dartres du Cheval à l'Homme; mais, pour voir le 
sujet traité avec l'intérêt qu'il mérite, il faut arriver aux travaux de 
Malherbe ( 4 ) et de Letenneur. 

Le texte de ce dernier est surtout d'une précision absolue, et mérite 
d'être résumé : 

« Lorsque je vins exercer la médecine dans la Vendée, écrit cet auteur ( 3 ), 
je vis que non seulement l'herpès circiné se communique de l'Homme à 
l'Homme, mais encore des Animaux à l'Homme. J'en ai eu cent fois la 
preuve, et je m'étonne cpie ce fait n'ait pas attiré l'attention des derma- 
tologues ( 6 ).... L'herpès circiné est très commun dans l'espèce bovine, 
surtout chez les jeunes sujets. On l'observe particulièrement au prin- 
lemps, lorsque les Animaux ont passé l'hiver dans des étables mal aérées, 
et qu'ils ont en nue nourriture insuffisante ou de mauvaise qualité. 

« Le siège le plus fréquent de l'éruption est le cou ; on y remarque des 
plaques isolées ou confluentes, présentant, dans ce dernier cas, des bords 
festonnés ; à la surface de ces plaques, la peau paraît glabre et est cou- 
verte de squames blanchâtres, au milieu desquelles on distingue des 
poils en partie détruits. C'est exactement ce qui a lieu dans l'herpès ton- 
snrant. Lorsque cette maladie apparaît dans une étable, on regarde 
comme utile de séquestrer les Animaux qui en sont atteints, afin de pré- 
server les antres. Les personnes chargées du soin des bestiaux, et qui 
sont exposées à toucher fréquemment les parties malades, contractent 
facilement des herpès circules. » 

Letenneur insiste alors sur la localisation habituelle des lésions 
humaines ainsi produites : 

« J'ai observé le plus souvent cette maladie au poignet, à la face pal- 
maire de l'avant-bras, et quelquefois au menton et autour de la bouche, 

(') Verheyen. Transmission de quelques maladies des Animaux à l'Homme 
(Journ. vétér. et agr. de Belgique, 1842, p. 321). 
(-) Houles. Société de méd., chir. et pharm. de Toulouse, 1845. 
Cf. également : Audouy. C. R. de la Soc. de méd. de Toulouse, 1842. 
Rademacher. Magazin. d. ges. Thiérheilkunde,X, 1844, p. 112. 

( 3 ) Zurn. Die planzlichen Parasiten, 2 e édit., Weimar, 1889. 

( 4 ) Malherbe. Étude clinique sur l'herpès tonsurant, suivie de réflexions sur 
l'herpès tonsurant, par Letenneur. Journal de la sect. de médecine du département 
de la Loire-Inférieure, 1851, p. 298. 

( 5 ) Letenneur. Réflexions sur l'herpès tonsurant. Nantes, 1852, in-8°, p. 17. 

(°) On sait que cette remarque n'est pas juste, et qu'à cette époque la conta- 
gion d'homme à homme, d'enfant à enfant avait déjà été affirmée par plusieurs. 
Mais ces notions n'étaient pas généralement admises et, quant à la contagion 
de l'homme à l'animal, les dermatologistes à Paris, comme à Nantes, allaient en 
signaler des exemples à la même époque. 



HISTOIRE DES TR1CIIOPHYT1ES ANIMALES. 57 

chez des enfants qui avaient l'habitude d'embrasser les jeunes Veaux 
confiés à leur garde. » 

Et très justement il ajoute : 

« Le siège le moins fréquent de la maladie est peut-être le cuir chevelu. 

La transmission de cette maladie des Animaux à l'Homme est un fait 
parfaitement connu des paysans. Si les auteurs classiques n'en parlent 
pas, c'est qu'ils n'ont étudié les maladies de la peau que dans les hôpi- 
taux et dans les grands centres dépopulation, et que, souvent, dominés 
par des idées préconçues, ils n'ont pas vu la vérité quand elle s'est mon- 
trée à eux ('). » 

Et Let (Mineur conclut par ces mots : 

« Je regarde donc comme un fait positif, et qui doit êti;e acquis à la 
science, que l'herpès circiné et l'herpès tonsurant sont également con- 
tagieux, soit de l'Homme à l'Homme, soit des Animaux à l'Homme. » 

Les observations de Letenneur avaient surtout pour sujet l'herpès 
circiné des Veaux; les observations analogues, faites à Paris, furent 
d'abord faites sur des Chevaux. La première, due à Bouley jeune et 
Raynal, est racontée par Bazin ( 2 ), et par Railletp), dont la relation est 
saisissante : Il s'agit dans ce cas d'un Cheval de remonte arrivé ré- 
cemment du dépôt de Caen à la caserne de gendarmerie de la Seine, 
et qui communique une affection cutanée dont il est atteint, à son 
arrivée, d'abord à son voisin, et successivement à sept Chevaux de la 
même écurie. Les gendarmes eux-mêmes se trouvent contaminés, 
et l'un deux communique à sa femme cette affection.... Deux des 
Chevaux sont envoyés à l'école cl'Alfprt, où ils transmettent la maladie 
à deux autres Chevaux, et à deux Veaux, ainsi qu'à un palefrenier, et 
à l'élève chargé de les soigner. 

Cette observation, est, je crois, la première dans laquelle l'examen 
microscopique des poils de F Animal malade est apporté. Bazin raconte 
comment il la pratiqua. Il trouva le Champignon infiltrant le poil, 
semblable à celui de l'Homme, mais il mentionne pourtant avec vérité 
que les éléments parasitaires sont plus petits.... 

Les observations vétérinaires devinrent peu à peu plus fréquentes, 

(') L'auteur appuie alors son affirmation d'un exemple : <• C'est ainsi, dit-il, que 
dans une leçon faite par un observateur, par M. Cazenave, sur l'herpès circiné 
(Annales des maladies de la peau, 14 mai 1851), le savant professeur montra à ses 
élèves un malade offrant sur le visage un exemple de cette maladie. Cet homme 
attribuait son mal à ce qu'il avait porté sur ses épaules un Veau dartreux, et 
cette circonstance ne semble pas avoir frappé M. Cazenave, puisqu'il parle seu- 
lement du diagnostic et du traitement ». 

( 2 ) Bazin. Recherches sur la nature et le traitement des teignes, 1855, p. 59. 

( 3 ) Raillet. Teigne tonsurante chez les animaux. (Annales de'dermal. et de 
syph., 1880, p. 235.) 



58 LES TEIGNES. 

et plus précises. C'est Epple qui signale la transmission de l'herpès 
tonsurant de la Chèvre au Bœut'f 1 ); Chandeley qui rapporte de nou- 
velles contaminations humaines (*). En Allemagne, la maladie animale 
était aussi décrite cliniquement de mieux en mieux (*), quelquefois, 
comme par Santlus, sous un faux nom('). Les travaux de Gerlach( 3 ) 
furent les plus importants de cette époque, parce qu'ils furent systé- 
matiquement expérimentaux. Il prouva jusqu'à l'évidence la nature 
parasitaire des dartres du Bœuf, et fit, sur l'inoculabilité de la maladie, 
les recherches les plus précises. Il réinocula en série la dartre bovine, 
et montra qu'on obtenait à coup sûr des résultats positifs, tant qu'on 
opérait sur les Veaux, et non sur des Animaux adultes. Il obtint de 
même l'inoculation du Chien au Chien, du Veau au Cheval. En huit à 
dix jours, se reproduisait la lésion en tache circulaire dont la guérison 
spontanée demandait quatre ou cinq semaines. Et, sur cette lésion, il 
vit le poil tomber sans se casser, au contraire du cheveu des tricho- 
phyties humaines. 

Exactement à la môme époque (30 juin 1857) Reynal lisait à l'Aca- 
démie un mémoire démontrant la contagion, à l'Homme, de la dartre 
du Boeuf et du Cheval, et leur identité de nature avec l'herpès tonsu- 
rant de l'Homme. Procédant à l'inverse de Gerlach, c'est la teigne du 
Cheval qu'il avait passé à deux Veaux. 

A partir de ce moment, les observations se multiplient à ce point 
que c'est à peine si on les peut mentionner. C'est Galligo observant la 
transmission de l'herpès du Cheval à son cocher( 6 ), Lemaistre, de 
Limoges, relatant la transmission commune à l'Homme de l'herpès du 
Bœuf, connue en Auvergne sous ce nom d'Anders( 7 ). D'autres appor- 
tent des faits sans les interpréter ni les discuter ( 8 ). Parmi ces mé- 
moires, les observations médicales concernant les épidémies humaines 
d'origine animale restent assez rares pour valoir encore la peine d'être 
mentionnées. En 1X71, T. Fox expose à la Société clinique de Londres 

(') Epple. Canstatt's Jahresber. ù. Leistungen in der Thierlieilk, 1854. 

(-) Chandeley. Maladie cutanée de nature douteuse transmise du bœuf à 
l'homme. Gaz. hebdorn., 1856, p. 496. 

( 3 ) Rueffert. Canstatl's, Jahresber. il. Leistungen in der Thierlieilk, 1856. 

(*) Santlus. Psoriasis vitulina. Deulsche Klinik, 1856. 

( 5 ) Gerlach. Die Flechte des Rindes. Mag. /'. d. gesamnte Thierlieilk, 1857, p. 292, 
trad. et anal, par Veriieyen (Ree. de méd. vétér., 1859, p. 81 et 557). 

(°) Galligo. Gaz. méd. ital. slal. Sard., 1858, reproduite dans la Gazelle hebdo- 
madaire, 1858. 

( 7 ) Lemaistre (de Limoges). Transmission de l'anders du Bœuf à l'Homme. 
Union médic, 1858, p. 58. 

( 8 ) Macorps. Affection dartreuse épizootique. Ann. méd. vétér., 1859, p. 1. 

Cf. également : Fuenstiteck. Bericht il. das Veterin. im. K. Sachsen, 1865-1864, 
p. 85. 

Bregeman. Matjaz.in fur Thierheilkunde, 1866. 

Nettlesuir. The veterinarian (Juil. 1870). 

Kretsciimar. Magazin fur Thierheilkunde, 1871, p. 140 (Cités par Neumann). 



HISTOIRE DES TRICHOPHYTIES ANIMALES. 59 

sept cas de contamination humaine trichophytique par un môme 
Poney('). 

Quant aux faits concernant les Animaux seuls, ils n'ont plus d'inté- 
rêt que lorsqu'il s'agit d'épizooties considérables, comme celle que 
raconte Neumann, qui sévit sur les Veaux rassemblés à Lyon, en 1871, 
en prévision du siège possible de la ville ( 2 ), ou bien lorsqu'il s'agit de 
trichophyties plus rarement observées que celles du Bœuf : Ainsi 
lorsque Perroncito observe la transmission de Vherpes tonsurans du 
Bœuf à l'Agneau( 5 ). De môme Siedamgrotzky (*) a passé la teigne d'un 
Cheval à deux Moutons. Le môme auteur décrit, sur deux Porcs, des 
plaques trichophytiques de deux à cinq centimètres de diamètre, irré- 
gulièrement rondes, de surface rouge desquamante. La semence pro- 
venait du Cheval. Les deux Porcs inoculèrent deux autres Porcs qu'on 
mit cohabiter avec eux. 

Quelques rares médecins comme Bouchard s'inoculaient à eux- 
mêmes la trichophytie( 3 ). D'autres tentaient des inoculations inverses 
à celles que les vétérinaires observaient, en portant sur l'Animal les 
teignes humaines. Ainsi Horand obtenait, sur de jeunes Chiens et de 
jeunes Chats, des inoculations positives que relatait la thèse de Vin- 
cent ( 6 ). Et comme, à cette époque, l'unité du Trichophyton était 
acceptée par la plupart des auteurs, sans qu'ils songeassent même à la 
mettre en discussion, plusieurs médecins cherchaient à tort la cause 
des endémies trichophytiques humaines qu'ils observaient, dans la 
trichophytie des Animaux domestiques ( 7 ). 

Les contagions humaines provenant du Chien sont relevées rarement 

(*) Tilbury Fox. The Lâncet, 1871, p. 412. Cf. également T. Fox. Clinical lectures 
on tinea sycosis. The Lancet, 1873. 

( 2 ) Neumann (de Toulouse). Les maladies parasitaires des animaux, 1892, p. 269. 
Nous avons fait à cet ouvrage de nombreux emprunts bibliographiques. 

( 3 ) Perroncito. Trichophyton tonsurans végétante sopra un ovino. Ann. dell. 
R. aead. d'agric. di Torino, 1872. 

(*) Siedamgrotzky. Bericht ù. d. Veterindrw. im. K. Saehsen^ 1872, p. 80. 
( 3 ) Ch. Bouchard. Études expérimentales sur ('identité de l'herpès circiné et de 
l'herpès tonsurant (Paris, Savy, 1860). 

( 6 ) Horand. Rech. expér. pour servir à l'histoire de l'herpès tonsurant chez les 
animaux. Thèse de J. Vincent, Paris 1874. 

( 7 ) Ainsi Lespiau qui observait dans les cantons de Céret et d'Arles sur Tech 
(Pyrénées-Orientales) (observations portées à la Soc. méd. des hôpit. par Lailler. 
Gaz. hebd. de méd. et de chir., 1876, p. 379). D'après lui, trente-quatre personnes 
furent atteintes dont vingt-huit enfants. La contagion semblait venir du Chien et. 
être passée parle Porc. Elle aurait passé du Porc, familier dans la maison, aux 
enfants et aux adultes. Mais ce qui rend ces observations douteuses, c'est 
d'abord le nombre relatif des enfants et des adultes contaminés. Letenneur 
avait fait remarquer déjà que, dans les contagions animales, l'enfant était moins 
souvent contaminé que l'adulte, ce qui s'explique aisément, et quand l'enfant 
était atteint, il l'était moins souvent au cuir chevelu qu'aux régions glabres. 
Mes observations ont toujours confirmé cette manière de voir. Or dans les 
observations de Lespiau, les localisations les plus habituelles de la maladie 
étaient : la tête d'abord, et puis les sourcils, les joues et les organes génitaux. 



60 LES TEIGNES. 

dans la littérature de cette époque, c'est pourquoi il faut mentionner 
le travail de Friedberger('). C'est l'histoire d'un Chien familier qui 
contamina un enfant au visage, et, au cou, une servante ( 2 ). D'ailleurs, 
d'après Friedberger et Frôhner ( a ), la trichophytie du Chien est fré- 
quente en Allemagne, et très analogue à ce que nous verrons plus 
tard être la Microsporie du Microsporum lanosum ('-). 

Les épidermophyties du Chat, auxquelles les récents travaux de 
Zollikôfer viennent de donner un nouvel intérêt ( 5 ), présentent, elles 
aussi, une longue histoire. En 1865, Fenger ( fi ) constatait la teigne 
tondante chez le Chat, sous forme de plaques de 1 à 3 centimètres 1/2 
de diamètre, dépilécs entièrement, et très squameuses. Un Chat 
teigneux a donné sa maladie à vingt personnes, et Bosch, cité par 
Fenger, s'était assuré de la réalité de cette transmission. 

11 y a quelques observations françaises des mêmes faits. En 1874, 
Lancereaux et E. Besnier rapportent deux cas de contamination 
humaine par le Chat ( 7 ). Dans le premier cas,' trois enfants sont conta- 
minés par un Chat malade; dans le deuxième cas, une infirmière. 

Mais la plupart de ces constatations viennent d'Allemagne où les 
faits semblent plus fréquents, comme depuis quinze ans ils semblent 
plus fréquents en Angleterre. Ainsi la très intéressante observation 
de Michelson ( 8 ) : Un jeune Chat est atteint à la fois de gale et d'her- 
pès. Il contamine toute une famille. Trois étudiants s'inoculent avec 
les croûtes. Ils prennent l'herpès et non la gale ( 9 ). 

En Allemagne, Braiier donne aussi vers cette époque une description 
de la trichophytie du Mouton ( 10 ) et de ses plaques démangeantes sur 
lesquelles, «les squames, et des croûtes, à travers lesquelles la laine 
sort et se prend en pinceaux. 



(') Friedberger. Herpès tonsurans l>ei einem Hunde mit LTebertragung aui' 
den Menschen. Archiv. /'. Wissensch. u. pratk. Thierheilk, 1876, p. 369. 

( 2 ) Cf. aussi. Zùrn. Die pflanzlichen Parasilen, 2 e édit., Weimar, 1889, p. 264. 
qui signale la transmission du Chien au Chat et A. Haas, Identitat von Herpès 
tonsurans und Pitysiasis circinata. Berlin. Klin. Wochensch., 1882, p. 259 et 
liée, des Se. méd. XX, p. 224. 

( 3 ) FriedberGer et Frôjiner. Pathologie et thérapeutique spéciale des animaux 
domestiques. Édit. franc., 1891, p. 593. 

(*) Voir ce volume : Microsporum lanosum. 

( 3 ) Zollikôfer. Sur une épidémie de microsporie humaine due au Micros- 
porum lanosum. La Clinique, 1908, n u 39. p. 621. 

( 6 ) Fenger. Tïdsskrift for veterinairer. 1863. Repertorium Thierdheilkunde, 1866. 
p. 276. 

( 7 ) Lancereaux et E. Besnieh. Soc. rnédïc. des hâpit., 1874, p. 539. 

( 8 ) P. Michelson. Uebertragùng des Herpès von einem an Herpès und Scabies 
lei dénden Thierauf den Menschen. Berlin. Klin. Wochensehr., 1874. 

('•') Quelques réserves sont à faire en cette observation où les jeunes gens 
inoculés commencent à ressentir du prurit 8 heures après l'inoculation. Alors 
que l'apparition d'une lésion d'inoculation tarde toujours de 8 jours. 

( 10 ) Braùer. Berichl. u. d. J'eterinàrw. im. K. Sachsen, 1879, p. 159. 



HISTOIRE DES TR1CHOPHYTIES ANIMALES. 61 

Mais de toutes les épidermophyties animales, celles du Cheval et du 
Bœuf restent les plus étudiées et les plus fréquentes. Les descriptions 
concernant le Cheval abondent. Pour le médecin qui connaît les Tri- 
chophyties humaines, il est frappant de voir tous les vétérinaires 
décrire bien plus souvent les plaques dépilées, glabres, que les pla- 
ques couvertes de poils malades cassés. Et alors, ou bien la maladie 
est active, et, sous les squames et croûtes, on trouve des nodules 
papuleux circumpilaires. avec, en leur milieu, une fossette humide de 
pus. pu de sérosité purulente. Ou bien la maladie est en régression et. 
sous la squame-croûte qui tombe avec les poils qu'elle engaine, l'épi- 
démie neuf est refait déjà. 

Très fréquentes restent les épidémies équines et humaines dans les 
régiments de cavalerie ; la plus connue est celle que Dieu relata : en 
huit mois, vingt-deux cavaliers furent successivement contaminés par 
de jeunes Chevaux arrivés de la remonte de Caen ('). 

C'est vers cette époque que' Mégnin fit son étude clinique des tri- 
chophyties du Cheval. Il est à remarquer que, presque seul en France, 
et contre l'opinion médicale française tout entière, Mégnin conserva 
toujours l'avis que les Trichophytons des Animaux devaient être d'es- 
pèces diverses, et, chez le Cheval, il essaya même de différencier clini- 
quement le Trichophyton tonsurans du Trichophyton ej)ilans ( 2 ). 

Il avait repris de bien des façons ses expériences, et toujours pour 
conclure de même en faveur de la pluralité des Trichophytons animaux. 
Ainsi il avait inoculé, côte à côte, sur un jeune Chien, la teigne du 
Cheval et celle du Veau; il avait obtenu côte à côte deux lésions : une 
lonsurante, l'autre ulcérée ( 3 ). Et Malassez, répondant à cette commu- 
nication, dit nettement qu'on voit à l'hôpital Saint-Louis des teignes 
d'aspects très différents qui doivent correspondre à des variétés diffé- 
rentes ( 4 ). 

(') Dieu. Contagion de l'Herpès cireiné du Cheval à l'Homme. Gaz. des Hôpi- 
taux, 1876. 

( 2 ) Mégnin. Bull. soc. centr. de méd. vétér. Recueil de Méd. vétér., 1878, p. 205 
et 831. 

( 3 ) M. Mégnin. Soe. de Biologie, 8 nov. 1879. 

( 4 ) Les idées de Mégnin, qu'il énonça en 1880 dans une revue <• Sur les teignes 
chez les Animaux domestiques et leur identité ou leur analogie avec celles de 
l'Homme » (Annales de Dermat. et de syph., 1880, p. 101), valent d'être résumées 
ici. Mégnin considère que les teignes de l'Homme ont pour source principale 
les teignes animales. •• La teigne tonsurante du Cheval se présente constam- 
ment sous forme de plaques herpétiques nummulaires ou annulaires, de la 
dimension d'une pièce de à francs, couvertes d'une croûte ardoisée, composée 
exclusivement d'un mélange de pellicules épidermiques, de poils brisés à un ou 
deux millimètres de la surface, et dont les fibres sont dilacérées, désunies par 
une végétation cryptogamique, qui s'insinue entre elles, et qui est composée 
presque exclusivement de sporules légèrement bleuâtres, du diamètre de 0,002 
à 0,003. 

Mégnin différencie par son aspect la dartre du Veau de celle du cheval. Celle 



62 LES TEIGNES. 

A lire la description clinique que Mégnin donne de la dermatose 
causée parle Trichophyton epilans, je crois reconnaître la Microsporie 
du Cheval, que j'ai observée et cultivée en 1895 ('), et dont il existe 
deux variétés, la deuxième observée et cultivée par Bodin en 1895 (*). 

Dans beaucoup d'observations animales sont notées des contamina- 
tions humaines. Ainsi dans l'observation de Gerlier, à Ferney-Voltaire, 
où les entants d'un tondeur de Chevaux lurent contaminés par leur 
père, qui leur avait coupé les cheveux avec sa tondeuse ( :> ). Et presque 
toutes les épidémies animales, dont on nous présente l'histoire, se 
compliquent d'épidémies humaines. Ainsi dans l'observation de Lar- 
ger, où un homme sur cinq est atteint sur tout l'effectif d'un régi- 
ment (*). Ainsi dans les faits relatés par Mégnin, Aureggio, Trouvé ( 3 ). 
Enfin il faut citer encore le travail excellent de Longuet qui résume 
la question, bien que les vues théoriques qu'il contient, sur l'origine 
animale des teignes de l'Homme, ne se soient pas toutes vérifiées ( 6 ). 

De tout ce qui précède, on peut conclure que les teignes animales, 
qui étaient le mieux connues des vétérinaires, étaient celles du Bœuf 
et du Cheval. C'est aussi sur les Hommes approchant le Bœuf et le 



du Veau a des squames jaunâtres et non gris ardoisé, la surface est nue, 
sans poils brisés, il y a plus de parasites de l'épidémie, moins dans le follicule, 
les spores sont jaunâtres et elles ont de 0,005 à 0,006. C'est à lui que Mégnin 
réserve le nom de decalvans. 

Ainsi, dès cette époque, Mégnin voulait différencier deux teignes trichophytiques 
animales par la dimension des spores parasitaires. Au contraire de Mégnin, 
Raillet pose la question de l'identité ou de la pluralité des Trichophytons ani- 
maux, sans la résoudre. 11 trouve les arguments de Mégnin insuffisants à eux 
seuls (Teigne tonsurante chez les animaux. Annales de Dermat., 1880, p. 243). 

Cf. également : Weber et Mégnin. Note sur le Trichophyton epilans. Recueil 
de inéd. vétér., 1882, p. 1247 et 1250. Derrière les travaux de Mégnin, doivent se 
placer ceux de ses élèves qui ont étiqueté : Trichophyties épilantes, les nou- 
veaux cas de teigne du Cheval qu'ils ont observés. Ainsi : Viseux (Maladie 
cutanée de nature herpétique. Rec. de mém. et obs. sur l'hyg. la méd. vêler, milit., VII, 
1881, p. 338). 

(') Trichophyties humaines, p. 226 et Atlas, p. 58 et fig. 166, 167. 

( 2 ) E. Bodin et F. Almy. Le Microsporum du Chien. Recueil de médecine vété- 
rinaire, 1 er mars 1895, p. 161. 

Delamotte et Bogenez. (Epizootie d'herpès epilans. Rev. vétér., 1886, p. 267.) 

Evrard. (Bull, de la Soc. cent, de méd. vétér., 1890, p. 309.) Evrard insiste parti- 
culièrement sur la possibilité d'éclosion foudroyante de centaines de plaques 
sur le même Cheval, fait souvent vérifié, en effet, et précisément observé, par 
Pécus, dans l'épidémie de Sedan (1906) que nous relaterons. 

( 5 ) Gerlier. Une épidémie trichophytique à Ferney-Voltaire. Lyon médical, 1880, 
p. 335-376. Cf. aussi : Chaboux. Union médic. de la Seine-Inférieure, 1880, n° 61. 

(*) Larger. Épidémie d'Herpès tonsurant causée par le pansage des Chevaux 
teigneux. Rev. d'hyg. et de pol. sanit., 1881, p. 158. 

( 5 ) Cités par Neumann. Recueil de méd. vétér., 1881, p. 93. 

Cf. aussi dans : Mégnin. Rev. d'hyg., 1881, p. 54, l'histoire de quinze soldats 
contaminés par les couvertures de leurs Chevaux. 

(°) R. Longuet. De la trichophytie par contagion animale et en particulier chez 
les cavaliers. Paris, 1882. 



HISTOIRE DES TRICHOPHYTIES ANIMALES. 63 

Cheval que sont signalées par eux les plus fréquentes inoculations. 
Sans doute en parcourant les auteurs qui en ont écrit, on voit signaler 
de temps à autre des teignes du Mouton, du Chien, du Porc et, sous 
des noms divers, une dermatophytie de la Poule, mais en somme celles 
du Bœuf et du Cheval restent les plus importantes. Aussi présenterai- 
je de chacune un bref résumé clinique : 

I. Trichophytie du Bœuf. — La trichophytie peut exister endé- 
miquement, sur le Bœuf, en des pays où la trichophytie du Cheval est 
rare('). Pour les Animaux, comme pour l'Homme, le jeune âge est 
une condition évidente de réceptivité (-). 

D'après Raillet, la trichophytie, chez le Veau, est le plus souvent 
limitée à la tête et à l'encolure. Les éléments auraient la forme de 
boutons croûteux. D'après la plupart des auteurs ( 3 ) la maladie a pour 
localisations principales chez le Veau : les lèvres, le tour des yeux, des 
narines, les oreilles, le cou; la moitié antérieure du corps est la plus 
envahie et la plus tôt prise. La lésion première a été bien vue par 
Achille Minne et voici comment il la décrit ( 4 ) : 

Le premier stade de la lésion est une pustule à rebord rouge. Au- 
tour de la première il s'en forme bientôt d'autres et il s'établit en- 
suite une fonte de l'épiderme qui conduit à la formation de croûtes 
jaunâtres, sèches et onctueuses au toucher. Ces croûtes recouvrent 
d'abord une lésion active; elles s'enlèvent facilement et reposent sur 
une peau rouge présentant de petites fossettes remplies de pus, lé- 
sions de folliculite et de périfolliculite suppurée. Ensuite la lésion 
sèche. La croûte fait une saillie circulaire hérissant les poils. Elle a 
de deux à sept millimètres d'épaisseur (Neumann). Les poils tombent 
avant la croûte, ou avec elle, englobés par elle. Les croûtes squa- 
meuses, d'un jaune blanchâtre, peuvent être très apparentes, et expli- 
quent le nom de psoriasis vitidina sous lequel la maladie a été décrite 
en Allemagne. 

Ce qu'il y a de très remarquable c'est le nombre considérable de 
points d'attaque de la maladie. Tous les auteurs signalent les « taches 
nombreuses, serrées, petites et arrondies au début, grandes plus tard 
et à contour capricieux par suite du phénomène de la confluence. » 
(Minne.) Chaque lésion « procède par une irradiation centrifuge régu- 
lière » (Neumann), mais elle ne dépasse guère quatre centimètres de 
diamètre, et c'est par confluence que se constituent les lésions grandes 

(') Ainsi, d'après G. Fleming, la trichophytie est commune sur le gros bétail 
d'Australie et rare chez le Cheval. 

( 2 ) Raillet dit que la trichophytie des jeunes Veaux est aussi fréquente que 
celle des Vaches et des Bœufs âgés est rare. 

( 3 ) Neumann. Les maladies parasitaires des Animaux, 1892, p. 269. 

( 4 ) Ach. Minne. Le Trichophyton de la Vaehe peut passer sur l'Homme. Travail 
du service de Dermatologie du D r Cruyl à l'hôpital de Gand, 1898. 



64 LES TEIGNES. 

comme- une assiette dont parle Gerlach. Neumann a vu des poils 
brisés. Minhe ne décrit que la chute du poil. 

Quand la croûte se détache, l'épidémie nouveau est refait sous elle, 
la tache est glabre mais sèche. Le poil repousse toujours régulière- 
ment (Neumann). Colin et Raillet disent qu'un traitement quelconque 
abrège la durée de la maladie chez l'Animal, et Fleming constate que 
cette maladie disparaît au printemps. Cependant Minne a vu durer six 
mois la teigne de la Vache qu'il a observée. 

La contagion du Veau à l'Homme se fait ordinairement au niveau 
des régions découvertes. Au cou, Cazenave avait observé une conta- 
gion chez un Homme ayant porté un Animal malade. Horand a 
constaté le môme fait chez un boucher ayant chargé sur son cou un 
Veau trichophytique ( 1 ). 

Pour Johansen (''), la trichophytie venue du Bœuf se distingue aisé- 
ment des trichophyties d'origine humaine et domestique. Les taches 
sont pigmentées, brunâtres, le bord est fait de vésicules abortives, le 
centre moins desquamant.il y a peu de taches qui deviennent vite 
grandes et ovalaires. Il a observé deux cas de kérion venant de la 
Vache : chez une femme qui, en trayant une Vache, appuyait sa tête 
sur le flanc malade de la bête ; sa fille avait une trichophytie bovine 
ordinaire sur le bras. Dans un autre cas, un enfant présentait un 
demi-kérion du cuir chevelu complété par un demi-cercle tricho- 
phytique bovin, ordinaire, sur le front. 

J'ai vu la trichophytie du Veau, chez l'Homme, remarquablement 
monomorphe, et stable en ses caractères. Je la décrirai avec les espèces 
mycosiques qui la déterminent ( 5 ). 

IL Dermatophyties du Cheval. — La trichophytie du Cheval a 
été décrite maintes fois par les vétérinaires et leurs descriptions se 
ressemblent. 

La maladie siège ordinairement à la partie supérieure du corps, à 
l'encolure, au dos, aux reins, à la croupe, aux flancs. Ce qu'on voit 
tout d'abord, écrit Neumann, 

(') Cf. : Boucher et Mégnix. Affection de peau de formes variées et d'origine pa- 
rasitaire communiquée à plusieurs individus par un Veau malade. Comptes Ren- 
dus de la Soc. de Biologie, 1887, p. 476. — Vidal. Revue vétér., 1888, p. 299. — Gail- 
leton. Gaz. hebdomadaire, 1889, p. 398. — Lucet. Bal. de la Soc. eentr. de méd. 
vétér., 1890, p. 183. 

(-) A- Johansen. Kerion Celsi, Hospitalstidende, 6 sep. 1893. 

( 3 ) Cf. ce volume : Les Triehophylons faviformes. Il est à remarquer que 
plusieurs auteurs insistent, au contraire, sur le polymorphisme'des trichophyties 
du Veau chez l'Homme. Ainsi Lesser, qui a observé plusieurs fois de petites 
épidémies d'herpès, ordinairement venues du bétail, leur a vu des aspects diffé- 
rents sur les membres d'une même famille (Séance du 5 juil. 1898, de la Berliner 
dermatol. Gesellsehaft). Cela veut dire ordinairement que ces auteurs ont observé 
des lésions d'âge différent. 



HISTOIRE DES TRICHÔPHYTTES ANIMALES. 65 

« Ce sont des plaques circulaires, dont le diamètre oscille autour de 
celui d'une pièce de un franc, et qui tranchent sur le reste de la robe 
par le hérissement et l'aspect terne des poils qui la recouvrent. 

Ceux-ci tombent au bout de quelques jours et c'est souvent le premier 
symptôme qui attire l'attention.:.. Et, si la maladie a pris de l'extension, 
la robe de l'animal a acquis, par l'ensemble de ces taches nummulaires, 
une physionomie toute particulière^). » 

Rien n'est plus vrai, et je dois ajouter que la lésion des chevaux res- 
semble alors infiniment plus à la pelade humaine qu'aux teignes ton- 
suranles de reniant. Neumann ajoute : 

« Les poils ne tombent pas par évulsion, mais par brisure, presque an 
ras de l'épidémie, et l'on reconnaît aisément que l'extrémité brisée est 
irrégulière, divisée en petits brins, comme épilée ou pénicillée. » 

("elle description est trop précise pour être douteuse, et d'ailleurs 
Mégnin la confirme en distinguant, de cette forme, la trichophytie exi- 
lante où le poil tombe entier. Celle dernière forme est la seule des 
deux dermatophyties décrites par Mégnin que j'aie observée chez le che- 
val. J'ai observé aussi une forme suppurée qui copie d'assez loin le 
kérion de Celse, chez l'homme, et dans laquelle le poil est détaché par 
une folliculile suppurée d'aspect presque furonculeux. Dans la forme 
sèche, la gué ri son se produit par dessiccation de la croûte qui 
« tombe en même temps que les poils » (Neumann). La surface glabre 
est sèche, chagrinée, d'une coloration ardoisée, encore squameuse. 
Peu à peu, les poils y repoussent lentement, plus foncés qu'avant; 
guérison locale d'ailleurs, car d'autres plaques se sont reformées (-). 

Les plaques ne dépassent guère la dimension d'une pièce de 5 francs 
et sont ordinairement plus petites. Même nombreuses, elles restent 
ordinairement distinctes. 

La contagion se fait parles objets de pansage, le plus souvent com- 
muns à plusieurs chevaux : étrilles, brosses, ou par les harnais, les cou- 
vertures. L'homme s'inocule par les mêmes intermédiaires. J'ai vu l'ino- 
culation d'un bourrelier, par une piqûre, faite à la main, avec l'ardillon 
d'une boucle de harnais. Je ne compte plus les inoculations de soldats, 
et même d'officiers de cavalerie, contaminés pour avoir, à l'occasion 
de manœuvres ou de grèves, couché roulés dans des couvertures de 
cheval. Tout cela se comprend de soi sans qu'il soit utile d'insister. 

J'arrêterai ici l'histoire des dermatophyties animales. Elles en étaient 
à ce point lorsque j'ai commencé mes éludes sur le sujet en 1892.Mais 

(') Loc. cit., p. 270. 

(-) Colzin à la Guadeloupe a signalé, chez le cheval, une alopécie presque totale 
des membres, vérifiée par Neumann. Fleming a signalé une variété de tricho- 
phytie à plaques annulaires (Thr veterindrian., mai 1872, p. 287). Nous verrons, 
plus loin les caractères de la très importante épidémie équine observée par 
Pécus tout récemment. 

LES TEIGNES. •"> 



66 LES TEIGNES. 

avant de présenter les résultais de ees recherches, je dois encore 
raconter les premières applications à noire sujet des méthodes pas- 
toriennes de culture et leurs résultats. 



LES PREMIERES CULTURES DE TEIGNE 

Dès l'époque de Gruby, on classa les Champignons des teignes 
parmi les Mueédinées. 

« Les divers champignons des teignes, écrit Bazin ('), appartiennent à 
l'ordre des Mueédinées; ils ont tous des caractères propres qui les dis- 
tinguent et qui, sans doute, permettraient de les classer ; mais c'est là 
un travail difficile, et qni, d'ailleurs m'écarterait du but que je me suis 
proposé : je laisse ce soin à d'autres, plus habiles que moi en crypto- 
garnie : j'ai dû me borner à constater la véritable nature des teignes et 
à en préciser le siège. » 

( le travail difficile tentait d'autres observateurs. Dès la découverte de 
l'Achorion, Remak avait essayé de le cultiver. Gruby, dès sa découverte, 
l'essaya de môme. Ces premières cultures étaient ce qu'elles pouvaient 
être. Pourtant, Remak obtint, sur une pomme, un début de végétation, 
une culture favique dont il donna un dessin microscopique non équi- 
voque. Cette hâte à essayer la culture artificielle des Dermalophytes 
pourra surprendre les bactériologistes, elle surprendra moins les my- 
cologues. Les mycologues ont essayé et obtenu des cultures cryp- 
togamiques, bien avant que Pasteur ail fourni des méthodes pour 
l'obtention des cultures pures. Leurs cultures étaient impures, natu- 
rellement; mais, le microscope aidant, on en tirait encore quelque 
profit. Beaucoup de mycologues ne savent encore pas faire des cul- 
tures pures de leurs Moisissures, et ignorent encore aujourd'hui les 
techniques pastoriennes ! 

Quoi qu'il en soit, les cultures à l'air libre se recouvraient de Peni- 
cillum et plusieurs auteurs se demandèrent sérieusement si l'Achorion 
et le Trichophyton n'étaient pas une moisissure banale devenue patho- 
gène. Hebra ( 2 ) Neumann ( 3 ) croyaient les Dermalophytes dérivés du 
Penicillum ; J . Lowe (*) et Jobez Hogg' ( 5 ) voyaient dans le Trichophyton 

(') Bazin. Recherches sur lu nature et le traitement des teignes, p. 71-72. 

("-) « Hebra ayant semé, sur la peau, des moisissures, crut voir « se dévelop- 

« per des godets faviques et des cercles semblables à ceux de l'herpès tonsurant : 
■uissi, il pensa pouvoir affirmer qu'il existe un lien intime entre les champi- 
gnons du favus, de l'herpès circiné, et les champignons des moisissures; le 

« champignon qui pouvait, selon des conditions particulières, donner lieu au 

« favus ou à l'herpès tonsurant était le Penicillum. » 
( 3 ) Neumann. Lehrbuch der Hautkrankheiten, 2 e édition. 
('*) J. Lowe. Transactions of the botanical Society of Edinburgh, 2 v. On the true 

nature of parasitic Diseases (The Lancet, 15 août 1859, p. 158). 
( :i ) Jouez Hogg. Further observations on the vegetàbles parasites (Quartèrly 

Journal of microscopical Science. Janvier 1866). 



HISTOIRE DES TRICHOPHYTIES ANIMALES. 67 

une l'orme sporulaire de l'Achorion, issu lui-même de l'Aspergillus. 
Hallier, Hoffmann, Atkinson renouvelèrent les mêmes cultures 
pour arriver aux mêmes conclusions erronées, et faire dériver le Tri- 
chophyton du Penicillum, de l'Ustilago carbo ou du Mucor mucedo ( J ). 
C'est de Barry qui confondit ces erreurs et en donna les raisons. 

« Lorsque les parasites en question sont extraits du corps de leurs 
hôtes, écrit-il, et cultivés dans' l'eau, dans une solution de sucre, on 
observe d'abord la végétation de leurs spores, mais après un très court 
laps de temps, apparaissent dans ces milieux les Champignons univer- 
sellement répandus : Penicillum glaucum, Aspergillus glaucus, ou Torula. 
Plus tard, le mycélium du Penicillum ressemble plus ou moins aux 
spores et au mycélium des parasites en question, et il semble qu'ils se 
soient développés d'eux dans le milieu artificiel (-). » 

Kôbner, mieux inspiré que les précédents expérimentateurs, cher- 
chait la solution du problème par l'inoculation. Le Trichophyton ino- 
culé donne la trichophytie, ce que le Penicillum ne fait pas. 

C'est à Grawitz, je crois, que revient l'honneur d'avoir obtenu les 
premières cultures pures de Trichophyton et d'Achorion. Il est difficile 
aujourd'hui de savoir quel Trichophyton Grawitz avait cultivé, mais 
peu importe. A ce moment ce qu'il fallait c'était différencier la Tri- 
chophytie du Favus. Grawitz reconnut que leurs cultures différaient 
extrêmement, et l'inoculation des deux cultures reproduisit chacune 
des maladies dans son type. 

C'est exactement à la même époque, à dix jours près, que Duclaux 
obtint en France les premières cultures pures de trichophytie et de 
favus (»). Ses résultats coïncidaient avec ceux de Grawitz. Et pour la 
première fois la mycologie du sujet était abordée. 

Mais, en dehors de ses communications à la Société de Biologie, 
Duclaux ne publia rien sur ce sujet; son élève Verujsky donna seu- 
lement, deux ans plus tard, une étude comparative du Trichophyton et 
de l'Achorion, étude qui, à côté d'erreurs ou d'omissions peu impor- 
tantes, présente un grand nombre de faits nouveaux précis et inté- 
ressants ( 6 ). Évidemment Verujsky ignorait trop le côté clinique de la 
question, il ne comprit pas non plus l'intérêt des cultures sur milieux 

(') Atkinson. On the botanical relations of the Trichophyton tonsurans (New 
York medic. Joum., décembre 1878). 

( 2 ) De Bary. Hofrneisters Handbuch der Physiologischen Botanik. Band II, Abth 1, 
p. 224. 

( 3 ) Kôbner. Klinisehe und Experimenlelle Milheilungen, Erlangën, 1864. 

( 4 ) Juiiel-Rénov. Art. Trichophytie du Dict. de Dechambre, t. XVIII. 

( 5 ) E. Duclaux. Soc. de Biologie, 16 janvier 1886. Ses résultats sont consignés 
dans la Th. de Feulard : Teignes et teigneux. Paris, 1886, p. 96. Je mentionne aussi 
le travail de G. Behrend. Contribution à l'étude de l'herpès tonsurant et du favus 
(Vierteljahresschrift fur Dermat. und Syph., 1884) bien inférieur au précédent. 

(°) Dm. Verujsky. Recherches sur la morphologie et la biologie du Trichophy- 



68 LES TEIGNES. 

solides <[ui devaient donner plus lard la clef de la pluralité trichophy- 
tique. Il compare la culture de l'Achorion au godet favique : compa- 
raison illusoire. Il méconnaît l'importance des transformations pléo- 
morphiques de ses cultures, etc.... Malgré ces lacunes et ces erreurs, 
son travail reste (rime valeur exceptionnelle. Pour la première fois, 
l'auteur distingue nettement la fausse spore, mycélienne, des spores 
externes pédiculées sur les hyphes aériennes de la culture. Il dé- 
crit ces spores aériennes qui se fixent comme des grains de raisin sur 
une grappe.... Yerujsky étudie aussi les besoins chimiques des Derma- 
lophytes. Il reconnaît que l'alcalinité et l'acidité des milieux nuisent 
également à leur croissance, et qu'ils se développent mal sur le liquide 
de Raulin en raison de son acidité même. Il reconnaît surfout que des 
milieux médiocres, comme l'urine, deviennent excellents quand on y 
ajoute 5 pour 100 de glucose, et que le Triehophyton gitilisè beaucoup 
les sucres dans ses cultures, tandis que l'Achorion préfère les maté- 
riaux azotés ('). A la vérité, les cultures photographiées par Yerujsky 
sont méconnaissables; on ne peut savoir quel Triehophyton il a cul- 
tivé, et il est probable que la culture donnée pour celle du favus est 
celle de son duvet de dégénérescence pléomorphique, car il y décrit 
des spores piriformes qu'il figure, et (pie la culture-mère du favus 
donne rarement et. tardivement. Yerujsky étudie en outre la tempé- 
rature optima des cultures, il observe la résistance des spores au 
chauffage et à l'action des antiseptiques, d'où il conclut, le premier, 
que tous les antiseptiques les détruisent, et que si la maladie leur 
résiste, c'est parce que l'antiseptique ne joint pas le parasite dans la 
profondeur, vérité certaine que tant de cliniciens ont méconnue. On 
voit à combien de titres ce travail est remarquable. Après lui, la dif- 
férenciation de l'Achorion et du Triehophyton ne fut plus, je crois, 
remise en question (-). 

Uni tonsûrans et de l'Achorion Schônleïni {Annales de l'Institut Pasteur. Première 
année 1887, n° 8, p. 369-591). 

(') Verujsky a noté également que le Triehophyton n'assimilait pas la saccha- 
rose, et que la glycérine, dans les cultures trichophytiques, favorise l'assimilation 
des sucres. 

(-) Notons à la même époque, un travail de Georges Thin : Patliology and 
Treatment nf ringworm (in-8° 87 pages, London. J. and À. Churchill, 1887), où il 
résume ses expériences sur le Triehophyton. Étant donné que le Triehophyton 
esl rare en Angleterre, et le Microsporum Audouïni fréquent, il est prohahle que 
les expériences de Thin ont dû être faites avec ce dernier. Avec Bantam (de 
Brown Institution) il a essayé des cultures dans l'humeur aqueuse, mais ses 
lechniques étaient si défectueuses que les résultats fournis furent d'abord nuls. 
Plus tard, Thin a bénéficié des procédés de culture sur milieux solides de 
Kôch. Et alors il vit le Triehophyton pousser « readily and with certainty » sur 
le bouillon gélatinisé. Mais, pour lui, le Triehophyton ne donne aucune fructifi- 
cation, ce qui le distingue des moisissures banales qui en donnent toujours : 
erreur que Duclaux et Verujsky n'ont pas faite. Thin ajoute, avec bon sens, 
(contre l'opinion qui voulait faire des teignes, des moisissures saprophytes 



HISTOIRE DES TRICHOPHYTIES ANIMALES. 69 

Cependant voici que le problème des Dermatophytes se complique. 
En 1890, Kral de Prague (^ annonce au Congrès de Berlin qu'il a isole 
dans un cas de favus, un champignon distinct de l'Achorion ordinaire, 
et l'Achorion ordinaire ne se retrouvait pas dans ce cas. Ce nouvel 
Achorion était inoculable à l'animal. C'était la première affirmation 
de la pluralité des Favus. Mais nous savons que depuis dix ans des 
hommes, qui n'étaient pas dermatologistes, un vétérinaire, Mégnin, el 
un histologiste, Malassez, croyaient à la pluralité des Trichophytons, et 
que Mégnin avait voulu démontrer la pluralité des Trichophytons par 
l'inoculation ( 2 ). Il poursuivait toujours la différenciation des deux es- 
pèces trichophy tiques tonsurante et épilante, qu'il avait cru différencier 
sur l'animal, et il présenta, cette môme année, à la Société de Biologie, 
les deux cultures correspondantes, faites par Duclaux; l'une en touffes 
neigeuses, l'autre formant une pellicule jaunâtre. 11 est impossible 
d'identifier ces deux espèces aujourd'hui, mais le fait de leur différen- 
ciation n'en demeure pas moins. Et l'année suivante (1891), Mégnin 
apporta à la Société de Biologie une autre culture, faite par Duclaux, 
culture blanche, colorant le milieu en violet-framboise, et extraite d'une 
mycose de la Poule. Cette fois, il est certain qu'il s'agissait de l'espèce 
connue aujourd'hui sous le nom (¥ Achorion gallinae. Et à l'occasion de 
cette présentation, Mégnin ne manqua pas de soutenir, une fois de 
plus, la pluralité des trichophyties animales que son adversaire, Neu- 
mann, de Toulouse, se refusait à admettre. 

La question de la pluralité trichophytique était donc posée ; personne, 
sauf Mégnin, ne considérait cette pluralité comme probable, et le pre- 
mier Congrès international de dermatologie, qui se tint à Paris en 
1889, avait posé la question sans qu'aucun derinatologiste prît la parole 
pour la résoudre ( 3 ). 

La question fut reprise en. 1891 par deux élèves de Unna : Neebe et 
Furthmann ( 4 ) qui, sur seize cas cultivés, trouvèrent quatre Trichophy- 
tons différents. Mais, ici encore, on ne peut savoir quelles espèces, 
maintenant connues, ces auteurs avaient rencontrées, car ce travail 
n'a été suivi d'aucun autre et ce n'est qu'une ébauche ( 5 ). Il ne contient 

banales) que la contagion évidente d'un enfant par l'autre, élimine l'idée que des 
spores partout répandues pourraient causer la maladie. 
(') X e Congrès intern. des Se. méd. Berlin., vend. 8 août soir, 1890. 

( 2 ) Mégnin, Présentation de cultures des champignons de quelques teignes 
d'animaux domestiques. Bull, de la Soc. cent, de méd. vétér., 1890, p. IXÔ. 

( 3 ) La question était ainsi posée : Des trichophytoses, des dermatoses tricho- 
phytiques. I. Mycologie, espèces, cultures, transmission expérimentale, conta- 
gion. II. Prophylaxie et traitement. Les discussions sur ces points furent toul 
à fait insignifiantes et n'apportèrent aucun fait nouveau à la question. 

(*) Congrès de Halle, 24 sept. 1891 et « Vier trichophytonarten » in Monaïshefle 
fur praktische Dermatologie. Bd XIII, n° 11, déc. 1891, p. 477. 

( 5 ) Les deux premières espèces, nommées : oidiophoron (2 cas) et éréthmophoron 
(14 cas), paraissent avoir été des Mierospontms, car leur culture était un gazon 



70 LES TEIGNES. 

la figuration d'aucune culture. Il ne contient aucune description, diffé- 
rentielle ou non, des quatre parasites, dans le cheveu humain ou dans 
la squame. Aussi lorsque Unna lui-même reprit la parole sur la ques- 
tion au congrès international de dermatologie de Londres en 1896, 
laissa-t-il de côté tous les travaux de son laboratoire avant 1 8 9 !2 . Je ne 
crois pas qu'ils méritent en effet, plus que cette mention. 



MES PREMIÈRES RECHERCHES SUR LES TEIGNES 
(1892-1894) 

(Test alors, en 18912, que je commençai mes premières recherches 
sur le sujet. J'y fus poussé par E. Besnier, dont j'étais alors l'interne. 
Je ne connaissais rien du sujet, rien des travaux de Gravitz et des tra- 
vniix expérimentaux récents, et des discussions auxquelles ils avaient 
donné lieu, rien même des travaux de Neebe et Furlhmann, que je n'ai 
appris «pie 10 mois plus lard, et le seul travail que je connusse, dès 
l'abord, fui celui de Yerujskv. Mes premières recherches sur les teignes 
durèrent environ trois ans, et donnèrent lieu à une douzaine de notes 
ou mémoires, que résuma un livre : Les Trichophyties humaines, paru 
en 1894. Mon sujet m'oblige à analyser ici mes propres travaux, je le 
ferai brièvement. 

Dès le début on pouvait prévoir quelle méthode employer pour 
éclairer la question. Il fallait pratiquer l'examen clinique minutieux de 

blanc, légèrement teinté, dans la profondeur du milieu, en jaune citron et en 
brun acajou, mais aucune étude microscopique différentielle n'était donnée du 
parasite dans le cheveu, et l'aspect clinique décrit est banal et non étudié dans 
le détail. 

Mycologiquêment, les auteurs décrivaient des gemmes terminales et intermé- 
diaires qui sont évidemment les chlamydospores terminales et intercalaires, et 
dans l'Erethmophoron des fruit* en forme de rame (6 épeT^oç) qui sont à coup 
sûr les fuseaux retrouvés plus tard, par moi, sur les Trichophytons à grande 
culture blanche (T. gypseum), et par Fox et Blaxall, chez les Microsporums. 

Le 3 e Trichophyton de Furtbmann et Neebe était dit attractophoron, de ses 
fuseaux multiloculaires ; la description de la culture ne correspond à aucune 
espèce actuelle qu'on puisse désigner. Les deux auteurs, sur le seul cas qu'ils 
en eussent observé, le croyaient probablement toujours le Trichophyton du corps, 
c'est-à-dire localisé à la peau glabre! Enfin, le dernier Trichophyton, décrit par 
les deux auteurs allemands, était nommé ptérygoïdes à cause de sa culture qui 
présente au début comme des barbes de plume. El ce seul caractère évoque 
l'idée du Tr. aeuminalum actuel, mais la culture décrite n'est pas reconnais- 
sable. Mycologiquêment, étaient signalées des spores de 5 jj. « probablement 
formées dans des organes arrondis, semblables aux gemmes terminales », sup- 
position erronée. Duclaux avait décrit déjà, cinq ans plus tôt, les grappes tricho- 
phytiques que nos auteurs n'ont pas vues. Les plaques de tondantes de ce Tri- 
chophyton étaient signalées comme squameuses, à fond rouge et très glabres. 
On en avait observé ."> cas. 

P. G. Unna. Sur la culture et la pluralité des Tricbopbylons (Journal des mal. 
cul. cl syph., \m\-Ti). 



MES PREMIÈRES RECHERCHES SUR LES TEIGNES. 71 

chaque malade et en consigner les résultats dans une observation bien 
prise ; pratiquer l'examen microscopique du parasite dans les squames 
et les poils, et en garder des préparations permanentes, permettant des 
études comparatives; 5° enfin, pratiquer les cultures de chaque cas et 
les conserver vivantes pour qu'elles puissent servir à toutes compa- 
raisons entre elles. 

Cette méthode qui abordait la question par ses trois côtés, clini- 
que, microscopique et cultural, donna des résultats immédiats et très 
inattendus. 

Il y avait deux types de tondante infantile qu'on pouvait différen- 
rencier par l'examen à l'œil nu, par l'examen microscopique et par la 
culture. C'était la tondante à petite* spores et la tondante à grosses 
spores ('). 

Ce travail établissait en outre que ces deux types parasitaires repré- 
sentaient non pas des espèces uniques, mais des groupes d'espèces et 
décrivait parmi les Trichophytons à grosse spore, en dehors de l'es- 
pèce la plus commune, ( 2 ) une espèce à culture acuminée, ( 3 ) une cul- 
ture poudreuse blanche, ( 4 ) une culture violet-noir, ( 5 ) et une culture 
rose ( 6 j. 

Le deuxième mémoire, laissant de côté le parasite à petites spores, 
était consacré à la pluralité des Trichophytons à grosses spores ( 7 ). 
Les espèces trichophytiques s'annonçaient de plus en plus, comme : 

« Extrêmement nombreuses et spécifiquement distinctes, c'est-à-dire que 
les caractères de chaque espèce paraissent fixes, héréditaires et perma- 
nents ( 8 ) ». « Que l'on rencontre une série de lésions trichophytiques 
anormales, de trichophytie serpigineuse ou folliculaire ou suppurée, 
et avec elles, on obtiendra des séries de cultures nouvelles. Et cepen- 
dant, toutes les cultures provenant d'un même cas garderont entre elles 
une parfaite similitude ( 9 ). » 

Ces différentes espèces parasitaires sont caractérisées par l'aspect 
spécifique de leur culture en milieu artificiel. Mais, pour cela, il faut 

(*) Contribution à l'étude de la trichophytie humaine. Étude clinique, histo- 
logique et bactériologique sur la pluralité des Trichophytons de l'homme. Com- 
munication à la Société de Dermatologie, 10 nov. 1892, in extenso dans Annale* 
de Dermatologie et de Syphiligraphie, 50 nov. 1892, et Sur la trichophytie humaine. 
Communication à l'Académie des Sciences. C. R. du 50 déc. 1892. 

( 2 ) Plus tard : Trich. crateriforme. 

( 3 ) Plus tard : Trich. acuminatum. 
(*) Plus tard : Trich. gypseum. 

( 5 ) Plus tard : Trich. violaceum. 

( 6 ) Plus tard : Trich. rosaceum. 

( 7 ) Étude analytique des Trichophvtons megalosporon. Annales de Dermatologie 
du 50 fév. 1895. 

( 8 ) Loc. cit., p. 117. 

( 9 ) Trichophyties humaines, p. 28. 



72 LES TEIGNES. 

on milieu sur lequel les Dermatophytes se développent activement et 
pleinement. Le meilleur était le moût de bière, c'est-à-dire l'eau de 
malt. Je cherchai à faire un milieu analogue, facile à reproduire tou- 
jours semblable, en utilisant des matériaux tout préparés, en propor- 
tions constantes. Ce milieu eut pour formule générale. 

Eau pure , . . . 1000 grammes. 

Sucre 57 

Peptone 10 

Géloso (j.s. pour solidifier. 

Il fut nommé milieu d'épreuve, on en fit d'analogues avec la mallose, 
la glucose, la mannite, la lactose. Et je posai en principe d'après mes 
expériences préliminaires que : 

« Toute différenciation d'espèces, basée sur les caractères de la culture, 
devrait être établie : 

a) Par des série* de culture des diverses espèces, cultures faites 
ensemble, sur un milieu différentiel fait en même temps; la série permet- 
tant de juger comparativement de l'aspect objectif de chaque culture 
ayant passé par des conditions physico-chimiques semblables. 

p) Sur des séries de réensemeneements des mêmes espèces, permettant 
de poursuivre, pendant plusieurs générations, l'observation de leurs 
caractères différentiels et 1' 'irréductibilité de deux formes de cultures l'une 
à l'autre (') ». 

Lorsque j'entrepris la différenciation des espères tricliophy tiques 
entre elles, j'avais en main, pour résoudre ce problème, lous les divers 
facteurs que je viens d'énumérer. ('/étaient, d'une part, les cultures 
purifiées de cinquante-quatre cas de teigne à grosse spore, d'origine 
différente, et de tout aspect clinique. C'étaient d'autre part trois 
milieux : maltosés, mannités, lactoses, extrêmement sensibles à une 
différenciation des espèces. Le même jour fut pratiqué l'ensemence- 
ment de tous les cas sur tous les milieux; et même, pour chaque cas, 
plusieurs cultures furent faites sur le même milieu, afin de parer à 
loule éventualité. 

Les cinq cents cultures qui constituèrent cette expérience passèrent 
par des conditions de température et d'aération identiques. La diffé- 
renciation des espèces fut aussi évidente que possible, et quelque 
inattendus que fussent ces résultats, leur identité sur les trois milieux 
d'essai était telle que je ne pouvais les mettre en doute, il fallait 
compter 19 espèces trichophyliques (espèces ou variétés fixes). Ces 
oOO cultures furent présentées à la séance de février 1895, de la 
Société française de Dermatologie. L'autonomie et la spécificité de 
chaque espèce était affirmée : 

(') Trichophy lies humaine*, p. 53-54. 



MES PREMIÈRES RECHERCHES SUR LES TEIGNES. 73 

1° Par la similitude parfaite des diverses cultures du même cas sur 
le même milieu ; 

2° Par les dissemblances nettes des types différents entre eux ; 

5° Par ce fait extrêmement probant que les différents milieux 
affirmaient les mêmes cas dus aux mêmes espèces trichophytiques, et 
les mêmes autres cas comme dus à des espèces trichophytiques diffé- 
rentes ('). 

Et je concluais : 

« La trichophytie vraie est un syndrome que peuvent causer plusieurs 
espèces parasitaires, espèces ou variétés, qui ont chacune, sur des mi- 
lieux de culture appropriés, des caractères spéciaux et différentiels ( 2 ) ». 

J'insistais déjà sur ce fait que, parmi les 19 types différenciés, il 
semblait y avoir des espèces très distinctes et au contraire des variétés 
très proches entre elles ( 3 ). 

« Mais, je dois dire cependant, ajoutais-je, que même chez ces cultures 
peu différentes entre elles, jamais je n'ai pu, chez aucune, surprendre... 
le moindre retour à un type voisin. 

« C'est un sujet d'étonnement constant, de voir les contagions familiales, 
quelque nombreuses qu'elles soient, fournir des cultures d'une absolue 
identité entre elles, même s'il s'agit, comme je l'ai vu, de contagions 
d'école comprenant plus de cent individus d'Ages divers. 

« Et dé voir comparativement dix trichophyties [je parlais des tricho- 
phyties de la peau glabre] donner lieu à des cultures dont quatre ou 
cinq à peine se ressemblent de très près, et dont deux ou trois seulement 
sont pleinement identiques. Et ces cultures, qui se ressemblent de très 
près sans être identiques, ni la culture sur aucun milieu très riche ou très 
pauvre, ni le passage même sérié sur l'Homme, sur les Animaux, 
expériences qui, pour certaines espèces, durent depuis plus de vingt 
mois, n'ont pu altérer leur identité propre, ramener leur type au type 
d'un autre, restée au bout de ce temps, exactement aussi proche d'elle, 
et, cependant, aussi distincte ( 4 ). » 

D'où cette conclusion que s'il y a des groupes trichophytiques très 
éloignés les uns des autres, et, dans ces groupes, des espèces proches 

(') Dans le tableau des espèces que j'avais alors déterminées sans en donner 
la photographie, certaines ne peuvent plus être exactement identifiées par moi, 
ainsi les n os 7, 15, 16, 17, 18 et 19. Le n° 1 est le T. (gypseum) astéroïdes, le n" 5, le 
T. (gypseum) farinulentum, le n° 8, une autre variété de gypseum, le n° 2 est le Tr. 
(niveum) radians, le n° 4 est le T. rosaceum, le n° 5 le violaceum, le n° 11 est le 
rralériforme, les n os 10, 12, \'t sont des para-cratériformes, le n" 9. le T. cérébri- 
l'onne, le n° 13 le T.acuminalum et le n° (5 seinhle avoir été l'espèce actuellement 
connue sous le nom d'Achorion gypseum (Bodin, 1907). 

{ i ) Trichophyties humaines, p. 55-56. 

( 3 ) « Au premier coup d'oeil, la différenciation précédente semhle annoncer, ;'i 
côté de quelques espèces très différentes les unes des autres, un grand nombre 1 
de variétés peu distinctes de l'une d'entre elles. - 

( 4 ) Trichophyties humaines, p. 57. 



1k LES TEIGNES. 

entre elles, ces espèces sont fixes, et ne sont pas de simples variétés à 
caractères réversibles ( l ). 

Devant le grand nombre des espèces trichophytiques, on devait 
penser naturellement à leur origine saprophyte possible, c'est ce que 
discuta la note suivante ( 2 ). Cette hypothèse s'appuyait sur des raisons 
de trois ordres : 

1° Sur ce fait que ces parasites, en culture artificielle, émettent des 
spores externes sur des hyphes différenciées, alors que dans leur vie 
parasitaire, ils sont réduits à des formes mycéliennes de souffrance. 

2° Sur ce fait que la plupart des Champignons parasites ont une 
existence saprophyte connue (Aspergillus fumigatus), ou probable 
(Actinomyces Bollingerii) ; 

5° Sur ce dernier fait qu'on peut obtenir des cultures des Tricho- 
phytons les plus vigoureux, sur des débris de graines, de paille, sur du 
chaume pourri, sur du terreau de serre, etc.. 

Entre autres conclusions, mes recherches précédentes aboutissaient 
à celles-ci, que certaines espèces trichophytiques se retrouvaient en 
des lésions de caractères particuliers, et, par exemple, les Trichophy- 
• tons à culture blanche, poudreuse, dans des lésions folliculitiques et 
suppurées : Kérions de Celse. C'est au groupe de ces Trichophytons 
spéciaux et pyogènes que le suivant mémoire fut consacré ( 3 ). Il mon- 
tra ce groupe homogène composé de six espèces distinctes, et dont 
les caractères de culture, très analogues, décelaient la proche parenté. 
Pour toutes, l'origine animale était probable, et pour plusieurs, démon- 
trée. La première et principale qui est devenue le T. (gypseum) 
astéroïdes, était prouvée d'origine équine et déterminait, sur l'homme, 
le kérion Celsi du cuir chevelu, de la barbe et de la peau glabre (*). 

Ce travail donnait la description des Trichophytons ectothrix, enva- 
hissant non seulement le poil, mais sa gaine folliculaire, la description 
de la Trichophytie du cheval, d'où venaient les contagions humaines, 
et la description mycologique des spores externes, des grappes, des 
fuseaux, et des spirales du parasite en culture artificielle, des grappes 
et de la spirale vues par Duclaux deux ans avant, et des fuseaux mul- 
tiloculaires, décrits par Neebe et Furthmann en 1891. 

L'étude qui suivit se proposait pour objet les Trichophyties de la 

(') Trichophyties humaines, p. 58. 

(-) Note sur l'hypothèse d'une existence saprophyte des Trichophytons. Annales 
de Dermatologie, 50 mai 1895. 

(') Etude des trichophyties à dermite profonde, spécialement de la folliculite 
agminée de l'homme et de son origine animale. Annales de l'Institut Pasleitr, 
15 juin 1895, 2 planches. 

(*) On se rappelle que le kérion Celsi de la peau glabre n'était pas identifié 
jusque-là aux kérions des régions pilaires. 



MES PREMIERES RECHERCHES SUR LES TEIGNES. 75 

barbe. Elle mit en évidence ce fait singulier qu'en France, les parasites 
qui font les tondantes de l'enfant ne sont pas, [ordinairement] ceux 
qui font les Trichophyties de la barbe (M. 

Les Trichophytons des tondantes trichophytiques communes sont 
endot/trix, c'est-à-dire contenus dans le cheveu. Les Trichophytons 
qu'on rencontre le plus ordinairement dans la barbe, sont des ecto- 
thrix (*). Or, tous les Trichophytons que nous avions vu transmis à 
l'Homme par les Animaux étaient ectothrix sur l'Homme : les anciennes 
mentagres, les sycosis trichophytiques, les kérions de la barbe pro- 
venaient donc de trichophyties animales. Et je donnais la description 
des trois types de trichophyties de la barbe que je connaissais alors : 
1° le kérion dû aux Trichophytons pyogènes à culture blanche ( 3 ) dont 
six variétés étaient déjà différenciées; 2° une trichophytie nodulaire et 
sycosique due à un Trichophyton à culture cérébriforme ("'), et o°, une 
trichophytie sèche, à forme d'ichthyose pilaire, due à un Trichophyton 
à culture rose que je croyais d'origine aviaire ( 5 ). 

Ce fut alors qu'en préparant l'édition des Trichophyties humaines 
| 1894) je lus pour la première fois les mémoires de Gruby, et constatai 
que cet auteur avait découvert et décrit, de J 8 412 à 1815, les trois types 
"parasitaires que je venais de retrouver : Le Trichophyton à petites 
spores était son Microsporum Audouïni. Il avait décrit les Trichophy- 
tons endo-ectothrix dans la barbe, et les Trichophytons endothrix des 
tondantes. Et aussitôt je le publiai ( 6 ). 

Cette lecture, me ramenant à l'étude du Microsporum, donna lieu 
bientôt à un mémoire sur la teigne tondante à petites spores « de 
Gruby ( 7 ) ». 

Cette fois c'est la description clinique minutieuse de la microsporie, 
avec les caractères objectifs qui la font reconnaître à l'œil nu; c'est 
aussi la description du parasite, corrigée d'après le texte de Gruby 
dont l'observation avait été plus précise que la mienne. Et c'était aussi 
la description du premier Microsporum animal, observé sur le Cheval 
et sur l'Homme, et qui devait devenir le Microsporum caninumou lano- 
sum d'aujourd'hui. 

Telles furent, sommairement résumées, les études partielles que le 

(') Étude synthétique des Trichophytons à grosse spore. Les mégalo-lrichophy- 
tons animaux. Trichophytie de la barbe. Annales de Dermatologie, 30 juillet 1895, 
2 planches. 

(-) Cette opinion doit être corrigée, comme nous le verrons plus loin. 

( 3 ) Ils font aujourd'hui les deux groupes des T. gypseum et des T. niveum. 

(*) Aujourd'hui T. cérébriforme. 

( 5 ) Aujourd'hui T. rosaceum. 

( 6 ) Notes sur trois points de l'histoire micrographique des Trichophytons. 
Annales de Dermatologie, 30 janvier 1894. 

( 7 ) Sur une mycose innominée de l'homme : la teigne tondante à petites spores 
do Gruby. Annales de l'Institut Pasteur, 25 lévrier 1894. 



76 LES TEIGNES. 

volume sur los Trichophyties humaines réunit et compléta (1894). 
Cette question des Trichophyties humaines, qui paraissait aupara- 
vant une des mieux connues de la Dermatologie, se révélait tout à fait 
neuve. 

Il faut dire que les faits nouveaux, qui se manifestaient en si grand 
nombre, n'étaient pas énoncés sans erreurs. Leur multiplicité même 
fil, sur plusieurs points, leur étude hâtive, et le sujet avait une face 
mycologïque qu'un dermatologiste était mal préparé à bien voir. Je 
mentionnerai brièvement ces erreurs. 

Le Trichophyton microsporon, le Microsporwm Aitdçuïni de Gruby, 
avait été décrit d'abord comme entourant et remplissant le cheveu de 
petites spores, erreur que Gruby n'avait pas faite, et qui fut rectifiée 
après la lecture de son texte. Et le mycélium du Microsporinn Audoùïni, 
que j'avais incomplètement vu et décrit, dut être réétudié par les au- 
leurs anglais, les années suivantes. 

Je crus aussi que tous les Trichophy tons ~pyogen.es montraient autour 
du cheveu des spores très grosses, erreur que le* Trichophyties hu- 
maines rectifièrent en partie, mais non complètement. 

Mon erreur la plus grosse fut mycologique. Voyant naître, sur les 
vieilles cultures de Trichophyton, des duvets blancs, je crus que ces 
cultures nouvelles qu'on pouvait reprendre et séparer des premières, 
avec des caractères différents d'elles, étaient des moisissures d'impu- 
reté. Et au lieu de comprendre leur naissance, comme résultant d'une 
transformation pléomorphique de la culture-mère, je crus y voir le 
commensalisme de deux espèces. Il fallut deux ans de travail pour cor- 
riger cette erreur qu'un mycologue averti eût redressée au premier coup 
d'œil. 

Quoi qu'il en soit, et malgré les lacunes, les erreurs et les fautes 
d'interprétation que comportaient ces travaux, il semble bien aujour- 
d'hui, qu'avec eux, se soit constituée la troisième phase du sujet, et que 
la question soit entrée par eux dans l'ère moderne. Avant eux on 
croyait savoir, après eux on vit qu'on ne savait pas. Ils apportaient une 
méthode de travail et des techniques nouvelles. On comprit que les 
éludes à venir devaient s'appuyer, non sur quelques cas pris isolément, 
mais sur des centaines. Depuis longtemps personne n'avait pensé qu'on 
pût baser une différenciation d'espèces sur l'examen microscopique du 
cheveu teigneux. La différenciation pourtant si élémentaire du Micro- 
sporum Audoaïni et des Trichophytons endothrix, celle des Endothrix 
et des Ectothrix prouvèrent qu'on avait regardé sans voir, et firent 
penser qu'il pouvait rester encore beaucoup de détails importants à 
rechercher. Enfin la différenciation des espèces, par la culture en 
milieux spéciaux, quoique bien des observateurs doutassent de la vérité 
des faits avancés sur ce point, tenta beaucoup d'expérimentateurs. 



HISTOIRE GENERALE DES TEIGNES, DE 1894 A 1909. 77 

L'histoire des années suivantes est ainsi, en grande partie, l'histoire 
des adhésions et des contradictions que ces travaux rencontrèrent. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DES TEIGNES, DE 1894 A 1909 

Les faits qui vont suivre entrent dans le vif de notre sujet. Ils sont 
trop récents pour faire encore partie de son histoire ; et comme nous 
devrons les retrouver un à un, en étudiant analytiquement le sujet lui- 
même, nous n'en ferons ici qu'une très brève mention. 

I. L'un des points que les Trichophyties humaines avaient le mieux 
établi, c'était la nécessité, pour l'observateur, de réunir un nombre de 
faits considérable, avant de poser quelque conclusion que ce fût; 
c'était la nécessité des grandes enquêtes. La mienne avait porté sur 
400 cas, et il est remarquable de voir que les erreurs de ses conclu- 
sions provenaient encore de généralisations trop promptes. 

Les statistiques de beaucoup des auteurs qui suivirent ont aussi 
compté les faits par centaines, celles d'Adamson( T ), de Colcott Fox( 2 ) 
par exemple. 

En Angleterre, Adamson( 3 ) fut un des premiers à vérifier les carac- 
tères cliniques, microscopiques et culturaux de la Microsporie. En 
France, Béclère .et Wiekham( i ) firent de même. J'en pourrais citer 

(*) Adamsox. Observations on the parasite of Ringworm, Brit. Journ. of Dennat. 
vol. VII, 1895, p. 201-257. Cf aussi : Transactions of third international Cowjrcss 
of Derrhatology . London, 1897, p. 555. 

La première enquête d'Adamson, très fructueuse en ce qui concerne la mor- 
phologie des Dermatophytes, portait sur 178 cas de tondante, et cinq trichophy- 
ties de la barbe, mais elle ne comportait pas de cultures. Sa deuxième compril 
la culture de 55 cas de microsporie, 10 cas de tondante trichophytique, cinq 
cas de trichophytie de la barbe. 

(-) G. Fox et F. Blaxall. An inquiry into the plurality of fungi causing ringworm 
in human beings. Brit. Journ. of Dermat., vol. VIII, 95-96. Ce travail porte sur 
452 cas, et apporte des faits nouveaux importants concernant la morphologie 
du Microsporum Audouïni dans le cheveu. Il appuie les faits principaux que 
j'avais établis, et me contredit sur un certain nombre de jtoints de détail. La 
séparation du Microsporum et des Trich. ectothrix, ainsi que celle du Micro- 
sporum Audouïni et des Microsporums animaux est encore insuffisante. La 
partie qui concerne les cultures est faible. 

( 3 ) Dès 1895 (toc. cit.), Adamson, sans trancher les rapports botaniques des 
Microsporums et Trichophytons, déclare qu'il est aisé de les distinguer micros- 
copiquement et que l'aspect du Microsporum Audouïni est infiniment spécial. 

Adamson, l'un des premiers, vérifia que le cheveu microsporique esl entouré 
de spores, mais qu'il n'en contient pas. Le tableau clinique qu'il donne de la 
microsporie est semblable au mien, etc.... 

Presque à la même époque Fox et Blaxall reconnaissent à l'œil nu la micros- 
porie de la trichophytie au cuir chevelu. (An inquiry.., elc...). 

(*) Béclère. Les teignes tondantes à l'Ecole des teigneux de l'hôpital Saint- 



78 LES TEIGNES. 

beaucoup : Malcolm Morris (M, White de Boston ( 2 ), Given de Liver- 
pool( 3 ), Mibelli(*), Ducrey et Reale( 5 ), M. Truffi( 6 ), Minne( 7 ), etc.( 8 ). 

II. Une deuxième nécessité évidente désormais, était de conjoindre. 
à l'analyse clinique des lésions, leur analyse microscopique et leur 
culture. Les auteurs qui ont suivi ont compris peu à peu la nécessité 
de ce triple travail; très peu pourtant se sont astreints à l'inoculation 
systématique à l'Animal, et à l'examen microscopique de ses poils 
lorsque l'inoculation était positive. Ces examens et ce 3 cultures de 
retour n'ont été faits, peut-on dire, qu'exceptionnellement. Aussi 
beaucoup de résultats de ce procédé sont-ils restés long-temps dans 
l'ombre, par exemple la structure du mycélium intra-pilaire des 
Mierosporums que l'inoculation au Cobaye était seule capable d'éclai- 
rer ( 9 ). Ce procédé de l'inoculation animale prouve en outre la 
valeur parasitaire de tous les Dermatophytes nouveaux qu'on 
rencontre; avec lui, quelques auteurs n'auraient pas fait l'erreur 
de décrire une moisissure saprophyte pour un Trichophyton nou- 
veau. 

III. La mycologie des Dermatophytes a, elle aussi, beaucoup attiré 
l'attention de certains auteurs, parmi lesquels : Colcott Fox, Bodin et 
Matruchot. C. Fox, dès 1896, insista sur l'évidente parenté mycologi- 
que des Microspontms avec les Trichophytons( i0 ). En 1900, l'étude de 

Louis, 1894. (Annales de Dermat. el de Syph., p. 687). B. confirme la plupart de 
nies 'résultats : la différenciation de la petite et de la grosse spore par l'examen 
microscopique et par la culture : « Tous les élèves du service annoncent main- 
tenant, à coup sûr, le genre de culture que donnera, après ensemencement, un 
cheveu examiné au microscope. » •< Spécifiées par leur cause, les deux ton- 
dantes ne se distinguent pas moins à l'œil nu, par l'aspect différent du cuir 
chevelu et des cheveux. » — L. Wickham. Une épidémie de teigne tondante à 
l'asile Lamhrechts. Annales de Dermat., juin 1894, n° 6. 

( J ) Morris parle d'après 126 cas microscopiquement examinés, mais avec peu 
de cultures de contrôle. (Ringworm and the Trichophytons. A paper read ai the 
meeting of the international Congress of Dermatology in London, 1896. 

( 2 ) White parle d'après 279 cas examinés microscopiquement, dont 159 micros- 
pories. 

( 3 ) Given. Clinical and microscopital varieties of ringworm (British journal of 
Dermat., sep. 1899, p. 348) parle d'après 50 cas observés à Liverpool, sur lesquels 
44 microspories. 

(*) Mibelli (1896) a observé 28 cas seulement à Parme, mais il en a régulière- 
ment pratiqué la culture. 

( 3 ) Ducrey et Reale. Transactions of th," third Congress of Dermatology, 1896, 
London, p. 580. 

('"') M. Truffi. Salle tigne, 1902, a étudié et cultivé 64 cas. 

( 7 ) Ach. Minne, Les teignes à l'hôpital de Gand. La Clinique, 1901, n° 23. 

( 8 ) F, Krzystaelowicz. Grzyby chorobowôrcze wlosôr trichophyton, microsporon, 
favus. Cracovie, 1906. Comparaison des espèces dermatophytiques rencontrées 
en Pologne autrichienne aux espèces déjà connues. 

( fl ) Sabouraud. Nouvelles recherches sur les Mierosporums. Annales de Dermat. 
et de Syph., 1907, février, mars, avril, mai. 

( ,0 ) Colcott Fox. Transactions of the third Congress of Dermatology, 1896. 
London. 



HISTOIRE GENERALE DES TEIGNES, DE 1894 A 1909. 79 

YAchorion du Favus me permit de rattacher ce parasite à la même 
famille botanique^). Bodin étudia mieux que personne la mycologie 
des Microsporums animaux et celle du dernier Achorion qu'il trouva. 
Enfin Matruchot, dans une série de travaux mycologiques exécutés 
avec Dassonville, crut pouvoir situer les trois groupes de Dermato- 
phytes parmi les Gymnoascées. 

Nous retrouverons tous ces travaux en étudiant la mycologie des 
teignes. 

IV. Les premiers travaux confirmatifs de la différenciation clinique 
et microscopique à faire entre Trichophytons et Microsporums sont 
venus d'Angleterre où la microsporie est fréquente ( 2 ). La seconde 
adhésion vint d'Amérique ( s ). 

Beaucoup de travaux anglais, par la suite, confirmèrent la séparation 
des Microsporums et des Trichophytons (f). En Italie, au contraire, où 
la microsporie n'existe pas, et où l'on n'en peut observer, à de rares 
intervalles, que des cas d'importation étrangère, l'adhésion fut plus 
lente à venir( s ). La première fut de Mibelli( 6 ), de Parme, avec un bon 
travail sur la pluralité trichophy tique. 

Mais c'est en Allemagne que les esprits restèrent le plus longtemps 

(') Sabouraud. La pratique dermatologique, T. II, art. Favus. 

(-) « Sabouraud's doctrine lias been accepted in Great Britain by Jamieson » 
dit M. Morris (loc. cit., p. 27). G'était au Congrès de la Brit. med. association tenu 
à Newcastle. Mais Jamieson ne s'y ralliait pas sans réserves. Cf. Brit. med. 
journ: Aug., 20, 1893, p. 470. 

( r> ) New-York dermatological soeiety (226 e meeting, 1893). Rapport de la Com- 
mission chargée d'examiner les échantillons de Trichophytons envoyés par 
M. Sabouraud de Paris. La Commission rappelle que le D r Sabouraud a 
bien voulu adresser à la Société, sur sa demande, des préparations et cultures 
de diverses variétés de Trichophytons qu'il a décrites dans ses travaux. Elle 
a le plaisir de déclarer qu'elle ne peut que confirmer les résultats obtenus 
par lui. 

(*) M. Morris. Ringivorm in the lighl of récent research. Londres, 1894. 

Pernet. One hundred and thirty cases of ringworm observed in the skin 
department of University collège hospital (The Lancet, I e ' oct. 1898). Sur cent 
tondantes l'auteur a observé 96 cas de microsporie. 

Given". Clinical and microscopical varieties of ringworm. British journal of 
Dermat., sept. 1899, p. 348. La proportion qu'il a trouvée est de 44 microspories 
sur 50 tondantes. 

Fox et Blaxall. (An inquiry. etc.), insistent sur ce fait que n'importe quels 
transferts ne font en rien varier la culture du Microsporum Audouïni quand on 
la replace sur le même milieu (tirage à part, p. 59). 

( 3 ) Marianelli. Sul Trich. lonsurans. Sienne, 1895. Pour cet auteur, ni l'exa- 
men microscopique ni la culture ne montrent la pluralité trichophy tique. Les 
variations de ces cultures dépendent des conditions extrinsèques : aération, 
humidité, etc. 

De même pour Majocchi: Sopra alcuni cambiamenti morfologici del tricho- 
phyton (Giorn. ital. del. mal. ven. c. délia pelle) et aussi : Saggio di alcune der- 
matosi parassitarie dell' uomo (Bollet. del sei. med. di Bologna, 1894). 

( G ) Mibelli. Sur la pluralité des Trichophytons (Annales de Dermat. et de Syph., 
1896, p. 755). 



80 LES TEIGNES. 

fermés à celte différenciation ; niée par Kaposi, par Ki'ôsiiig( i ) eL 
beaucoup d'autres jusqu'en- 1896. Pour tous ces auteurs, les spores 
variant de dimension en un même cheveu, on ne pouvait se baser 
sur leur dimension pour différencier entre eux des Dermatophvtes. 
Les doutes s'éclaircirent au Congrès international de Londres ( 2 j où 
l'on put dire que le Microsporum Audouïni recevait son état civil dé- 
finitif^ 3 ). On s'expliqua à son sujet. Ceux qui ne le connaissaient que 
par ouï dire purent examiner ses lésions, ses cultures, examiner sa 
structure dans le cheveu, etc.; à partir de ce moment sa différen- 
ciation l'ut définitive. 

V. En ce qui concerne, d'ailleurs, le tableau clinique de la Micro- 
sporie dans la tondante de l'entant, tous les auteurs confirmèrent la 
description que j'en avais faite (*), à cela près que les auteurs anglais 
observaient assez souvent un Kérion à petites spores sur lequel nous 
reviendrons. A la frontière allemande, suisse et italienne de sem- 
blables épidémies microsporiques avec leurs caractères classiques ont 
été observées ( 3 ) et même reconnues par des auteurs qui n'en avaient 
appris les symptômes que par les livres. 

VI. De 1892 à 1894 la pluralité des Microsporums avait été peu étu- 
diée. A peine avais-je observé, une fois chez l'homme, et quatre fois sur 
le Cheval, un Microsporum vivace (°) celui probablement qu'on appelle 
aujourd'hui M. lanosum, et que Bodin découvrit sur le Chien, en 
1897, et décrivit le premier, sous le nom de M. canis. Bientôt Fox 
et Blàxall, d'une part, et Adamson, d'autre part, décrivirent le Micros- 
porum du chat et affirmèrent les premiers que la Microsporie même 
de l'enfant n'était pas toujours causée par une même espèce. Mais 

(M 1». Krôsing. Sludien liber trichophyton. Congrès allemand de 1895. Weitere 
studien ûber trichophyton Pilze. Areh. /'. dennat. a. syph., 1890, l. XXXV, 
]). 07-16.",. 

Dans la discussion du travail de Krôsing, M. Ullmanx représenta 1res jusle- 
ment que les Allemands n'ont pas en mains de quoi pouvoir affirmer que la 
microsporie, déjà retrouvée fréquemment en Angleterre et accidentellement en 
Italie, n'existe pas. 

(-) III e International Congress of Dermalology. London, 1897. Transactions. 

( 3 ) Sabocraid. La question des teignes au Congrès de Londres. Revue cri- 
tique. Annales de Devinai, et de Syph., 1890, p. 1355. 

(') Ainsi Adamson dans son travail déjà cité 1895. Ainsi, Lolcott Fox et Blaxall 
(An inquiry, etc..) disent reconnaître à l'œil nu la microsporie de ta trichophytie 
du cuir chevelu. Ainsi Béclère, Wickham dans leurs notes déjà citées. 

( 3 ) Mme Schwenter-Tbachsler (Monatsch. /'. Dennat., t. XXVL p. '275) a publié 
9 cas de microsporie observés à Hambourg en 1898. 

I'lait (Monatsh..f. Dennat., I. XXXI, p. 401) en a publié 12 cas en 1900.. 

A. Glnsktt (Areh. /'. Dennai. and Syph., I. LIX, fasc. 1, 1902) a longuement 
relaté « une petite épidémie de Microsporum Audouïni à Strasbourg », compre- 
nant 7 cas. L'aspect clinique était typique, l'aspect microscopique du cheveu 
également. 

( 6 j Sabourajjd. Sur une mycose innommée de l'homme. Annales de l'institut 
Pasteur. Février 1891. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DES TEIGNES, DE 1894 A 1909. 81 

c'est au cours des plus récentes années que les recherches combinées 
de Bodin, de Mibelli, de Minne, de Uriburu, de Suis, de Zollikofer 
et les miennes, commencèrent d'établir la multiplicité des espèces 
microsporiques et qu'on s'efforça de les classifier. Ce travail n'est 
point terminé. 

Il résulte pourtant des faits observés par Minne, Lefébure, Uri- 
buru, etc., et que ces auteurs ont bien voulu me faire connaître, que 
la diversité des espèces microsporiques, suivant les contrées, est 
extrême : il est rare que des Microsporums, venus d'un pays étranger, 
soient tout à fait semblables aux nôtres. 

Ce que les dernières recherches ont établi ( l ) c'est principalement 
que les Microsporums forment deux classes, les Microsporums à cul- 
ture petite ou moyenne, et Microsporums à culture viyace ; ceux-ci 
ont une origine animale, et c'est surtout parmi eux que s'observe 
une grande variété. 

VII. Jusque-là, la Morphologie du Microsporum dans le cheveu, 
n'avait été étudiée qu'au point de vue de la différenciation clinique du 
cheveu microsporique et du cheveu trichophy tique. Et lorsque Bodin 
reprit l'étude des Microsporums, il ne poussa pas plus loin que moi 
leur description morphologique dans le poil. Les travaux anglais sur ce 
point, ceux de Adamson d'abord ( 2 ), ceux de Fox et Blaxall plus tard( 3 ) 
augmentèrent beaucoup nos connaissances sur le sujet. Ces recherches 
établirent entre autres choses, l'existence nécessaire d'une lésion 
épidermique avant la lésion pilaire ( 4 ), et une réelle communauté 
dans le processus d'envahissement du cheveu par les différents Der- 
mathophytes. Cette étude, poursuivie par Fox et Blaxall, fut reprise 
par moi il y a deux ans. 

VIII. En ce qui concerne la pluralité des Trichophytons on peut 
dire vraiment qu'elle ne fut nulle part étudiée par d'autres comme elle 
l'avait été à Paris ( 3 ). Aussi quoique la plupart des auteurs aient 

(') Sabouraud. Nouvelles recherches sur les Microsporums. Annales de Der- 
mat. et de Syph., 1907, février, mars, avril, mai. 

( 2 ) H. G. Adamson. Observations on the parasites of Ringworm (loc. cit.). 

( 3 ) P: Golcott Fox et F. R. Rlaxall. Some remarks on ringworm. British 
médical association at Edinhurgh, 1898. Brit. medic. journal, 2 déc. 1899. 

(*) Cette question a été longuement débattue en 1894-1896. Ayant étudié des 
•cas en traitement depuis longtemps et dont l'épiderme avait été décapé par des 
couches successives de teinture d'iode, je croyais à l'envahissement du cheveu 
d'emblée. Malcolm Morris s'était rallié à mon avis. (Ringworm, in the Light of 
récent research. Pathology Treatment, Prophy Iaxis, London, 1898, p. 45). Au con- 
traire Bodin écrivait : « J'ai d'abord constaté que la végétation du Microsporum 
est constituée par des mycéliums... dont le siège est exclusivement intra- 
épidermique avant d'être intra-pilaire. » (Sur le Microsporum du. cheval. Arcli. 
de Parasit., 1898, t. I. p. 390.) 

( 5 ) Je rappelle à ce sujet mes conclusions de 1894. (Les Trichophyties humaines, 
p. 202.) 

« I. En dehors des Trichophytons endothrix de l'enfant qui causent chez, lui 

LES TEI3NES. <3 



82 . . LES TEIGNES. 

admis en principe cette pluralité ('), néanmoins, faute de travaux 
de contrôle valables, plusieurs auteurs pensèrent que j'avais donné 
trop d'extension à cette pluralité ( 2 ). Tous les cas observés par 
Malcolm Morris lui avaient donné la même culture.... Il admettait 
deux et peut-être trois espèces parasitaires capables de produire le 
syndrome tri chophy tique. A Wiesbaden, en 1894, Rosenbach isolait 
sept espèces trichophvtiques difficiles d'ailleurs à reconnaître aujour- 
d'hui ('). 



la tondante, et chez l'enfant comme chez l'adulte un petit nombre des tricho- 
phyties circinées qu'il présente, il existe de très nombreux parasites cryptoga- 
miques, de même ordre, et de même famille botanique, qui causent la plupart 
des trichophyties cutanées humaines. Ce sont les Trichophytons ectothrix d'ori- 
gine animale. » 

« II. Un grand nombre de ces espèces appartiennent au groupe déjà bien 
nettement constitué des Trichophytons pyogènes à cultures blanches. D'autres 
se réunissent par trois ou par quatre pour ébaucher des groupes encore moins 
connus. » 

« Mais, en dehors de ces groupes, il existe encore d'autres espèces, dont l'ino- 
culation à l'homme est tellement rare, que leur étude et leur groupement dans 
l'état actuel des connaissances demeure impossible, et leur nombre même ne 
saurait être précisé. •> 

(') En Angleterre, Adamson (loc. cit.) est le premier qui ait contribué à établir 
la pluralité trichophytique en séparant nettement au microscope le Micros- 
porum, les Endothrix et les Ectothrix. C'est le premier qui ait admis comme 
un fait certain, la conformité morphologique du parasite sur la même tête, ou 
dans les cas issus l'un de l'autre, et l'un des premiers qui ait vérifié par la 
culture la pluralité du Trichophyton (5 espèces). 

Fox et Blaxall aussi, rejetèrent nettement l'unicisine de Kral de Prague et 
admirent avec moi l'existence d'une série d'espèces trichophvtiques stables 
« remarkably stable species ». Ils insistent aussi sur ce fait que tous les mem- 
bres contaminés d'une même famille donnent toujours à la culture la même 
espèce. (An inquiry, p. 39.) 

(*) •< While holding that the plurality of the ringworm fiingi is an established 
scientific truth, I think that the infinité séries of species which M. Sabouraud 
asks us to accept is still nothing more than a jolie hypothèse... » Ainsi parlait 
Malcolm Morris (loc. cit.). Il aurait presque ajouté comme Erasmus Wilson 
disait de Bazin (On the phytopathology of the skin and nosophyto dermata) : 
« Bazin is a generous parent ; he divides bis little fungi equitably among 
bis children. » Dans ce travail M. Morris fournit pourtant une bonne planche 
colorée représentant un cheveu de Trichophyton endothrix, un cheveu miero- 
sporîque et trois coupes transversales du cheveu de la microsporie, d'une 
trichophytie à T. endothrix et d'une trichophytie à T. ectothrix. 

( 3 ) F. ,1. Rosenbach. Ueber die tieferen eitemden Schimmel erkrankungen der 
Haut und der Ursache. Les sept trichophytons de Rosenbach s'appelaient 
T. holosericum album, fuscum tardum, plicans fusisporium, farinaceum 
album, candidum endosporum, propellens leptum, planum fusolargum. Rosen- 
bach ne connaissait pas de différence entre leur aspect microscopique dans 
le poil. 

Cf. aussi dans le compte rendu de ce même Congrès (IV e ) des Dermatologistes 
allemands p. 54-115, les travaux suivants : 

Pick. Der augenblickliche stand der Dermatomycosenlehre. 

Winternitz. Ueber eigenartige Trichophyton-cidtaren, où l'auteur présente peut- 
être une culture du Trichophyton rosaceum. 

Et le travail de Krosing : Sludien ùbcr Trichophylon-culturen. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DES TEIGNES, DE 189'* A 1909. 83 

En Italie, Mibelli ( 4 ) prouva trois types trichophytiques, Ducrey et 
Reale en trouvèrent quatre ( 2 ). Mais, même à cette époque, où Bodin 
publiait sa thèse sur les teignes tondantes du cheval, il y avait encore 
des unicistes en Allemagne ( 3 ) et en Italie (*), et les travaux de presque 
tous les observateurs sont médiocrisés par l'insuffisance de leurs tech- 
niques ( s ). En fait et malgré les travaux plus récents de Reale ( 6 ) de 
Truffif*), l'étude de la pluralité trichophytique est à peine com- 
mencée. C'est en ces derniers mois que Dalla Favera a étudié les 
espèces trichophy tiques de la province de Parme et que Fox vient 
d'aborder l'étude des Trichophy tons endothrix de l'Angleterre ( 8 ). 

Tous les derniers travaux sur ces sujets montrent que la pluralité des 
Trichophytons existe bien telle que je l'avais dit, et non pas en France 
seulement. En fait, dans chaque pays, les auteurs ont reconnu de-ci 
de-là, quelques-unes des espèces décrites, les plus caractéristiques. 
Tr. crateri forme, Tr. violaceum, Tr. gypseum : mais plusieurs ont 
délaissé l'étude complexe du groupe des cratérif ormes, du groupe des 
gypseums, composé chacun de 5 et 6 espèces très différenciées cultura- 
lement. C'est simplifier la recherche, mais aux dépens de la précision. 

IX. Les causes qui ont le plus contribué à obscurcir le sujet, et 
amené le plus d'erreurs, sont l'existence du polymorphisme et du 
pléomorplrisme des Dermatophytes. 

Sous le nom de polymorphisme on a désigné deux ordres de faits. 
D'abord celui-ci : que chaque Dermatophyte prend une figure différente- 

(') V. Mibelli. Sur la pluralité des Trichophytons. Annales de dermat. et de 
syph., 1895, p. 733. 

( 2 ) Ducrey et Reale. Réunion de la Soc. ilal. de Dermat., 1895. 

( 5 ); Wâlsch. Congrès allemand de Dermatologie de Gratz, 1895. Ueber die- 
Mannigfaltigkeit (1er Wachstumformen (cultureller Pleomorphismus) der 
pathogenen Schimmelpilze, insbesondere des Pilzes des eczéma marginatum. 
Arch. f. Dermat. und Syph., 1896. B d XXXVII, n° s 1-2. Weitere Mittheilungen zur 
Pathologie der Hyphomyceten. Arch. f. Dermat. und Syph., 1897. B d XXXVIII. 

Pour cet auteur, toutes les variétés de cultures trichophytiques dépendent du 
pléomorphisme. 

(*) Caruccio. Bollet. del. R. Acad. di Roma. A. XXIII, fasc. IV et V, 1896-97 et 
S&c. ital. di dermat. et sif., 1897. Cf. aussi : 

Mazza. Bollet. délia Poliambulanza di Milano, 1898. 

H. Pelagatti. I. trichophyton délia provincia di Parma, 1896, qui est pluraliste. 

( 5 ) Ainsi les travaux de Krôsing (Congrès allemand de 1896), qui compare ses- 
espèces cultivées sur pomme de terre, en énonçant sérieusement cette opinion 
qu'il n'y a pas de milieu meilleur et de plus différentiel pour les Dermato- 
phytes. Il admet cependant (conclusion 6) que la comparaison de cultures faites- 
en milieux identiques est le seul vrai moyen de différencier des espèces. Et il 
parvient à différencier trois types trichophytiques. De même LJllmann qui se 
sert de gélose maltosée. 

( c ) A. Reale. Sul pluralisme e pleomorfismo trichophy tico (Studio critico, clinico 
e sperimentale) in-8°. Napoli, 1901, 

( 7 ) M. Truffi. Sulle tigne, 1902. 

( 8 ) Colcott Fox. A further contribution to the study Jof the Endothrix Tricho- 
phy la Flora, in London, Proceedings of the Royal society of médecine. January, 1909. 



84 LES TEIGNES. 

suivant la nature du milieu nutritif sur lequel il croît. Et cet autre fait 
qu'un grand nombre de conditions secondaires sont capables de faire 
varier, dans une certaine mesure, sa physionomie sur le même milieu. 
Ainsi, par exemple, la vieillesse ou la dessiccation du milieu, l'aéra- 
tion de la culture, le plus ou moins de profondeur d'implantation 
de la semence, etc. 

Beaucoup d'auteurs ont attribué à ces facteurs de différenciation, 
très secondaires en réalité, une importance qu'ils n'ont pas du tout ( J ), 
et ont pu croire que la plupart des espèces trichophytiques décrites 
n'étaient que d'artificielles différenciations dues précisément à des 
variations dans les conditions physico-chimiques du développement 
de cultures semblables. 

Avec des techniques sérieuses, les erreurs de ce chef sont pourtant 
faciles à éviter, mais il n'en était pas de même des transformations 
pléomorphiques des cultures de Dermatophytes. Beaucoup des cul- 
tures de Dermatophytes, lorsqu'elles vieillissent en milieux sucrés, 
donnent lieu à une forme de dégénérescence d'un tout autre aspect, 
que la culture primitive dont elles sont nées. On peut avoir ainsi deux 
cultures différentes, dont la seconde irréversible à la première, et issues 
primitivement d'une môme graine. Ceci a jeté dans le sujet une grande 
confusion. 

En 1892-1894, j'ignorais l'existence des faits de pléomorphisme, 
connus pourtant des mycologues professionnels, et j'avais interprété 
ces faits comme, le commensalisme en une même culture, de deux êtres 
différents dont un seul parasite. Et beaucoup d'auteurs avaient accepté 
cette théorie du commensalisme ( 2 ). 

C'est Bodin, en 1895, qui mit le premier en doute la réalité du com- 
mensalisme à propos du Microsporum du cheval ( 3 ). Ensemble nous 
comprîmes la vraie nature des faits de pléomorphisme. Je vérifiai leur 

(i) M. Caruccio. Pléomorflsmo e pluralisme) tricofltico. Clinica dermosifilopatica 
délia R. universita di Roma, juil.-oct., 1897, p. 77 et 107. Pour cet auteur qui 
parait avoir surtout examiné la question par le côté mycologique, cultures en 
goutte pendante, etc.. il n'existe qu'un Trichophyton mais très pléomorphe. 

De même Kral, de même Krôsixg, font jouer au pléomorphisme un rôle hors 
de toute proportion avec son rôle réel. Cf. : Ueher den Pleomorphismus patho- 
gener Hyphomyceten. Archiv. f. Dermat. und Syph. W XXVII, p. 597. 

(-) Ainsi Unna : (Transactions of the third Congress of Dermatology of London). 
Ainsi Mibelli : Sur la pluralité des Trichophytons (foc cit.). Ainsi Ducrey et 
Reale (Comptes Rendus de la soc. ital. de Dermat., oct. 1895), disaient: « Il est 
nécessaire surtout d'isoler les divers commensaux, et de faire beaucoup d'ino- 
culations de leur culture à l'homme et à l'animal.... » Ailleurs : « on doit 
admettre le commensalisme dans les cultures (de dermatophytes) clans les limites 
qui résulteront d'une étude expérimentale plus rigoureuse et plus vaste ». 

( 3 ) Il étudia ces faits avec MM. Delacroix et Prillieux, deux mycologues; la 
lecture de son mémoire montre très bien comment il comprit, à la lumière de 
nombreux faits.de comparaison, la nature vraie des faits de pléomorphisme que 
nous observions ensemble depuis trois années. 



HISTOIRE GENERALE DES TEIGNES, DE 1894 A 1909. 85 

identité pour les diverses espèces trichophytiques que je connaissais, 
et je les exposai au Congrès de Londres en 1896 sous leur vrai jour. 
Je fus assez heureux pour voir Unna, Ducrey et Réalèse ranger immé- 
diatement à notre opinion ( 4 ). Par la suite le commensalisme tricho- 
phytique fut étudié de nouveau par Reale, par M. Truffi ( 2 ). Mais la 
question du pléomorphisme ne cessa vraiment d'obscurcir la question 
que lorsqu'en 1907 fut observé ce fait que les cultures sur milieux 
exclusivement peptonisés n'en présentaient jamais d'exemple ( 3 ). 

Depuis lors on peut considérer cette question comme éliminée du 
sujet, au moins comme cause d'erreur, et sans nier que les transfor- 
motions pléomorphiques des Dermatophytes gardent pour le myco- 
logue un incontestable intérêt. 

X. Un fait reconnu, mais trop strictement affirmé dans Les Tricho- 
phytiés humaines, c'est que les grandes Trichophyties inflammatoires 
correspondaient à des Trichophytons animaux à grande culture blan- 
che. Les recherches ultérieures et surtout celles de E. Bodin étendirent 
ces premières conclusions. Le Trichophyton, trouvé dans les premiers 
Itérions étudiés, n'était pas le seul qui pût causer le kérion ( 4 ). 

Néanmoins lui et ceux de son groupe restent ceux qui le causent 
le plus fréquemment, en nos contrées, et c'est ce que les travaux 
d'autrui confirmèrent pour la plupart ( 3 ), celui de Karl Ullmann ( G ) en 
particulier, qui est une intéressante étude évolutive du kérion. 

(') Voici mon texte au Congrès de Londres : « Le pléomorphisme des Tricho- 
phytons existe et se traduit dans les cultures vieillies d'un Trichophyton quel- 
conque par l'apparition, à la surface de l'ancienne culture, d'une ou de plusieurs 
formes culturales nouvelles » (loc. cit., p. 503)... « Ces formes pléomorphiques 
ne sont plus des Trichophytons. Il faut éviter le pléomorphisme. » Il est à 
remarquer que toutes ou presque toutes ces cultures trichophytiques apportées 
au Congrès de Londres, ainsi que j'en faisais la remarque dans mon étude cri- 
tique (Ann. de Dermat., 1896, p. 1555), étaient entachées de pléomorphisme. 

( â ) M. Truffi. Suite ligne, 1902, rapporte à tort la découverte du pléomorphisme 
trichophytique à Ducrey, Reale, Pelagatti, etc.. Il est tout à fait incontestable 
que l'identification des faits de « commensalisme » à des faits de pléomorphisme 
est de Bodin. Ducrey et Reale n'ont jamais fait cette identification avant le 
Congrès de Londres. 

( 5 ) Sabouracd. Sur le pléomorphisme des cultures de Dermatophytes et le 
moyen de l'empêcher. (Arch. de parasit., 1908, t. XII, p. 55. 

(*) E. Bodin, Les tondantes du cheval et leurs inoculations humaines. Thèse de 
Pjris, 1895. 

( s ) P. G. Unna. Sur la trichophytie érylhémato-squameuse consécutive à. 
l'inoculation expérimentale : Die hislopathol. der Hautkrankeiten, 1894. Cf : aussi 
H. Tennesox. Présentation à la Soc. de Dermat. du 19 avril 1895, d'un immense 
Kérion du cou chez un journalier conduisant des chevaux. A ce propos l'auteur 
préconise pour le traitement des Kérions immenses, le raclage à la curette 
tranchante, exérèse conseillée par Celse autrefois. 

Cf. aussi : Collavitti. Clinica dermosifil. di Roma, mai 1896. 

Walsch. Sur la variété des formes cliniques dues au Trichoph. Arch. f. Dermat. 
und Sijph., 1896. B d XXXV. 

( 6 ) Karl Ullmann. Zur Aetiol. und histol. der Trichophytons (Sycosis parasit. 
Bazin). Wiener klinich. Woch., 1890, n os 18, 19, 20. Dans huit cas de sycosis para- 



86 LES TEIGNES. 

Bodin avait trouve des Trichophytons à culture faviforme dans cer- 
tains kérions, Mazza trouvait le Trichophyton violaceum dans le gra- 
nulome de Majocchi. D'autres comme Fini et Pernetf 1 ) trouvaient 
dans une trichophytie suppurée un trichophyton à culture cratéri- 
i'orme rapide d'espèce non identifiée. Toutefois, je le répète, l'espèce 
trichophytique, le plus souvent cause du kérion, restait le Trichophy- 
ton pyogène à culture blanche du cheval (plus tard Tr. gypseurn). Et 
c'est lui qu'on y trouve encore le plus souvent ('-). 

En ce qui concerne l'origine animale des kérions, dès 1882 Longuet 
disait déjà que plus une trichophytie humaine était inllammatoire, 
plus elle accusait une origine animale récente ( 3 ). 

Ce qu'il faut retenir de cette opinion c'est que, déjà, à cette époque, 
il était de croyance commune que les trichophyties animales sur 
l'homme créaient des trichophyties suppurées. (Tétait l'opinion de 
Duhring( 4 ), c'était aussi celle de Besnier avant mes recherches ( s ). 

sitaire l'auteur isola le même Trichophyton que moi; dans deux cas la lésion 
était infectée de staphylocoques. 

Ullmann admet trois phases du Kérion. Dans la première, parmi les pustules 
et les croûtes, le champignon abonde, on note l'invasion, folliculaire. A ce mo- 
ment la lésion date d'une semaine. Dans la seconde, les placards sont en pleine 
.suppuration; ils datent de trois semaines. On y trouve des spores et des débris 
mycéliens dans les follicules. Après six semaines, on remarque un état papil- 
lomateux du derme, mais il n'y a presque plus de spores dans les follicules, 
c'est la période des abcès trichophy tiques [intra-dermiques. Car l'auteur le dit 
très bien, les formes cliniques et microscopiques dépendent surtout de l'âge des 
lésions. Ullmann comme Forlamini, Leloir, etc. a noté l'existence des cellules 
géantes autour des abcès folliculaires. 

( 4 ) G. Pernet. Trichophytie en folliculite agminée. Dermatol. society of Lonclon, 
15 février 1901. 

( 2 ) C'est encore lui que j'avais extrait en avril 1903, d'un Kérion gigantesque 
avec trajets lîstuleux, sans réaction générale, présenté par Daxlos à la Soc. de 
Dermat. du 20 avril 1905. 

( 3 ) Ce fait vrai, en soi, faisait partie d'un système erroné de l'auteur. Longuet 
croyait à l'origine animale primitive de toutes les teignes qui diminueraient peu 
à peu de virulence en s'acclimatant à l'homme. 

Dès 1894, et sans connaître la mémoire de Longuet, je m'élevais contre cette 
interprétation des faits. « Il ne faut pas croire, que les Trichophytons humains, 
par leur passage sur l'animal, deviennent plus virulents et peuvent alors être 
pyogènes. Aucun fait ne nous autorise à le penser ». Trichophyties humaines, 
p. 53. Pourtant certains faits précis tendraient à appuyer l'opinion ancienne de 
Longuet. C'est ce que montre Ach. Minne dans un excellent travail déjà cité : 
Le Trichophyton de la vache peut passer sur l'homme, 1898, Gand. 

C'est l'histoire d'une trichophytie du cuir chevelu, de la barbe et de l'avant- 
bras, chez un homme de 55 ans. Lésions constituées par un plateau arrondi, 
«aillant, avec petits abcès folliculaires disséminés sur sa surface. Trichophyton 
-endo-ectothrix chez la vache, ectothrix pur chez l'homme. Épidémie familiale 
«'atténuant à mesure que les cas augmentent de nombre et passent sur des 
sujets plus jeunes. 

( 4 ) Duhring. Cité par Neumann. Traité des maladies parasitaires non micro- 
biennes des animaux domestiques, II édit., p. 287. 

( 5 ) " Cette variété (de trichophytie très inllammatoire des régions découvertes) 
s'observe surtout chez les bouchers, les jeunes vachers qui soignent les veaux 



HISTOIRE GÉNÉRALE DES TEIGNES, DE 1894 A 1909. 87 

Celles-ci montrèrent seulement que les triehophyties animales étaient 
causées par des Trichophytons différents des Trichophytons humains, 
et que beaucoup de Trichophytons animaux donnaient à l'homme des 
triehophyties suppuratives. 

Interprétant mal mes résultats, Unna me remerciait d'avoir montré 
« que presque toutes les espèces de Trichophytons de l'homme sont 
identiques à celle des animaux » ; ce qui est une erreur, car à Paris, 
par exemple, deux espèces, que les animaux ne montrent pas, font 
les 4/5 de nos cas de trichophytie urbaine. Tout au plus, l'opinion de 
Unna vaudrait-elle en dehors des villes, car, ainsi que l'a dit juste- 
ment Bodin : 

« Plus on examine des malades ruraux, plus le nombre des triehophy- 
ties animales s'accroît. Il est probable qu'en dehors des centres comme 
Paris et Londres on sera bien loin de retrouver, entre les triehophyties 
humaines et les triehophyties animales, la proportion que les expériences 
faites à Paris ont établie. Il serait môme possible qu'en certaines loca- 
lités éloignées des grandes villes, on ne retrouvât plus que des trieho- 
phyties animales sur l'homme.... » 

A la vérité, comme le montrait Bunch ( 2 ), beaucoup de cas sont 
décrits comme dus à une contagion animale alors que la source de la 
contagion est rarement démontrée par la culture. Néanmoins presque 
toutes les recherches ultérieures, celles de Fox, Adamson, Bodin, 
Bunch, Suis, Zollikôfer et bien d'autres ont confirmé, au moins 
d'une façon générale, l'opinion que Krzystallowicz résumait l'an passé 
en ces termes dans une lettre de Cracovie où il venait d'étudier le 
sujet : 

« Je pense, [comme tout le monde à présent, que les espèces trichophy- 
tiques animales sont seules pyogènes sur l'homme. » 

XI. Un des faits mis en évidence par les Triehophyties humaines et 
qui fut le plus contesté, c'est la correspondance de la forme de la 
lésion à l'espèce qui la cause. Presque tous les auteurs s'inscrivirent 
en faux contre cette opinion. Et cela est surprenant, car nul ne songe 
à s'étonner que le favus soit caractérisé par le godet; presque tous les 
tinéologistes savent différencier maintenant la tondante microsporique 
de la tondante trichophytique dans son type normal, par leurs seuls 
caractères extérieurs, comment croire que ces trois Dermatophytes 

et les génisses, les jeunes palefreniers qui sont en contact avec les poulains. » 
Besnier-Doyox. Notes de Kaposi, II, p. 802. 

(') E. Bodin. Les tondantes du cheval..., p. 54. 

(-) J. L. Bunch. On ringworm infection in man and animais. British, medic. 
journ. February 1901. 



88 LES TEIGNES. 

soient les seuls, entre tous, à montrer une lésion particulière? (') 
Cependant beaucoup de faits incomplètement observés ont été oppo- 
sés à la loi naissante. Un des premiers était que la Microsporie, en 
Angleterre, se présente quelquefois comme un kérion.'Acela il y avait 
deux causes. D'abord tout un groupe dé Trichophytons à spore rela- 
tivement petite (Trichophytons ' microïdes) causent précisément les 
kérions. Cela avait pu donner lieu à des confusions. En outre l'Angle- 
terre présente fréquemment des Microsporums animaux capables de 
donner lieu à des lésions inflammatoires (-). Toutes ces causes d'erreur 
ne pouvaient évidemment pas être éliminées de prime abord. 

En outre beaucoup d'auteurs, lisant plutôt les analyses de mes tra- 
vaux que mes travaux eux-mêmes, ne savaient pas les réserves dont 
j'avais entouré l'exposé de la loi de spécificité des Trichophytons, et 
les exceptions que j'y avais signalées. 

Pourtant, après une ère de dénégations absolues, est survenue une 
période où des auteurs comme Colcott Foxp), Truffi( 4 ), Reale ( 5 ) ont 
formulé, sur le sujet, des opinions correspondant à très peu près à celles 
que j'avais exprimées, à savoir que certains Trichophytons créent des 
lésions assez personnelles et assez facilement reconnaissables pour 
qu'on puisse cliniquement prévoir avec probabilité l'espèce parasitaire 
qui les a causées. Mais sous cette réserve pourtant que cela n'est pas 
évident pour tous les Trichophytons, et que pour ceux-mêmes qui 
créent d'ordinaire une lésion spécifique, cette loi n'est pas absolue. 

XII. J'avais décrit deux types morphologiques de Trichophytons : 
les Endothrix et les Ectothrix. Cette distinction a rencontré aussi des 
opposants, mais, surtout dans les quelques années qui suivirent les 
Trichophyties humaines ('"'). Elle est, universellement admise aujourd'hui 

(!) Presque tous les auteurs anglais : M. Morris (loc. cit.). Pernet (One hun- 
dred and thirty cases of- ringworna. The Lancet, 1" n° d'ôct. 1898). Given (loc. 
cit.). Mibelli. Ducrey et Reale Pelagatti et tous les auteurs italiens n'admet- 
tent pas la correspondance de la forme clinique à l'espèce trichophytique. Ro- 
senbach, 1894, loc. cit., croit, au contraire, que les diverses formes cliniques 
sont dues à des espèces différentes. Mais il semble que ce soit pour lui une 
opinion préconçue, non vérifiée. 

( 2 ) Adamson (1895, loc. rit), avait trouvé sur 175 cas, dix cas de Kérions causés 
par la petite spore. Fox et Rlaxall, de même, dans un cas. Pour Given (Clinical 
and microscopical varieties of ringworm. Brit. journ. of Dermat., sept. 1899, 
p. 548) tous les cas de trichophytie suppurative étaient dus au Microsporum. 
Cette erreur d'interprétation, qui consiste à prendre pour un Microsporum un 
Trich. microïde est d'autant plus croyable qu'en 1895, Adamson avait rencontré 
le Microsporum Audouïni dans le sycosis, dans des folliculites, dans des tricho- 
phyties circinées, toutes lésions où, en fait, on ne le rencontre jamais. Je crois 
«pie beaucoup d'auteurs anglais modifieraient aujourd'hui ces anciennes conclu- 
sions, la culture de ces cas devant leur donner un T. gypseum. 

( 5 ) C-olc.ott Fox dans tous ses derniers travaux. 
( 4 ) M. Tri ni. Xitl/e ligne., 1902. 

.( 3 ) A. Rkale Sul Pluralismo et Pléomorfîsmo tricofitico. 

( 6 ) La discussion sur ce point s'était mal engagée : « Sur la foi du sens étymo- 



HISTOIRE GÉNÉRALE DES TEIGNES, DE 1894 A 1909. 89 

Je décrivais les Endothrix comme d'origine humaine et les Ecto- 
thrix comme d'origine animale. Et on a aussi beaucoup discuté sur ce 
second point. Bien qu'il puisse donner lieu encore à des doutes, il est 
curieux de remarquer qu'il n'ait reçu encore d'aucun auteur une bien 
nette infîrmation ('). Il n'est encore point prouvé que les T. endothrix 
aient toujours une origine humaine et qu'on ne puisse pas les rencon- 
trer chez les animaux( 2 ), mais, ce qu'on peut dire, c'est que personne 
n'a encore trouvé, sur un animal, un Triehophyton qui soit endothrix 
sur l'homme, et inversement tous les Trichophytons décrits sur 
l'homme et dont l'origine animale est démontrée ( 3 ) (il y en a déjà 
douze espèces au moins) sont des Trichophytons ectothrix, ou comme 
certains disent aujourd'hui, des Endo-ectothrix (*). Après quinze ans le 
l'ait vaut la peine d'être souligné. , 

Pourtant cette affirmation des Trichophyties humâmes s'accompa- 
gnait d'une assez grosse erreur. Il y était affirmé que les Trichophy- 
tons animaux, -c'est-à-dire ectothrix, pouvaient seuls envahir le poil 

logique des mots : ectothrix, endothrix, on a voulu me faire dire que tous les 
Ectothrix habitaient exclusivement hors du poil, comme d'autres Trichophytons 
(endothrix) habitent exclusivement dans le poil. Cela, je ne l'ai jamais voulu 
dire et je ne l'ai jamais dit. » 

Les Trichophytons endothrix habitent bien le poil tout seul, mais les ectothrix 
envahissent à la fois le poil et son follicule.... « Le premier mémoire où il a été 
parlé des ectothrix, (Annales de Derinat., juillet 1893) était accompagné de deux 
planches représentant des Trichophytons ectothrix. Les cheveux sont entourés 
de spores mycéliennes, mais ils en sont remplis également, et le texte non plus 
ne laisse aucun doute sur ce point. Quand donc Colcott Fox écrit que « contrai- 
rement à moi » il a toujours vu les Trichophytons ectothrix envahir le poil en 
même temps qu'ils l'entouraient, il m'attribue une erreur que je n'ai pas faite 
et il vérifie intégralement, et mon texte, et mes figures. M. Malcolm Morris a 
fait la même confusion. Sabouraud. La question des teignes (revue critique) 
Annales de Derinat. et de Syph., 1896, p. 1535). La même confusion vient d'être 
faite par Dalla Pavera dans son récent travail : Sur les Trichophytons de la 
Province de Parme. Ann. de dermat., 1909, p. 455. 

( 4 ) Cependant B. Galli-Valerio. (Observations sur un Triehophyton du veau 
et l'Achorion de l'homme, de la poule et de la souris. Arch. f. Thierheilk, 1898, 
p. 105) aurait retrouvé, dans une teigne du veau, mon Trich. endothrix cratéri- 
forme. Je considère cette observation comme très douteuse, en ce qui concerne 
l'identification du Triehophyton. 

( 2 ) Dès 1894, j'écrivais : « Il ne m'est pas permis de conclure que les Tricho- 
phytons endothrix sont tous des espèces trichophytiques exclusivement 
humaines, parce qu'on ne les a pas retrouvées chez l'animal. Il faut se rappeler 
que les Trichophytons endothrix sont inoculables aux animaux, bien que l'ino- 
culation soit souvent négative et la lésion toujours fugace ». Les Trichophyties 
humaines, p. 85. 

( 3 ) Krzystallowicz (lettre) croit que les Tr. endothrix de l'enfant sont des 
parasites humains qui ne se retrouvent pas chez les animaux. Il a rencontré plu- 
sieurs trichophyties suppurées chez des paysans. (Trich. niveum) et une tri- 
chophytie du veau qu'il a observée 2 fois épidémiquement. Le Trichoph. du 
veau était endo-ectothrix; K. a observé un Triehophyton ectothrix pur chez la 
vache. 

( 4 ) Pour Bunch (loc. cit., 1901) le Triehophyton qu'il a observé sur le veau était 
endo-ectothrix, de même chez l'homme dans une trichophytie de la barbe. 



90 LES TEIGNES. 

de la barbe chez l'homme. Mibelli, Fox, Adamson et d'autres ont 
montré, et je montrerai plus loin, que la trichophytie de la barbe 
peut être causée par des endothrix. 

XIII. L'étude des trichophyties, commencée sur le Cheval, le Chien, 
le Chat, fut continuée par de très nombreux auteurs, entre autres par 
Bodin, par Bunch, par Mewborn, par Matruchot et Dassonville et 
tout récemment par Suis et Suffran. Nous retrouverons chemin 
taisant, tous ces travaux qui nous ont appris une quantité de faits 
nouveaux. 

Du reste, les Tri chophy tons animaux ne sont pas spécialisés à une 
espèce animale, comme très justement Bodin L'a fait remarquer Ç 1 )'. Et 
c'est pour quoi dorénavant il ne faut jamais nommer une espèce para- 
sitaire par le nom de l'Animal sur lequel on l'a rencontrée. 

XIV. Très récemment certains auteurs ont poursuivi, à propos des 
Dermatophytes, des recherches ayant pour objet l'étude biologique de 
leur assimilation et de leur désassimilation. Parmi eux nous citerons 
Leslie Boberts (*), Truffî, Bodin, Lenormand et Gauthier qui ont 
surtout fait porter leurs études sur les sécrétions diastasiques des Tri- 
chophytons. Cette étude est encore à la période embryonnaire, mais 
nous dirons les résultats d'attente qu'elle a fournis. D'autres cher- 
cheurs, s'inspirant des études poursuivies à propos de toutes les bac- 
téries pathogènes, ont essayé d'extraire des cultures trichophytiques 
un produit global, lequel, inoculé au malade, donne lieu à une cuti- 
réaction spécifique. Ces recherches poursuivies par Neisser et ses 
élèves, par Plato en particulier, ont donné lieu à quelques résultats 
intéressants. Encore mieux les très belles recherches de Bruno Bloch 
sur l'immunité tri chophy tique. Mais ce sont là des faits d'hier, étu- 
diés plus loin dans le corps même de ce volume. 

J'arrêterai ici cette histoire qui nous a conduit d'âge en âge à 
l'époque présente. Cette histoire, comme toute énnmération de faits, 
de noms et de dates, présente quelque chose de sec et de fastidieux, 
mais, comme toute histoire, elle offre aussi des éléments de réflexion, 
sains et réconfortants. Car elle montre la longue suite d'efforts indivi- 
duels, menus et patients, qui parvient à faire accomplir à la collec- 
tivité un progrès réel. Ce progrès a eu sa consécration dans la décou- 
verte et la mise au point du traitement rapide des teignes par les 
rayons X, dont l'exposé terminera le présent ouvrage. 

( 1 ) ■< Il est donc possible que des observations ultérieures retrouvent sur le 
veau, le mouton, ou le chien, certaines des espèces parasitaires que j'ai eu 
l'occasion de rencontrer chez le cheval. » Bodin. Les tondantes du cheval, p. 58. 

( 2 ) Leslie Roberts. Transactions of the thlrd international Congress of Derma- 
tology. London, 1896. 



DEUXIÈME PARTIE 
MÉTHODES ET TECHNIQUES 



Avant d'exposer les résultats de recherches expérimentales, il faut 
toujours dire par quelles techniques ces résultats furent obtenus. 
Rappelons-nous que les techniques défectueuses font les résultats 
erronés. Or, les techniques à employer dans l'étude expérimentale des 
Dermatophytes sont trop diverses et trop nombreuses pour qu'on puisse 
toutes les exposer en détail. Ces parasites provoquent des maladies 
cutanées chez l'homme et chez l'animal, leur étude demande un méde- 
cin qui soit clermatologiste et qui devrait avoir des connaissances vété- 
rinaires. 

Ces parasites se cultivent sur milieux artificiels ce qui impose à 
l'observateur la connaissance des techniques de culture bactériolo- 
gique. Ce sont des parasites végétaux de structure assez compliquée, 
dont l'étude voudrait un mycologue. Les modifications chimiques 
qu'ils déterminent au sein de leur milieu de culture demanderait un 
chimiste, etc.... 

Pour ces raisons il n'y a pas lieu de s'étonner qu'on ait vu, en ces 
matières, des médecins parler mal de mycologie, des vétérinaires man- 
quer des notions de dermatologie élémentaire, des mycologues vouloir 
faire œuvre de clinicien.... Erreurs de mots, erreurs d'observations, 
erreurs de méthode.... Il est bien difficile de faire une œuvre parfaite 
en des sujets si complexes. Parmi toutes les techniques qu'il faudrait 
décrire, on parlera seulement ici de celles qui doivent être utilisées le 
plus fréquemment, de celles qui sont le plus nécessaires à connaître 
et qui permettent d'éviter les plus grosses erreurs. En note on indi- 
quera les erreurs auxquelles ont conduit l'omission des techniques 
essentielles. 

A. Dossier clinique de chaque cas soumis à l'étude. — Il est 

indispensable, lorsqu'un cas de dermatophytie doit être étudié, que 



92 LES TEIGNES. 

l'observateur commence par rédiger sur ce cas une note clinique, décri- 
vant minutieusement les lésions, leur aspect, leurs détails, leur âge, 
leur nombre, leur évolution, leur origine si elle est connue, et leur 
séquelle, s'ils en ont eu. 

Mais, en outre, une habitude très nécessaire, est de résumer cette 
fiche individuelle sur une très grande étiquette, et cette étiquette sera 
collée sur le bocal contenant les cultures en tubes qui seront faites de 
ce cas. Ainsi chaque fois qu'on examinera les cultures, cette étiquette, 
plus vite et plus souvent consultée qu'un registre, permettra de se 
rappeler de suite les particularités de la plaque de teigne tondante, ou 
du cheveu malade qui a produit ces cultures. 

En outre, chaque cas se trouve ainsi représenté par un bocal étiqueté 
qui n'a aucune chance d'être égaré, ou confondu, et qui contient toutes 
les cultures en tubes d'un môme cas. 

D'ailleurs, chacun des tubes qu'il contient est étiqueté, lui aussi, et 
son étiquette porte le nom du malade, un signe conventionnel indiquant 
la nature du milieu nutritif et la date de l'ensemencement. 

B. Réserves de cheveux ou de squames. — Lorsqu'une lésion 
est décrite, on prélève, sur elle, les poils, squames ou cheveux qui 
serviront aux ensemencements et aux examens microscopiques. Pour 
cela, on opère les prélèvements avec une pince flambée, mais sans 
aucune stérilisation préalable de la surface des lésions. L'expérience 
prouve que cette stérilisation est inutile, car la lésion peut fournir 
sans cela une quantité de cultures pures d'emblée, et lorsqu'on l'a 
frictionnée, môme avec des liquides antiseptiques, on l'a généralement 
salie avec les impuretés du voisinage. 

On recueille donc une grande quantité de matériaux d'étude, et on 
les dépose entre deux lames porte-objet, flambées et refroidies, qu'on 
roulera ensuite clans une feuille de papier pour les conserver aussi long- 
temps qu'on voudra. L'expérience montre l'excellence de ce procédé. 
Après des mois, on peut retrouver, entre ces lames, les éléments de 
nouvelles cultures, qui seront aussi pures qu'au premier jour. Sur le 
papier qui enveloppe ces lames, on recopie le nom du sujet et la fiche 
succincte que porte le bocal contenant les cultures du même cas. On 
aura soin de faire ces provisions assez copieuses pour que, si le cas se 
trouve très intéressant, on puisse y puiser à plusieurs reprises pour 
tout examen. 

C. Épilation de cheveux entiers. — Fox et Blaxall ont insisté à 
juste titre ( l ) sur ce fait qu'il est utile d'épiler des cheveux malades 
entiers. Cela n'est pas toujours possible, en dépit de toutes précau- 

(') Loc. cil. et clans : Some remarks on rin^worm. British médical journal, 
2 déc. 4899. 



MÉTHODES ET TECHNIQUES. 93 

tions; mais si Ton ne peut avoir le cheveu entier, il est utile d'en 
avoir des fragments le plus longs possibles. Car ils permettent d'étu- 
dier bien plus exactement la structure et la disposition du parasite qu'ils 
contiennent. 

D. Examen extemporané. — Presque toujours on doit pratiquer 
l'examen extemporané des éléments parasitaires après dissociation et 
éclaircissement de l'épiderme et du cheveu par l'immersion à chaud 
pendant quelques secondes, dans une solution de potasse caustique 
(50 grammes de potasse pour 70 grammes d'eau). 

Ce procédé a été très attaqué à l'étranger, surtout en Angleterre, où 
l'on tendait à lui substituer, comme moins brutal, le chauffage dans 
une solution de potasse à 7 pour 100 (Adamson, C. Fox, Blaxall, Mal- 
colm Morris ('). 

En réalité chaque auteur trouve très justement préférable les tech- 
niques dont il se sert d'ordinaire, parce qu'il sait mieux comment s'en 
servir; le tout est d'en avoir acquis l'usage ( 2 ). 

Une technique dont nous avons beaucoup usé, avant ou sans colo- 
ration, pour éclaircir le cheveu, est le chauffage de la squame ou du 
cheveu dans l'acide formique (Berdal) ( 3 ). Ce procédé a sur le précé- 
dent un gros avantage : au lieu de rendre le cheveu friable en l'éclair- 
cissant, il lui garde sa résistance à la rupture et à l'écrasement. 

E. Préparations permanentes. — L'étude des mycoses externes 
exige une collection de préparations permanentes. Il est curieux de 

(') Malcolm Morris trouve que non seulement la solution de potasse à 30 0/0 
ne donne pas de résultats satisfaisants, mais positivement mauvais (mislea- 
dings). The ringworm in the Light of the récent researches. London, 1898, p. 40. 

( 2 ) C. Fox et F. R. Blaxall. An inquiry into the pluralitry of fungi causing 
ringworm in huraan beings. British Journal of Dermatology. Vol. 8, n os 93-90, 
préconisent un long séjour des cheveux à examiner, dans une liqueur de potasse 
à 7 pour 100, et il trouve que cela est préférable à un rapide chauffage dans un 
liquide à 40 pour 100. Adamson (1895) recommande de ne pas écraser le cheveu 
sous la lamelle, de ne pas monter dans la glycérine, de ne pas se servir de 
solutions potassiques fortes, d'examiner sous le microscope le parasite pendant 
que la solution de potasse l'éclaircit; d'épiler le cheveu lentement, doucement, 
clans sa direction, de le laver dans l'éther avant de le passer dans la liqueur 
potassique, ce qui n'est pas indispensable, dit-il. Il est à noter aussi que 
F. BALZER(Note sur l'histologie des Dermatophytes, Arch. de Physiol., n° 8, 1884). 
préconisait aussi le dégraissage du poil dans l'alcool-éther, le passage du poil 
dans une solution de potasse, variant de 10 à 40 pour 100, et son montage au 
baume. — Besnier et Doyon disaient que l'action de la solution caustique (pot. à 
40 pour 100) doit être surveillée de près ; il faut qu'elle ne s'exerce que sur la 
matière colorante du cheveu et qu'elle n'amène pas la désagrégation complète 
de celui-ci. Il est difficile de dire d'une façon précise combien de temps le che- 
veu doit séjourner dans la solution; cela dépend de sa coloration, de son épais- 
seur, de la concentration du liquide; à chaud, l'action est plus rapide, mais 
aussi plus irrégulière. Notes de Kaposi, p. 764. 

( 3 ) E. Berdal. Annales de Dermatologie et de Syphiligraphie, 1892, p. 709. 



94 LES TEIGNES. 

constater ce l'ait qu'aucune collection de préparations permanentes 
concernant les teignes n'existait avant que je n'insiste dans les Tri- 
chophyties humaines sur leur nécessité. Les préparations permanentes, 
d'après'lesquellcs ont été faits tous les dessins de cet ouvrage, ont été 
obtenues par diverses méthodes. Tantôt le cheveu, traité par la potasse 
à 50 pour 100, est lavé à l'eau puis monté dans la glycérine, tantôt le 
cheveu est traité par l'acide formique et la préparation montée au 
baume. Chacun de ces procédés a ses inconvénients. Beaucoup de 
détails visibles dans la solution potassique disparaissent dans la gly- 
cérine. Mais tous les liquides conservateurs, par lesquels nous avons 
voulu remplacer la glycérine, ne nous ont pas paru valoir mieux qu'elle. 
D'un autre côté, le cheveu est moins bien éclairci par l'acide formique 
que par la potasse ('). 

F. Les préparations colorées. — Après l'action de la potasse, 
aucune coloration n'est bonne; la potasse mordance le cheveu, et 
ensuite les colorants les plus doux imprègnent le cheveu en masse. 
Voici la technique de coloration dont nous nous sommes constamment 
servis. La squame ou le cheveu sont dégraissés d'abord dans le chlo- 
roforme. Ils sont placés ensuite dans un verre de montre contenant 
de l'acide formique que l'on chauffe deux ou trois minutes jusqu'à 
ébullition. Après avoir bien lavé à l'eau distillée on colore pendant 
une minute dans un godet de bleu de Sahli ( 2 ). On lave, on déshydrate 
à l'alcool absolu, on passe au xylol et on monte au baume ( 3 ). 

( 4 ) Quel que soit le procédé qu'on emploie, la nécessité de préparations per- 
manentes est absolue. Je citerais par centaines des erreurs dues à ce que les 
auteurs n'avaient pas à côté de leurs collections de cultures, leur bibliothèque 
de préparations correspondantes. Comment expliquer, sinon par ce manque de 
préparations, l'erreur de Ch. J. Wiiite classant la culture rose parmi les Micros- 
porums, alors qu'il s'agit d'un Tricnophyton endo-ectothrix, type, à spore de 
5 — 6 j*. (Rihgworm as it existe in Boston). Et l'erreur de Malcolm Morius niant 
que Pendo-ectothricité des Trichophytons soit un phénomène constant pour une 
espèce donnée (Ringworm in the Light of modem researches). Et la même erreur 
de Pelagatti (I trichophyton délia provincia di Parma, Giornale ital. délie malat. 
vener. e délia pelle, 1896 fasc. 6, p. 724) affirmant que le dispositif endo-ectothrix 
du parasite dans le cheveu est sans valeur pour la différenciation. Ce sont là 
des erreurs dont on pourra mesurer le degré, lorsqu'on verra, par exemple, la 
morphologie des Trichophytons microïdes ou faviformes. Les mêmes erreurs dues 
aux mêmes causes se relèvent dans le travail récent de Dalla Favera sur les 
Trich. de la province de Parme. Ann. de Dèrmat., 1909, p. 433. 

( 2 ) Bleu borate de Sailli. 

Eau distillée 40 parties. 

Solution aqueuse saturée de bleu méthylène. . . . 24 — 
Solution de borax à 5 pour 100 16 — 

Mêler ensemble, laisser reposer un jour et filtrer. 

( 3 ) La plupart des procédés de coloration sont passibles de cette grave objec- 
tion faite par Adamson « that it does not permit the relation of the fungus to 
the hair to be aceuratelv defined. - Il est bien à remarquer que ceux qui ont de 



METHODES ET TECHNIQUES. 95 

A mon avis on doit rejeter tontes les méthodes de coloration par les 
couleurs opaques telles que le violet d'aniline ; elles colorent en masse 
et dissimulent exactement les détails qu'elles devraient indiquer. On 
ne peut utiliser les méthodes de coloration, et avec les couleurs trans- 

beaucoup le plus augmenté les notions que nous possédons sur la structure 
des Dermatophytes : Gruby, Adamson, Fox et Blaxall, ont préféré, comme moi- 
même, les examiner sans coloration, après éclaircissement par la potasse. 

H. G. Adamson in A note on ihe permanent staining of virigworm fungiis, 1895 
Brilish Journ. of. dermat., n° 86, vol. VII, remarque que la difficulté est de déco- 
lorer le cheveu et l'épidémie corné sans décolorer le parasite. C'est donc la 
question du réducteur qu'il a fallu étudier. Boech, en 1885, avait préconisé dans 
ce but la résorcine. 

Unna. Natùrliche Reinculture der Oberhautpilze. Monatsh f. prakt. Derm. 
Bd XVIII, n" 6, remplaça la résorcine par l'eau oxygénée additionnée de 5 p. 100 
d'iode. Walsch se sert de la méthode de Gram, mais en additionnant l'huile d'ani- 
line de 1 pour 100 d'acide chlorhydrique, ce qui augmente considérablement son 
pouvoir décolorant. Adamson regarde ce procédé comme excellent, mais il 
ajoute encore que rien de tout cela n'est comparable aux résultats de l'examen 
dans la solution potassique sans coloration. 

Le procédé de coloration d'Adamson combine cet éclaircissement préalable 
du cheveu dans la solution potassique à l'immersion dans les bains colorants : 
Voici les divers temps de l'opération : 

1° Eclaircir le cheveu par un bain de 10 à 50 minutes dans une solution de . 
potasse caustique 1,5-10 pour 100; 

2° Laver dans l'eau alcoolisée à 15 pour 100, ce qui consolide le cheveu; 

5° Sécher sur la lame, et s'il s'agit d'écaillés épidermiques, fixer en passant 
dans la flamme ; 

4° Colorer dans le bain usuel de violet gentiane aniline 1/4 d'heure à 1 heure; 

5° 1-5 minutes dans la solution de Gram; 

6° Décolorer dans l'huile d'aniline 2 à 5 heures et davantage ; 

7° Enlever l'huile au papier buvard et monter dans le baume de Canada. 

Colhoux qui insiste (Transactions of the third international Congress of Der- 
matotogy, sur l'utilité des colorations, propose la méthode suivante : 

Immerger pendant deux minutes le cheveu dans une mixture faite d'une solu- 
tion alcoolique à 5 pour 100 de violet gentiane et d'eau d'aniline, dix de la pre- 
mière pour trente de la deuxième; éponger au buvard, traiter une à deux 
minutes par la solution iodo-iodurée de Gram, sécher de nouveau, traiter une 
fois par l'huile d'aniline iodée; eclaircir à l'huile d'aniline, laver au xylol, monter 
au Baume. 

Malcolm Morris conseille, pour la photographie des Dermatophytes, d'user 
d'une autre méthode qui est la méthode de Walsch à peine modifiée, la voici : 

Le cheveu d'abord lavé dans l'éther est placé dans une solution de violet 
gentiane, 5 pour 100, dans 70 pour 100 d'alcool. Le Microsporum Audouïni se teint 
vivement en cinq minutes. Les Trichophytons doivent rester une heure dans la 
solution et y être chauffés cinq minutes. 

On peut teindre en rouge de la même façon en substituant une solution de 
5 pour 100 de fuchsine, dans l'eau, avec un peu d'alcool, ou une solution à 2 pour 
100 de fuchsine phéniquée. Le rouge est meilleur que le violet pour la photogra- 
phie. Ensuite, le cheveu est passé dans l'iode pour fixer la couleur. Il est ensuite 
décoloré dans l'huile d'aniline ou dans un mélange de 2 à 4 gouttes d'acide 
nitrique dans l'aniline pendant dix à quinze minutes. Ensuite dans l'aniline pure 
et laissé quelques secondes, puis lavé au xylol et monté au baume. 

Au même Congrès de Londres, M. Unna insista beaucoup sur la nécessité des 
colorations, et préconisa les méthodes qu'il avait données antérieurement. 

Enfin Bodin préconise comme techniques de coloration (Les Champignons 
parasites): 1° le Gram; 2° la thionine phéniquée (formule de Nicolle); 5° la 



96 LES TEIGNES. 

parentes, telles que le bleu de Sahli, que pour préciser certains détails 
que l'examen sans coloration ne montre pas assez ; ainsi les subdivi- 
sions transversales des rubans mycéliens qui, sans coloration, ne pa- 
raissent souvent pas aussi nombreuses qu'elles le sont. En résumé les 
méthodes de coloration sont, dans ce sujet, des méthodes adjuvantes, 
non pas du tout des méthodes de tond. Toutes sont infidèles. Aucun 
colorant ne pénètre également et profondément un cheveu fermé (*). 
Lorsqu'on examine avec coloration et sans coloration les che- 
veux atteints des mêmes parasites, ils sont méconnaissables, leur 
tableau d'ensemble peut être tout différent. En général les prépa- 
rations montrent les cheveux colorés, avec des détails plus précis, 
et dans l'ensemble, des figures bien plus incomplètes. On a préco- 
nisé les colorations spécialement pour faciliter la photographie mi- 
croscopique, mais il est à remarquer que les meilleures micro-photo- 
graphies qu'on a fourni des Dermatophytes, celles que Doyen et 
Rothier de Reims ont fait de mes préparations et celles que Fox et 
Blaxall ont donné des Microsporums ont précisément été faites sans 
coloration. 

G. Mensuration des éléments parasitaires. — Les diverses mé- 
thodes de préparation microscopique des cheveux teigneux montrent 
combien la dimension des éléments parasitaires varie suivant les prépa- 
rations qu'on leur fait subir. L'eau, et surtout l'eau potassique, gonflent 
les cellules cryptogamiques; l'acide formique, les colorants, l'alcool 
absolu, au contraire, les rétractent et les amoindrissent. Ce sont là des 
faits qui n'ont pas été mis en lumière jusqu'ici d'une façon suffisante, 
bien que Gruby les ait en parties signalés dès ses premiers travaux. 
Ceci montre combien il est difficile de mesurer les éléments parasitaires 
qu'on décrit, sans tenir compte des milieux dans lesquels on les a 
placés. Ainsi quand Fox et Blaxall affirment que, d'une variété à 
l'autre des Microsporums, la dimension des spores varie sensiblement, 
il est nécessaire de faire remarquer que ces faits sont plus difficiles, à 
vérifier qu'on pourrait d'abord ne le croire. Car la dimension des 
éléments parasitaires variera suivant les liquides employés, et même 
suivant le temps de leur emploi. Nos dessins seront de nature à faire 
la preuve de ces faits. 

E. Les dessins. — A propos de nos figures, nous ferons remarquer 

coloration au Kernschwartz pendant 24 heures; 4° la méthode proposée par 
Anglade et Morel pour la coloration de la névroglie. V. p. 99, note I. 

(') •■ La coloration des endothrix est rendue plus difficile que celle des Micros- 
porons, parce que l'enveloppe du cheveu des endothrix n'est pas déchirée. » 

Fox et Blaxall. Some remarks on ringivorm, p. 7. 



METHODES ET TECHNIQUES. 97 

qu'on a jusqu'ici voulu se servir exclusivement de la photographie en 
ces sujets, alors qu'elle ne peut suffire à les éclairer. Après avoir usé 
delà photo-micrographie dans un précédent ouvrage, nous revenons 
aux dessins, comme on le verra: En examinant ceux-ci, on se rendra 
compte qu'ils montrent et prouvent des faits que la photographie ne 
saurait prouver. Toutes les figures de ce volume ont été relevées à la 
chambre claire par notre dessinateur M. Bessin, d'après des prépara- 
tions permanentes que je garde en ma collection. Leur valeur artistique 
égale leur intérêt documentaire. Intentionnellement, tous ces dessins 

ont été faits à un grossissement de —j- diamètres et réduits du 1/5 à 
la gravure ce qui donne à leur reproduction un grossissement constant 
de ^j— diamètres. L'uniformité des grossissements permettra de com- 
parer les dimensions relatives des divers éléments des parasites re- 
présentés. Elle permettra aussi d'apprécier, ce que je disais tout à 
l'heure, les variations de dimension des mêmes cellules cryptogamiques 
suivant le mode de fixation, de préparation et de montage qu'on aura 
suivi. 

Ces images permettront enfin d'apprécier combien le même para- 
site se modifie suivant le terrain sur lequel il évolue, et, par exemple, 
combien ses éléments diffèrent en forme et en dimensions sur l'Homme 
et sur le Cobaye. La constante identité des grossissements de ces 
dessins rendra ces différences saisissantes. 

Pourtant, là où un fort grossissement est nécessaire nous avons fait 

représenter certains détails à une dimension de — j — diamètres soit; 

760 après réduction de 1-/5. Mais ces dessins seront alors, autant que 
possible, inclus dans un autre sous la forme de cartons. 

Ces dessins montreront, je crois, par leur nouveauté, combien les 
documents iconographiques sont nécessaires au cours d'études 
descriptives comme celles-ci et combien ils ont manqué jusqu'ici ( 1 ). 



(') Adamson constate avec raison le peu d'habileté technique avec laquelle 
ont été faites les préparations qui ont servi aux dessins de la génération médi- 
cale qui a précédé la nôtre. Rien n'est plus vrai. Certaines de ces figures sont 
d'une fausseté criante ou d'une imprécision invraisemblable se répète que 
même depuis 1892, plusieurs auteurs comme R. Krôsing, Weitere studien iïber 
Trichophytonpilze (Arch. f. Dermat. und Syph. R d XXXV, 1895), dénient encore à 
la morphologie des Dermatophytes dans le cheveu ou le poil presque toute va) 
leur. Il serait impossible à un auteur de soutenir cette opinion, s'il gardait de 
chacun des cas observés des préparations permanentes. Nos dessins des Tr. 
endothrix, des Tr. microïdes, des) Tr. faviformes, prouvent, jusqu'à l'évidence, 
l'importance de la forme et de la disposition des Dermatophytes dans le cheveu. 
Krôsing niait jusqu'à l'existence de la microsporie comme maladie distincte 
ayant un parasite de forme reconnaissable , 

LES TEIGNES. 7 



98 LES TEK INES. 

1 . Anatomie pathologique. — Les pièces que l'on peut être amené à 
examiner, dans les dermatophyties, sont des biopsies d'herpès circiné 
de teigne tondante, ou faveuse, de godets faviques, etc. 

Nous pratiquons leur fixation soit par le sublimé acide ( l ) soit par 
le liquide de Dominici dont les résultats, en ce qui concerne la la fixa- 
tion cytologique, sont admirables (*). 

On peut employer toutes les colorations pour colorer les coupes 
de ces pièces ; je mentionnerai parmi les meilleures et les plus 
simples : 

1° Le bleu polychrome de Unna, avec ou sans coloration seconde 
au tannin orange ; 

!2° L'hématoxyline de Boehmer; avec ou sans coloration seconde à 
l'éosine orange ; 

5° L'éosine orange et le bleu de toluidine ; 

i° L'éosine orange et le bleu polychrome^). 

Pour la coloration des coupes, Bodin préconise la méthode d'An- 



X 1 ) Suivant les dimensions de la pièce, on la l'oit passer, de un quart d'heure à 
une heure, dans la solution aqueuse de sublimé et d'acide acétique (4 pour 100 
de chacun). La pièce est lavée ensuite à l'acétone iodée (couleur acajou) changée 
deux fois en douze heures, ensuite déshydratée à l'acétone anhydre, douze 
heures; on l'imprègne dans l'éther parafliné à saturation à 38 degrés pendant 
■24-48 heures. La pièce passe enfin 1 à 2 heures dans la paraffine fondue à 
55 degrés avant d'être incluse et coupée. 

( 3 ) Le liquide de Dominici se fait ainsi : Préparer à chaud une solution 
aqueuse saturée de sublimé, laisser refroidir à 45 degrés. Ajouter 10 pour 100 de 
ormol commercial à 40 pour 100 ; filtrer. Ajouter de la teinture d'iode, goutte à 
goutte, et en agitant le liquide, jusqu'à obtenir la teinte d'un vieux rhum, et 
s'arrêter au moment où la teinte commence à virer au rouge, avant que se pro- 
duise un commencement de précipitation. Après un quart d'heure, on voit la 
décoloration se produire, on ajoute de la teinture d'iode goutte à goutte, jusqu'à 
retrouver la première coloration ; ce liquide ne se conserve pas et doit être fait 
sur-le-champ suivant le besoin. Chaque pièce demande, pour être fixée, une 
grande quantité de liquide. Pour une pièce d'un demi-centimètre cube, il faut 
l'immerger dans cent centimètres cubes de solution. La fixation demande cinq à 
dix heures suivant la dimension de la pièce. Laver ensuite, dix heures, la pièce 
dans l'alcool à 90 degrés. La déshydrater, pendant le même temps, à l'alcool 
absolu, ou à l'acétone anhydre. Ensuite : éther paraffiné à 58 degrés pendant 
24-48 heures; paraffine fondue à 55 degrés, une heure et demie à deux ; inclure. 
Noter que, dans toutes les pièces cutanées, l'orientation a une extrême impor- 
tance. Autant que possible, il faut laisser à la pièce quelques poils qui la faci- 
litent. Tous les poils sont incurvés, les coupes doivent être pratiquées devis le 
plan que leur incurvation détermine. 

( 3 ) a) Bleu polychrome de Unna, 1-2 minutes, lavage à l'alcool sans lavage à 
l'eau. 

fi) Lorsqu'on fait une deuxième coloration au tannin orange, on la poursuit 
jusqu'à ce que l'on voie un commencement de décoloration du bleu. 

y) L'éosine orange, en solution aqueuse à 1 pour 100, est employée, plus ou 
moins longuement, suivant la couleur de fond que l'on veut obtenir, depuis trente 
secondes jusqu'à une heure. Bien laver à l'alcool absolu, et, si l'on veut déco- 
lorer, laver à l'alcool à GO degrés. On colore ensuite au bleu de toluidine, 1 
pour 100, ou au bleu polychrome, une demie à 2 minutes. Xylol. Baume. 



METHODES ET TECHNIQUES. 99 

glade et Morel (*), par le bleu Victoria, avec ou sans coloration double 
par l'érythrosine ( 2 ). 

Je mentionnerai aussi le procédé de Sabrazès pour l'étude du godet 
favique par coupes sériées. On colore le godet en masse dans le 
picro-carmin ou le carmin aluné, après fixation à l'alcool absolu. On 
colore ensuite les coupes par la méthode de Weigert modifiée : im- 
mersion d'une demi-heure dans une solution très concentrée de violet 
gentiane, et décoloration lente par l'huile d'aniline ( 3 ). 

J. Des méthodes d'ensemencement en général. — Les parasites 
des teignes sont d'une culture artificielle extrêmement aisée ; sauf 
exception (cultures faviformes), on en obtient, par une technique sim- 
ple, des cultures pures d'emblée dès les premiers ensemencements, sans 
la moindre complication. Toutefois, les procédés d'ensemencement 
seront un peu différents, suivant qu'il s'agira de cultiver un Derma- 
tophyte, en partant d'une goutte de pus ou de sérosité, ou d'un che- 
veu, ou d'un poil de barbe, ou bien d'ensemencer le poil d'une bête, 
ou encore de la poussière d'ongle ou un godet favique. Tous ces cas 
se présentent en pratique et doivent être étudiés successivement. 

1. Herpès circiné. — Dès les premières cultures faites par les pre- 
miers techniciens valables, on avait reconnu que le Trichophyton peut 
s'extraire purement du pus de l'herpès circiné. « Pour le Trichophyton 
tonsurans on trouvera le plus souvent la semence pure dans les phlyc- 
tènes purulentes qui entourent parfois la plaque d'herpès ( 4 ). » 

La plaque d'herpès circiné présente, tant qu'elle s'accroît, un bour- 
relet périphérique plus ou moins érythémateux, vésiculeux ou pustu- 
leux. Si les vésicules ou les pustules sont grosses, en serrant la région 
entre deux doigts, on fera rompre une pustule, et du pus en sortira. 
Avec une baguette de platine on en prélèvera une trace qui sera ense- 
mencée, en une strie, sur trois tubes successifs, sur milieu d'épreuve. 
S'il s'agit de vésicules et non de pustules, on fera de même, et on 
ensemencera de même la sérosité. Si les vésicules sont profondes 

( 1 ) a) Coloration des coupes, 24 heures, dans une solution alcoolique saturée 
de bleu Victoria, étendue de moitié d'eau, ou solution phéniquée de bleu de To- 
luidine (formule de Nicolle). 

P) Lavage prolongé à l'eau. 

y) Action de la solution iodo-iodurée de Gram pendant 5 minutes, puis lavage 
à l'eau. 
S) Séchage complet au papier buvard. 

e) Décoloration avec : Xylol, une partie, huile d'aniline, deux parties., 
Ç) Éclaircir au xylol, monter au baume. 

( 2 ) On passe la coupe pendant cinq minutes dans une solution aqueuse 
d'érythrosine à 1 pour 100 avant la coloration au bleu. 

( 3 ) Sabrazès. Le favus de l'homme, de la poule et du chien. Annales de derma- 
tologie et de syphilîgraphie, 1893, p. 541. 

( 4 ) Duclaux. In Thèse de Feulard. Teignes et Teigneux. Paris, 1886, p. 96. 



100 LES TEIGNES. 

(paume de la main, par exemple), on les ouvrira d'un coup, avec une 
aiguille fer de lance flambée, ou bien on abrasera leur coupole d'un 
coup de ciseaux flambés ; la prise de la gouttelette d'ensemencement 
et la culture se taisant de même. Il doit être entendu, une fois pour 
toutes, qu'on doit préférer la lésion intacte, la vésicule ou pustule non 
ouverte, aux mêmes lésions déjà cffractées. Dans d'autres cas, le 
cercle d'herpès est sec, alors on ensemencera la squame. Le plus 
simple est d'utiliser pour cela deux lames de verre porte-objet, stéri- 
lisées à la flamme ; on racle, avec l'une, les squames qui tombent sur 
l'autre. On pratique, avec la baguette de platine, un ensemencement 
des plus fines parcelles, qui sont portées, une par une, sur la surface 
du milieu d'épreuve. Quelquefois on n'a pu prélever qu'une grande 
squame. On la porte alors sur une lame de verre, sur laquelle on la 
découpe en menues parcelles, avec deux aiguilles à dissociation. Les 
parcelles sont ensemencées ensuite une par une. Notez que cette dis- 
sociation est pratiquée à l'air libre, sans aucune précaution contre les 
poussières de l'air. Il se pourra qu'une des parcelles soit souillée par 
elles; non pas toutes. 

On ensemence ainsi 5-10 menues parcelles punctiformes sur la sur- 
face d'un tube de culture. Mieux vaut n'ensemencer que cinq parcelles 
sur un tube, et faire ainsi six tubes d'ensemencement, que d'accu- 
muler deux fois plus de parcelles sur moitié moins de tubes. 

Ici doit se placer, en effet, une remarque que nous aurons lieu de 
répéter : opérer en grand, sur un très grand nombre de tubes, sans 
craindre la peine d'avoir à refaire de nouveaux milieux, est une des 
conditions pour faire des expériences claires et démonstratives. 

2'. Teigne tondante. — De deux choses l'une : ou bien une teigne 
tondante présente des caractères analogues à l'herpès circiné, pustu- 
leux ou séro-pustuleux, fait d'ailleurs rare, et on devra en pratiquer la 
culture comme il a été dit plus haut; ou bien on n'observe que des 
cheveux malades. Apprendre à les reconnaître est difficile. Nous les 
décrirons plus loin. Sans aucune stérilisation préalable de la peau, 
ni des cheveux, on prélève un certain nombre de ces cheveux, à la 
pince flambée, et on les dépose sur une lame de verre stérilisée. On 
découpe ensuite, avec un scarificateur, leur partie radiculaire, en 
quatre ou cinq parcelles punctiformes qui sont aussitôt ensemencées. 

Pour les ensemencer, on flambe un fil de platine, avec lui on va 
piquer la gélose qu'on va ensemencer, et le fil de platine ainsi mouillé 
enlèvera par adhérence, une à une, les parcelles punctiformes de che- 
veu qu'on vient de découper, et qu'on ira déposer, à la file, sur un 
tube de gélose, chacune à un centimètre de sa voisine, quatre ou 
cinq par tube. 

5. Barbe. — Nulle différence ne sera faite entre un poil de barbe ou 



METHODES ET TECHNIQUES. 101 

un cheveu d'enfant. Mais dans les trichophvties de la barbe on fera 
bien de rechercher et d'ensemencer aussi le pus, la sérosité, ou la 
squame, comme dans l'herpès circiné des régions glabres, parce 
que, dans beaucoup de trichophvties de la barbe, on peut trouver ce 
matériel d'ensemencement, alors que les poils malades sont rares. 
, Quelquefois aussi des poils de barbe sont mortifiés par la folliculile 
trichophytique sans avoir été eux-mêmes envahis par le parasite. 

4. Poil d'animal. — Le poil du Cobaye, celui du Cheval, etc., ne 
sont jamais envahis par les Dermatophytes que sur un ou deux mil- 
limètres de leur racine, laquelle est bien moins profonde que celle 
du cheveu humain; par conséquent, on ne devra pratiquer le morcelle- 
ment et l'ensemencement parcellaire que sur cette extrémité raclicu- 
laire seule, en évitant soigneusement de porter sur les milieux de cul- 
ture des fragments de la portion aérienne du poil, cal*.' la fourrure de 
tous les Animaux domestiques est criblée de semences de moisissures 
banales qui couvriraient les milieux en quelques jours. 

5. Ongle. — Quand un examen microscopique a démontré la pré- 
sence d'un Dermatophyte dans l'ongle, et qu'on veut en pratiquer la 
culture, ou bien on prélève une rognure d'ongle qu'on dissociera 
avec des aiguilles, ou bien on stérilisera une lime à ongle et on limera 
la partie malade au-dessus d'une lame de verre stérile. De toutes 
façons, on en pratique l'ensemencement parcellaire comme des par- 
celles de cheveu. 

6. Godet. — De même, on pratique l'ensemencement parcellaire du 
godet favique, après avoir écrasé, entre deux lames stériles, un frag- 
ment de son centre, en évitant d'ensemencer les parcelles provenant 
de sa surface et qui sont habituellement souillées. 

Tels sont dans leur simplicité mes procédés d'ensemencement. J'ai 
vu de très nombreux élèves étrangers de maîtres divers, étonnés de 
la simplicité de ces procédés et de la sécurité de leurs résultats. 

Ces cultures extemporanées de pus, de cheveux, de poils, de squa- 
mes, sont pratiquées, pour chaque cas, sur cinq à six tubes qui reçoi- 
vent, chacun à un centimètre d'intervalle les unes des autres, trois à 
quatre semences. Ces méthodes simples nous donnent plus de 15 cul- 
tures pures d'emblée sur 20 faites ('). 

Tous les élèves qui sont passés dans mon laboratoire ont, sans faute, 
délaissé les méthodes compliquées et surannées de Plaut, de Kral ( 2 ) 

(*) Exception faite pour les Trichophytons faviformes dont nous reparlerons 
en leur lieu. 

( â ) Voyez F. Kral. Untersuehungen ûber Favus. II Mykologischer Theil. Arch. 
f. Dermat. et Syph. Ergànzungshefte, n° 1, p. 79. — Kral s'est servi d'abord du 
procédé classique des plaques et des dilutions, ensuite du broyage mécanique 
avec des poudres inertes. Ce procédé peut être utile pour une démonstration 
dans un cas isolé. Il est tout à fait inutile dans le plus [grand nombre .des cas, 



102 LES TEIGNES. 

do Rosenbach (*), comportant la stérilisation externe préalable du che- 
veu dans des bains ou des vapeurs antiseptiques, leur passage à la 
chambre humide, ou les broyages et les dilutions etc., etc., mé- 
thodes dont la complication, si elle était nécessaire, eût suffi à re- 
tarder de bien des années tout progrès en ces questions ( 2 ). 

A l'heure actuelle, un nombre considérable d'observateurs : Bodin, 
de Rennes, Adamson. Bunch, Colcott Fox, de Londres, Mibelli, à 
Parme, Fergnani, à Barcelonne, Truffî, à Pavie, Krzystalowicz, à 
Cracovie, Du Bois, de Genève, Minne, à Gand, Uriburu, à Buenos- 
Ayres, Nicoulan, à Bucharest, etc., etc., se servent de la méthode 
que j'ai préconisée il y a quatorze ans et je crois que, si ceux qui la 
jugent incertaine la voyaient pratiquée comme elle doit l'être, ils se 
rendraient compte du mal fondé de leurs objections. C'est ce que 
Mario Truffî a écrit dans une note au Prof. Reale, combattant les cri- 
tiques de Kral, de Walsch, de Krôsing, en Allemagne; de Maria- 
nelli, de Pelagatti et de Reale, en Italie. 

K. Vases de culture. Température. Aération. Développement 
et purifications. — J'envisagerai ici une série de points techniques 
de second ordre mais importants néanmoins à bien connaître. 

Parlons d'abord des tubes de culture : 

a. — Les tubes de culture dont je me sers pour les premiers ense- 
mencements ont iS centimètres de long sur 14 millimètres de large. 
J'estime que ces dimensions ne doivent pas être restreintes sous pré- 
texte d'économiser la quantité des milieux de culture qu'on em- 
ploiera. En effet, pour juger d'une culture, il faut qu'elle se développe 
librement, et, quand elle touche les parois du verre, elle se déforme. 
Cet inconvénient est réduit au minimum avec des tubes larges. 

p. — Les vases de culture ne doivent pas être bouchés d'ouate 
hydrophile, mais au contraire d'ouate non absorbante, sans quoi la 
stérilisation mouillera les bouchons qui ne sécheront plus et se lais- 
seront envahir par les moisissures dont l'air déposera sur eux les 
graines. 

y. — Les cultures de Dermatophytes croissent à de basses tempé- 

et impraticable totalement clans une étude d'ensemble comme celle qu'expose ce 
volume. 

1 H.-C. Plaut. Zuchtung der Triçhophytie Pilze in situ. Central Blatt f. Bakter, 
XXXI, 5, 1902, 215, 221, a préconisé une méthode •< qui se recommande par sa 
simplicité », dit Gedoelst. On dépose le poil ou la squame sur une lame 
nimbée, et on recouvre d'une lamelle également flambée, qu'on fixe aux quatre 
coins par une goutte de cire. On place le tout dans une chambre humide. Après 
6 à 11 jours, des spores ont germé, des filaments mycéliens extra-pilaires se 
sont développés ; on reprend le mycélium ainsi formé pour l'ensemencement. On 
voit mal quel avantage offre ce procédé sur l'ensemencement parcellaire direct. 

(') Rosexbacii. Transactions of thc Third Congress of Dermatology. London 1897. 

( 2 ) M. Truffî. Giorn. ital. del. malat. vener. et délia pelle. Fascicol III, 1902. 



MÉTHODES ET TECHNIQUES. 103 

ratures, entre 15° et 30° environ; au-dessus et au-dessous de cette 
température elles souffrent et s'altèrent. Il faut éviter ces écarts. Des 
cultures laissées à 12° poussent mal, croissent tardivement, leur forme 
est anormale. Des cultures, portées à 50° et au delà, subissent des alté- 
rations aussi importantes, assez importantes pour amener des doutes 
sur l'identification de leur espèce. Les fortes chaleurs amènent géné- 
ralement une surcoloration des cultures, diverses altérations de 
formes, et en outre une sénilité précoce. 

Cette question est importante. Nous laissons toutes nos cultures à 
l'air libre dans le laboratoire. Cette façon de faire est simple et bonne; 
toutefois, en automne, avant que le chauffage d'hiver soit commencé, 
les cultures sont retardées par les nuits froides. Par contre, en hiver, 
dans les locaux très chauffés, les cultures doivent être soustraites à 
l'action trop directe de la chaleur : radiateur, calorifère, etc. 

Lorsqu'on manipule des quantités de cultures, il serait difficile de 
les réunir dans une étuve, et l'on voit aussi que cette précaution 
serait inutile. Si on se sert d'une étuve, elle ne doit jamais dépasser 28°. 

Il me semble préférable de laisser les cultures à l'air libre subir les 
oscillations de température du jour et de la nuit. La nuit, quand la 
température se refroidit, une certaine quantité d'air neuf rentre dans 
le tube de culture en se filtrant sur le bouchon d'ouate qui le clôt. 

o. — Cette aération des vases de culture est nécessaire. Sauf exception, 
les vases de culture ne doivent pas être capuchonnés de caoutchouc, 
ce qui amène leur sénilisation précoce, et hâte l'apparition des formes 
pléomorphiques. Le capuchon de caoutchouc n'a pas cet inconvénient 
quand il s'agit de milieux sur lesquels les altérations pléomorphiques 
ne se produisent pas. 

e. — Lorsqu'on veut identifier une culture de façon certaine, il faut 
la transplanter sur les milieux appropriés dont nous exposerons tout à 
l'heure la structure chimique, sur des vases de forme ronde, parce 
que le développement des cultures de Dermatophyte se fait toujours 
en cercle parfait. Cette remarque m'a conduit, en 1895 ('), à l'emploi 
des matras coniques d'Erlenmeyer et de Gayon, à base plate, au fond 
desquels on a coulé un disque de gélose nutritive d'un centimètre 
d'épaisseur environ. L'ensemencement se fait, par piqûre, au centre de 
la surface du disque. Sur ce milieu plan et rond, les cultures, qui sont 
toutes discoïdes elles-mêmes, prennent un développement normal et 
parfait et leur aspect le plus caractéristique. 

Lorsque cette méthode s'est répandue, on a voulu à tort substituer 
la boîte de Pétri à la fiole d'Erlenmeyer. Mais le couvercle d'une 
boîte de Pétri est perpétuellement couvert d'une buée qui dissimule 

(*) Annales de Dermatologie et de Syphiliçjraphie, 1893, p. 982. Rapport : Sur la 
trichophytie, présenté à la Soc. de Dermat. et de Syph. 



104 LES TEIGNES. 

exactement la culture sous-jacente. D'ailleurs une boîte de Pétri se 
souille trop aisément au cours de révolution d'une culture, évolution 
qui dure de quatre à six semaines et plus. Au Congrès de 1897 à Lon- 
dres, les cultures sur boîtes de Pétri sont restées invisibles pendant 
toute la durée de la session. 

La forme conique des fioles d'Erlenmeyer est elle-même utile, en ce 
que, si ce vase est exposé à la chaleur du jour, la condensation de la buée 
intérieure, due à l'humidité du milieu, ne peut, de par la forme même 
du vase, se faire que sur un tiers ou la moitié de la surface latérale, 
et la culture reste toujours visible par l'un quelconque des côtés du 
vase. 

£. — La dimension des matras coniques sur lesquels on reporte les 
cultures de Dermatophytes doit être choisie en rapport avec la dimen- 
sion que peut prendre la culture qu'on y porte. Ainsi pour les grands 
Trichophytons pyogènes, pour les Microsporums animaux, on est 
amené à se servir de matras coniques ayant jusqu'à 20 centimètres 
de diamètre et contenant jusqu'à 200 centimètres cubes de gélose cha- 
cun ; on arrive à avoir ainsi des cultures d'une beauté remarquable 
et dont beaucoup d'auteurs, même parmi ceux qui ont étudié le sujet, 
ne se doutent pas 

7). — J'insisterai ici sur un point très important. Un trop grand 
nombre de mycologues ou de dermatologïstes n'ont jamais fait de 
bonnes classes primaires de bactériologie. Nous avons eu sous nos 
yeux des « chefs de laboratoire » qui seraient incapables de faire eux- 
mêmes les géloses que leurs garçons de laboratoire font comme ils 
peuvent et stérilisent. Faire soi-même ses milieux de culture, savoir 
les faire, dresser soi-même son personnel à les fabriquer est de néces- 
sité, première. Il ne faut pas non plus que la difficulté de se procurer 
des milieux de culture puisse obliger le chercheur à restreindre le 
nombre de ses expériences; la vérité se fera dans son esprit par la 
répétition en grand nombre des mêmes faits. Un laboratoire qui 
étudie ces sujets doit faire et dépenser plusieurs litres de gélose par 
semaine. Des expériences faites chichement ne donneront aucune 
sécurité en ces matières ('). Elles doivent chacune être reproduites 
des centaines de fois. Ceci est capital et tous ceux qui n'auront pas 
compris la vérité de cette affirmation feront, pour avoir négligé ce 
conseil, des erreurs qu'ils auraient pu et dû éviter. Lorsqu'on aura 
traité ici de la nature chimique des milieux qu'il faut employer pour 
la culture des Dermatophytes, on exposera exactement comment 
procéder à la fabrication de ces milieux de culture, en simplifiant au 
maximum les manipulations nécessaires. 

(') La quantité de gélose faite pour le seul objet de ce volume en deux ans et 
demi dans mon laboratoire a correspondu à 15 000 tubes de culture. 



MÉTHODES ET TECHNIQUES. 105 

L. Des milieux de culture. — En 1894, les Trichophyties humaines 
résument ainsi les remarques techniques suggérées par deux années 
d'observation. « La composition des milieux de culture dominera tou- 
jours toute étude mycologique ».... « Sur la composition chimique 
des milieux de culture s'appuient presque toutes les recherches qui 
vont suivre ('). » — Quinze ans passés ont vérifié ces mots. Et toutes 
les différenciations d'espèces dermatophytiques, qui ont été faites 
depuis lors, l'ont été par leur culture en milieux spéciaux. 

Depuis cette époque, certaines techniques ont été améliorées ou 
complétées, beaucoup de faits mieux compris ont amené à délaisser 
certains procédés, on en a inventé plusieurs autres. Mais ces innova- 
tions ont confirmé et étendu ce que j'avais dit, plutôt qu'elles ne l'ont 
restreint ou modifié. On va le voir par la suite. 

1° Sur un milieu de culture solide déterminé, une espèce mycologique 
prend un aspect déterminé^). — « Au contraire des bactéries, disais-je, 
dont les cultures ont [sur milieux solides] un aspect à peine recon- 
naissable et toujours analogue, même quand il s'agit des espèces les 
plus différentes, les Champignons ont dans les cultures une variété de 
formes dont la variété des plantes d'ordre plus élevé peut seule donner 
une idée. Leur port peut être infiniment varié.... Il est spécial et carac- 
téristique jusque dans les détails.... La culture des Champignons se 
présente donc avec cette particularité qui la rattache à celle des 
plantes ordinaires : qu'ils ont à l'œil nu des caractères nets et parti- 
culiers et si l'on veut « personnels » ( 3 ). 

Or ce premier fait en avait un second pour corollaire, c'est que le 
même champignon reprend, « sur le même milieu, la même forme 
spécifique toujours invariable. Et ce caractère primordial est fixe. 
Aucun passage sur aucun milieu ne le fera disparaître. La culture 
étant inoculée, si l'on reprend le germe sur le vivant, on aura de 
nouveau la même culture que la culture originelle ('"). » Je cite ici 
cet ancien texte, parce qu'il me semble impossible d'écrire rien qui 
soit plus clair, plus catégorique et plus vrai. Depuis 1894, tous les 
observateurs qui ont bien voulu suivre ces techniques ont obtenu les 
mêmes résultats ( 5 ). Pour eux, comme pour moi, cette loi est hors de 

(') R. Sabouraud. Trichophyties humaines, page 51. 

( 2 ) L'usage des milieux solides pour la culture différentielle des teignes est 
tout à fait indispensable, et cette nécessité n'avait pas été comprise par Duclaux 
et Verujsky qui écrivaient en 1886 : « Les milieux solides sont en général moins 
favorables à la culture de ces parasites que les milieux liquides. » Cela n'est 
vrai que pour l'étude biochimique des échanges des parasites en culture. 

( 3 ) Trichophyties humaines, p. 51, 52. 

(^■Loc. cit., p. 52 et 12. Ceci est tout à fait vrai sous réserve des altérations 
de sénilité et des transformations pléomorphiques dont il sera traité plus loin. 
( 5 ) Cf. Colcott Fox et Blaxall. Notes on two cases of tinea circinata. 
« When several cultures are inoculated at the same time on the same batch 



106 LES TEIGNES. 

doute et ne saurait être remise en question ('). Je n'insiste pas, car cent 
figures, et plus, de cet ouvrage sont là pour l'établir et prouver que, si 
certains auteurs ont cru mettre cette vérité en échec, c'est par erreur. 

2° L'aspect d'une culture crypto g amique est lié à la composition chimi- 
que de son 'milieu et change avec lui. — Ainsi donc un milieu chimi- 
que toujours semblable, donnera, à un champignon donné, un aspect 
toujours identique. Mais cette proposition, vraie pour un milieu, sera 
vraie de même pour un autre. Sur deux milieux différents, le même 
champignon prendra deux aspects différents, et, sur chacun, il gar- 
dera son aspect spécial, toujours le même; ceci nous conduit donc 
à une deuxième proposition aussi importante que la première, à 
savoir que : l'aspect d'une culture cryptogamique est lié à la com- 
position chimique de son milieu, et varie avec lui. C'est ce que je 
disais dès 1894, en termes précis : « L'aspect des cultures cryptoga- 
miques est lié à la composition chimique de leur milieu.... On voit 
le même Champignon redonner sur le même milieu, chimiquement 
identique à lui-même, une forme spécifique toujours invariable.... Et, 
corollairement, le même champignon peut prendre une infinie variété 
déformes objectives, suivant les divers milieux qui lui sont offerts ( 2 ). » 

Ces faits étaient vrais, et ils le restent ( 3 ). 

of médium, they ail conform to the saine pattern. » — Gf. aussi Bodin. Les Cham- 
pignons parasites de l'homme, p. 46. 

(*) Sans doute peut-on lire, dans certains auteurs, quelques réserves sur ce 
point, même quand ces auteurs ont pensé suivre mes méthodes exactement, 
mais il n'est pas difficile de se rendre compte des raisons qui ont fait leur 
opinion. Ainsi Ducrey et Reale au Congrès de Londres de 1896 (Transactions, 
p. 580) disoient avoir obtenu « en ensemençant plusieurs tubes, avec la même 
semence, des cultures différant notablement les unes des autres, bien qu'ense- 
mencées sur le même milieu ». Il est évidemment possible de créer ces diffé- 
rences en ensemençant plus ou moins profondément la même graine, ou bien 
en posant l'une sur un point où la gélose est épaisse, l'autre sur un point où 
la gélose très mince sera sèche en quelques jours.. C'est ce que nos photogra- 
phies de cultures sur tubes montrent très bien, mais ceci est dû à des défectuo- 
sités de technique qu'il esl toujours possible d'éviter, et qui d'ailleurs sont 
évidentes à première vue. Tout le mémoire de Ducrey et Reale contenait ainsi, 
par scrupule scientifique sans doute, des propositions inverses émises paral- 
lèlement avec une valeur égale. Inversement, pour M. Pelagatti (/ trichophyton 
delta provincia di Parma, 1896), la composition chimique diverse des milieux de 
culture influe sur chaque variété trichophytique, mais non au point d'empêcher 
le diagnostic de la variété à première vue. C'est là une erreur certaine. Beau- 
coup de Dermatophytes, comme nous le verrons, changent totalement de carac- 
tères en changeant de milieu et deviennent rigoureusement méconnaissables. 

( 2 ) Loe. cit., p. 32. J'ajoutais encore : « C'est à cause de cette extrême sensi- 
bilité des formes cryptogamiques à la composition de leur milieu de culture, 
que tant d'auteurs ont répété à tort que leur aspect objectif ne pouvait servir à 
les différencier (Loc. cit., p. 52). 

( 3 ) On remarquera cependant qu'après avoir formulé autrefois les milieux 
d'épreuve avec 3,80 0/0 de sucre, j'ai élevé ce taux de sucre à 4 0/0 dans ma for- 
mule actuelle. Ce changement a été fait dans un but de simplification; il n'en- 
traîne pas chez les Dermatophytes des modifications de forme suffisantes pour 
créer des confusions. 



MÉTHODES ET TECHNIQUES. 107 

5° Un milieu de culture fixe permet de différencier des espèces erypto- 
gamiques voisines. — Les propositions précédentes s'enchaînent entre 
elles et avec les suivantes comme des propositions mathématiques : 
si un milieu de culture fixe donne à chaque Champignon une physio- 
nomie personnelle, il permet de différencier entre elles des espèces 
eryptogamiques voisines. Et c'est ce que ce je disais encore : 

« Si l'on opère avec un milieu de culture toujours chimiquement 
identique à lui-môme, et si, sur ce milieu, les cultures de diverses pro- 
venances se présentent avec des caractères distincts, si ces caractères 
demeurent permanents et héréditaires, on ne pourra faire aucun doute 
qu'il ne s'agisse d'êtres différents. L'expérience prouve que ce crité- 
rium est d'une extrême rigueur ( 1 )--.- » 

Le meilleur moyen de vérifier la pluralité d'espèces eryptogamiques 
voisines est de comparer « la forme spécifique de leur culture en mi- 
lieux spéciaux » ( s ). « C'est en observant l'importance du rôle que joue 
la constitution chimique du milieu, dans le développement des champi- 
gnons, qu'on est amené, pour s'assurer de l'unité ou de la pluralité des 
Trichophytons,... à différencier entre elles ces espèces, par leur culture 
sur un milieu fixe de composition chimique définie et courante. » 

En résumé : les Trichophytons « sont doués d'une sensibilité infinie 
à la composition chimique du milieu sur lequel ils sont portés. Sui- 
vant ce milieu, un même Champignon peut varier pour ainsi dire 
sans limites, quant à l'aspect objectif de sa culture, et dans des limites 
très étendues quant à ses formes microscopiques. Et cependant, un 
même Champignon, sur un même milieu, fournit une culture toujours 
identique à elle-même. Le milieu devient le meilleur moyen de dif- 
férencier, par leur aspect objectif en culture, deux Champignons, 
même d'espèce voisine. Les cultures sériées sur même milieu, en 
affirmant la persistance héréditaire des signes spéciaux, objectifs 
d'une espèce, feront la démonstration cherchée ( s ) ». 

Mais ce n'est pas tout. Si un milieu de culture fixe, en donnant à 
chaque Champignon une physionomie personnelle, permet de diffé- 
rencier, entre elles, une série d'espèces eryptogamiques voisines, plu- 
sieurs milieux de culture feront de même ; et un second ou un troi- 
sième milieu, autres que le premier, attesteront différentes les mêmes 
espèces que le premier aura séparées. C'est ce que j'écrivais encore 
en ces termes : « Cette différenciation que donne un milieu, un second 
milieu la contrôlera, et l'identité des deux résultats donnera la preuve 
de la preuve elle-même » ( 4 ) . 

(') Loc. cit., p. 29. 

(-) Loc. cit., p. 54. 

( 3 ) Loc. cit., p. 35. 

( 4 ) Loc. cit., p. 54. 



108 LES TEIGNES. 

Et c'est la méthode qui nous permet de différencier les diverses 
espèces trichophytiqués, car les différents milieux, sur lesquels j'ense- 
mençais, mes parasites, « affirmaient les mêmes cas dus aux mêmes 
espèces trichophytiqués, et les mêmes autres cas, comme dus à des 
espèces trichophytiqués différentes » ('). 

i 11 Les milieux comprenant 4 pour 100 de sucre et 1 pour 100 de 
peptone donnent aux Trichophy tons leur forme différentielle la plus 
accusée. 

Il restait à déterminer sur quels milieux les divers Champignons 
parasites prenaient leur aspect le plus spécial et le mieux différencié. 
Pour cela je fis nombre d'expériences comparatives que je n'ai pas 
à rappeler. J'éliminai d'abord en bloc tous les milieux liquides sur 
lesquels la forme des Champignons est variable et méconnaissable, 
j'éliminai la gélatine et la gélose peptone, trop pauvres, la pomme de 
terre, milieu assez différentiel, mais très pauvre aussi, peu mania- 
ble, trop vite desséché, et, ce qui est plus curieux, assez inconstant, 
car le même Champignon sur des 'pommes de terre différentes prend 
des aspects différents (*); Sur le conseil de E. Duclaux j'essayai alors 
les milieux sucrés, et, parmi eux, le moût de bière solidifié par la 
gélose. Ce milieu, lorsqu'il provenait de la même brasserie, lorsqu'il 
n'était ni trop concentré, ni trop recuit ( 3 ), montra les plus grandes 
qualités. Sur lui les cultures trichophytiqués prenaient un dévelop 
peinent maximum, et si l'on peut ainsi parler, leurs caractères diffé- 
rentiels s'épanouissaient et devenaient évidents. Ce milieu présentait 
seulement un grave inconvénient, inévitable, l'inconstance de sa 
composition chimique suivant sa provenance. Même si on le fabrique 
soi-même (*), on est obligé de rectifier sa teneur en sucre qui d'une 
fois à l'autre est variable. Et puis, les moûts de bière contiennent 
tous, et en proportion variable, d'autres hydrates de carbone que la 
maltose; dextrines, etc.... Bref il est impossible de donner une formule 

(') Luc. cit. p. 56. 

( â ) Je n'insiste pas sur l'erreur de Krôsing proposant la pomme de terre 
comme le milieu de culture le plus constant et le plus différentiel qui soit. Les 
milieux naturels ont pour seul avantage de ne demander qu'une simple stérili- 
sation ce qui rend leur préparation facile. 

( 3 ) Les chauffages répétés du moût de bière à 115 degrés centigrades produisent 
du caramel qui est antiseptique. 

( 4 ) Voici la technique donnée par E. Bodin, Les Champignons parasites de 
l'homme (1902, p. 51, note) pour fabriquer soi-même son moût de bière : 
« 200 grammes de malt moulu sont délayés dans un litre d'eau froide, puis on 
porte sur un fourneau et on élève doucement la température à 00° . On 
maintient cette température pendant trois quarts d'heure en agitant. On ajoute 
alors quatre grammes de houblon et l'on fait bouillir pendant une heure envi- 
ron. On filtre et on dose la maltose à la liqueur de Fehling, on étend ensuite la 
liqueur avec la quantité d'eau suffisante pour l'amener le titre de la maltose à 
3 pour 100. » 



METHODES ET TECHNIQUES. 109 

d'après laquelle on puisse fabriquer un moût de bière toujours sem- 
blable à lui-même. Pour éviter ces inconvénients il fallut formuler 
un milieu artificiel facile à faire, dont les composants fussent aisés à 
trouver partout, et qui pût servir de milieu international d'épreuve, de 
telle façon qu'en reportant sur lui un Trichophyton quelconque, il y 
reprît sa forme spéciale à lui, prise pour caractéristique. 

Les Trichophyties humaines racontent ('), comment on arriva à en 
établir « la formule générale » qui est la suivante : 

Sucre (ou mieux hydrate de carbone) 4 grammes. 

Peptone 1 gramme. 

Eau distillée 100 grammes. 

Agar agar (gélose) q. s. pour solidifier. 

Cette formule dut être précisée lorsqu'on se fut rendu compte que 
les différentes marques de sucre ou de peptone donnaient à un Cham- 
pignon des caractères de culture différents. Alors la formule générale 
devint dans la pratique la formule particulière que voici : 

Maltose brute de Chanut 4 grammes. 

Peptone granulée de Chassaing 1 gramme. 

Eau distillée 100 grammes. 

Agar agar le r 80 ( 2 ) 

« Enfin, pour abréger le temps de ces expériences, et en même 
temps, pour augmenter la précision de leurs résultats, on pourra 
se servir à la fois de trois milieux de formule semblable mais faits avec 
des sucres différents. On conçoit que, si un cas de trichophytie donne 
sur un milieu sensible une culture spéciale, différente de celles que 
les autres cas ont fournie, si la même différence se reproduit sur un 
second milieu sensible, autre que le premier, l'autonomie de l'espèce 
nouvelle sera doublement affirmée ( 3 ). » C'est là un système qui 
rappelle les comptabilités en partie double. Depuis lors, et spéciale- 
ment depuis quatre ans, nous n'avons jamais manqué à cette règle, 
et toutes nos expériences ont été répétées chaque fois sur les deux 
milieux d'épreuve maltosé et glucose. 

Objections- — De ce qui précède, on peut conclure, ce que j'ai dit 
maintes fois expressément, que si l'on voulait obtenir des résultats com- 
parables entre eux, il fallait opérer sur un milieu ou sur des milieux 
identiques, faits avec la même peptone et le même sucre. 

Or, il est arrivé que certains auteurs, au lieu de choisir comme moi la 
mallose, ce qu'il aurait fallu faire, pour avoir des cultures comparables à 

( l ).Loc. cit., p. 55. 

( a j Tous ces produits de laboratoire me sont fournis par la maison Cogit, 
56, boulevard Saint-Michel, à Paris. 
( 3 ) Loc. cit., p. 55. 



110 LES TEIGNES. 

celles dont j'avais donné la figuration, ont l'ait leurs expériences, les uns 
avec la lévulose, comme Unna, les autres avec la ylucose, comme Bodin, 
les autres avec une peptone et une mallose différentes des miennes, 
comme Fox et Blaxall. Il s'en est suivi une confusion qu'on pouvait pré- 
voir en sachant (ce que j'avais dit) : que le môme Champignon, sur des 
milieux différents, change d'aspect et devient méconnaissable. Le résultat 
de tout ceci est que, si Ton consulte n'importe quel auteur sur ces sujets, 
la figuration des cultures qu'il donne est incomparable à toute autre, et 
ne peut conséquemment servir que si l'on recommence toute la série de 
ses propres expériences. Il est impossible de savoir à l'heure actuelle, 
par les figures publiées, si la plupart des Derniatophytes de France, 
d'Angleterre et d'Allemagne sont identiques ou différents ( 1 ). 

Notons bien que les erreurs qui ont amené cette confusion ont eu des 
causes. Unna a dit s'être servi de tous temps de la lévulose, et qu'il fau- 
drait prendre la lévulose pour étalon ( 2 ). Fox et Blaxall avaient pris la 
peptone allemande de Witte, parce que c'est celle dont ils avaient l'habi- 
tude et ils n'avaient pas pris ma m ait ose parce qu'ils n'en avaient pas 
trouvé ( 3 ). 

Bodin a objecté que la glucose donnait des cultures plus florissantes 
et que ma maltose était impure •(*). 

Je voudrais répondre brièvement à ces objections. 

Dans \u\e étude objective des cultures de Derniatophytes, étude qui a 
pour but de les différencier entre eux, la question n'est pas de savoir si tel 
sucre donnera, avec un de ces Champignons pris pour exemple, un poids 
de récolte supérieur à celui que l'on obtiendrait avec un autre sucre. Il 
est parfaitement certain, pour moi, que si telle était la question, ce milieu 
devrait alors changer, avec chaque Champignon parasite que l'on étudie- 
rait. Je citerais ainsi tel Trichophyton qui préfère la lactose ou la lévu- 
lose, tels autres qui, en dépit de la règle générale, préfèrent des milieux 
peu sucrés et fortement azotés. La question n'est donc pas à poser 
ainsi. Il s'agit de formuler un milieu simple et facile à faire, qui donne 
aux cultures des Derniatophytes, pour chaque espèce différente, des 
caractères différentiels. Or, les cultures sur milieu glucose ne sont 
pas mieux différenciées que sur gélose nialtosée. Toute la série des pho- 

I 1 ) J'exprimais les mêmes regrets en 1896 en parlant des collections de teignes 
exposées au Congrès international de Londres en 1896. 

•< Ce qui importe au sujet, et qui est de nécessité absolue, si l'on veut faire 
un pas en avant dans la question, c'est l'adoption de techniques communes à tous 
et identiques. Un Congrès international n'a de raison d'être que quand ceux qui 
s'y rassemblent sont mis à même de se comprendre. Or, les cultures de chaque 
collection étaient inintelligibles pour les auteurs des collections voisines. Elles 
étaient donc inutiles. » (La question des teignes. Revue critique des discussions 
sur ce sujet au 5° Congrès international de dermatologie et de syphiligraphie. 
Londres, 4-8 août 1896. Annales de dermatologie et de SyphiligrQphie, 1896, p. 1555. 

( 2 ) P.-G. Unna. Sur la culture et la pluralité des Trichophytons. Journal des 
maladies cutanées et syphilitiques, mai 1897, p. 253. — Voir p. 268. 

( 5 ) C. Fox et F. Blaxall. On ringworni; an inquiry, etc..., p. 28 du tirage à 
part. 

( 4 ) <• Il importe de noter que pour la fabrication de ce milieu, dit milieu d'épreuve, 
Sabouraud a utilisé une mallose impure, qui ne se trouve plus dans le com- 
merce. » E. Bodin. Les Champignons parasites de l'homme, p. 107, note 1. C'est 
cette idée (que la maltose que j'avais utilisée ne se trouvait plus dans le com- 
merce) qui a conduit Bodin à utiliser des milieux d'épreuve glucoses. 



MÉTHODES ET TECHNIQUES. 111 

tographies de cet ouvrage le prouvera. Et même, si ce bénéfice existait. 
il n'eût pas valu un changement de formule qui rend des travaux anté- 
rieurs consciencieux et valables, incomparables à ceux qui les ont suivis. 
Bodin objecte aussi que ma maltose était impure, et qu'avec une glucose 
pure anhydre on aura partout des résultats comparables. 

Que ma maltose ne fut ni pure, ni anhydre, mon texte de 1892 le disait 
déjà( J ), mais il serait inexact de croire que toutes les maltoses ou les 
glucoses pures anhydres, de différentes marques, seront identiques entre 
elles. Et déjà la maison Merck de Darmstadt a deux glucoses pures de 
prix différent; laquelle prendre ? Et si l'on est obligé, quoi qu'on veuille, 
de faire élection d'une marque de sucre, si pur qu'il soit, pourquoi, dès 
lors, changer la première choisie. 

On pourrait encore supposer qu'un sucre, lorsqu'il est pur, doit être 
plus favorable à la culture des Dermatophytes, et les différencier mieux 
qu'un sucre brut. Mais cela est encore erroné. C'est le contraire qui est 
vrai. Il est assuré, pour moi, que les manœuvres d'épuration 1 , qui font 
d'une maltose brute ou commerciale une maltose pure anhydre, altèrent 
profondément la nature et la valeur nutritive de ce produit. J'affirme le 
fait sans l'expliquer. Toutes les maltoses, soi-disant pures, que j'ai 
essayées, donnent des cultures d'une médiocrité insigne, alors que la 
maltose commerciale dont je me sers donne des cultures admirablement 
belles et différenciées ( 2 ). C'est un fait dont plusieurs observateurs étran- 
gers qui ont pu faire la comparaison, ont convenu sans aucune peine ( 3 ). 

On objectera peut-être encore que les sucres bruts doivent être plus 
altérables, ou encore, que d'une cuvée à l'autre, des sucres bruts peu- 
vent ne pas être semblables. Tout ce que je puis répondre, c'est que mes 
expériences primitives, je les ai reprises après quatorze ans, et que j'ai 
retrouvé, à cette date, la même maltose que j'avais utilisée jadis, et 
qu'elle m'a fourni des cultures dont la forme est de tous points identique 
à celle de leurs aînées, de même espèce, photographiées à cette époque. 
Cette objection ne vaut donc pas plus que les précédentes. 

Enfin, il reste, en cette question, un point qui mérite de fixer encore 
notre attention. Si l'on veut pratiquer une étude culturale valable des 
Dermatophytes, on doit ensemencer des cultures en tubes et enmatras,par 
milliers, et les cultures en tubes dépensent 10 à 12 centimètres cubes, et 
les cultures sur matras de 30 à 200 centimètres cubes de milieu nutritif 

(') « On conçoit que se servir d'un milieu de culture d'une constitution chi- 
mique parfaite soit, dans ce cas (pour la différenciation des espèces), moins 
nécessaire que de s'astreindre à répéter sur un milieu simple et sensible la 
série des expériences que nous venons d'énumérer. » 

« Une peptone et une maltose même impures pourront suffire, pourvu que, 
dans la suite des recherches faites, on se serve constamment de la même pep- 
tone et de la même maltose, etc. » Trichophy fies humaines, p. 54. 

(-) La glucose pure anhydre est moins altérée. C'est parce que dans ses essais 
comparatifs Bodin s'est servi de ces maltoses dites pures et en réalité inassi- 
milables, qu'il a pu croire les milieux glucoses très supérieurs aux milieux 
maltoses. En fait, dans nos ensemencements, le développement comparé des 
Dermatophytes sur les deux milieux est semblable. Pour formuler mon opinion 
tout entière, peut-être les milieux glucoses favorisent-ils un peu les Micros- 
porums, et les milieux maltoses, les Trichophytons. Mais ce sont là des diffé- 
rences à peine appréciables. 

( 3 ) Voir particulièrement : Colcott et Blaxall. On ringworm ; an inquirv, 
etc., p. 28-29 du tirage à part. 



112 LES TEIGNES. 

chacune. Pour l'étude que j'ai reprise, mon laboratoire fabrique environ 
cinq litres de gélose par semaine. Or, la lévulose pure coûte de 200 à 
250 francs le kilogramme, la glucose pure anhydre 70 francs, la maltose 
pure 200 francs et plus. 

En un an, un laboratoire comme le mien dépenserait 1500 francs de 
sucre et davantage, en des expériences qu'on eût pu faire aussi valables 
pour 55 francs. La maltose commerciale coûte 4 francs le kilogramme 
au lieu de 200, et la glucose massée 2 francs au lieu de 70 francs, etc. 
Ce sont là des différences. Et si l'on réfléchit que l'emploi des sucres 
purs ne dispenserait pas de l'emploi de marques spéciales, et qu'on serait 
toujours obligé de spécifier la marque de sucre pur anhydre que l'on 
emploierait; si Ton ajoute que les peptones (dont l'emploi est quasi 
nécessaire dans un milieu nutritif de Dermatophytes, puisque ceux-ci ne 
se nourrissent pas exclusivement de sucre, mais aussi de matériaux 
azotés), si l'on songe, dis je, que les peptones sont encore bien plus diffé- 
rentes entre elles que les sucres, et que leur emploi oblige toujours à 
indiquer la marque qu'on utilise, il me semble beaucoup plus simple 
de dire : 

Dans les expériences qui vont suivre, j'ai utilisé telle peptone et telle 
maltose, et si l'on veut renouveler les expériences comparables 'aux 
miennes, il sera toujours aisé de se procurer ces produits. 

J'ai proposé au Congrès de Londres, et je propose de nouveau 
l'adoption internationale d'un et mieux de deux milieux d'épreuve pour 
différencier les espèces de Dermatophytes, et ces milieux ont pour 
formule : 

Le premier : 

f Eau pure 1000 grammes. 

T S Maltose brute de Chanut 40 — 

) Peptone granulée de Chassaing 10 — 

( Gélose . . 18 

Et le second : 

f Eau pure 1 000 grammes. 

Ir î Glucose massée de Chanut (I) 40 — 

J Peptone granulée de Chassaing 10 — 

( Gélose (2) ' 18 

Cette question des milieux de culture est tout à fait capitale, c'est 
pour cela que j'y insiste à ce point. Je voudrais que ces milieux, pro- 
posés depuis quatorze ans, et qui donnent de si excellents résultats, 

(') Consulter la note 2 de la page 109 concernant la provenance de ces sucres 
et de cette peptone. 

(-) A propos de ce milieu, G Fox et Blaxall m'ont reproché de ne pas avoir 
indiqué qu'elle réaction acide, neutre ou alcaline, il devait avoir. C'est parce que 
ce milieu est spontanément neutre ou à peine acide et que je n'y ajoute rien 
qui puisse changer sa réaction. 



METHODES ET TECHNIQUES. 113 

devinssent en ce qui concerne les teignes des milieux internatio- 
naux ('). 

Si les auteurs de tous pays, avec le même labeur qu'ils ont dépensé, 
avaient pratiqué leurs cultures de Dermatophytes, sur le même milieu, 
cette question dermatologique serait infiniment plus avancée qu'elle 
ne Test encore, ("est là ce qui justifie ma proposition. Du reste, rien 
n'empêcherait chaque observateur de l'aire ses cultures sur le milieu 
d'épreuve de son choix, s'il voulait bien pratiquer ses cultures de com- 
paraison sur un même milieu international. Faute de quoi, la peiné 
de chacun sera au moins à demi perdue. 

Pratique des cultures. Tableaux d'ensemencement. — Gomme 
je l'ai dit déjà, en pratique, on ensemence, pour chaque cas mis à 
l'étude, vingt parcelles de cheveux ou de squames, en cinq, ou six tubes 
de milieu d'épreuve. Après trois semaines, les Trichophytons et Micro- 
sporums ont pris leurs caractères typiques. Très rapidement donc, l'ob- 
servateur discernera, entre les cultures des différents cas, même si ses 
ensemencements ont été pratiqués sur tubes, les cas identiques x;t les 
cas dissemblables. 

-Mais, quand on voudra réellement se rendre un compte parlait de la 
pluralité des espèces du groupe dermatophytique qu'on observe, on 
fera ce que j'appelle un tableau d'ensemencement. '. 

Le même jour, on ensemence toutes les unités de la collection, 
chaque cas sur 4 ou 5 matras de milieu d'épreuve. Après trois semaines, 
on verra : 

1° Que tous les matras ensemencés avec le même cas ont fourni 
une culture pareille ; 

2° Que certains autres cas ont donné lieu à une culture semblable; 

3° Mais que d'autres cas ont donné lieu à une culture différente. 

Enfin on vérifiera que les réensemencements sur tous les milieux ne 
changeront ni ces similitudes ni ces dissemblances, qui se répéteront 
sur tous les milieux d'épreuve, maltosés, glucoses, lévuloses, lac- 
toses, etc. 

Et, lorsqu'un tableau semblable aura été fait ainsi sur mon milieu 
d'épreuve, les cultures qu'on obtiendra pourront être comparées aux 
miennes, car c'est ainsi qu'ont été obtenus les résultats que je vais 
exposer. 

M. De la fabrication des milieux de culture solides. — Bien 
des observateurs m'ont envoyé des cultures qu'ils disaient faites sur 

(M Je ne mentionne que pour mémoire la gélose de peau proposée par 
M. Finger à la .Soc. viennoise de dermat., 10 mars 1897. Le milieu est fait d'une 
macération de 5 grammes de poudre de peau de bœuf dans 100 grammes 
d'eau, solidifiée par la gélose. On voit mal le bénéfice de pareils milieux pour 
des parasites aisément cultivables sur tous autres. 

LES TEIGNES. <S 



114 . LES TEIGNES. 

mon milieu d'épreuve .'et leur milieu ne ressemblait point au mien. 11 
faut donc exposer comment on doit faire les milieux d'épreuve. 

D'abord, une première remarque : Ne jamais vouloir opérer sur plus 
de trois litres de liquidé, car c'est la quantité maxima qu'on peut ma- 
nipuler, à la fois, sans difficultés techniques excessives. Il vaut môme 
mieux commencer par faire ces milieux en quantité moindre. 

Cependant, comme les difficultés d'exécution croissent avec le 
volume du liquide sur lequel on opère, je supposerai l'opération por- 
tant sur trois litres. 

I. Préparation du milieu. — On verse dans un grand ballon, à col 
demi-long, et à fond plat, d'une capacité de cinq litres, trois litres 
d'eau pure non distillée dans laquelle on ajoute immédiatement ( l ) : 
a) Cinquante-quatre grammes de gélose coupée en menus morceaux; 
p) Cent vingt grammes de sucre ; 

y) Trente grammes de peptone granulée Chassaing( 2 ). 
II 1 er Chauffage. — On porte ensuite ce gros ballon bouché d'ouate 
non hydrophile à l'autoclave ( 3 ) et on monte la température sans aller 
trop vite, avec une couronne de gaz seulement. Il est bien entendu 
qu'on laisse ouvert le robinet d'échappement de vapeur jusqu'à déga- 
gement d'un jet continu de vapeur d'eau. On le ferme ensuite et on 
laisse monter la température à 120°. On éteint le gaz aussitôt et on 
laisse redescendre à 100°. 

III. Filtration. — Alors on ouvre l'autoclave, on débouche le grand 
ballon, on remue son contenu avec un agitateur de verre, et, en 
tenant le ballon lui-môme, on l'agite en tous sens pour bien mélanger 
tout ce qu'il contient. 

D'autre part, on a, pendant la première chauffe, préparé, outre les 
vases de culture dans lesquels la gélose faite sera coulée, dix fioles de 
500 grammes environ, en rang, ayant chacune leur entonnoir de cent 
grammes, garni d'un filtre de papier Chardin^) et on verse, avec le 
grand ballon, dans chacun de ces entonnoirs, la quantité de liquide 
qu'il peut contenir. 

Ici se place la seule manœuvre de l'opération qui soit délicate parce 

(') Si on veut obtenir les mêmes Dennatophytes, sous le môme aspect que leur 
donnent les planches de ce volume, on se servira de la maltose brute ou de la 
glucose massée de Chaïut, comme il a été dit, et de la pèptone de Chassahig. 

( 2 ) Si au lieu de faire un milieu d'épreuve on voulait faire un milieu de con- 
servation des types cryptogamiques, on ajouterait pour trois litres d'eau, avec 
la gélose, 3 pour 100, soit 90 grammes de peptone et pas de sucre, le reste de 
l'opération restant identique. 

( 5 ) Il est meilleur de laisser la gélose en contact avec l'eau,' une demi-heure 
ou une heure, avant le chauffage, pour lui laisser le temps de s'imbiber d'eau. 

(*) Ce papier filtre avec beaucoup de perfection et de rapidité les liquides, 
coagulables ou sirupeux; on le trouve comme les sucres et la peptone indiqués 
chez Cogit, 56, boulevard Saint-Michel, à Paris. 



METHODES ET TECHNIQUES. 115 

qu'elle demande a être exécutée très vite et très bien. Sitôt qu'un 
des premiers filtres s'engorge, et commence à ne filtrer que par 
gouttes, on enlève son entonnoir, on le remplace par un autre neuf, 
garni d'un nouveau filtre, et on troue l'ancien, -au-dessus de lui, avec 
un agitateur. 

L'entonnoir sale est aussitôt pris par un aide, lavé à l'eau chaude, 
et garni d'un nouveau papier-filtre, il va resservir immédiatement. 
Ainsi de suite. 

Dans une opération bien conduite, les filtres doivent laisser s'écouler 
un filet de liquide perpétuel. 

En 1/4 d'heure tout doit être filtré, avec des déchets insignifiants et 
une dépense de 20 ou 25 filtres ('). 

On a donc le milieu d'épreuve, filtré, encore liquide, réparti en dix 
flacons de 500 grammes. 

11 importe alors de mélanger rapidement le liquide que tous con- 
tiennent car les dernières parties filtrées sont plus foncées, plus char 1 
gées de sucre et de matière coagulante, que les premières. 

Pour cela, on mélange tout dans un grand matras chaud, on agite; 
et on reverse de nouveau le liquide dans les mêmes fioles de 
500 grammes, dont on se servira pour faire la distribution. 

IV. Répartition — Les tubes ou les matras dans lesquels on va 
répartir la gélose sont prêts, l'opération est faite très vite, surtout si 
les opérateurs sont deux. Le premier verse, le second bouche les 
vases. 

Celui qui verse veille : 1° à donner à chaque vase la quantité qu'il 
doit contenir ; 

2° A ne pas mouiller de liquide le col du vase, ce qui y ferait adhérer 
le bouchon d'ouate. 

Celui qui bouche veille : 1° à ne pas serrer ni tasser le bouchon 
d'ouate, car, à la stérilisation qui va suivre, il serait mouillé et ne sé- 
cherait plus; 

2° A bien placer les tubes bouchés l'un près de l'autre pour éviter le 
refroidissement et la coagulation du liquide qu'ils contiennent. 

V. Stérilisation. — Aussitôt cette opération finie, on entasse, dans le 
panier d'un grand autoclave, les tubes ou les matras, en les espaçant, 
pour que la vapeur puisse passer entre eux, en évitant la souillure de 
leurs bouchons (-) et de façon que tout tienne et soit stérilisé en une 
seule chauffe. 

(') On remarquera que cette opération supprime le filtre à chaud, instrument 
coûteux, encombrant, inutile et d'une lenteur d'action pitoyable, Avec lui, une 
filtration de trois litres de gélose demanderait dix heures. La même filtration 
par notre procédé ne demande pas vingt minutes, et elle ne doit pas demander 
plus, sous peine de laisser coaguler le liquide filtré, ce qu'il ne faut pas. 

(*) Les matras sont coiffés d'un papier, très utile pour préserver l'ouate de la 



116 LES TEIGNES 

L'important ici sera de monter très lentement la température de 
l'autoclave, car la gélose a un coefficient de chaleur de fusion très 
élevé, et, en ce moment de l'opération, elle est considérablement 
refroidie. On monte donc avec une seule couronne de gaz très .' lente- 
ment jusqu'à 120°. Et, comme la première fois, on éteint aussitôt. La 
stérilisation du milieu nutritif, des vases et des bouchons d'ouate, est 
faite ainsi, d'un seul coup, et complète. 

Lorsque la température sera descendue, on étalera tous les tubes 
inclinés. On placera sur un plan horizontal tous les matras. La gélose- 
ainsi faite sera prête à servir quelques heures plus tard. Toute l'opé- 
ration, pour trois litres de liquide qui ont fait 500 "tubes( 1 ),a demandé 
à peine quatre heures à deux personnes. 

On comprend néanmoins que, pour savoir manier de telles quantités 
d'une matière coagulable à plus de 40°, sans la laisser coaguler, il y 
faut une prestesse et une précision qui ne s'acquièrent pas du premier 
coup. Aussi recommanderai-je au débutant de commencer par opérer 
sur un litre, puis sur deux, avant d'opérer sur trois litres de liquide. Il 
est inutile d'ajouter, je pense, qu'un tel travail ne pourrait à aucun 
moment être interrompu, si peu que ce soit. 

On pourrait chercher ici l'exposé des techniques d'étude mycologique des 
teignes, mais elles trouveront mieux leur place en tète de /'Etude mycologique 
elle-même. 

N. Inoculations expérimentales des Dermatophytes. — Les ino- 
culations des teignes à l'Animal, et même à l'Homme, faites dans un but 
expérimental, doivent être répétées pour chaque espèce que rencontre 
l'observateur. C'est la plus simple manière pour lui de s'assurer qu'il 
manie bien un parasite et non pas un saprophyte accidentellement 
rencontré dans la lésion. Parmi les Animaux, le plus commode à uti- 
liser est le Cobaye, mais on a pratiqué des inoculations sur le Lapin, le 
Chat, le Chien, la Poule, et même sur de gros Animaux : Mouton, 
Chèvre, Veau, Ane, Cheval. 

Le Cobaye m'a toujours semblé pour les dermatophyties l'Animal 
d'inoculation de choix, tant par la facilité qu'il donne aux manipula- 
tions, que par la fidélité de ses réactions positives. Mais on doit élimi- 
ner, au fur et à mesure, ceux qui ont servi, puisqu'une seconde inocula- 
tion ne prend plus sur eux, la première étant vaccinale. 

En général les auteurs ont pratiqué leurs inoculations par friction 
rude, sur une région préalablement tondue et grattée ou scarifiée pour 

chute des poussières lorsque l'ensemencement sera pratiqué, et qu'on attendra 
pendant des semaines, le développement, complet de la culture. 

(') Je rappelle que les tubes que nous utilisons sont des tubes de 18 centi- 
mètres de Ions. 



METHODES ET TECHNIQUES. 117 

traumatiser l'épidémie. La friction est pratiquée avec un tampon 
d'ouate hydrophile sur lequel on a placé un fragment de la culture 
adulte à inoculer. 

Voici la technique dont nous nous servons constamment : 
Une surface grande comme une pièce de deux francs est tondue, 
aux ciseaux, entre les deux épaules de l'Animal. 

Sur cette surface, on pratique, en triangle, trois piqûres avec la pointe 
flambée d'un scarificateur. Et, dans chaque petit trou, on insère une 
minuscule parcelle de la culture à inoculer. 

Les lésions traumatiques qu'on a ainsi faites s'éteignent en quatre 
à six jours. Pour la plupart des cultures, ce n'est qu'après 8-12 jours 
qu'on aperçoit, autour de chaque point d'inoculation, une aréole rouge 
de o à 4 millimètres de diamètre qui s'agrandit. Une squame séro- 
croûteuse apparaît, qui s'épaissit, de jour en jour. Après trois jours, 
c'est une croûte, emprisonnant les poils par touffes. Si on enlève cette 
croûte, elle laissera, à découvert, une lésion épidermique humide. Si 
on laisse la lésion évoluer, cette croûte tombera, dix ou quinze jours 
après sa naissance, emportant ce poil avec elle, et laissant une aire 
ronde, sèche, propre, sur laquelle l'épidémie corné est déjà refait. 
A ce moment cette surface est peladoïde bien plus que trichophy- 
tique, car sur le Cobaye, dans presque tous les cas que j'ai vus, le 
poil tombe entier et ne se brise pas. Lorsque la croûte est tombée, la 
lésion glabre ne laisse plus percevoir, autour d'elle, qu'un bourrelet 
qui s'efface peu à peu. En général les lésions trichophytiques d'ino- 
culation sur le Cobaye sont guéries spontanément un mois après l'ino- 
culation. 

On est amené quelquefois à inoculer à l'Animal un cheveu ou poil 
teigneux. La chose est on ne peut plus facile. On fait, dans la peau, un 
trou avec une aiguille, et, dans ce trou, on implante le cheveu teigneux. 
On provoque ainsi la naissance d'une teigne qui se comporte exacte- 
ment comme celle qu'on provoque par l'inoculation de la culture. 

L'examen microscopique direct des lésions provoquées chez le 
Cobaye n'est pas sans présenter quelques difficultés. C'est de 10 à 
15 jours après l'inoculation, que les poils parasités sont le plus faciles 
à mettre en évidence. Parmi les poils que la croûte englobe, un ou 
deux sont malades, sur 8 ou 10 qu'on examine. Comme dans toutes 
les trichophyties animales, le parasite se cantonne au niveau de la 
portion radiculaire du poil, et cette portion chez l'Animal est toujours 
très courte, de un ou deux millimètres de long, pas davantage. 

Dans l'examen de la squame, le parasite est ^ordinairement plus 
aisé à mettre en évidence, surtout dans une lésion en accroissement et 
en activité. Les préparations sont à faire, d'ailleurs, comme celles du 
cheveu humain ou de la squame humaine. 



118 LES TEIGNES. 

La culture de ces lésions s'obtient par les mêmes méthodes que la 
culture du cheveu humain. Mais, la fourrure des Animaux domes- 
tiques étant constamment souillée de germes de moisissures banales, 
il faut n'ensemencer que le millimètre inférieur de chaque poil, en 2 ou 
o parcelles, comme je l'ai dit. 

On peut chercher aussi à obtenir la culture en série, par passages 
successifs d'un Animal à un autre de même espèce, ou d'espèce diffé- 
rente, ma : s la maladie chez l'Animal est en général bénigne, et se 
guérit spontanément; aussi ces passages successifs ne peuvent-ils 
aisément se réaliser qu'avec les parasites les plus actifs de la série. 

Les inoculations d'herpès circiné sur l'Homme ne demandent 
aucune technique particulière ; on peut les faire par frottis, grattage 
ou piqûre vaccinale, avec insertion d'une parcelle de culture entre 
les deux lèvres de la piqûre. L'incubation de la maladie demande de 
Il à 15 jours avant l'appanitirodu point érythémateux indiquant que 
l'inoculation est posilive. 

De V inoculation des culture* d'ancienne extraction humaine ou 
animale. — Il est tout à fait certain que beaucoup de Dermatophvtes, 
dont la culture est depuis longtemps conservée au laboratoire, même 
si ces cultures ne sont pas devenues pléomorphiques, et si elles ont 
conservé les organes de fructification qu'elles avaient à l'origine, ces- 
sent de devenir inoculables, alors qu'ils l'étaient aisément jadis. A ce 
sujet, il faut diviser les Dermatophvtes en trois groupes. 

Le premier renferme les espèces qui demeurent toujours aussi aisé- 
ment inoculables, quel que soit le temps depuis lequel on les cultive, au 
laboratoire, en milieu artificiel. Ainsi paraissent être les Trichophytons 
gypseum. 

Le deuxième groupe, le plus nombreux, est fait des cultures qu'on 
inocule aisément, lorsqu'il n'y a pas très longtemps qu'on les cultive 
en milieu artificiel, mais qui perdent peu à peu leur inoculabilité. Tel 
est, "par exemple, le Microsporum equinum de Bodin (')• 

Le troisième est fait des cultures difficilement inoculables même 
quand on vient de les obtenir en milieu artificiel, et qui très prompte- 
ment ne peuvent plus être inoculables. 11 est à remarquer, en ce qui 
concerne ces espèces, que certains exemplaires s'inoculent assez 
aisément alors que d'autres sont peu ou point inoculables, et cela sans 
différences apparentes, ni mycologiques, entre leurs cultures Ainsi 
en esl-il pour les cultures de Microsporum Audouïni, par exemple. 11 
esl à remarquer aussi que, pour beaucoup d'espèces dont la culture 

(') M. Pelagatti (I trichophyton délia provincia di Parma 1896) affirme qu'une 
culture sur pomme de lorre ost toujours virulente et qu'un Trichophyton, qui a 
perdu sa virulence, la récupère sur vr- milieu. C'est un l'ait que }r n'ai pas 
vérifié, 



LA QUESTION DU PLEOMORPHISME DES DERMATOPHYTES. 119 

est peu ou pas inoculable, on obtient des inoculations, beaucoup plus 
facilement, en inoculant directement un cheveu ou un poil malades 
(Micrasporurn Audouïni), ou un fragment de godet [Achorion Schôn- 
leïniï). 



LA QUESTION DU PLEOMORPHISME DES DERMATOPHYTES 

Pour la compréhension de nombre de faits qui vont suivre, je 
me trouve obligé de placer ici l'étude de la question du pléomor- 
phisme chez les Dermatophyles, question qui semblerait plus 
logiquement traitée dans le chapitre concernant la Biologie de ces 
parasites. 

A la lecture, on comprendra que les cultures de Dermalopbytes ne 
donnent des résultats intelligibles que quand on a d'abord, une fois 
pour toutes, écarté du sujet les causes d'erreur provenant de leurs 
al l érali ons pléomorph i ques . 

Toute culture trichophy tique quon laisse vieillir présentera des alté- 
rations et des déviations du type formel qu'elle a fourni tout d'abord. 

1° Altérations de sénilité. — Toute culture dermatopbytique passant 
« par un premier stade de jeunesse, par un second d'âge adulte et par 
un troisième de sénilité,... plus une culture vieillit, plus sa forme 
s'altère, et c'est d'abord par l'exagération de ses caractères propres, 
que sa vieillesse se démontre ». Par exemple, « si la culture formait 
normalement des replis concentriques, ces replis s'accusent et se bour- 
souflent. Si sa surface était craquelée, elle devient fîssuraire, etc.... » 
« Très souvent aussi la culture rencontre la paroi du verre... qui 
l'enserre, la forçant à des contournements étrangers à sa forme 
propre »... « toutes ces altérations, quels que soient leur mode d'ori- 
gine, leur nature et leur forme, ont toutes un point commun qui est 
essentiel, c'est que leur réensemencement sur milieu neuf les ramène 
au type jeune de la culture-mère dont elles sont issues ('). » 

2° Déviations pléomorphiques. — En regard de ces altérations mor- 
phologiques passagères des vieilles cultures de Dermatophytes, il 
faut placer les déviations pléomorphiques définitives de ces cultures 
et que de nouvelles cultures perpétueront. « Celles-ci diffèrent essen- 
tiellement des précédentes, en ce que la réimplantation, sur milieu neuf, 
leur conserve la nouvelle forme qu'ils ont acquise. Cette différence est 
considérable. » 

Qu'on suppose une culture trichophytique pure, dans sa forme typi- 

(M La Pratique. dermatologique. Articles Dermatophytes. Tome I, 1900. p. 791. 



120 



LES TEIGNES. 




Fig. 1. — Apparition du duvet 
pléomorphique sur une culture 
adulte de Trichophyton. • 



que, sur milieu d'épreuve. Elle a atteint ses dimensions normales, elle 
a six semaines d'âge : 

« Sur un point quelconque de sa surface, et le plus souvent en son 

centre, on aperçoit un jour une petite 
touffe délicate de duvet blanc, qui semble 
superposée à la culture-mère. De jour 
en jour, ce duvet grandit en hauteur et 
en surface, beaucoup plus vite que la 
culture-mère, parvenue à peu près à son 
maximun de développe- 
ment, à cette époque. 
Il la réouvre partielle- 
ment, il peut atteindre 
sa périphérie, s'implan- 
ter dans le milieu nu- 
tritif, comme une moi- 
sissure étrangère, et 
pousser activement, au- 
delà du bord de la culture-mère sur laquelle il a 
toujours pris naissance. Quand on l'examine à l'œil 
nu ou à la loupe, ce duvet a ses caractères propres, 
entièrement distincts de ceux de sa culture-mère, il 
est d'un blanc pur, il est duveteux sur une culture 
poudreuse. Enfin, même, quand il a dépassé la 
périphérie de la culture-mère et qu'on l'examine 
par transparence au travers du milieu, son port, 
sa couleur, ses rameaux immergés diffèrent entiè- 
rement de la culture d'origine (fig. 1 et L 2). » 

« Qu'on prenne maintenant une parcelle de ce 
duvet blanc à la baguette de platine, qu'on l'ense- 
mence sur un milieu neuf, il gardera sa forme de 
duvet, son port, sa couleur propre entièrement dis- 
semblables de la culture originelle, à laquelle aucun 
réensemencement ne le fera revenir. On se trouve 
avoir ainsi, sans aucune faute de technique, deux 
êtres entièrement disparates, issus d'une même 
graine d'origine (fig. 5 et 4). » 

« Et comme... il est extrêmement facile de con- 
server,... pendant des années, les cultures originelles dans leurs formes 
originelles, j'ai, dès à présent, pour un grand nombre de Trichophy- 
tons les deux formes : la forme primitive, d'une part, et, d'autre part, 
la forme pléomorphique, duveteuse et blanche. » Et « il est toujours 
possible, avec une culture d'origine,... d'obtenir le duvet blanc pléo- 



Fig.2.— Duvet Manc 
pléomorphique au 
centre d'une cul- 
ture d'Épidermo- 
phyton inguinale de 
ôOjours, sur milieu 
maLosé. — Culture 
de Sal)ouraud; cli- 
ché de Noire. 



LA QUESTION DU PLEOMORPHISME DES DERMATOPHYTES. 121 




Fig. 5. — Microspovum felineum (Fox et Blaxall, 
1898). — Culture de trois semaines sur gélos 
peplonel, glucose i °/ ; culture du laboratoire; 
cliché de Noire. 



morphique, sans que la culture en milieux nutritifs artificiels ait 
jusqu'ici permis de remonter 
de la forme pléomorphique du- 
veteuse blanche à la culture... 
originelle » ('). 

On conçoit toutes les erreurs 
que de pareils faits rendent pos- 
sibles dans l'étude des teignes. 
1° Si on laisse vieillir, sans 
une surveillance continue et 
des réensemencements perpé- 
tuels, des cultures de Derma- 
tophytes, la collection en est 
complètement ruinée en quel- 
ques mois, parce que les cul- 
tures, lorsqu'on les renouvel- 
lera, auront perdu tout à fait 
leurs caractères propres, ori- 
ginaux, et qu'on ne pourra 
pas les leur faire récupérer. 

L 2 n Tant que ce* obstacle des altérations pléomorphiques existera, les 

dermatologistes, qui s'occu- 
pent de ces questions, auront , 
en toute bonne foi, la plus 
grande peine à s'entendre, 
car il leur arrivera forcément 
de comparer des cultures pri- 
maires à des cultures pléo- 
morphiques, et de les croire 
d'espèces différentes, alors 
que ce seront seulement des 
formes diverses d'une même 
espèce. 

3° Enfin, tant qu'on n'aura 
pas écarté des études de 
cryptogamie dermatologique 
ce problème du pléomor- 
phisme, certains auteurs 
pourront aussi, en toute 
bonne foi, s'imaginer que des 
espèces cryptogamiques, en réalité différentes, sont dérivées primiti- 




Fig. i. — Forme pléomorphique duveteuse du Micro- 
sporum felineum (Fox et Blaxall). Culture de même 
âge et sur même milieu que la précédente. Cul- 
ture du laboratoire : cliché de Noire. 



(>) Loc. rit., p. 702-0i. 



122 LES TEIGNES. 

vement d'une même graine et ne diffèrent que par transformation 
pléomorphique. Cette opinion a été maintes fois exprimée, au début 
des études sur le sujet. Tout cela montre l'importance des faits de 
pléomorphisme dans l'étude des teignes en général. Pour les résumer 
on peut dire : 

« Un très grand nombre de Tri chophy tons, d'espèces distinctes et 
fixes, stables en leur forme spécifique, peuvent dans certaines condi- 
tions physico-chimiques donner lieu, les unes comme les autres, à une 
forme pléomorphique qui est un duvet blanc. Ce duvet blanc, à son 
tour, est fixe en sa forme, et stable indéfiniment. La culture le repro- 
duit en duvet blanc, tout à fait distinct de forme et d'aspect de sa cul- 
ture-mère. La culture en milieu artificiel a été incapable jusqu'ici de 
le ramener à sa forme mère. » 

« Ajoutons encore que ces duvets blancs, issus des Trichophytons 
les plus dissemblables, se ressemblent 'entre eux plus qu'ils ne 
ressemblent à leur culture d'origine, plus aussi que leurs cultures- 
mères ne se ressemblent entre elles. » 

Valeur mycologique et signification des duvets blancs pléomorphiques 
des Dermatophytes. — Que sont ces duvets pléomorphiques dans la vie 
des Dermatophytes? Représentent-ils vin progrès ou une régression? Ils 
représentent, à n'en pas douter, une régression. 

En effet, un grand nombre de ces duvets blancs pléomorphiques 
sont faits uniquement et exclusivement de filaments mycéïièns grêles 
sans aucun appareil de reproduction différencié ('). D'autres portent, il 
est vrai, le long des filaments mycéliens de leur duvet pléomorphique, 
sur de très grandes longueurs, de petites spores latérales sessiles ou 
pédiculées, facilement déhiscentes, et montrent de grosses spores 
rondes, libres dans la culture, dont le mode de naissance n'est pas 
évident. Mais les plus dégradés des duvets pléomorphiques n'ont plus 
que des organes végétatifs et pas d'organes de reproduction. Et les 
plus différenciés ne montrent encore que des organes de reproduction 
simplifiés et rudimentaires si on les compare aux organes de repro- 
duction des cultures primaires dont ils sont issus. 

Tous les Dermatophytes ne fournissent pas également un duvet pléo- 
morphique. La facilité, la constance et la promptitude avec lesquelles 
une espèce dermatophytique donne lieu à son pléomorphisme blanc 
diffèrent avec chaque espèce. 

L'une d'entre elles ( 2 ) en fournit si constamment et si vite qu'il est 
difficile de garder longtemps sa culture primaire pure de tout pléo- 
morphisme. D'autres en fournissent moins vite, mais tout aussi con- 



f 1 ) On le verra pour les Microsporums animaux : lanosum, felineum. equinwm, 
( 2 ) Epidermophyton inguinale. 




I HlKl/AJ'l kd MU MU/M;)M.i 




•Mjpiriq - ionioMq ')imo'l si ob ly riififimq ânno'i n! >!> nqeiinuqmoL) 



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LEGENDE DE LA PLANCHE I 

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[u ésl an duvet blanc. Ce duvel blanc, à son 

fo i < : >le indéfiniment. La culture le repro- 

Ldesacul- 

Comparaison de la forme primaire et de la forme pléomorphique 
duveteuse du Trichophyton (gypseum) astéroïdes. 



tons 



: 

I. — Culture primaire de 40 jours sur gélose maltosée. 



II, II. — Culture mixte du Tr. astéroïdes : (forme primaire et forme 
pléomorphique mélangées), sur gélose glucosée après 
16 jours. 

III. — Culture mixte du Tr. astéroïdes : (forme primaire et forme 
pléomorphique mélangées), sur gélose maltosée après 
un 40 jours. 

IV, IX. — Culture pure de la forme pléomorphique duveteuse du 7>. 
astéroïdes sur gélose maltosée après 13 jours. 

IV*. - La même culture après 20 jours. 

'ssiles ou 

',! déhiscent» spores 

•■• la culture, don! le modo de pas 

gradés dés duvets pléomorphiques n'onl pli 

«•étatifs et pas d'organes de reproduction. Et I 

ne montrent en reproduction 

nentaires si on gahes de repro- 

s primaires dont ils sont . 

fourni ssi I ivet pléo- 

mstance el la pr< esquelles 

que donne lieu à son pléomorphisme blanc 

espèce. 

fournit si constan si vite qu'il est 

culture primaire pure de tout pléo- 

nioins vite, niais tout aussi rou- 



SABOURAUD. — Teignes. 



Planche I 




Masson & Cie, Editeurs 



Phototypie Berlhaud, Paris 



LA QUESTION DU PLÉOMORPHISME DES DERMATOPHYTES. 123 

starament (') et toute culture qu'on en laissera vieillir en milieu sucré 
en présentera. D'autres espèces au contraire n'y donneront presque 
jamais lieu ( 2 ). C'est une culture sur vingt ou trente sur laquelle on 
verra naître le duvet pléomorphique, tandis que les autres se dessé- 
cheront et mourront, après des mois, sans en avoir présenté de traces. 
On peut donc supposer que les espèces même, qui ne nous en ont pas 
montré, auraient pu, dans d'autres conditions, en fournir. Ce qu'on 
peut dire avec sécurité en tout cas, c'est que certains Dermatophytes 
donneront toujours et à coup sûr une forme pléomorphique, d'autres 
plus rarement et difficilement, tandis que d'autres en nos mains 
n'en ont pas donné. 

Cultures mixtes (primaire et pléomorphique) des Dermatophytes. — 
L'expérience prouve qu'on peut obtenir d'un même parasite des duvets 
pléomorphiques d'aspect différent, dont les uns exclusivement fila- 
menteux, les autres plus ou moins sporifères. C'est que, lorsqu'un 
duvet secondaire naît sur une culture trichophytique, il n'est pas 
très facile d'en obtenir une culture pure qui ne soit pas seulement un 
mélange de la culture primaire et de la culture seconde. Il semble 
aussi que la culture seconde change peu à peu de forme et d'aspect 
marchant vers un état plus complètement dégénéré. Ainsi quand on 
continue de cultiver, de génération en génération, certains duvets 
blancs, ils perdent peu à peu de leurs caractères différentiels, d'abord 
très accusés, pour se convertir en un simple tapis rond de duvet blanc 
comme beaucoup d'autres. 

Chez certains Dermatophytes, le duvet le plus dégradé que nous 
avons pu obtenir est encore sporulé, mais nous en avons vu plusieurs, 
qui étaient d'abord sporulés, cesser de l'être, comme celui de l'Acho- 
rion banal. Ainsi certains duvets se dégradent de plus en plus, jusqu'à 
devenir ce que certains autres sont d'emblée, des duvets filamenteux 
ne montrant plus que des caractères négatifs. 

Ressemblance de tous les duvets blancs pléomorphiques. — Un fait 
important est la grande analogie objective de tous les duvets blancs 
pléomorphiques, de quelque espèce dermatophytique qu'ils soient issus. 
Leur ressemblance est frappante et s'explique par la prépondérance, 
chez tous, des filaments mycéliens qui les composent. Ce qui appuie 
celte raison, c'est que les cultures pléomorphiques, lorsqu'elles mon- 
trent encore quelques appareils de reproduction de la culture primaire, 
ont un aspect beaucoup plus personnel qui s'efface de plus en plus à 
mesure que la culture devient plus exclusivement filamenteuse. 

Malgré cette ressemblance de presque tous les duvets blancs pléo- 



f 1 ) Trichophytons microïdesi Microspurums animaux. 
(-) Trichephytons endothrix. 



124 LES TEIGNES. 

morphiques, on peut assez souvent, à l'œil nu, différencier plusieurs 
d'entre eux et dire le nom du Dermatophyte qui les a fournis ('). Et 
même, quand on ne peut affirmer à première vue l'origine d'un duvet 
blanc pléomorphique, on la présume souvent assez exactement. 

Le duvet blanc pléomorphique dans l'identification des Dermatophytes. 
- Dans ces conditions, on peut considérer comme utile, pour la par- 
faite identification d'une espèce dermatophytique, d'en connaître, non 
seulement la culture primaire sur milieu d'épreuve, mais aussi la forme 
pléomorphique. Nous nous sommes astreint à présenter ainsi la plu- 
part des duvets blancs des Dermatophytes. Et nous croyons ce mode 
de procéder utile. 

De Vinoculabilité des formes pléomorphiques. — On a beaucoup dit 
que la fructification d'une culture par spore externe était nécessaire 
pour qu'on pût l'inoculer à l'Animal. Les pléomorphismes se prêtent 
au mieux à démontrer le contraire. 

Tous sont inoculables comme leur culture-mère, de la même façon, 
dans le même temps. Ils envahissent le poil semblablement. L'examen 
microscopique des lésions qu'ils provoquent est aussi probant que 
celui des lésions causées par leur culture-mère. On ne peut relever non 
plus de différence entre l'inoculabilité des duvets blancs encore 
sporulés, et de ceux qui ne le sont plus aucunement ( 2 ). 

Lorsqu'on pratique, en partant de la squame ou du poil, la rétro- 
culture d'une lésion qu'on a faite avec un duvet blanc pléomorphique, 
on obtient la culture même que l'on avait inoculée, à l'état exact de dé- 
générescence où se trouvait la culture inoculée. Si c'était un pléomor- 
phisme parfait, sans spores, c'est lui qu'on retrouve; s'il avait des 
spores, il en a gardé. 

En somme, presque tous les Dermatophytes sont inoculables, leur 
pléomorphisme de même. Les rares exceptions à cette règle parais- 
sent dépendre de ce fait que certaines très vieilles cultures, conservées 
au laboratoire depuis des mois ou des années, finissent (et leur forme 
pléomorphique aussi) par perdre toute virulence. Ainsi j'ai eu, à la 
fois, deux duvets pléomorphiques d'un même Dermatophyte, mais de 
deux provenances: l'un, d'origine plus vieille, n'était plus inoculable; 
l'autre de provenance plus récente l'était constamment. 

Il est remarquable que les rares Dermatophytes dont je n'ai pu 
avoir une inoculation positive m'ont donné des duvets pléomorphi- 
ques qu'il n'a pas été possible d'inoculer davantage ( 3 ). 

Existe-t-il des formes pléomorphiques ayant un autre aspect que les 

(') Ex : Microsporum lanosum, Trichophyton laclicolor, etc. 

(-) Le duvet blanc pléormorphique du Microsporum lanosum est le plus infer- 
lile qui soit. Il est très aisément et très constamment inoculable ; ainsi des autres. 
(') Epidermophyton inguinale par exemple. 



LA QUESTION DU PLEOMORPHISME DES DERMATOPHYTES. 125 

duvets blancs? C'est une question que pose un seul Dermatophyte le 
Trich. violaceum. Plus sa culture'vieillit, plus elle perd sa couleur, plus 
elle devient cérébriforme et contournée ; et plus on répète ses cultures, 
plus ses caractères nouveaux s'accusent, sans qu'on puisse désormais 
ramener la culture aux formes et à la couleur qu'elle avait à ses débuts. 
Mais je ne vois en ce fait que l'exagération d'une règle familière à 
tous ceux qui ont fait des cultures de teigne, c'est que, au cours des 
années, une culture, môme bien entretenue et repiquée, perd un peu 
de ses caractères primitifs. Et les caractères propres de certaines 
vieilles cultures sont un peu moins parfaits et comme estompés. Pourtant 
jamais on ne peut confondre une espèce avec une autre. Car, jamais 
une culture vieillie ne prend les caractères propres d'une autre espèce. 

Moyen d'éviter le pléomorphisme des cultures de Dermatophytes. — 
Tout ce précède montre l'importance théorique et doctrinale de ce 
phénomène du pléomorphisme des cultures de Dermatophytes. Mais, 
pratiquement, ce qu'il faut en retenir, c'est que ce pléomorphisme est, 
pour tous les expérimentateurs, une pierre d'achoppement et une 
cause d'erreurs innombrables. 

Il était donc indispensable de trouver un moyen pratique de l'éviter, 
pour garder toutes les cultures d'une collection indemnes de toute 
dégénérescence, sans être obligé de les réensemencer tous les mois. 
Ce moyen existe, et, depuis deux ans que je l'ai appliqué à des cen- 
taines de cultures, je ne l'ai pas une fois pris en défaut. 

Sur les milieux sucrés d'épreuve, les formes pléomorphiques se déve- 
loppent fréquemment sur les cultures primaires quand elles vieillissent. 

Mais si, au lieu de cultiver les Dermatophytes sur de tels milieux 
peu azotés et très sucrés, on les porte, au contraire, sur des milieux 
exclusivement azotés et non sucrés, ou pour parler plus exactement 
sur un milieu nutritif ne contenant pas d'hydrates de carbone, on 
verra que les différentes espèces mycosiques, si elles y prennent des 
caractères moins différentiels, n'y montreront, du moins, aucune 
dégénérescence pléomorphique, quel que soit le temps pendant 
lequel on les observe ( i ). 

En d'autres termes, cest la présence ou l'absence des hydrates de 
carbone (glycérine ou sucres), dans les milieux nutritifs, qui provoque 
ou empêche V apparition des formes pléomorphiques dans les cultures 
de Dermatophytes, et, quand le milieu nutritif n'en contient pas, il ny a 

( l ) En augmentant la dose de peptone dans les milieux d'épreuve on rend la 
naissance des formes pléomorphiques de plus en plus difficile et inconstante. 
Il semble donc que lo naissance de ces formes dépende non pas strictement 
de l'absence du sucre, mais du rapport entre : 1° la quantité d'hydrates de car- 
bone et 2° la quantité de matières albuminoïdes que le milieu contient. Plus 
celle-ci est élevée par rapport à l'autre, moins les formes pléomorphiques 
peuvent naître. 



126 LES TEIGNES. 

pas de pleomorphisme: Et alors la culture gardera, jusqu'à la dessic- 
cation du milieu, les caractères spéciaux que ce milieu lui donne, sans 
en acquérir de nouveaux ('). 

A la vérité, un milieu exclusivement et pauvrement azoté tel que 

Eau distillée -. 100 grammes. 

Peptone granulée Chassaing 1 gramme. 

Agar-Agar le^s 

peut suffire, et il ne me semble pas qu'aucune forme pléomorphique 
s'y produise, mais il vaut mieux prendre un milieu beaucoup plus 
azoté, et, par exemple, peptonisé à 5 ou à 5 pour 100. Il est d'avance 
probable que les champignons n'utilisent pas tout l'azote albuminoïde 
que contient un milieu si riche. Mais ce qui est certain, c'est que les 
champignons parasites , portés sur ce milieu, y prennent une physio- 
nomie plus personnelle et plus tranchée que sur les milieux plus 
pauvres. 

Il va sans dire que, sur ces milieux fortement et exclusivement pep- 
tonisés, que j'appellerai milieux de conservation, les cultures dermato- 
phy tiques assument, toutes et chacune, de nouveaux caractères tota- 
lement différents de ceux qu'elles offrent sur les habituels milieux- 
d'épreuve. 

Ainsi une collection de Dermatophytes, transportée sur un milieu de 
conservation, donnera des cultures qui, pour un œil habitué aux cul- 
tures sur milieux d'épreuve, seront devenues méconnaissables. Mais 
l'œil se familiarise vite avec ses nouveaux aspects et apprend vite à y 
faire des identifications. Celles-ci sont toujours faciles, d'ailleurs, car 
il suffît de replacer, sur un milieu sucré à 4 pour 100 et peptonisé au 
centième, toute culture que l'on voudra, pour retrouver ses caractères 
étalons, après quelque temps que ce soit( 2 ). 

En conséquence, les expérimentateurs, qui voudront conserver 
intactes leurs espèces dermatophytiques, devront les porter sur le 
milieu de conservation peptonisé à 5 pour 100 et ne contenant ni sucre, 
ni glycérine. Quand ils auront besoin d'une culture neuve pure, non 
pléomorphique, c'est ce tube qui leur en fournira la semence. 

Ce milieu de conservation est d'ailleurs très différentiel, et montre 



f 1 ) Unna se demandait comment j'avais eu tant à lutter contre la dégénérescence 
pléomorphique des cultures de Dermatophytes, alors que les auteurs antérieurs 
à moi ne semblaient pas avoir éprouvé les mêmes difficultés. Une des princi- 
pales raisons de ce fait, très véridique, est sans doute que les milieux usuels 
de laboratoire, sur lesquels on avait, par habitude, cultivé les teignes comme les 
microbes, ne contenaient ni sucre, ni glycérine. 

(*) Ce pFocédé a été exposé par moi en 1908. Sabouraud. Sur Te pleomor- 
phisme des cultures de Dermatophytes et le moyen de l'empêcher. Arch. de 
parasitologie, t. XII, p. 33, 1908. 



LA QUESTION DU PLÉOMORPHISiME DES DERMATOPHYÏES. 127 

d'une façon suffisante la diversité des espèces de Dermatophytes, 
mieux même pour certaines espèces que les milieux d'épreuve; ainsi 
dans la différenciation des Trichophytons gypseums, par exemple. Néan- 
moins l'emploi de ce milieu a surtout pour effet d'écarter de ce sujet 
la plus fréquente et la plus sérieuse des causes d'erreur que l'on y 
pouvait rencontrer, et celle qui a certainement déterminé les plus 
graves confusions. 

C'en est assez pour qu'on donne à cette technique nouvelle l'impor- 
tance pratique qu'elle mérite et qu'on n'oublie pas désormais d'y 
recourir (*). 

Conclusions. — Il est facile de résumer en propositions claires 
tous les faits que condense ce chapitre : 

I. La plupart des Dermatophytes, cultivés sur milieux sucrés, donnent 
lieu, en vieillissant, à une transformation pléomorphique de leur culture 
qui se traduit sous la forme d'un duvet blanc, fixe en sa nouvelle 
forme, que la culture reproduit et qui ne peut par aucun moyen être 
ramené à la culture primitive dont il est né. 

II. Ces duvets paraissent être une forme de dégénérescence de la 
culture-mère, car beaucoup ne sont plus constitués que par des fila- 
ments mycéliens stériles, et chez ceux-mêmes qui présentent des 
organes de reproduction (spores latérales) ces organes sont toujours 
moins différenciés que ceux de la culture-mère dont le duvet pléomor- 
phique est issu. 

III. La plus grande variété existe entre les Dermatophytes, en ce 
qui concerne la constance, la fréquence ou au contraire la rareté du 
duvet pléomorphique, et la date de son apparition sur la culture-mère. 
Il y a des Dermatophytes qui n'en ont jamais montré. 

IV. On peut obtenir des cultures mixtes faites de la forme primaire 
et du duvet blanc pléomorphique mélangés, ce que l'examen mycolo- 
gique démontre. Il faut se garder de confondre ces cultures mixtes 
avec la culture pléomorphique pure, car celle-ci peut servir à l'identi- 
fication d'un Dermatophyte. 

V. Bien que tous les duvets blancs pléomorphiques se ressemblent 

(') Quelques essais, faits avec des Mucédinées non parasitaires de l'homme, 
me semblent donner à cette technique une valeur plus générale encore. Il y a au 
moins un certain nombre de Mucédinées, autres que les champignons des tei- 
gnes, que la transportation sur milieux peptonisés non sucrés préserve de tout 
pléomorphisme. 

Dans les études de botanique cryptogamique générale, on cherche plus sou- 
vent à provoquer le pléomorphisme qu'à l'éviter. Peu importe. Car ce qui pré- 
cède montre inversement l'importance des hydrates de carbone dans l'apparition 
des formes pléomorphiques. Sans formuler la loi tant cherchée du dévelop- 
pement des pléomorphismes cryptogamiques, ces faits éclairent au moins en 
partie les inconnues de ce problème. 



128 LES TEK) NES. 

dassez près, certains sont reconnaissables et permettent de dire, sur 
leur seul aspect, de quel Dermatophyte ils proviennent. 

VI. Les duvets blancs pléomorphiques sont exactement inoculables 
à l'animal comme leur culture-mère, et aussi facilement, qu'ils portent 
ou non des organes de fructification différenciés. 

VII. Il ne semble pas qu'il existe parmi les Dermatophytes de formes 
pléomorphiques autres que les duvets blancs, et quand on voit des 
Dermatophytes, conservés au laboratoire depuis des années, perdre 
quelques-uns de leurs caractères originels, ce phénomène doit être 
distingué soigneusement des phénomènes de pléomorphisme. 

VIII. Il existe un moyen d'éviter l'apparition du pléomorphisme 
dans les cultures de Dermatophytes. C'est de conserver les cultures- 
mères sur milieux exclusivement peptonisés à 5 pour .100 et non su- 
crés. Ces milieux de conservation permettent de garder indéfiniment 

d intactes les cultures primaires d'une collection. 



TROISIEME PARTIE 



INTRODUCTION A L ETUDE DES TEIGNES 

Après l'histoire de notre sujet et le résumé des méthodes et 
techniques nécessaire à son étude, je vais traiter maintenant point 
par point du sujet lui-même. Et je commencerai par l'exposer en ses 
grandes lignes, de façon que le lecteur en ait la vue d'ensemble 
avant l'étude de chacune de ses parties. Ce chapitre sera donc, à la 
fois, un aperçu synthétique de ce que l'histoire des teignes nous a 
déjà fait connaître, et aussi de ce que l'étude analytique qui va suivre 
nous apprendra. 

Il existe, dans le monde des Mucédinées simples ou Moisissures, un 
groupe de parasites capables de déterminer, chez l'Homme et chez les 
Animaux, par l'envahissement des couches cornées de leur tégument, 
des maladies qui sont ordinairement bénignes, mais de contagion 
facile et de durée longue. Ce sont ces maladies que l'on appelle les 
Teignes. Et comme le revêtement tégumentaire présente, outre son 
épiderme corné, des organes kératinisés : cheveux, poils, et ongles, 
ces trois organes peuvent être envahis, comme 1'épiderme de la peau 
vague, par certains de ces parasites. 

Peut-être ces êtres existent-ils à l'état libre dans la nature et peu- 
vent-ils y avoir une vie indépendante. Beaucoup pourtant semblent 
depuis longtemps appropriés à la vie parasitaire, et n'en plus connaître 
d'autre. Le hasard des contacts prélève leurs graines et les porte sur 
une surface cutanée. Si elles y trouvent des conditions favorables, elles 
germeront, et la graine, qui germe, émet autour d'elle une série de 
filaments mycéliens en rayons de roue, ce qui donne à la lésion une 
figure ronde ou, comme disent les dermatologistes, circinée. 

Les anciens, qui aimaient les images, avaient appelé rampantes 
ces lésions que nous disons encore serpigineuses. Les Grecs les appe- 
LES TEIGNES. 9 



130 LES TEIGNES. 

laient YJpTreTsç (serpere); le nom d'herpès leur est resté jusqu'à nos 
jours, et, pour les distinguer de l'herpès fébrile, et du zona, les 
auteurs les avaient nommées : Herpès, contagieux. On les appelle cou- 
ramment encore aujourd'hui Herpès circinés. 

Ces lésions sont essentiellement bénignes, parce qu'elles sont limi- 
tées aux couches kératinisées superficielles du tégument, et, alors, 
quelques applications antiseptiques suffisent à les faire disparaître. 
Il n'en est plus de même lorsque l'infection a gagné les cheveux ou 
les poils, dont la racine est profonde. Le cheveu envahi continue de 
pousser normalement, mais le parasite l'envahit au fur et à mesure 
qu'il se forme, et c'est ainsi que le parasitisme des teignes se per- 
pétue. Et il se perpétue si continûment qu'il n'est presque aucune de 
ces maladies dont l'évolution, laissée à elle-même, ne dure des années. 
Les parasites que nous connaissons et qui sont capables de causer 
ces maladies sont maintenant très nombreux. Il en existe environ 
quarante espèces définies, caractérisées. Mais l'importance relative de 
chaque espèce n'est pas la môme ; certaines l'emportent de beaucoup 
sur les autres, par le nombre des contaminations qu'elles causent, ou 
par la spécificité des lésions qu'elles déterminent ; d'autres sont, si 
on peut ainsi parler, des sous-espèces ou, encore, des variétés fixes. 
A la vérité, toutes se montrent également irréversibles l'une à l'autre, 
mais certaines sont si proches l'une de l'autre, qu'elles forment 
ensemble comme un groupe naturel. On peut décrire quatre ou cinq 
de ces groupes dermatophytiques, sans compter certaines espèces 
que leurs mœurs isolent de toutes autres. Nous savons déjà que la 
clinique ancienne, livrée à ses seules ressources, n'a pas connu tous 
ces parasites ; nous avons vu combien l'histoire de ces maladies est 
vieille, et combien fut lent le progrès des connaissances humaines à 
leur sujet. 

Toutefois, la simple observation permettait de faire, dans l'en- 
semble des teignes, une première grande division. Il existe une teigne 
dans laquelle le Champignon prend autour des orifices pilaires un 
développement particulier. Ses filaments s'accolent les uns aux 
autres et se multiplient en tel nombre que leur masse arrive à créer des 
surproductions d'aspect croûteux, très visibles à l'œil nu. Ces surpro- 
ductions en forme d'écuelles, ou de godets péripilaires, sont si carac- 
téristiques que leur présence a différencié la maladie qu'ils accompa- 
gnent; c'est celle que nous appelons aujourd'hui la teigne faveuse ou 
le Favus; et le mot favus, avant de désigner la maladie, a désigné le 
godet favique. Depuis longtemps cette teigne fut connue, sans qu'on 
en connût toutefois la nature ; les autres teignes étant d'une sympto- 
matique plus fine, et plus difficile à reconnaître, ne furent décou- 
vertes qu'au commencement du dernier siècle, mais leur diagnostic 



INTRODUCTION A L'ETUDE DES TEIGNES. 131 

ne fut couramment posé qu'en 1850, après que leur nature mycosique 
et celle du favus eurent été découvertes par Gruby (1841-1845). Dans 
cet autre type clinique, les parasites, lorsqu'ils envahissent le cheveu, 
le remplissent si bien, que les cheveux ne présentent plus aucune 
résistance à la traction, ils cassent au moindre contact; ainsi les 
plaques contaminées du cuir chevelu semblent tondues ou rasées. 
Aussi Mahon l'aîné les désigna-t-il sous le nom commun de teigne 
tondante ou tonsurante « et ce nom, comme disait Lailler, est à lui 
seul une définition »( 1 ). Ce sont des maladies très contagieuses, car 
chaque fragment cassé de cheveu malade porte des graines. Et ce 
sont des maladies d'une durée très longue, car l'extirpation du 
cheveu malade, possible dans le favus, et qui le guérit, est impossible 
dans les tondantes : le cheveu fragilisé laissant dans le 'follicule un 
fragment de lui qui suffit à perpétuer la maladie. 

11 existe plusieurs types de teignes tondantes : Gruby avait diffé- 
rencié les principaux par la forme microscopique de leur parasite 
dans le cheveu, mais leur différenciation clinique n'avait pas été faite, 
elle est de date plus récente (1892-1894). Cette différenciation est 
assez délicate et demande des yeux exercés. Pour la faire avec sécu- 
rité, il fallait avoir d'abord différencié les parasites des tondantes par 
la culture ; cette culture ne fut pratiquée systématiquement qu'à cette 
époque, et c'est de ce moment que date la découverte progressive de 
toutes les espèces de teigne tondante. 

Depuis que les études de ce genre ont été commencées en plusieurs 
pays, on s'est aperçu que le problème des teignes ne se présentait 
pas partout sous le même aspect. Ces moisissures des teignes consti- 
tuent une flore, et cette flore varie avec les climats. Ce qui est vrai en 
une contrée n'est pas également vrai en une autre, chacune a ses 
espèces rares et ses espèces fréquentes; et comme chaque groupe 
dermatophy tique a ses caractères spéciaux et ses mœurs spéciales, 
les savants de tous pays ont compris pourquoi les descriptions qu'ils 
avaient faites de ces maladies, en des lieux différents, ne se ressem- 
blaient pas toujours. Il existe, on le sait, des dermatophyties exoti- 
ques de caractères spéciaux; sans doute, sont-elles dues, elles aussi, 
à des espèces de Dermatophytes qui pourraient être de la môme 
famille que les nôtres, mais qui doivent être d'espèce différente. 

Certains Dermatophytes peuvent exister sur l'homme sans provo- 
quer de réaction inflammatoire, ils déterminent alors des teignes de 
durée indéfinie. Ainsi voit-on des favus ou des tondantes durer 
depuis des années, sans causer de symptômes fonctionnels, sinon de 
vagues démangeaisons. Ce sont les espèces les moins virulentes, qui 

(M Lailler. Leçons sur les teignes, recueillies par Landouzy, 1878. 



132 LES TEIGNES. 

sont devenues les plus fréquentes, parce qu'elles font les teignes les 
plus durables. Dans certains pays, une ou deux espèces dermatophy- 
tiques causent à elles seules des milliers de contagions. 

Plus rares sont les Dermatophytes capables de créer une réaction 
inflammatoire très vive. Lorsqu'ils sont descendus dans le follicule, 
ils se trouvent au niveau du derme. Gomme ils sont pyogènes, chaque 
follicule devient un abcès, le poil est détaché de sa racine et tombe 
en emportant le parasite. Mais cette réaction suppurative se trouve, 
par le fait, être curatrice parce qu'elle est expulsive. Le cheveu malade 
expulsé, l'inflammation du voisinage se calme. Ce sont des lésions 
suppurées de la peau, rondes comme tous les herpès contagieux des 
anciens, que nous nommons encore des kérions, du nom que les Grecs 
leur avaient donné. 

Ainsi les trichophyties, lorsqu'elles semblent d'allure grave et 
inflammatoire, se trouvent les plus bénignes. Elles sont autophages, et 
leur propre durée est restreinte par la forme spontanée de leur évolu- 
tion. Ce sont presque toujours les Dermatophytes originaires des ani- 
maux qui donnent lieu à des folliculites suppurées quand ils passent 
sur l'homme. 



Quelle que soit leur espèce, les parasites des teignes s'offrent à 
nous, au microscope, sous la forme d'articles mycéliens cylindriques, 
plus ou moins allongés, juxtaposés en rubans et présentant un peu 
l'aspect d'un bambou dont les entre-nœuds seraient les cellules mycé- 
liennes, et les nœuds, les cloisons intercellulaires. Ges cloisons peuvent 
être plus ou moins distantes ou serrées, les articles qu'elles séparent 
n'en ont pas moins la même signification. 

La langue dermatologique a consacré, à ce sujet, une erreur de mot 
qu'il faut connaître. On dit communément que le mycélium d'un Tri- 
chophyton est, ou n'est pas, sporulé, suivant qu'il est fait d'articles très 
allongés, ou d'articles ovoïdes et courts, soudés en chaîne. C'est qu'on 
a considéré, autrefois, les articles courts comme la spore, c'est-à-dire 
la graine, née dans les articles longs du mycélium. On assimilait ainsi 
ces articles courts aux endospores de certaines bactéries. C'est là une 
erreur qui a eu cours parmi les dermatologistes jusqu'en 1892. En fait, 
les articles, courts ou longs, sont également mycéliens et non sporu- 
laires. Mais le mot est demeuré dans la langue dermatologique, à ce 
point, qu'il semble impossible de l'en faire disparaître. L'erreur qu'il 
confient n'a d'ailleurs aucune importance si l'on est averti de l'impro- 
priété du terme qu'on emploie. 

Ainsi, tous fes Dermatophytes, dans le cheveu de l'homme, sont 
laits de filaments mycéliens, et cependant, malgré cette unité élémen- 



INTRODUCTION A L'ETUDE DES TEIGNES. 133 

taire de leur morphologie, les divers groupes de Dermatophyles ont 
chacun une disposition caractéristique dans le cheveu ou le poil 
humain. Un observateur connaissant la question ne confondra pas le 
cheveu d'un favus, et celui d'une trichophytie par exemple; et môme, 
ce livre montrera qu'on peut distinguer, par leurs caractères dans le 
cheveu, beaucoup de Trichophytons entre eux. 

Les éléments de cette différenciation sont morphologiques et topo 
graphiques : Morphologiques, c'est la forme et la dimension des élé- 
ments parasitaires, et aussi leur mode d'agmination. Topographiques, 
c'est la répartition de ces éléments, en dedans du cheveu (Endothrix) 
ou, dans le cheveu et hors de lui (Endo-ectothrix). Ainsi un observa- 
teur peut savoir, par l'examen microscopique, à quel groupe para- 
sitaire appartient le Dermatophyte qu'il examine. Toutefois c'est la 
culture en milieu choisi qui déterminera seule, avec certitude, l'espèce 
parasitaire rencontrée, parce que la culture, sur ce milieu, prendra 
des caractères personnels. 

Sur ces milieux d'épreuve, qui contiennent des sucres, beaucoup de 
Dcrmatophytes ne gardent leur physionomie spécifique qu'un certain 
laps de temps, après lequel apparaissent, sur la culture vieillie, des 
touffes de duvet blanc pléomorphique. Ces duvets blancs pléomor- 
phiques qui représentent une dégénérescence de la culture-mère, si on 
les réensemence, pousseront sous leur forme de duvet blanc, sans 
rappeler la culture-mère dont ils sont issus, et ne pourront jamais être 
ramenés à sa forme par quelque moyen que ce soit. Pour éviter l'ap- 
parition du duvet pléomorphique, et garder à une culture primaire ses 
caractères spécifiques, il faut la conserver sur un milieu exclusivement 
azoté, ne contenant pas d'hydrate de carbone. Elle reste alors à l'état 
de culture primaire jusqu'à sa mort. Ce moyen permet de garder, sans 
dégénérescence, les cultures dermatophytiques d'une collection ; 
chaque espèce reprendra ses caractères propres si on la reporte sur 
milieu d'épreuve. 

Dès leurs premières cultures en milieux propices, on voit les Dcrma- 
tophytes prendre des formes microscopiques différenciées, s'y créer 
des organes nouveaux qu'ils ne montrent jamais dans leur vie parasi- 
taire, et, par exemple, émettre des tiges sporifères, couvertes de 
petites spores, pédiculées sur elles de part et d'autre. De tels organes 
classent d'abord les Dermatophytes parmi les Mucédinées qui sont les 
champignons mycéliens se reproduisant par spore externe (Costan- 
tinj. La forme de leur organe sporifère place provisoirement tous les 
Dermatophytes connus dans le groupe des Sporotriçhums de Linck et 
de Saccardo, caractérisé par des grappes de spores externes. 

Cette apparition des spores externes à la première culture artifi- 
cielle des Dermatophytes est l'un des gros arguments qu'on a pu 



134 LES TEIGNES. 

donner de l'existence probable et libre des Dermatophytes dans la na- 
ture, car comment supposer que la première culture artificielle de ces 
parasites fasse apparaître des organes de reproduction qui n'existent 
jamais dans la vie parasitaire, et qui n'auraient pas eu l'occasion de 
naître depuis des milliers d'années que les teignes existent, si ces 
êtres n'avaient pas d'autre vie que leur vie parasitaire? Néanmoins 
certains de ces Champignons, qui sont les plus fréquents sur l'Homme 
et les plus exclusifs à l'espèce humaine, les plus éloignés, semble-t-il, 
de la vie saprophytiqué, produisent, comme les autres, des grappes de 
spores externes, dès qu'ils sont placés sur un milieu nutritif artifi- 
ciel. La question reste pendante. Certains auteurs ont bien cru pou- 
voir conduire de la vie saprophyte à la vie parasitaire une moisissure 
qu'ils jugeaient proche de la famille des Dermatophytes, mais ces 
expériences, ne peuvent encore être acceptées sans réserve. 

L'inoculation des Dermatophytes aux animaux est simple, et le plus 
souvent positive : l'animal qu'il est le plus commode d'employer dans 
ce but reste le Cobaye, auquel presque tous les Dermatophytes donnent 
une teigne d'une durée d'un mois. Ces inoculations sont vaccinales et 
l'animal qui a servi est désormais vacciné contre tous ou presque 
tous les Dermatophytes. On peut inoculer les cultures primaires 
et aussi leurs duvets blancs pléomorphiques, mais l'inoculation de 
certaines cultures primaires et de leurs duvets pléomorphiques reste 
négative. Lorsque l'inoculation est positive, il est aisé de reprendre 
sur le Cobaye la semence d'une rétroculture. On retrouve alors, avec 
sa forme caractéristique, la culture inoculée et, si c'était un duvet 
pléomorphique, on le retrouve sous la forme duveteuse qu'on avait 
inoculée et, jamais, sous la forme de la culture primaire dont il est issu. 

Le poil du Cobaye, inoculé d'un Dermatophyte, montre un tableau 
microscopique très analogue à celui qu'offre le cheveu humain atteint 
du même parasite, mais souvent le parasite s'y présente sous des for- 
mes plus visibles, plus claires que dans le cheveu humain, lequel est 
plus épais et plus foncé que le poil du Cobaye. Ainsi les inoculations 
animales des teignes ont-elles grandement servi à élucider le problème 
de la structure des principaux Dermatophytes dans le poil humain. 
Ceci est vrai surtout en ce qui concerne les Microsporums, dont la 
structure dans le cheveu humain est extrêmement compliquée. 



Chez les Animaux comme chez l'Homme, les teignes sont des mala- 
dies des jeunes. Chez l'Homme, l'âge des teignes est l'âge scolaire 
et beaucoup de teignes ne dépassent pas la puberté. Même le l'avus, 
lorsqu'on l'observe chez l'adulte ou chez le vieillard, n'existe chez eux 
que comme reliquat d'une affection contractée dans la seconde 



INTRODUCTION A L'ÉTUDE DES TEIGNES. 135 

enfance. Quant aux teignes tondantes de l'enfant, elles guérissent 
spontanément, à la puberté, sans qu'on sache exactement le méca- 
nisme de leur disparition à ce moment; les unes un plus tôt (ton- 
dantes microsporiques), les autres un peu plus tard (tondantes tricho- 
phytiques), mais toutes, sauf exception rare, avant seize ans. 

Les tondantes banales ne peuvent plus s'inoculer à l'adulte sous 
forme de tondante. On a dit que la transformation des acides gras 
sébacés, qui, à partir de la puberté, prennent, dans les deux sexes, des 
caractères chimiques et organoleptiques différents, pouvait les amener 
à jouer un rôle parasiticide; et ceci peut être soutenu, puisque le 
canal qui contient le cheveu est partiellement celui de la glande 
sébacée. Mais ce n'est là qu'une hypothèse. 

Les trichophyties animales peuvent, au contraire des précédentes, 
s'inoculer à l'homme à tout âge, et la différence de mœurs des 
parasites de cette famille, suivant leur espèce, n'est pas un des 
moindres sujets étalonnement de celui qui se consacre à leur étude. 

Les teignes sont des maladies qui ont besoin, pour se propager, de 
conditions spéciales. On en peut rencontrer des cas dans la classe 
sociale la plus élevée, mais c'est toujours dans la classe la plus pauvre 
qu'on en voit naître des épidémies. Les teignes sont des maladies 
populaires. Les unes d'ailleurs, comme les trichophyties, sont plutôt 
des maladies urbaines ; les autres, comme le fa vus, des maladies 
rurales. Mais toutes demandent, pour naître, la pauvreté, l'absence des 
soins d'hygiène réguliers, la promiscuité des lits où couchent plu- 
sieurs enfants, etc. 

C'est ainsi qu'on a pu dresser la carte parisienne des teignes (*), où 
l'on voit que les quartiers excentriques sont les seuls teigneux. Il y a 
des pays où deux populations sont juxtaposées et non mêlées, et dont 
l'une fournit presque toutes les teignes, comme, en Algérie, les 
enfants arabes. Certaines populations africaines ont presque tous 
leurs enfants teigneux. Ce sont donc là des maladies que la civilisa- 
tion écarte et dont elle devra nous débarrasser. Ce qui précède 
montre l'intérêt de ces maladies spéciales pour le pathologiste et 
l'homme de laboratoire. Elles ont encore d'autres droits à intéresser 
le médecin. Ces maladies qui prennent l'enfant au début de son instruc- 
tion pour ne le quitter qu'à l'âge où il devrait quitter l'école, ont pour 
résultat de créer des illettrés et des vagabonds. Nos' statistiques por- 
tant à plusieurs milliers le nombre des enfants teigneux, dans Paris 
seulement, jusqu'à ces années dernières, l'intérêt social de la lutte 
contre les teignes ne peut échapper à personne, surtout si l'on ajoute 
que l'hospitalisation d'un teigneux, pendant la durée de son traitement, 

O M. Pignot. Étude clinique des teignes. Hygiène publique et prophylaxie des 
teignes tondantes en 1900, à Paris et dans sa banlieue. Thèse de Paris, 1900, 



136 LES TEIGNES. 

revenait à 2000 francs par tête au budget de l'Assistance publique, 
avant que ne fût découvert le traitement rapide des teignes par la 
radiothérapie. 

L'expérience de cent ans pour le fa vus, de cinquante pour les teignes 
tondantes, a prouvé en toute évidence que l'habitat des Dermatophytes 
au fond des follicules pilaires les met complètement à l'abri de tous 
les agents antiseptiques quels qu'ils soient, même gazeux. On guérit 
le favus par l'épilation répétée des cheveux malades, en amenant au 
dehors le parasite qu'on ne peut atteindre à sa place. On a pu prédire 
poui les teignes tondantes que leur guérison serait due à la découverte 
d'un agent d'épilation lente, automatique, l'épilation à la pince cassant 
les cheveux au-dessus de leur racine. On trouva cet agent physique sous 
la forme des rayons X. Une close connue et repérée de rayons X amène 
la dépilation d'une surface donnée. Le parasite est jeté dehors avec 
le cheveu, et quand le cheveu renaît, deux mois plus tard, il ne ren- 
contre plus, dans le follicule, de graine capable de le réinoculer et 
repousse sain. 

La systématisation du traitement des teignes par les rayons X est 
donc un fait considérable. On peut souhaiter un traitement encore 
plus prompt, d'une application plus aisée et moins délicate, mais on 
n'en peut souhaiter de plus efficace. Ainsi la thérapeutique des teignes 
se trouve avoir accompli un progrès égal à celui qu'accomplissaient, 
dans le même temps, toutes nos connaissances théoriques et expéri- 
mentales à leur sujet. 

Telle est en résumé la question des teignes à laquelle est consacrée 
le présent volume. 



Division. 

Au moment d'étudier analytiquement les diverses teignes, le pro- 
blème se pose de savoir dans quel ordre les présenter. Ce problème 
soulève des difficultés réelles, car il existe dans nos classifications 
médicales et naturelles une part d'idéologie. La teigne faveuse occupe 
une place spéciale; elle offre un type symptomatique assez distinct de 
tout autre, pour qu'on ne puisse sérieusement mettre en discussion 
son autonomie. Mais les divisions à établir entre les autres Derma- 
tophytes sont toutes discutables. Lorsque j'ai retrouvé le Microsporum 
Audouïni de Gruby, je n'ai pas pu ne pas mettre en évidence la spé- 
cificité de ses caractères microscopiques et culturauxet les symptômes 
différentiels de la tondante qu'il détermine. Il en est résulté, en face 
des frichophyties, les microspories. 

Mais aujourd'hui, sans même parler de V Ëpidermophyton ingiii- 



INTRODUCTION A L'ETUDE DES TEIGNES- 137 

nale qui cause une lésion tout à fait à part : l'Eczéma marginatum de 
Hebra, il est certain qu'on peut catégoriser en quatre ou cinq classes 
tous les Dermatophytes qui ne sont pas des Achorions et ne causent 
pas de favus, et que chacune de ces classes présente à peu près 
autant de titres que la microsporie a être étudiée séparément. Ce 
morcellement total de l'ancienne trichophytie doit-il être essayé? Je 
le crois de moins en moins. 

On peut au contraire se demander très simplement s'il ne vaudrait 
pas mieux n'admettre, en dehors du favus, qu'un seul chapitre noso- 
graphique des trichophyties, parmi lesquelles, des groupes naturels 
dont celui des microspories. Peut-être cette conception du sujet serait- 
elle la plus logique. 

Mais, d'autre part, doit-on remettre en question les classifications 
scientifiques dès le moment qu'elles sont douteuses? En fait, ces clas- 
sifications correspondent aux nécessités de notre esprit autant qu'à 
celles du sujet. A celui qui connaît bien un ordre de faits, les classi- 
fications par lesquelles on les encadre ne servent plus guère. C'est 
pour cela que je ne leur accorde pas grande importance. L'avenir dira 
si les microspories rentreront parmi les trichophyties ou si elles en 
resteront distinctes. 

Ce qui me porte le plus à leur garder leur place en dehors des tri- 
chophyties, c'est leur importance en clinique, leur grand nombre et 
la personnalité de leurs symptômes. Étudier les microspories comme 
un dernier chapitre des trichophyties, entre la trichophytie et le 
favus, ce qui serait leur place, étant données les affinités mycologiques 
des parasites qui les causent, ne correspondrait pas à la vérité cli- 
nique et reporterait trop loin des tondantes trichophytiques banales 
les tondantes microsporiques aussi banales : deux types cliniques 
qu'on observe journellement côte à côte et souvent mélangés dans 
nos écoles pauvres. 

Au contraire, en étudiant les microspories d'abord, et en leur donnant 
la place nosographique que leur fréquence leur doit valoir, nous les 
plaçons exactement devant les trichophyties qui font les tondantes 
banales dont l'étude suivra. Ainsi seront juxtaposées des espèces my- 
cosiques, de fréquence et de lésions équivalentes. Et il me semble que 
cela est mieux ainsi. Mais je reconnais volontiers qu'une autre classi- 
fication aurait d'autres avantages, et qu'il n'y a pas d'argument dé- 
cisif pour défendre contre toutes critiques celle que je vais suivre. 

Je présenterai donc les dermatophyties dans l'ordre suivant. 

J'étudierai les microspories d'abord, les trichophyties après elles, 
et les favus en dernier lieu, me réservant au cours de cette longue 
étude de signaler entre les divers Dermatophytes les affinités qu'ils 
présentent et qui pourraient donner lieu à une classification différente. 



138 



MICROSPORIES. 



MICROSPORIES 



I. — DE LA MICROSPORIE EN GÉNÉRAL 

Les microspories s'observent surtout au cuir chevelu de l'enfant 
sous la forme de tondantes; on peut en observer de très rares inocu- 
lations à la barbe de l'homme, et, sur la peau glabre, sous forme 
d'herpès circiné. 

Ces teignes ont une caractéristique objective fréquente : l'aspect du 
cheveu givré, cassé à 5 ou A millimètres de la peau et entouré d'une 
mince écorce blanche. Elles ont une caractéristique microscopique 
absolue : le parasite entoure le cheveu malade d'une écorce de petites 
spores, de 2 à 4pt. de diamètre, qui ne dessinent pas de chaînes, mais 
sont disposées en mosaïque à sa surface. 

Quant à l'herpès circiné microsporique, il a quelquefois des carac- 
tères objectifs et microscopiques qui peuvent faire présumer sa 
nature; mais elle n'est certifiée que par la culture. 

Le tableau suivant peut donner une idée synthétique de l'impor- 
tance des microspories parmi les autres teignes à Paris. 



Microspories. 
Trichophvties 
Favus 



DU CUIR 
CHEVELU. 



159(i) 

218 
52 



DE LA 
BARBE. 



1 

26 




DES 
ONGLES. 



DE LA 

PEAU 

GLABRE 



161 

287 
52 



500 



* Les chiffres des totaux partiels ne correspondent pas à ceux que fournirait l'addition 
des observations, le même malade ayant présenté dans quatre cas des lésions de plu- 
sieurs régions ou de plusieurs formes. 



11 n'existe pas un seul Microsporum, mais une série de Microspo- 
rums de même famille et d'espèces distinctes. 

(') Cette proportion n'était pas la même autrefois. En 1892-1894, il y avait 
deux fois plus de teignes microsporiques que de teignes trirhophytiques. 
Aujourd'hui la proportion d'autrefois se trouve renversée. C'est que, depuis 



DE LA MICROSPORIE EN GÉNÉRAL. 139 

Mais à envisager d'ensemble la pluralité des Microsporums il en 
existe de deux types. 

Les Microsporums à culture moyenne ou petite, du type humain et 
les Microsporums à culture vivace, de type animal. 

Ces deux types offrent au clinicien des mœurs dont la différence est 
frappante. Le Microsporum Audouïni est un parasite du cuir chevelu 
chez l'enfant. Ses inoculations à l'épiderme sont abortives et éphé- 
mères; on ne l'observe jamais clans la barbe de l'homme adulte. Les 
mœurs des Microsporums animaux sont, tout autres. Ils s'observent à 
tout âge et à peu près aussi fréquemment chez l'adulte que chez 
l'enfant. Ils s'observent aussi au cuir 'chevelu chez l'enfant, mais ce 
sont les seuls Microsporums qu'on ait 1 rencontrés à la barbe chez 
l'homme. On les voit aussi dans l'épiderme de la peau glabre; ils y 
déterminent des éruptions qu'on a vu ,se généraliser; tous symptômes 
très étrangers à ceux auxquels on voit le Microsporum Audouïni 
donner lieu. 

Les microspories pilaires dues aux Microsporums animaux ont sou- 
vent des caractères spéciaux; et souvent elles revêtent une allure 
inflammatoire plus ou moins marquée. Leur guérison est alors plus 
rapide, même sans traitement. Enfin les épidémies microsporiques 
d'origine animale sont des épidémies familiales au cours desquelles 
presque tous les membres d'une famille présentent des taches d'her- 
pès circiné, tandis que les épidémies de Microsporum Audouïni res- 
pectent les adultes, ne sont pas des épidémies de famille ; elles se 
propagent seulement d'enfant à enfant et ce sont des épidémies 
d'écoles, ou d'asiles. 

Lorsqu'on a rencontré un cas de microsporie, dont la nature a été 
certifiée par l'examen microscopique du cheveu, et qu'on en a fait la 

cinq ans, on traite systématiquement les teignes tondantes de Paris par les 
rayons X. On guérit environ deux teigneux par jour. Dans ces conditions, le 
chiffre des teignes tondantes de Paris décroit lentement mais d'une façon très 
sensible. 

Il peut sembler d'abord étonnant que cette diminution porte d'une façon 
inégale sur les différentes espèces de teigne. C'est la plus apparente aux yeux, 
la plus visible qui a le plus diminué. 

En effet, pour diagnostiquer, sur une tête, une tondante trichophy tique, il faut 
être dermatologiste, car, dans nos tondantes trichophytiques scolaires, les 
plaques malades gardent des cheveux sains, assez nombreux, pour masquer les 
points malades; les cheveux teigneux sont cassés court; enfin, à Paris, comme 
ailleurs, les filles sont plus souvent atteintes de cette teigne que les garçons ; 
pour toutes ces raisons, la tondante trichophytique reste méconnue dans un 
grand nombre de cas. 

Au contraire, la microsporie, plus fréquente chez les garçons, facile à voir 
sur des tètes à cheveux courts, signalée de loin par d'assez larges placards de 
squames grisâtres, au niveau desquels très peu de cheveux sains persistent, 
cette tondante doit forcément passer plus rarement inaperçue. C'est ce que 
l'événement a vérifié et vérifie chaque jour. 



140 



MICROSPORIES. 



culture, il est facile de savoir si cette culture est du type du Microspo- 
rum Audouïni ou d'un Microsporum de type animal. Une touffe de 
duvet, prélevée au hasard, sur la culture, et examinée à 500 diamètres 
dans une goutte d'eau y suffira. 

S'il s'agit d'un Microsporum à culture vivace du type des Microspo- 
rums animaux, la préparation sera remplie et encombrée de fuseaux 





Fig. a. — Examen extemporané d'une par- Fig. 6. — Culture adulte de Microsporum 
celle de culture de 10 jours d'un Micro- Audouïni. — Préparation extemporanée 

sporum .vivace d'origine animale x 260. x 260. 



multiloculaires, qui se touchent et forment des amas, alors que la 
même préparation faite avec le Microsporum Audouïni ne montre rien 
de semblable (fig. 5 et 6). 

Une préparation extemporanée simple permet donc d'affirmer que 
le Microsporum que l'on étudie n'est pas le Microsporum Audouïni et 
que c'est un Microsporum d'origine animale à culture vivace ou inver- 
sement. 

Enfin une différence majeure sépare encore les moeurs des Micro- 
sporums à culture lente de celles des Microsporums à culture vivace. 
Tous ces derniers, sans aucune exception, fournissent un duvet blanc 
pléomorphique, d'aspect étranger à celui de la culture-mère, quand 
cette culture a été pratiquée sur milieu sucré. Et ce pléomorphisme se 
produit souvent dès la cinquième semaine tandis que les Microspo- 



DE LA MIGROSPORIE EN GENERAL. 



141 



rums à culture petite ne produisent, je crois, jamais de l'orme pléomor- 

phique. 

Tels sont, différenciés par la culture et les mœurs cliniques, les 

deux types microsporiques que l'on peut rencontrer et leurs premières 

et essentielles différences. 

En outre, l'inoculation des Microsporums à culture vivace est tou- 
jours aisée, toujours positive. Après douze jours, elle permet. toujours 

de retrouver, dans la lésion du Cobaye, des poils parasités qui peuvent 

servir à l'étude du développement pilaire des Microsporums en général. 
L'inoculation des Microsporums à culture petite ou moyenne n'est 
jamais aisée, elle est rarement positive et peut être négative en série. 
Le plus souvent l'inoculation du Cobaye faite avec la culture du 
Microsporum Audouïni avorte. Et, pour obtenir l'inoculation positive, 
il faut insérer dans une piqûre, faite en séton, un cheveu microspo- 
rique de l'enfant. On obtient alors une lésion plus épidermique que 
pilaire qui naît au 10 e jour, et a disparu le 25 ou le 28 e jour. 

Pluralité des Microsporums. — Il exite actuellement 11 espèces 
fixes, connues, de Microsporums. En voici rémunération : 

Microsporum Audouïni (Gruby 1814, Sabouraud 1 892;. 
Microsporum velveticum (Sabouraud 1907). 
Microsporum umbonatum (Sabouraud, 1907). 
Microsporum tardum (Sabouraud, 1909). 

Microsporum equinum (Bodin, 1898) intermédiaire aux espèces de 
type humain et de type animal. 

Microsporum canis vel lanosum (Bodin 1897, Sabouraud, 1907). 
Microsporum felineum (C. Fox et Blaxall, 1890). 
Microsporum fulvum (Uriburu de Buenos-Aires, 1907). 
Microsporum villosum (Minne de Gand, 1908). 
Microsporum pubescens (New-York). (Sabouraud, 1909). 
Microsporum tomentosum (Sassari). (Pelagatti, 1909). 

Pluralité des Microsporums à Paris. — En ce qui concerne la plu- 
ralité des Microsporums à Paris, voici les chiffres de ma statistique. 



MICROSPORIES. 


DU CUIR 
CHEVELU. 


DE LA 
BARBE. 


DES 
0>GLES. 


HERPÈS 
CIRC1NÉ. 


TOTAL. 




Microsporum Audouïni. . . . 
Microsporum umbonatum. . . 

Microsporum tardum 

Microsporum lanosum .... 


132 

2 
13 
12 







1 



II 






II 

2 


132 

15 

14 




161 





H2 MIGROSPORIES. 

Ce tableau ne comprend ni le Microsporum velveticum, antérieur 
à ma statistique, ni le Microsporum pubescens postérieur à elle. Quant 
aux autres je ne les ai connus cpie par leur culture. 

Variations du faciès microsporique suivant les pays. — On ne 

peut encore établir la répartition et le nombre approximatif des espèces 
microsporiques dans le monde, entie.r. Mais il semble qu'on doive 
distinguer entre deux ordres de faits" différents. Les Microsporums 
animaux semblent exister partout au monde, puisqu'on en trouve en 
France, en Belgique, en Italie, en Sardaigne, en Angleterre, aux États- 
Unis, dans l'Amérique du Sud, etc. T.. Mais chaque pays semble avoir 
les siens. Au contraire, le Microsporum Audouïni semble cantonné 
dans le nord-ouest de l'Europe, et, là seulement, faire des victimes par 
milliers. En aucun pays on n'observe la microsporie aussi fréquente 
qu'en Angleterre, tous les auteurs s'accordent sur ce point. La Bel- 
gique en présente aussi un chiffre considérable (*), la France du Nord 
également. Au-dessous de la Loire les cas en deviennent rares. On 
n'en trouve plus que quelques cas en Espagne ( 2 ). Il n'en existe plus 
en Italie ("). Les épidémies connues s'arrêtent à la Suisse, au Rhin( 4 ), 
dans l'Est, quoiqu'on en ait signalé quelques cas à Hambourg ( s ). 
Le Danemark ( 6 ), la Suède ne paraissent pas connaître notre micro- 
sporie banale, ni l'Autriche ( 7 ), ni la Hongrie ( 8 ). 

Et quand on rencontre quelque observation qui semble faire échec 
à cette règle, il s'agit de Microsporums d'origine animale reconnue 
ou probable. 

(') En ce qui concerne les études belges sur ce sujet, consulter : Ach. Minne. 
La teigne à l'hôpital de Gand, Bull, de la Soc. belge de dermat., 1901. 

D. A. Lefebvre. La teigne dans l'agglomération bruxelloise, Journ. méd. de 
Bruxelles, n° 10, 12 mars 1905. 

François, d'Anvers. Discussion sur la communication du Docteur Minne, 
Bull, de la Soc. belge de dermat., 1907. 

(-) Fergnani. Communication écrite. 

f 3 ) Mibelli. Sur la pluralité des Trichophytons. Annales de dermat. et de syph., 
1895, p. 733. 

(*) Gunsett. Eine kleine Epidémie von Mikrosporie in Strasburg. Arch. fur 
Dermat. und Syph., B d LIX, 1902. 

( 5 ) Frau D. Trachsler. Das vorkommen des mikrosporie in Hamburg. Mo- 
natshefte f. prakt. Dermat., B d XXVI. 

Plaut. Gibt es in Hamburg eine mikrosporie. Monatshefte fur prakt. Der- 
mat. B d XXX. 

Mendès da Costa. Microsporie hambourgeoise. Vereiengingvan Nederlandsche 
dermatologen, 1900. 

J. Frédéric. Beitrag zur Frage der Mikrosporie. Arch. f. Dermat. und Si/ph., 
B d XIX, 1902. 

( 6 ) Cependant, à Copenhague a été observée l'an passé une épidémie de cinquante 
cas de tondante due au Microsporum Audouïni et étudiée par Henrik Bang (non 
publiée). 

C) D'après Krzystallowicz (Cracovie). Communication écrite. 
( 8 ) D'après Nékam (Budapest). Communication écrite. 



DE LA MICROSPORIE EN GENERAL. 143 

Ainsi, presque en tous pays, on semble ne rencontrer que des cas 
sporadiques de microsporie ou de petites épidémies vite éteintes ; ces 
cas et ces épidémies dus à des Microsporums animaux dont le passage 
sur l'Homme a été accidentel. En étudiant, à nouveaux, ces cas on 
devrait rencontrer des espèces microsporiques inconnues encore, car 
ces espèces dont les observations sont rares semblent nombreuses. 

Mais le nord-ouest de l'Europe est vraiment infesté de Microsporie. 
Et dans ces pays où la microsporie est fréquente, endémique et épi- 
démique, l'espèce en cause est le Microsporum Audouïni. En nos 
contrées, cette espèce a pris sur l'enfant un véritable droit de domi- 
cile, et les cas où on l'observe se comptent par milliers. Chose 
étrange, cette espèce n'est ni la plus vivace ni la plus facilement 
inoculable à l'Animal. Ce parasite semble s'être spécialement adapté à 
l'espèce humaine, et c'est peut-être à l'absence de toute réaction 
inflammatoire de la peau, à son invasion, qu'il doit son succès unique 
au milieu de sa série familiale. 

Processus d'inoculation des Microsporums. — L'inoculation des 
Microsporums se fait toujours dans l'épidémie d'abord. Une graine a 
été portée à la surface de la peau et s'y est fixée ; le parasite ne signale 
sa lésion primaire que dix jours plus tard, par une tache érythémateuse 
qui, dans beaucoup de cas, s'efface d'elle-même et disparaît. Dans 
d'autres cas, elle augmente, et s'entoure d'une aréole ronde, ronge, 
plus foncée. Dès lors si cette lésion s'est produite sur une région pilaire, 
les cheveux ou poils existant sur l'herpès circiné seront infectés. 

Infection du cheveu. — Lorsque les filaments mycéliens rampants 
dans F épiderme corné rencontrent un orifice pilaire, ils s'infléchis- 
sent vers le fond du follicule, et s'insinuent entre le follicule et le 
poil. Leur développement en ce point crée l'écorce microsporique 
péripilaire qui fait au cheveu comme une cuirasse de sporules en 
mosaïque. Mais certains rameaux mycéliens, soulevant l'épidermicule 
du poil, descendent dans le corps même du cheveu en s'y ramifiant. 
Nous étudierons ce processus d'invasion avec les Microsporums ani- 
maux qui en montrent les plus beaux exemples ('). 

Opposition de la vie des Microsporums dans V épiderme et dans 
le cheveu. — Un fait bien singulier de la vie des Dermatophytes, et 
des Microsporums en particulier, est la brièveté de leur existence 
intra-épidermique comparée à leur longévité dans le cheveu ou le poil. 
Cela est particulièrement remarquable chez le Microsporum Audouïni. 

La plupart de ses inoculations à la peau sont abortives, même celles 
qui siègent au cuir chevelu. Très vite le parasitisme de la surface 

(*) Voir p. 173. 



lkk MICROSPORIES. 

disparaît et, bien que la maladie pilaire dure des années, jamais le 
parasitisme de surface ne se reconstituera. Il s'ensuit cette chose sin 
gulière que la tache microsporique cesse de grandir ; comme l'ino- 
culation du cheveu ne se fait que par le parasitisme de l'épidémie, 
celui-ci disparaissant, sur tout le pourtour d'une plaque, des cheveux 
sains côtoieront des cheveux malades, sans devenir malades à leur tour. 
Ainsi l'infection épidermique paraît le moyen indispensable de l'in- 
fection pilaire et n'exister que pour la faire, comme un organe transi- 
toire qui disparaît, son rôle terminé, la vie du parasite se trouvant 
dès lors assurée pour de longs mois. Car l'infection pilaire, une fois 
constituée, se perpétuera d'elle-même. En effet, le cheveu n'étant pas 
atteint jusqu'à sa papille continue de croître tandis que le parasite, 
à mesure que le cheveu croît, croît en sens inverse, envahissant 
chaque jour la partie du cheveu qui vient d'être faite. 

Or, on voit souvent des plaques microsporiques durer sur place 
quatre ans et davantage. Et comme le cheveu pousse en général de 
huit millimètres par mois, le parasitisme du cheveu se sera donc 
exercé sur 40 centimètres de longueur du cheveu et davantage, au 
cours d'une microsporie de durée moyenne.... 

Le parasitisme rend le cheveu cassant, si bien qu'il ne peut dépasser 
une certaine longueur, sans que les traumatismes de hasard ne dimi- 
nuent sa longueur perpétuellement. Et cette fracture répétée du 
cheveu est le moyen par lequel le parasite dissémine au loin ses graines. 
Un simple contact les sèmera ; même le contact médiat des ongles 
qui ont gratté, ou du béret qui a touché une lésion. Ainsi le Micro- 
sporum naît dans l'épidémie, il porte graine dans le cheveu en même 
temps qu'il le fragilise, et la fragilité du cheveu sert à la reproduction 
du parasite qu'il contient et qu'il porte. 

Avec une organisation si bien faite pour une résistance et une dis- 
sémination indéfinie, on peut vraiment se demander comment et 
pourquoi une telle maladie peut guérir, et comment ses cas ne sont 
pas encore plus nombreux. Qu'on essaie, même avec précaution, d'ar- 
racher le poil, il cassera; il cassera au point le plus malade puisque 
ce sera le plus fragile, et le parasite resté plus bas reconstituera la 
maladie dans le cheveu, à mesure de sa pousse nouvelle. Suivant une 
loi commune à tous les Dermatophytes, ce sont les Microsporums 
animaux dont l'attaque est la plus vive, et qui déterminent une réaction 
inflammatoire autour de leurs points d'inoculation, ce sont ceux-là 
dont l'organisme se débarrassera le plus vite et le mieux, grâce à la 
réaction même que leur attaque aura provoquée. Et, pendant ce temps, 
des Microsporums dont l'intrusion est moins vive et plus sournoise 
seront supportés sans réaction pendant des années. 

Microsporums et Kérions. — Beaucoup d'auteurs, anglais, danois 



MICROSPORUM AUDOUINI. 145 

et allemands ont affirmé avoir trouvé des Microsporums dans des 
Kérions. J'étudierai cette question plus loin('). Cette affirmation com- 
porte plusieurs conclusions possibles. 

Ou bien le Microsporum Audouïni présente parfois, en Angleterre, 
un pouvoir pyogène qu'il ne montre pas en France ; fait possible mais 
invraisemblable. 

Ou bien les Microsporums animaux qui donnent souvent lieu, en 
France, à des plaques de tondante microsporique visiblement inflam- 
matoires, peuvent en Angleterre donner lieu à de vrais Kérions. 

Ou bien on désigne, en Angleterre, toute tondante, de symptômes 
tant soit peu inflammatoires, sous le nom de Kérion. 

Ou bien les auteurs étrangers ont pris, faute de culture, pour des 
Microsporums, des Trichophytons micfoïdes. Je traiterai de cette 
question avec l'étude de ces derniers, c'est je crois l'hypothèse la plus 
vraisemblable. Après cet aperçu général de la question des Microspo- 
rums il faut procéder à l'étude analytique de chacun d'eux. C'est 
d'abord avec le Microsporum Audouïni qu'il faut étudier la maladie 
microsporique, dans sa forme objective, ses mœurs cliniques, sa lon- 
gévité, sa contagiosité extraordinaire, son pouvoir endémique et 
épidémique. Et, à côté du Microsporum Audouïni, il faut placer les 
rares petits Microsporums, de variété différente, mais de mœurs ana- 
logues, qui nous sont connus. 

Ensuite nous étudierons les grands Microsporums à culture vivace, 
leurs caractères chez l'Homme et chez l'Animal, qui compléteront 
l'exposé de nos connaissances actuelles concernant les microspories. 



II. — MICROSPORUM AUDOUINI 



ETUDE CLINIQUE DE LA TEIGNE TONDANTE MICROSPORIQUE 

La teigne tondante microsporique se présente, au cuir chevelu, sous 
la forme de taches rondes, couvertes de squames grisâtres et de che- 

(') Adamson a observé 10 kérions sur 173 cas et il écrit : « Ail my cases of 
kerion hâve showed the ordinary small-spored fungus (Microsporum Audouïni) ». 
Observations on the parasites of Ringworm. British Journal of Derrnâtology, 
vol. VIII, 1895, p. 201. Colcott Fox, Malcolm Morris, Mewborn ont vu des 
faits analogues. Voyez aussi le cas de Slomann, de Vejl (Danmark) que 
j'avais discuté dès 1894, Trichophyties humaines, p. 106 (note). Deux des 8 cas de 
Bunch sont également pour lui des Microsporums et donnaient lieu à des ké- 
rions. Mais on doit remarquer que ces affirmations s'appuient presque toujours 
sur des cultures discutables ou ont trait à des cas dont la culture n'a pas été 
pratiquée. Ainsi sur sept cas de kérions attribués à des Microsporums par 
Colcott Fox et Blaxall, deux seulement ont donné un Microsporum à la 
culture, etc. (An inquiry, p. 22-23 du tirage à part). 

LES TEIGNES. 10 



Ik6 



MICROSPORIES. 



veux cassés à peu de distance de la peau. C'est une maladie de la 
seconde enfance, un peu plus fréquente, à Paris, chez les garçons, et 
qui s'observe surtout, comme toutes les teignes, dans la classe pauvre. 
Ce qui signale d'abord, à l'oeil nu, la tache microsporique, c'est la 
couche de squames grises qui revêt habituellement sa surface. Cette 

surface est ronde 
ou ovale, elle a 
trois ou quatre 
centimètres de 
diamètre, et con- 
stitue ce qu'on 
appelle une pla- 
que primaire ou 
maîtresse ; mais, à 
distance de celles- 
là, quelques se- 
maines plus tard 
d'autres p o u li- 
ront apparaître , 
si un traitement 
valable n'inter- 
vient pas (fîg. 7). 
Tels sont les 
caractères objec- 
tifs premiers de 
la tondante mi- 
crosporique, ceux 
qui permettent de 
la reconnaître de 
loin : des plaques 
grises squameu- 
ses sur lesquelles 
les cheveux sont 
cassés à quelques 
millimètres de 
hauteur. 
Débuts. — La tondante microsporique se voit très rarement à son 
début, parce que son début est insidieux. Elle commence par une 
tache érythémateuse souvent peu visible, dont le bord annulaire, non 
saillant, est à peine plus rouge que le fond de la lésion. 

A ce moment, les cheveux qui recouvrent cette tache ne se diffé- 
rencient pas des cheveux sains, et la surface envahie n'est même pas 
desquamante. La lésion tout entière ressemble extrêmement à une 




Une plaque de tondante microsporique du type 
ordinaire et banal au stade d'état. 



MICROSPORUM AUDOUINI. 147 

large cocarde d'érythème polymorphe, mais pâle, de caractères frustes 
et peu accusés. Il peut s'en produire plusieurs, mais leur nombre est 
limité, leur diamètre est celui d'une pièce de deux ou de cinq francs. 
Il est plus commun de pouvoir observer le début d'une telle lésion, 
quand elle survient sur un cuir chevelu déjà malade, et, à cause de 
cela, en observation. 

En quelques jours, la lésion érythémateuse pâlit et devient furfu- 
reuse, ressemblant à une tache de pityriasis rosé de Gibert, tandis que 
les cheveux de toute sa surface prennent les caractères spéciaux qui 
signalent leur envahissement. Si la lésion n'a subi aucun traitement 
qui la défigure, si, surtout, elle est née au milieu d'un cuir chevelu 
dont les cheveux sains, d'un ou deux centimètres de longueur, proté- 
geront les cheveux malades contre les traumatismes et les fractures, 
on verra ceux-ci prendre un aspect tout à fait spécial et qui demande 
une description. 

Aspect du cheveu microsporique. — « Chaque cheveu est re- 
vêtu, à sa base, sur trois millimètres de hauteur environ, au-dessus de 
l'orifice pilaire, par un étui d'un blanc grisâtre; cette gaine semble 
un prolongement de l'épidémie folliculaire qui aurait accompagné 
le cheveu dans sa croissance. » Un peu plus tard, les cheveux se 
brisent, et la plaque se recouvre de squames lamellaires blanches 
[Pityriasis alba parasitaire) qui lui donnent son aspect vulgaire, le 
plus connu. « A distance, on dirait que sur les plaques malades on 
a répandu de la cendre dans les cheveux. » Il suffit d'ailleurs de 
regarder d'un peu près les squames de la tondante microsporique 
pour se rendre compte que ces squames proviennent de l'exfoliation 
épidermique de la surface, et non pas seulement des quelques débris 
de l'étui blanc du cheveu malade qui peuvent s'être désagrégés au- 
dessus d'elle. 

Il est très remarquable d'observer que, sur la plaque malade, tous 
ou presque tous les cheveux qui la couvrent sont également trans- 
formés, et qu'on n'y observe presque plus aucun cheveu resté sain. 
Ce caractère s'oppose grandement à ceux des plaques trichophytiques, 
lesquelles conservent toujours sur leur surface un grand nombre de 
cheveux intacts. 

Lorsque « la plaque de tondante continue son évolution, sans inter- 
vention d'aucune sorte, les cheveux malades qui siônt fins et qui sont 
devenus grisâtres, décolorés, sont tous couchés dans le même sens. 
Ils ont perdu toute résistance; avec les doigts on peut, d'un seul coup 
en épiler plus d'une vingtaine » ('). 

(*) Sabouraud : Sur une mvcose innominée, etc. Annule* de l'Institut Pnsleur, 
fév. 1893, p. 85. 



148 



MlCROSPORIES. 



Si l'on veut examiner ce que cette épilation aux ongles a enlevé, 
qu'on dépose et qu'on éparpille cette pincée de cheveux sur un fond 
noir, on verra très distinctement chaque cheveu cassé au-dessus de sa 
racine, entouré de la gaine d'un blanc crayeux, dont son extrémité 

aérienne se dégage comme un poignet sort 
d'une manchette (fig. 8). 

Lorsque la lésion est tout à fait établie, et 
depuis plusieurs mois, elle peut garder son 
aspect premier, intégralement. En d'autres 
cas, la desquamation de surface des plaques 
malades ne reste pas sèche, mais prend peu à 
peu les caractères connus et décrits comme 
séborrhéiques. Les squames agglomérées en 
un lit épais ont une couleur jaunâtre et une 
consistance emplastique. Très souvent, les 
cheveux malades, couchés dans le même 
sens, sont agglutinés et collés dans cette 
matière ; il faut les chercher pour les voir. 
Ils y gardent néanmoins leurs caractères spé- 
ciaux reconnaissables. 

Extension de la tondante microspori- 
que sur une même tête. — L'extension de 
cette maladie est variable. D'abord il semble 
certain qu'une tache de tondante microspo- 
rique ne peut pas s'agrandir indéfiniment. 
Elle atteint quatre, cinq ou six centimètres 
au maximum. Elle s'arrête alors et ne gran- 
dit plus. Si des taches paraissent beaucoup 
plus grandes, c'est par coalescence de plu- 
sieurs ; elles sont alors polycycliques ; une 
tache simple, une fois développée, est tou- 
jours nettement ronde ou à peine ovale. Cette forme persiste, et, 
même lorsque beaucoup de taches ont fusionné, on distingue encore 
la forme initiale des petites qui ont fait la grande. De même, sur une 
grande plaque ainsi formée, on peut trouver des îlots de réserve que 
la maladie n'a pas touchés, et ce sont toujours des triangles à bords 
courbes concaves, provenant d'un intervalle entre trois plaques voi- 
sines qui se sont rejointes. 

Dans la microsporie, les plaques malades sont ordinairement 
grandes et peu nombreuses : de deux à six ou sept. Néanmoins, dans 
des cas assez rares, quand les grandes plaques se multiplient, on peut 
voir, entre elles, naître de petites plaques, même en grand nombre. 




Fig. 8. — Cheveu micro- 
sporique x 12". 



MICROSPORUM AUDOTJIM. 149 

Un cuir chevelu d'enfant peut être ainsi presque totalement infecté, 
sauf quelques îlots de réserve. La microsporie est la seule teigne ton- 
dante dans laquelle puisse se voir l'envahissement aussi complet d'un 
cuir chevelu. 

Par avance, d'ailleurs, « on peut souvent présumer la tendance 
extensive d'une tondante à petites spores, par le grand nombre de con- 
tagions issues rapidement d'un même germe primitif. Plus le foyer 
épidémique aura fait de victimes, plus on doit craindre, sur chacune 
d'elles, des taches d'extension rapide, et de développement inaccou- 
tumé ». (') 

Dans ces cas, les taches en extension s'entourent d'un liséré rouge 
assez marqué, qui, d'après les descriptions de Fox et Blaxall, semble 
plus fréquent au cours des microspories anglaises (*}, mais qui existe 
en France aussi, et qu'un moulage déjà ancien du musée de l'hôpital 
Saint-Louis (n° 612.) reproduit exactement. 

Quels que soient le nombre et les dimensions des lésions qu'elle a 
faites, une teigne tondante à petites spores arrive toujours à un stade 
d'état où ses lésions cessent de croître, et désormais, les points d'ino- 
culation nouvelle n'apparaîtront plus qu'exceptionnellement. Mais, les 
taches anciennes persisteront sans changement, pendant de longs 
mois. Sous l'influence des savonnages, des applications médicamen- 
teuses, les plaques perdent souvent de leurs caractères objectifs, 
mais la cessation des traitements suffit à les leur faire récupérer. Il en 
est ainsi pendant un an, quinze mois, deux ans et davantage. Et ce 
qui fait durer la maladie n'est point l'apparition de plaques nouvelles, 
mais la simple persistance des anciennes. 

Stade de guérison. — Cependant, à la longue, il semble que la 
vitalité du parasite s'épuise. Par une épilation lente et ménagée, on 
arrive à extraire des portions de plus en plus longues de la racine, et 
même parfois, le cheveu entier avec son bulbe. Dès lors ce cheveu 
sera guéri, et s'il repousse, il repoussera sain. Ainsi les cheveux 
malades sont éliminés peu à peu, spontanément et remplacés par des 
cheveux sains. 

En d'autres cas plus rares, la guérison survient par un processus 
atrophique particulier ; certaines plaques de tondante microsporique 
deviennent à la longue, de plus en plus complètement alopéciques. 
Peu à peu, les cheveux malades fragilisés s'usent et disparaissent. 
Sur la plaque entière on peut n'en plus trouver que quelques-uns. C'est 
là un autre processus de guérison. Après un intervalle de temps va- 

(*) Sabouraud. Diagnostic et traitement des teignes de l'enfant, 1895, p. 151. 
(-) « A somewhat marginale appearance. » C. Fox et F. Blaxall. An inquiry 
etc., p. 9. 



150 MICROSPORIES. 

riable, un lanugo apparaîtra sur la surface dénudée, et ensuite des 
cheveux sains normaux.^) 

Il ne faut pas confondre cette phase alopécique spontanée, que tra- 
versent certaines taches microsporiques, avec l'alopécie que toutes les 
teignes tondantes peuvent présenter, lorsqu'elles ont traversé une 
phase inflammatoire, cas beaucoup plus fréquent. 

Après laguérison spontanée de la microsporie, la repousse survient 
presque toujours complète et parfaite, quoique souvent très lente. 
Dans quelques cas, certains cheveux ne repoussent pas, et la forme 
de la plaque ancienne reste reconnaissable à travers les cheveux 
sains, à cause du moindre nombre des cheveux à sa surface. 

Je dois dire aussi quelques mots des cheveux malades disséminés 
qu'on peut retrouver, par deux ou par trois, sur une tête réputée guérie 
d'une microsporie de vieille date ; ces cheveux, mélangés aux cheveux 
sains, sont très difiiciles à voir. Ils sont fins, gris, décolorés, recon- 
naissables surtout à ce fait qu'ils sont mous, et prennent, parmi les 
cheveux sains qui ont une direction commune, une direction diffé- 
rente et quelconque. Pour les bien voir, il faut les chercher en pla- 
çant la région que l'on examine entre la lumière et l'ombre. On sera 
frappé tout de suite de leur aspect étrange et particulier. 

Souvent aussi on retrouve, dans une chevelure de fille, guérie en 
apparence depuis très longtemps, des cheveux qui restent malades. 
Ils ont gardé alors l'aspect type du cheveu microsporique, avec sa 
gaine grise ; mais comme les cheveux longs du voisinage les ont pro- 
tégés, ils ont pris une longueur de dix à quinze millimètres, longueur 
à laquelle ils ne peuvent jamais parvenir, sans fracture, hors ce cas; 
et leur gaine grise les accompagne quelquefois sur presque toute 
cette longueur. Dans l'ensemble, ces cas sont exceptionnels, mais j'ai 
vu des cheveux semblables sur le cuir chevelu de fillettes qu'on 
croyait guéries depuis trois et même cinq ans. 

(') Certains classiques avaient remarqué cette phase, ainsi Hardy, ainsi Gibert. 
Hardy écrivait : « A la période ultime de la trichophytie, ces poils deviennent 
encore plus secs, ils s'amincissent, se décolorent davantage et tombent spon- 
tanément. A ce moment la surface malade se dénude et devient le siège d'une 
calvitie qui peut être définitive (Traité pratique et descriptif des maladies de la 
peau, 1886, p. 380). Pour Gibert (Traité pratique des maladies de la peau, 1860, 
vol. I, p. 557), on peut voir la teigne tonsurante herpétique, la porrigo decal- 
vans et l'herpès circiné sur le même enfant. Ces textes montrent que dans l'es- 
prit de cette génération médicale, ces rapprochements procédaient surtout de 
confusions. Lorsque nous disons que certaines plaques de microsporie passent 
par un stade alopécique avant la guérison, cela est net, tandis que Gibert mé- 
langeait encore assurément des plaques de tondante très alopécique, et des 
taches de pelade vraie. Cette phase alopécique des plaques de microsporie 
avait été remarquée aussi en Angleterre par certains auteurs comme Livei.ng, 
et nous aurons lieu de revenir sur ce qu'ils connaissaient sous le nom de 
« Bald ringworm » (voyez p. 256). Peut-être faisaient-ils d'ailleurs les mêmes 



MICROSPORUM AUDOUÏNI. 151 

Il est remarquable que de tels cheveux porte-graines ne repro- 
duisent jamais la maladie sur le même sujet, mais on conçoit qu'ils 
puissent être cause de contagions nouvelles dont le point de départ 
demeurera forcément inconnu. 

Les inoculations du Microsporum Audouïni banal à la peau 
glabre. — Sur cent trente-deux cas où nous avons obtenu le Micro- 
sporum Audouïni banal à la culture, il s'agissait cent trente-deux fois 
de teigne tondante. On peut donc dire que ce parasite ne se rencontre 
ni dans la barbe, ni dans l'ongle, ni sur la peau glabre. 

A la peau glabre, on ne l'observe guère que chez des enfants atteints 
de teigne tondante, et sous forme de petites taches roses, squameuses, 
fréquentes seulement au début de la maladie, et qu'on ne voit plus 
lorsque son premier stade est passé. Ces taches de microsporie 
cutanée, accessoire des tondantes, sont plus fréquentes et un peu plus 
larges lorsqu'il s'agit d'une [épidémie de tondante dans une école ou 
un hôpital. Elles sont disséminées, comme disait Besnier, « dans 
l'atmosphère » de la tondante c'est-à-dire au cou, au visage, à la 
nuque. Elles apparaissent comme un point lenticulaire rose, un peu 
surélevé, à peine démangeant. Elles s'agrandissent, et leur saillie dis- 
paraît pendant que leur surface entre en desquamation. Ces plaques 
sont toujours abortives et s'éteignent sans traitement. 

En plein foyer épidémique, on peut voir ces el'florescences jusque 
sur les parties découvertes des adultes qui soignent ou instruisent les 
enfants contaminés. Ces taches ont la même évolution fugace et ne 
deviennent jamais un cercle d'herpès circiné. Sur les 47 cas d'herpès 
circiné, mis en culture au cours de ma dernière enquête, pas une fois, je 
le répète, je n'ai trouvé comme parasite le Microsporum Audouïni ( 1 ). 

Plusieurs auteurs, parmi lesquels Adamson, ont signalé des cercles 
d'herpès au cours des tondantes microsporiques. Le fait est vrai mais 
demande à être expliqué. Dès 1895, j'avais décrit une lésion micro- 
sporique à double liséré érythémateux de la peau glabre, observée au 
niveau de la région sous-claviculaire d'un enfant de huit à neuf ans ( â ). 

confusions nosographiques que les vieux maîtres français. Fox et Blaxall (An 
inquiry, p. 16) sont plus précis dans la description des mêmes faits. 

(') C'est ce quej'avais écrit dès 1895 : Sur une mycose innominée, Annales de 
llnstitut Pasteur, p. 87 : 

« Le Microsporum Audouïni est un parasite du cheveu de l'enfant; il ne cause 
qu'une tondante et jamais on ne le voit comme le Trichophyton, causer chez 
l'adulte de lésion circinée de la peau glabre, ni de sycosis de la barbe, ni de 
lésions mycosiques unguéales. » 

A la vérité j'avais été trop loin en disant que les taches furfureuses derma- 
tophytiques du visage, du cou, etc.; ne s'observaient jamais dans la microsporie 
mais seulement avec les tondantes trichophytiques. Béclère puis Adamson 
rectifièrent mon opinion sur ce point. 

( â ) « Une fois seulement sur 192 malades, j'ai observé, sur la peau glabre d'un 



152 MÏGROSPORIES. 

Mais comme je pratiquais constamment la culture de tous les cas que 
je rencontrais, j'avais nettement reconnu et affirmé que le Microxpo- 
rum cultivé différait du Microsponon Audouïni banal; il s'identifiait 
avec le premier Microsporum du cheval isolé par moi sur plusieurs 
chevaux. 

Les faits que j'ai observés depuis lors sont tous confirmatifs de ma 
première observation. Dans les deux cas, au cours de ma nouvelle 
enquête, où une tondante microscopique s'est accompagnée de cercles 
nets et définis sur la peau glabre, il s'agissait de l'un des Microspo- 
rums vivaces du type des Microsporums animaux. Or, nous savons 
que les Microsporums animaux ne sont pas rares en Angleterre; 
il est vraisemblable que ce sont eux qui causent, en Angleterre 
comme en France, les cercles d'herpès circinés microsporiques. Mais 
ce point avait pu échapper aux premiers observateurs anglais, parce 
que leurs enquêtes microscopiques n'étaient pas contrôlées par des 
cultures. 

En tout cas, ce que l'on peut dire nettement c'est qu'en France le 
Microsjioncm Audouïni ne détermine que des teignes tondantes, et 
qu'il ne cause jamais ni sycosis de la barbe, ni onychomycose, ni 
herpès circiné de la peau glabre, mais seulement, sur la peau glabre, 
quelques taches érythémato-squameuses très éphémères, et toujours 
abortives spontanément. Si des exceptions se rencontrent à ces faits, 
j'affirme qu'elles sont au moins des plus rares. 

Contagion. Épidémicité. Endémicité. — Il est presque sans 
exemple de trouver un cas de microsporie isolé dans une famille de 
plusieurs enfants. Presque toujours, tous les enfants qui sont en âge 
de contracter la maladie, la reçoivent du premier atteint. La conta- 
giosité de cette maladie, en France au moins, est extrême. Où la mi- 
crosporie fait le plus de ravages c'est à l'école primaire, dans les 
ouvroirs, les orphelinats, les asiles, les crèches. Les premiers cas sont 
lents à se découvrir. Quand on s'avise de leur existence, un tiers de 
l'école est contaminé. C'est presque toujours ainsi que les faits se 
passent, à moins que le médecin de l'école n'ait été victime, déjà, 
d'une épidémie qui l'ait rendu attentif. 

Tous les anciens auteurs qui avaient les premiers étudié la ton- 
dante microsporique, Mahon, Cazenave, Devergie, avaient parlé des 
épidémies de collège. Il y a d'ailleurs de grandes différences entre les 
mœurs de la maladie, suivant qu'on en observe des cas épidémiques 
ou sporadiques. L'observateur qui n'a vu que des cas sporadiques 
croirait peu à la contagion, hors la famille. J'ai vu pourtant des épi- 
enfant, ce même éryt'hème en cocarde, à double liséré rouge que j'ai décrit plus 
haut sur le cuir chevelu. » Sur une mycose innommée, loc. citât., p. 87. 



MICROSPORUM AUDOUINI. 153 

démies de vingt, de cinquante, de quatre-vingts cas, se constituer sous 
mes yeux en quelques semaines. 

Lorsqu'une épidémie est passée, et que l'école a licencié ou parqué 
ses malades, on la croit délivrée de ce fléau; il en est très rarement ainsi. 
On a gardé quelques malades, par abus, ou sans le savoir, et la maladie 
se constitue à l'état endémique, avec un cas ou deux en permanence. 
On les élimine, il en renaît d'autres, et cela pendant des années; on 
ignore d'où vient cette persistance, et on accuse à tort les vêtements, 
les locaux, etc., alors qu'il faut toujours en accuser des cas méconnus. 
Ainsi l'endémie durera dix ans, vingt ans, toujours avec des réveils 
épidémiques et des silences. On peut dire qu'il n'y a pas une maison 
scolaire sur dix infectées, qui arrive à se débarrasser complètement de 
cette infection parla suite. Il faut, pour cela, un médecin qui connaisse 
cette maladie, et sache la diagnostiquer, ce qui est rare, et il faut qu'il 
pratique pendant longtemps, chaque semaine, des revisions répétées 
de toutes les têtes de l'école, sans en passer une seule. Après trois 
mois, il aura quelque chance d'avoir éliminé tous les teigneux de la 
maison; il n'aura plus qu'à n'y laisser entrer de nouveaux enfants 
qu'après examen. 

Diagnostic différentiel. — Peu d'affections du cuir chevelu peu- 
vent en imposer pour une tondante microsporique, ou réciproque- 
ment. Le diagnostic objectif, qui peut tenir en échec le clinicien, est 
celui d'une plaque psoriasique. La surface d'une tache psoriasique res- 
semble à s'y méprendre à la surface d'une tache de microsporie, mais 
la ressemblance entre les deux lésions se borne à la surface, et encore, 
la squame-croûte du psoriasis est-elle beaucoup plus épaisse et sail- 
lante. Sur la tache psoriasique, les cheveux sont aussi nombreux et 
aussi solides qu'à côté d'elle. Ils ont leur forme, leur couleur et leur 
longueur normales. Enfin il existe le plus souvent des taches psoria- 
siques sur la peau glabre, qui certifient le diagnostic. 

L'eczéma dit séborrhéique, plus fréquent que le psoriasis, sera éli- 
miné pour les mêmes raisons tirées de l'état du cheveu. Il est vrai que 
quelques cheveux tombent sur la surface des taches d'eczéma sébor- 
rhéique, mais ils sont normaux et tombent entiers, avec leur point 
bulbaire. Ces deux maladies sont plus fréquentes, chez l'adulte que 
chez l'enfant, à l'inverse de la microsporie. Ne pas oublier d'ailleurs 
que tout eczéma sec durable, sur le cuir chevelu de l'enfant, doit évo- 
quer l'idée d'une teigne ancienne qu'il recouvre, tout spécialement 
d'une tondante microsporique. Il faut toujours examiner, avec un soin 
particulier, uue tête d'enfant atteinte d'eczéma sec, chronique, en y 
cherchant, la pince à la main, les cheveux malades. Très souvent, sur- 
tout à la suite de traitements mal dirigés, un cuir chevelu microspo- 



154 MICROSPORIES. 

rique s'eczématise, et l'eczéma durera autant que la microsporie, 
pour ne guérir qu'après elle. Ce diagnostic est tellement délicat qu'on 
devra explorer les commémoratifs, savoir depuis combien cet eczéma 
dure. Un eczéma sec qui dure, par points isolés, depuis un an, est 
presque sûrement une teigne. On cherchera si l'enfant n'a pas été 
traité pour une teigne, ou s'il n'a pas un frère teigneux, etc. 

L'eczéma sec, dénommé par Alibert teigne amiantacée, est surtout à 
examiner attentivement, lorsqu'il revêt la forme de taches rondes. 
C'est toujours par l'examen des cheveux qu'on fera le diagnostic, et, 
pour cela, on soulèvera une squame épaisse, à la pince. Il vient ou il 
ne vient pas de cheveux avec elle. S'il en vient, et qu'ils aient leur 
racine longue terminée par le point bulbaire, il ne s'agit pas de teigne ; 
s'ils ont leur racine courte, blanche et cassée, il faut les examiner 
au microscope. Il y a de grandes chances qu'ils soient teigneux et 
couverts de microspores. 

Un dernier diagnostic est à faire entre la microsporie et la tondante 
trichophy tique à culture cratéri forme. Dans cette dernière, les taches 
sont nombreuses, petites, et conservent beaucoup de cheveux sains ; 
mais, dans l'épaisseur de la squame, on trouve les cheveux malades, 
non plus droits ou seulement couchés comme dans certaines micro- 
spories; ils sont plies et repliés, en zigzag, en w, en z et en boucles 
de points d'interrogation. De plus, ces cheveux sont fins et gris, mais 
non pas revêtus incomplètement d'une écorce grise, comme celle qui 
fait aux cheveux microsporiques un tuyau dont ils semblent sortir. Ce 
diagnostic se pose rarement d'ailleurs, et ne peut guère se poser qu'à 
l'esprit de médecins très au courant des questions dermatophytiques. 

Les éléments du diagnostic de la microsporie sont d'ordinaire assez 
grossiers. Des plaques rondes, pityriasiques, disséminées, sur les- 
quelles les cheveux malades cassés, et cassants, viennent en morceaux 
à l'épilation entre deux doigts, épilation qui d'un seul coup peut en 
casser une douzaine, tels sont les caractères les plus aisés à retrouver, 
qui affirment le diagnostic, ainsi que l'absence ou la rareté des che- 
veux sains, sur la plaque, à travers les cheveux malades. 

Examen microscopique du Microsporum Audouïni. — Lors- 
qu'on rencontre la tache érythémato-squameuse qui signale d'abord 
l'inoculation épidermique du Microsporum Audouïni, si l'on pratique 
un examen microscopique des débris de l'épiderme corné, on le trouve 
envahi par un réseau mycélien ayant des caractères assez spéciaux. 

Ce mycélium est fin (1-5 y. de diamètre); une de ses caractéris- 
tiques les plus frappantes c'est qu'il n'est pas rectiligne. Il a une dis- 
position aux courbes sigmoïdes, ce qui permet souvent de diagnos- 
tiquer la nature du parasite, sur ce seul aspect. Et comme ces courbes 



M1CR0SP0RUM AUDOUINI. 



155 



existent dans des plans différents, il arrive qu'un filament mycélien 
n'est jamais au point, en même temps, sur une grande longueur. Ce 
caractère s'oppose assez à la direction souvent reetiligne des filaments 
trichophy tiques. 

Un deuxième caractère également notable, c'est que les filaments 
onduleux du Microsporumdans l'épiderme corné portent fréquemment 
des protubérances latérales plus ou moins accentuées (fig. 9). 

Enfin un caractère apparent remarquable est la rareté des cloisons 
transversales sur le trajet des mycéliums. Ce dernier caractère, qui 






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Fig. 9. — Mycélium du Microsporum Audouïni dans la s/juame, au cuir chevelu. — Examen 
sans coloration. Dissociation de la squame dans l'acide formique. Lavage à l'eau et mon- 
tage dans la glycérine, x 2fi0. Le carton représente un point de la préparation à un gros 
sissement de 750 diamètres. 



n'est qu'apparent, a été donné comme réel par Fox et Blaxall('). Mais 
sur des préparations colorées, il est aisé de voir (fig. 10) que des fila- 
ments, dont les cloisons S3mblaienttrès éloignées l'une de l'autre, sont 
en réalité septés à de très courts intervalles, par des cloisons qu'on ne 
voyait pas, et qui séparent le fila nsnt mycélien en des cellules rectan- 
gulaires à peine deux fois plus longues que larges. Ce caractère appa- 
raît constant. 

(') In microspjruna, wather in the macules of glabrous skin, or the scalp, or 
n the hair follicle, the mycélium is, as a rule, segmented only at longs inter- 



a \>lm.kj iniii iviiiLiv, ijii^ ni>i.uiiuiii 10, aa d iuic, r5*3giiic;iiL^»-i unir ai- iv7iic,o luiv^i - 

als or appears quite plain though it often branches irregularly in a characte- 
istic way. C. Fox and F. Blaxall. Some remarks on Ringworm. British mr- 



va 

ristic way. . . 

dical Journal, 2 décembre 1899, p. 4 du tirage à part 



156 



MICROSPORIES. 



On remarque en outre, sur des préparations colorées, que les fila- 
ments du Microsporum apparaissent plus petits, et que leurs sinuosités 
onduleuses sont devenues des zigzags brusques. 

Lorsque ces préparations sont examinées à un très fort grossis- 
sement, (carton de la lig. 10) elles montrent une paroi cellulosique assez 
épaisse à double contour, et un protoplasma condensé, granuleux, 
mais dont aucune granulation basophile ne saurait être prise pour un 
nayau vrai. (') 

Lorsque les filaments parasitaires, rampant dans l'épaisseur de 



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Fig. 10. — Mycélium du Microsporum Audouïni dans la squame, au cuir chevelu. Les colorants 
montrent qu'il est cloisonné, partagé par des septa en cellules rectangulaires. En A, amas 
de noyaux leucocytaires venus dans la squame par exocytose. (Bleu de Sahli x 260, le 
carton x 750.) t 



l'épidémie, rencontrent un ostium folliculaire, ils suivent l'épiderme 
folliculaire et s'infléchissent vers la profondeur, mais ils sortent de 
l'épiderme et vont ramper entre le follicule et le cheveu; bientôt ils 

(') Fréquemment, Fox et Blaxall ont vu et décrit des cellules mycéliennes 
nucléées « obviously nucleated ». Ceci à mon avis est une erreur d'interprétation. 
Dans beaucoup de préparations de cheveux ou de squames microsporiques, on 
pourrait interpréter le protoplasma d'une cellule comme un noyau, l'intervalle 
entre les deux contours de l'enveloppe comme le protoplasma de la cellule, qui 
n'aurait alors qu'une enveloppe mince d'épaisseur invisible. De même dans la 
trichophytie, les spores paraissent souvent avoir un triple contour, dont on 
pourrait interpréter le plus interne comme le contour d'un noyau. Mais c'est 
une erreur d'optique facile à démontrer : la spore étant grossièrement sphérique, 
si l'on met exactement au point son centre, son pôle supérieur ne sera plus au 
point, et au moment où il sort du point de vue de la lentille, il en sort suivant 



MICROSPORUM AUDOUÏNI. 157 

adhèrent à sa surface puis, soulevant une cellule de la cuticule du 
cheveu, ils pénètrent dans le cheveu lui-même et se multiplient dans le 
cheveu en descendant vers la profondeur. Pendant ce temps d'autres 
filaments mycéliens descendent à sa surface, et s'y subdivisent, de 
façon à former une couche ininterrompue d'éléments sporulaires 
arrondis à la surface du cheveu. 

Ce mode d'envahissement du cheveu est plus facile à voir lorsqu'on 
étudie les Microsporums animaux, aussi le décrirons-nous avec eux, 
et nous étudierons d'abord le cheveu microsporique tel qu'il se pré- 
sente à l'examen au cours de la tondante microsporique banale. 

Le Microsporum Audouïni dans le cheveu. — Le Microsporum 
Audouïni affecte, dans le cheveu, une disposition complexe; pour être 
aisée à suivre, sa description doit donc être scindée en paragraphes 
distincts : ces paragraphes doivent être disposés dans un certain 
ordre ; cet ordre sera celui dans lequel les divers aspects du parasite 
se montrent à l'observateur. 

Supposons une plaque de tondante microsporique déjà vieille, 
comme elles le sont presque toujours quand elles s'offrent à l'obser- 
vation; le médecin, pour pratiquer son examen microscopique, épile 
entre le pouce et l'index une douzaine de cheveux cassants, à sa sur- 
face. Ce sont des fragments de quatre à cinq millimètres environ, car 
les cheveux, qu'on a enlevés au doigt, se sont cassés presque au 
niveau de leur point d'émergence hors de la peau, ou deux millimètres 
plus bas. Ces tronçons de cheveux montrent, au moins dans leur par- 
tie basse, l'écorce grise caractéristique. Exposons comment ils se 
présentent à l'examen microscopique extemporané. Nous savons sui- 
vant quelles techniques on les prépare, par le chauffage dans une 
solution potassique à 50 pour 100. Pour décrire leur aspect je peux 
transcrire presque exclusivement les textes écrits il y a quinze ans. 
Ils peuvent suffire car ils ont gardé leur exactitude. 

« Qu'on imagine une baguette enduite de colle et saupoudrée de 
sable fin, tel est l'aspect du cheveu.... Ce qui, à l'œil nu, apparaît 



une section ronde d'un diamètre plus petit que celui de la cellule (3 e cercle 
intérieur). Pour s'assurer de la véracité de cette explication, il suffît de cher- 
cher à mettre au point le contour de ce noyau irréel. On n'y parvient jamais et 
quand on essaie, on ïe voit disparaître. A la vérité il y a des Trichophytons ani- 
maux (à culture faviforme) dont les spores sont effectivement nucléées, mais ce 
fait est extrêmement rare, et n'a, je crois, été observé que par moi (Voy. Tri- 
chophyties humaines, p. 78 et Atlas, p. 26, flg. 105). 

Il est à peine besoin de mettre le lecteur en garde contre une autre erreur 
d'optique faite par plusieurs auteurs. La direction des filaments mycéliens 
dans l'épiderme ne suit jamais les intervalles des cellules épidermiques . Ils ne tra- 
versent jamais non plus, les cellules, mais ils suivent leur direction propre 
entre les divers lits cellulaires. 



158 



MICROSPORIES. 



comme un étui blanchâtre autour du cheveu n'est pas, comme il sem- 
blerait, un fourreau de cellules épidermiques, c'est un tissu ou un 
feutre, uniquement composé des éléments agglomérés du parasite. 
C'est une mince gaine parasitaire adhérente au cheveu qui en est 

revêtu comme un arbre de 
son écorce (fîg. 11). 

« Si l'on examine un che- 
veu malade, après l'avoir 
dégraissé dans l'éther, et 
lavé à l'alcool, puis éclairci 
par une essence, sa surface 
paraîtra couverte en totalité 
d'une innombrable quantité 
de petites sporules rondes, 
toutes égales, toutes conti- 
guës, dont la réunion ne 
dessine aucun filament régu- 
lier, mais qui sont au con- 
traire, irrégulièrement juxta- 
posées comme les cailloux 
d'une mosaïque, et cette com- 
paraison paraîtra plus juste, 
quand on examinera ce che- 
veu à un plus fort grossisse- 
ment. Car alors, chaque spore 
apparaîtra entouré d'un min- 
ce espace clair. Ainsi pré- 
paré un cheveu montre des 
spores de !2 [x environ.... Si 
l'on veut prendre une con- 
naissance morphologique 
plus complète du parasite, 
on traitera le cheveu par 
une dissolution aqueuse de 
potasse à 50 pour 100. on recouvrira la préparation ainsi faite d'une 
lamelle et on chauffera presque jusqu'à ébullition. La préparation 
extemporanée ainsi obtenue donnera de très utiles renseignements.... 
« A un assez fort grossissement (obj. 7, ocul. T> Leitz.) on verra que 
la vis micrométrique peut établir dans le cheveu trois plans super- 
posés. « Le premier (plan supérieur) est uniquement composé des spo- 
rules juxtaposées que nous connaissons. Disposées sur une couche, 

(') La spore double presque de dimension quand on a éclairci le cheveu par 
la potasse, comme il sera dit plus loin. 




Fig. 11. — Le cheveu de L'enfant dans la teigne 
tondante microsporique. Mise au point superfi- 
cielle pour montrer l'écorce sporulaire qui enve- 
loppe le cheveu. Préparation extemporanée par 
la potasse à 00 °/ sans coloration x 260. — En B 
on voit sous l'écorce sporulaire le corps du che- 
veu; en A l'écorce autour du cheveu ; C estime 
cellule épidermique. 



MICROSPORUM AUDOU1NI. 



159 



elles ne forment pas d'amas superposés et elles ne laissent point, non 
plus, entre elles, d'espace libre. Et cette juxtaposition ne montre au- 
cune série linéaire de spores, aucun filament mycélien sporulé. C'est 
une couche uniforme de spores égales disposées sans ordre, autour de 
lui.... Mais en abaissant un peu la vis, on arrivera au 2 e plan (plan 
moyen ) qui est au niveau du cheveu lui-même ; et la substance même 




Fig. 12. — Le cheveu microscopique. Plan moyen passant par le centre du cheveu. On ne 
voit de sporules qu'autour de lui. Préparation exlemporanée par la potasse à 50 °/ , sans 
coloration x 260. 



du cheveu apparaîtra alors complètement intacte, avec son pigment 
brunâtre, ses stries et ses plicatures longitudinales,... ses bords seu- 
lement sont érodés; alors la gaine parasitaire ne s'apercevra plus que 
sur les bords du cheveu et « par sa tranche » (fig. 12). « Enfin si l'on 
abaisse encore l'objectif, on retrouvera (plan inférieur), derrière le 
cheveu, la même gaine que l'on observait au-devant de lui. Mais ses 
détails seront moins précis parce que l'œil ne pourra la voir qu'au 
travers du cheveu interposé. » 
L'ensemble de ces constatations établit d'une façon certaine la dis- 



160 MICRQSPOR1ES. 

position des spores. Elles forment une gaine continue autour du che- 
veu et elles ne le pénètrent pas dans sa substance. 

Étude élémentaire des sporules qui constituent la gaine du 
cheveu. — Examinons maintenant la structure élémentaire de la 
gaine de sporules qui recouvre le cheveu. Là encore je n'ai qu'à 
reprendre mes descriptions anciennes. 

« J'ai dit que le cheveu, traité d'abord par l'alcool, ne montrait que 
de très fines spores, de 2 y, séparées les unes des autres par un très 
mince espace clair. Quand on traite, au contraire, le cheveu par la solu- 
tion aqueuse de potasse, les éléments parasitaires, au même grossisse- 
ment semblent avoir augmenté de volume (5 u.) et en particulier l'es- 
pace intersporulaire semble plus large. Il est certain, en effet, que 
l'action du liquide a pour résultat de gonfler la cellule eryptogamique, 
et ce détail avait été parfaitement vu par Gruby. Si l'on a poussé un 
peu loin le chauffage du cheveu dans la solution potassique, en ap- 
puyant légèrement le doigt sur la lamelle couvre-objet, on dilacérera 
le cheveu. Qu'on cherche ensuite dans une telle préparation, on 
trouvera presque sûrement un point où la gaine parasitaire se sera 
détachée du cheveu, et, comme un pan de manteau flottant, ne lui 
sera plus rattachée que par un bord. Le mince voile constitué par le 
parasite se trouvera en pleine lumière, et la morphologie de ses élé- 
ments deviendra parfaitement nette. Alors on observera que chaque 
spore est constituée par deux parties, une masse (protoplasmique) 
ovalaire, centrale, un peu obscure, et une enveloppe hyaline assez 
épaisse (cellulosique) parfaitement claire et transparente, limitée 
par un bord à peine visible, sans double contour. Ces détails ap- 
paraîtront mieux encore, si l'on a fait glisser sous la lamelle (à la 

place de la solution potassique) une goutte d'eau éosinée à ^^j 

parce que la spore végétale se colorera légèrement plus que le milieu 
ambiant. Chacune des spores de la gaine, en raison de sa forme 
ronde ou ovale, donne à toutes les spores qui l'entourent un point de 
tangence presque égal. Il s'ensuit que, même en supposant que ces 
cellules naissent bout à bout, comme des cellules mycéliennes, — ce 
qui doit être, — leur forme rend leur série linéaire indistincte. Elles 
paraissent donc toutes juxtaposées, comme le seraient des lentilles 
serrées en mince couche sur un papier, sans qu'on puisse distinguer 
entre ces cellules aucune agrégation en filaments. Et en ce qui 
concerne l'épaisseur de la gaine qu'elles forment, quand on examine 
le cheveu, et qu'on observe alors la gaine parasitaire par la tranche, 
cette épaisseur semble de 15-20 \k. C'est là encore une erreur d'opti- 
que. Quand un fragment de cette gaine est détaché du cheveu et 



MICROSPORUM AUDOUINI. 



161 



renversé hors de lui, on peut observer qu'elle est constituée par une 
couche très mince de spores. Si elle semble épaisse quand on la 
regarde par la tranche, c'est qu'on en voit en réalité une coupe biaise, 
et il suffit, pour le prouver, d'observer que toutes ses parties ne sont 
pas au point en même temps. » 

Telle est, en résumé, la première description du Microsporum 
Audouïni qu'il faille présenter, parce que c'est sous cette forme et cet 


















Fig. 15. — Fragment de la cuirasse de spo- 
rules du cheveu microsporique. — En A le 
point qui a été représenté par le carton 
x750; B est une cellule épidermique. 
Sans coloration x 260. 



Fig. 11. — Fragment de la cuirasse de 
spores du M. Audouïni banal. A est le 
point qui a été figuré par le carton x 750. 
B est une cellule épidermique. (Bleu de 
Sahli, x260.) 



aspect qu'on peut toujours l'observer et qu'on le rencontrera tout 
d'abord. 

Cependant, dira-t-on, il existe quelques figurations anciennes du 
Microsporum Audouïni, d'ailleurs sous le nom de Trichophyton et 
confondu avec le Trichophyton : ainsi dans le livre de Hardy, dans 
celui de Devergie, et l'aspect du parasite n'y est pas tel que vous le 
décrivez. C'est que le Microsporum Audouïni ne montre sa disposi- 
tion parfaite et intégrale, autour du cheveu, que dans sa portion ra- 
diculaire, parce qu'il se trouve protégé à ce niveau contre tous les 
traumatismes. On peut alors observer que la gaine de spores est elle- 
même étroitement recouverte d'une pellicule hyaline, translucide, qui 

il 



LES TEIGNES. 



162 



MICROSPORIES, 



protège la gaine sporulaire et la maintient en forme exactement cylin- 
drique. On se rend compte de ce détail très nettement, en examinant 
à ce niveau le bord de la gaine sporulaire du cheveu. On observe que 
ce bord est rectiligne et on aperçoit, par la tranche, la membrane 
claire, hyaline, à double contour, qui recouvre la gaine de spores 
(fig. 15). Mais, très vite, cette membrane hyaline est détruite. Alors la 









-'■"-vS^âWKSf 
H 



il» 
Si» 



«HP» 

«M 







Fig. 15. — Cheveu microsporique examiné sans coloration ix 260) au niveau de sa partie radi- 
culaire. On peut voir que I'écorce de spores est enveloppée d'une gaine hyaline continue 
qui la maintient dans sa forme. 



gaine de spores, n'étant plus contenue par elle, devient plus irrégu- 
lière, moins égale, grumeleuse. Les spores ne forment plus, autour 
du cheveu, une gaine régulière, mais par places elles manquent, et, en 
d'autres points, elles sont agglomérées par petits paquets. Ainsi la gaine 
de spores s'écaille^ s'effrite et disparait, d'abord par places, puis tout 
à fait, laissant la surface du cheveu raboteuse, parsemée de spores 
isolées. A l'œil nu, le cheveu a perdu son écorce grise, il est devenu 
d'un diamètre moindre, d'une couleur terne, jaune grisâtre. Cet aspect 
correspond à un étal de vétusté du parasite et du parasitisme, mais il 



MICROSPORÛM AUDOUINI. 



163 



demande à être décrit, d'autant plus que c'est presque toujours cet 
aspect du cheveu microsporique que les anciens auteurs avaient vu 
exclusivement et figuré. En décrivant cet aspect en 1895 ('), je disais : 

« Le cheveu, débarrassé de la majeure partie de ses spores, montre 
une surface rappelant l'écorce régulièrement craquelée de certains 
arbres, celle de l'ormeau, par exemple, dont les parties saillantes for- 
ment des losanges très allongés. » 
(Voir fig. 15 et 1(3.) Et je reprodui- 
sais ainsi sans le savoir une compa- 
raison que Devergie avait faite déjà : 

« Si l'on examine le cheveu ma- 
lade au microscope, et que l'on 
prenne surtout un des cheveux cassés 
du centre de la plaque, on voit que 
toute sa surface est tracée de sinuo- 
sités linéaires avec ou sans spores, 
qui lui donnent l'aspect d'une écorce 
de chêne ( 2 ). » 

Le cheveu ne montre plus alors 
que des résidus et des vestiges de 
son écorce sporulaire ; sa surface est 
devenue rugueuse, ses bords sont 
comme déchiquetés, il a l'air usé, 
diminué de volume, et il se termine 
par un bout obtus, fibrillaire, en balai. 

En outre, l'écorce sporulaire ne 
dissimulant plus le corps du cheveu, 
on peut apercevoir dans son épais- 
seur, en nombre variable mais ordi- 
nairement restreint, et seulement par 
places, des tubes mycéliens incolores 
de 2 à 5 j/. de diamètre, allongés dans 
le sens du cheveu et disséminés dans 
son épaisseur. Ces tubes mycéliens, 

toujours plus difficiles à suivre de l'œil que ceux du favus ou des Tri- 
chophytons endothrix, sont un peu sinueux, non tout à fait rectilignes. 

Ils sont irrégulièrement coupés de septa tantôt proches (2-5 p.) 
tantôt distants (5-8 p.), toujours peu visibles. Ces détails, qui s'obser- 

(') Sabouraud. Sur une mvcose inno'minée. Annales dé J 'V Institut Pasteur, 1893. 
p. '218. 

( 2 ) Devergie. Traité pratique des maladies de la peau, II e édit. , 1857, p. 543. Le 
texte de Devergie est accompagné d'une figure qui représente évidemment cet 
aspect du cheveu microsporique et qui est, comme le dit Devergie, « très 
fidèle ». 




Fig. 1(5. — Cheveu microsporique exa- 
miné dans sa portion aérienne, près 
de son point de fracture. L'écorce de 
sporules qui l'enveloppait est pres- 
que toute désagrégée. Sans colora- 
tion x v 260. 



164 MICROSPORIES. 

vent assez aisément dans les préparations faites à la liqueur potas- 
sique, disparaissent presque complètement, si le cheveu est monté 
dans la glycérine ('). 

Le mycélium du Microsporum Audouïni dans le cheveu. — 
« Il y a deux façons de décrire le parasite Microsporum, a écrit 
Bodin( 2 ) : on peut le décrire tel qu'il est, reconstituant ainsi le cham- 
pignon dont on ne peut voir en même temps toutes les parties. C'est 
la description de Gruby. » 

« Ou bien on peut le décrire, comme un premier examen le montre, 
à l'observateur non prévenu, c'est ce que la grande majorité des cli- 
niciens, moins immédiatement soucieux du vrai que de l'utile, préfé- 
reront; telle est la description de Sabouraud. » 

En réalité, des centaines de médecins ne verront du Microsporum 
Audouïni que ce que j'en ai décrit plus haut, pour un seul dont la 
curiosité scientifique recherchera ce qui va suivre. 

Si l'on veut prendre de la forme du Microsporum Audouïni dans sa 
vie parasitaire une vue plus complète, il faut l'examiner sur un che- 
veu malade retiré entier : « Il faut chercher, sur les bords d'une plaque 
en activité, [un cheveu engainé dans sa partie aérienne et que l'épila- 
tion cependant extirpera en totalité avec son bulbe pilaire. Qu'on 
porte un tel cheveu sous le microscope, on verra que la gaine para- 
sitaire dans sa partie radiculaire s'amincit progressivement. A un ou 
deux millimètres de l'orifice pilaire, cette gaine, jusque-là complète 
et sans interstices, ne montrera plus, sur la racine pilaire, que des 
îlots de spores, îlots séparés par de larges intervalles. Et plus bas, la 
racine tout à fait normale ne montrera plus aucune spore ( 3 ). » 

C'est sur un cheveu, retiré ainsi tout entier, que la disposition du 
mycélium parasitaire inclus, dans le cheveu, apparaîtra. Pour le mieux 
voir, on peut d'abord décortiquer le cheveu de sa gaine de spores, 
artificiellement : « on place le cheveu dans une goutte de la solution 
de potasse à 40 pour 100, on le recouvre d'une lamelle, puis on désa- 
grège sa gaine de spores, en frottant légèrement la lamelle contre la 
lame, sans écraser le cheveu, et cela pendant assez longtemps pour 

(') Lorsqu'un cheveu de microsporie est resté très long et se trouve, par 
vétusté, dépouillé de sa cuirasse de spores, si les filaments mycéliens toujours 
assez rares sont visibles sur de grandes longueurs, surtout si leur trajet est 
rempli d'air et visible dans la préparation comme un fil d'argent, on peut être 
conduit, par la figure microscopique qu'on observe, à prendre un reliquat de 
microsporie pour un reliquat de favus. L'examen d'un autre cheveu, surtout au 
niveau de son émergence de la peau ou dans sa partie radiculaire, lèverait tous 
les doutes. 

( 2 ) Bodin. Les teignes tondantes du cheval, et leurs inoculations humaines, 1895, 
p. 25 et 50. 

( 3 ) R. Sabouraud. Sur une mycose innominée, p. 95. 



MICROSPORUM AUDOU1NI. 165 

que le liquide compris entre les deux feuilles de verre prenne une 
teinte opaline autour du cheveu, ce qui annoncera la désagrégation 
des spores périphériques. On enlève alors le cheveu, ce qui se fait 
sans difficulté, car il doit avoir gardé sa consistance relative, et on le 
porte dans une autre goutte de la solution de potasse, sur une nou- 
velle lame ('). » 

Mais cet artifice n'est pas absolument nécessaire, car le mycélium 
intra-pilaire est d'autant plus intéressant qu'on l'examine sur un point 
plus inférieur du cheveu, où l'écorce sporulaire raréfiée le masquera 
moins. Mon texte de 1894 continuait ainsi : « Qu'on chauffe alors la 
lame avec précaution, sans aller jusqu'à l'ébullition, mais assez pour 
qu'on puisse écraser le cheveu par une légère pression sur la la- 
melle. Si alors on examine la préparation avec un objectif n° 9 de 

Leitz, ou mieux avec un objectif à immersion j~ on observera que 

ce cheveu, qui semblait si intact quand il était entier, est rempli de 
tigelles d'une extrême ténuité. Les plus grosses qui sont les plus 
rares ont le diamètre des spores, à peine 2 [x.... Sur les plus grosses 
tiges... on voit nettement les septa mycéliens, distants de 15-18 ja, 
environ, et aussi la paroi de ce tube mycélien, paroi marquée par un 
bord mince très légèrement ombré. » « L'examen dans l'eau ou dans 
la solution de potasse ou dans l'acide formique, montre ces détails 
avec la dernière évidence, alors que toutes les préparations montées 
dans la glycérine ne les montrent pas ( 2 ). » 

Cette description était incomplète; elle a été complétée depuis, je 
la reprendrai en traitant du mode d'envahissement du cheveu par le 
parasite. 

Brièvement on peut dire que le mycélium du Microsporum Audouïni 
plonge verticalement dans le cheveu vers sa racine, ses rameaux se 
multipliant de place en place par dichotomie. Les rameaux secon- 
daires gardent le même diamètre que les premiers. Sans coloration 
ces filaments paraissent rarement cloisonnés. Ils le sont plus qu'ils ne 
le paraissent, ce qu'on prouve en les colorant. Leur direction est ver- 
ticale et descendante mais onduleuse, leur forme sarmenteuse. Plus 
on examine un point inférieur de la racine du cheveu, plus ces mycé- 
liums sont nombreux, plus ils sont fins, moins ils sont cloisonnés. 
Enfin, au-dessous du point où se termine la gaine de spores, un peu 
au-dessus du bulbe pilaire, le mycélium est devenu un pinceau com- 
pact de tigelles mycéliennes flexueuses qui remplissent le cheveu, et 
viennent affleurer sa surface sous les dernières sporules de la gaine ( 3 ). 

(') Sabouraud. Trichophyties humaines, 1894, p. 217. 

( 2 ) Ibid., p. 218-219. 

( 3 ) « Lorsqu'on prépare un fragment détaché de l'écorce sporulaire, il n'est pas 



166 



MTCROSPORIES. 



Ces tigelles descendent dans le cheveu plus bas que la gaine de spores, 
et se termine comme une frange pendante (frange 
d'Adamson). 

Il n'est pas inutile, pour terminer, de résumer 
cette description, car elle est forcément compli- 
quée. Pour cela je compléterai simplement le 
premier schéma que j'avais fait du cheveu mi- 
crosporique. 

Au premier examen, avais-je dit, il apparaît 
comme un tube de verre extérieurement enduit 
de colle et roulé dans du sable fin. Car ce qu'on 
voit d'abord, c'est sa cuirasse microsporique. 

Mais, dans ce schéma, le mycélium intra-pilaire 

du Microsporum serait représenté par le chevelu 

d'une racine qui se serait développée dans le 

tube de verre jusqu'à se terminer en bas par un 

', pinceau de radicelles. 

Ce schéma donnerait une idée simple et exacte 
de la structure du Microsporum Audouïni dans le 
cheveu, si l'on ajoute : que le bulbe du cheveu 
vivant n'est jamais envahi, que la frange de radi- 
celles mycéliennes s'arrête immédiatement au- 
dessus de lui, que la cuirasse de sporules ne 
commence qu'un peu plus haut, laissant voir sans 
obstacle la frange mycélienne terminale pendante 
au-dessus du collet du bulbe pilaire. C'est ce que 
Fox et Blaxall avaient représenté par le schéma 
ci-contre (fig. 17). 

Cultures du Microsporum Audouini. — Les 
premiers essais systématiques des cultures des 
Dermatophytes en 1892 rencontrèrent le Micros- 
porum Audouïni et le Tfichophylon crateri forme. 
C'est cette séparation première qui ruina le dogme 
de l'unicité trichophytique admis à peu près sans 
conteste jusque-là. 

En France, cette différenciation est, en effet, la 
plus facile à vérifier; les enfants atteints de ces 
deux tondantes se comptent encore par centaines. 
En outre, la culture du Microsporum Audouïni est 

rare de trouver entre les spores des débris sigmoïdes 
de ces tigelles qui semblent faire partie de l'écorce spo- 
rulaire elle-même. •■ Sur une mycose innominée. Annales 
de l'Institut Pasteur, 1894, p. 94. 




Fig. i; 



MICROSPOHUM AUDOUINI. 167 

aisée; à la seule condition que l'on opère proprement, « la grande 
majorité [des cultures directes] sera pure d'emblée de toute associa- 
tion bactérienne et aussi de toute association cryptogamique('). » 

En outre, cette culture se conserve quasi indéfiniment sur les mi- 
lieux nutritifs les plus simples, sans montrer aucune de ces dégéné- 
rescences pléomorphiques qui, pendant si longtemps, ont obscurci la 
question des Dermatophytes. 

Enfin l'examen microscopique des cheveux parasités permettait de 
différencier le Microsporum Audouïni des Trichophytons et corroborait 
la différenciation faite par les cultures. 

C'est pour toutes ces raisons que le Microsporum Audouïni, en 
France et en Angleterre, a été l'espèce cryptogamique autour de 
laquelle les idées dermatologiques ont évolué et qui les a fait changer 
d'orientation entièrement. 

Notons aussi que les espèces de Microsporum, différentes du Micros 
porum Audouïni, sont en infime minorité par rapport au nombre des 
cas de Microsporum Audouïni du type ordinaire, à ce point que l'on 
a considéré quelque temps le Microsporum Audouïni comme une 
espèce unique. Et cela a facilité la progression des idées en ces ma- 
tières en ne montrant toute leur complexité que peu à peu. 

Tout naturellement, mes premières communications insistaient 
surtout sur les caractères de culture du Microsporum Audouïni sur 
des milieux faciles à préparer, que tous les laboratoires connaissaient 
et employaient communément. 

« La culture la plus caractéristique que l'on puisse obtenir du 
Microsporum A udouïni, disais-je, est la culture en strie sur pomme de 
terre. En sept ou huit jours, la strie est devenue une traînée grise, puis 
d'un brun rougeâtre rappelant une traînée de sang qui aurait pénétré 
le milieu, par imbibition, sans faire aucun relief à sa surface. Au bout 
de dix ou douze jours, sur cette strie, commence à paraître un duvet 
rare et court qui s'épaissit par place en petit bouquets. Sur ce milieu 
la végétation de ce cryptogame est pauvre. Cependant j'insiste sur la 
grande valeur de ces cultures, et voici pourquoi ; c'est que, sur le 
même milieu le favus produit une culture saillante et tourmentée, de 
surface contournée, cérébriforme, d'une consistance rappelant celle 
de la pâte de carton et le Trichophyton [de la tondante trichophytique 
ordinaire] une mince couche plate poudreuse, d'un jaune brunâtre ( 2 ). » 

Sur les milieux d'épreuve formulés en 1894, milieux maltosés ou 
glucoses, les cultures du Microsporum Audouïni sont très caractéris- 
tiques. Sur gélose maltosée, elles commencent par un petit disque de 

(') Sabouraud. Sur une mycose innominée. Annales de l'Institut Pasteur, 1 89." - 
février, p. 97. 
(-) Sur une mycose innominée, p. 97-9S. 



168 MICROSPORIES. 

duvet blanc, portant, au centre, une acumination minime qui signale 
le point où la semence fut déposée. Cette culture, à la température 
moyenne du laboratoire, naît au quatrième ou cinquième jour, elle 
atteint cinq centimètres de diamètre en un mois. Elle peut atteindre 
au double, en deux mois, si les dimensions du matras lui permettent 
d'y parvenir (PI. II, fig. i). 

Le duvet des premiers jours est d'un blanc pur, mais, plus la cul- 
ture vieillit, plus ce duvet paraît court et serré, la culture est comme 
un tissu de laine à poil ras, et sa couleur devient d'un blanc moins 
parfait et comme grisâtre. 

En même temps qu'elle pousse, la culture forme souvent des sil- 
lons radiés réguliers, trois ou quatre, partageant la culture en autant 
de secteurs. Et quand elle vieillit, de nouveaux sillons intercalaires, 
plus petits, se forment jusqu'au nombre de dix environ (PL II, fig. i 2 
et i 3 ). 

Lorsqu'une culture dépasse huit centimètres, ses plis s'effacent et 
elle montre des cercles concentriques, alternativement plus ou moins 
duveteux. La dimension de ces cultures a empêché de les reproduire. 
Sur gélose glucosée, la culture a la consistance et l'aspect d'un feutre ; 
la face dorsale des grandes cultures montre, en leur pourtour, un liséré 
rougeàtre assez marqué, visible aussi par transparence, et qui peut 
être presque glabre en surface. Sur gélose maltosée et sur gélose glu- 
cosée, les cultures du Microsporum Audouïni sont presque identiques. 

Sur de très vieilles cultures du Microsporum Audouïni en milieux 
sucrés, on peut voir naître, à la longue, quelques touffes isolées de 
duvet dont l'aspect est très analogue à celui des duvets pléomor- 
phiques de beaucoup de Dermatophytes. J'ai cultivé ces duvets, plu- 
sieurs fois et en série, sans parvenir à me convaincre qu'il s'agit d'une 
forme pléomorphique vraie; le fait est possible cependant, mais la dif- 
férence objective entre la culture primaire et la culture pléomor- 
phique serait alors très légère ( J ). 

Comme presque tous les Dermatophytes, le Microsporum Audouïni 
pousse à la température du laboratoire, autour de 15° centigrades 
environ; et si on met ces cultures à l'étuve, celle-ci ne doit pas dépas- 
ser 22° à 25°. A de plus hautes température la culture s'altère. 

La durée de vie du Microsporum Audouïni en pratique n'est limitée 
que par la dessiccation du milieu. J'ai repris des cultures vivantes, 
après dix-huit mois, sur des tubes de gélose préservés de la dessicca- 
tion par un capuchon de caoutchouc. 

Inoculations. — Dans ma première étude expérimentale du Mi- 
crosporum A udouini, je n'avais pu obtenir de ce parasite aucune ino- 

(') Je reparlerai de cette question à propos du Microsporum vetveticum, p. 170. 




. inïuobu k miî'ioqzoïDiM 




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i àtrilfiffl no) >-fijcj f'I >')'ii|i; • » * 1 1 r t ! i : ■ * MiuèK 

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■i'idul fi'»i *miO;j f(; 'fiiillu't 'MirM/ — 

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centre, une acuraination minime ({ni signale 

lui dep< culture, ;> la température 

au quatrième ou cinquième jour, elle 

Lres'de dii un mojs. Elle peul atteindre 

. mois, si du matras lui permettent 

: lia-. ï . 

LEGENDE DE LA PLANCHE II 
■ ce i courte! serré, la culture es! comme 

« poil ras, ei sa cou leur devient d'un blanc moins 
ne grisâtre. 

- qu'elle ivenl «les sil- 

tiliers, trois ou qualr en autant 

Microsporum Audouïni. 

il. fii4". I 3 

— Culture du Microsporum Audouïni sur gélose maltosée après 

12 jours (en matras d'Erlenmeyer). 

tre <\r> cercles concentriques, alternativement, plus ou moins 

— Même culture après 15 îours (en matras d Erlenmeyer). 

imension dexes cultures a empêché <ie fes reproduire. 

— Même culture après 18 jours (en .tubes)}' aspect d'un feutre; 

— Même culture après 25 jours (en tubes), pourtour, un 1 

— Même culture après 20 jours (en matras d'Erlenmeyer). 

ur gélose glu- 

— Même culture après .30 jours (en matras d'Erlenmeyer). 

— Culture du Microsporum Audouïni sur gélose glucosée après 

18 jours (en matras d'Erlenmeyer). 3 isolées de 

— Même culture après 15 jours (en tubes). 

— Culture du Microsporum A udouïni sur gélose peptonisée 3 0/0 

après 20 jours (en tubes), convaincre qu' 
phique til est possible cependant, mais la dif- 

:tive entre la culture primaire et la culture pléomor- 
alors très légèrel 

sque tous les Dermatdphytes. le Microsporum Audouïni 
cmpérature du laboratoire, autour de 15° centigrades 
■■ ultuL'.e.s à l'cluve. celle-ci ne doit p;is dépas- 
de plus hautes température la culture s'ait 

du Microsporum Audouïni en pratique n'est lii 
ation du milieu. J'ai repris des cultures vivantes, 
sur «les tubes de gélose préservés de la 
'ilchoue. 

ma première étude expérimentale du Mi- 
s pu obtenir de ce parnsite'nucune ino- 



lu Mie p. Y< 



SABOURAUD. — Teignes. 



Planche II 




Masson et Cie, Éditeurs 



Phniotypie Berthaml Paris 



î1p.> 



MICROSPORUM AUDOUINI. 169 

culation positive à l'animal. Quant aux inoculations à la peau glabre 
de l'homme, elles avaient donné lieu à « de légères rougeurs, non cir- 
cinées, accompagnées d'une légère exfoliation épidermique... lésions 
en tout semblables aux efflorescences épidermiques qui accompagnent 
très rarement... l'évolution de cette tondante » ('). 

Depuis lors, la question de l'inoculabilité du Microsporum Audouini 
a toute une littérature. Parmi les auteurs, les uns, comme Bodin, ont 
reproduit mes expériences et avec un semblable insuccès ( 2 ). D'autres, 
comme Courmont en France ( 3 ) et Mario Truf'fi ( 4 ) en Italie ont affirmé 
avoir inoculé ce parasite à l'animal. 

L'an passé, j'ai repris les inoculations au Cobaye du Microsporum 
Audouini de l'enfant, en prenant des Cobayes naissants, en utilisant 
des cultures adultes, des cultures vieilles. Je n'ai pas obtenu un ré- 
sultat positif, quel qu'ait été le procédé : frottis, scarifications, et 
même insertion de culture dans le trou d'une piqûre d'aiguille un peu 
grosse ( 3 ). 

Une seule fois j'ai obtenu un résultat positif, en implantant un che- 
veu microsporique de l'enfant dans un trou fait à la peau du Cobaye 
avec une aiguille ; cette opération est des plus aisées à réaliser. 

A partir du dixième jour qui suivit, il se produisit une lésion squa- 
meuse, arrondie, très parasitaire d'aspect et très durable, qui attei- 
gnit à un centimètre de diamètre et ne commença à s'éteindre et à 
disparaître qu'après vingt-cinq jours, plus d'un mois après l'inocu- 
lation. L'examen microscopique des squames et des poils ne montra 
aucun élément parasitaire, mais des ensemencements, pratiqués au 
vingt-huitième jour, me donnèrent deux cultures positives de Micros- 
porum Audouini sur douze. J'ai donc obtenu par cette méthode une 
inoculation positive au Cobaye, mais sans avoir pu donner la preuve 
de sa nature par l'examen microscopique. 

M. Truffi m'a écrit pour me confirmer la certitude qu'il avait de 
l'inoculabilité du Microsporum Audouini au Cobaye et l'impossibilité 
de mettre en doute les résultats positifs de ses inoculations. 

Étant donné d'autre part que l'inoculation du cheveu microsporique 
de l'enfant peut donner lieu sur le Cobaye à une lésion effective, cer- 
tifiée par la rétroculture, je suis conduit à penser que certaines cul- 

(') Sabouraud. Sur une mycose innominée... etc.... Annales de l'Institut Pasteur, 
février 1893, p. 103-104. 

( 2 ) E. Bodin. Les Champignons pathogènes de l'homme. Encyclopédie Léauté, 
p. 136-137. 

( 3 ) P. Courmont. Inoculation à l'homme du Microsporum Audouini. Comptes 
rendus de la Société de Biologie, 13 juin 1896, p. '201. De l'inoculabilité à l'animal 
du Microsporum Audouini. Province médicale, 1896, n° 28, p. 326. 

(») Mario Truffi. Sulla tigne, 1902. 

( 3 ) Sabouraud. Nouvelles recherches sur les Microsporums. Annales de Der- 
matologie, mars 1907, p. 176. 



170 MICROSPORIES. 

tures de Microsporum Audouini sont inoculables au Cobaye, peut- 
être lorsqu'elles ont été récemment extraites d'une lésion active de 
l'enfant, ou bien lorsqu'elles montrent à la culture une vitalité inac- 
coutumée, car il y a quelques légères différences, sur ce point, entre 
les cultures de diverses provenances; ou encore lorsque la culture 
provient d'une épidémie au cours de laquelle le parasite a renforcé sa 
virulence. Mais je persiste à dire, d'après mes expériences, que l'ino- 
culation positive des cultures du Microsporum Audouini au Cobaye est 
exceptionnelle et que cette inoculation reste négative dans le plus 
grand nombre de cas. 

L'intérêt de cette question est d'ailleurs limité puisque l'inclusion 
dans la peau du Cobaye d'un cheveu microsporique banal de l'enfant 
produit une inoculation positive indubitable. 

En outre, l'inoculabilité spontanée du Microsporum Audouini de 
l'enfant à ranimai semble certaine puisque Suis, étudiant les tei- 
gnes spontanées du Chien, a pu retrouver sur le Chien, une fois sur 
seize cas de teigne, le Microsporum Audouini banal dans une lésion 
de microsporie authentique. J'ai confirmé moi-même la culture di- 
recte ainsi obtenue. 



III. — LES PETITS MICROSPORUMS 

Microsporum velveticum (Sabouraud, 1907). 

Immédiatement après le Microsporum Audouini j'étudierai le Micros- 
porum velveticum présenté, nommé et figuré en 1907 ('). 

Je ne suis pas strictement sûr de l'existence de ce Champignon à 
titre d'espèce distincte, et voici pourquoi. L'ayant extrait d'une ton- 
dante microsporique que rien ne signalait comme particulière, je 
classai sa culture, sans examen approfondi, parmi celles du Microspo- 
rum Audouini. Elle resta ainsi de longs mois sans être réensemencée. 
Plus tard seulement je m'aperçus que ses cultures s'écartaient du 
type microsporique banal. Et les différences observées restèrent 
depuis lors constantes. Mais ce cas étant demeuré unique, je me suis 
toujours demandé si ce M. velveticum n'était pas simplement la forme 
pléomorphique du Microsporum Audouini, forme que j'ai cru obtenir 
à diverses reprises, sans le pouvoir en réalité. Toutefois je dirai, en 
étudiant mycologiquement le M. velveticum, les raisons qui m'empê- 

(') R. Sabouraud. Nouvelles recherches sur les Microsporums.. Annales de 
Dermatologie, mars, avril, mai, 1907. 






LES PETITS MI'CROSPORUMS. 171 

client de conclure ainsi et m'obligent à considérer cette culture 
comme celle d'une espèce distincte. 

Le M. velveticum a été observé dans une tondante infantile de type 
banal. L'examen microscopique des cheveux n'a montré aucune par- 
ticularité notable, bien que les préparations et les examens aient été 
par la suite plusieurs fois renouvelés, en se servant des cheveux ma- 
lades pris au début et conservés. La culture diffère de celle du M. Au- 
douïni d'une façon sensible. 

C'est un velours blanc, plus blanc, plus dru, plus serré que le duvet 
grisâtre du M. Audouïni banal. 

Les figures de la planche III, fîg. i montrent ces caractères. Lorsque 
la culture vieillit elle se partage en quatre ou cinq secteurs, séparés 
par des rayons creux, et le centre de sa culture, qui reste duveteux, 
prend une teinte brunâtre très fine et à peine marquée. Plus la culture 
du M. velveticum vieillit, plus elle se différencie de celle du M. Au- 
douïni, comme les figures ci-contre en témoignent, et ces différences 
ont persisté les mêmes pendant plus de deux années. 

Sur pomme de terre, la culture se présente comme faite de beaux 
bouquets duveteux serrés plus abondants, et plus drus que le duvet 
du M. Audouïni sur même milieu. 

Les inoculations du M. velveticum au Cobaye sont toujours restées 
négatives. 



Microsporum umbonatum (Sabouraud, 1907). 

Le Microsporum umbonatum est une espèce microsporique excep- 
tionnelle, en nos pays tout au moins. Elle a été observée et nommée 
en 1907 ('»). 

Elle a été trouvée sur deux enfants de nationalité russe, frère et sœur, 
récemment arrivés en France, et tous deux atteints d'une tondante 
microsporique en apparence banale. Comme le frère et la sœur 
s'étaient contaminés mutuellement, leur culture fut identique, et très 
différente de la culture ordinaire, ainsi que le montre la planche III, 
fïg. ii 2 et \v\ 

Cette culture se présente d'abord, après quinze jours, comme un 
petit bouton très saillant de duvet blanc, très finement aréole de 
rayons duveteux courts, à la surface du milieu. Après vingt-cinq 
jours, la culture a pris exactement la forme ronde du bouclier antique 
avec son umbo conique central, d'où le nom donné à cette espèce 

(') R. Sabouraud. Nouvelles recherches sur les Microsporums. Annales de 
Dermatologie et de Syphiligraphie, mars, avril, mai 1907. 



172 MICROSPORIES. 

microsporique. La culture vieille est partagée en secteurs par des 
fossettes rayonnées, et dans son ensemble prend une forme florale 
des plus élégantes (PI. II, fig\ n 3 ). 

Sur pomme de terre, après vingt-trois jours, le M. umbonatum, 
ensemencé par strie, se développe par points blancs arrondis, très peu 
duveteux, disséminés sur une strie rougeâtre à peu près glabre. Après 
trente-sept jours, toute la strie forme exactement une couche de givre. 

La culture du M. umbonatum n'a pu être inoculée au Cobaye. 
S'agit-il d'une espèce microsporique fréquente en Russie? Peut-être, 
elle n'a jamais été retrouvée depuis. 



Michosporum tardum (Sabouraud, 1909) 

Le Microspôrum tardum (PI. III, fig. ni 1 , m 2 et m 3 ) apparaît comme 
une espèce naine du Microspôrum Audouïni banal. On l'a toujours 
observé dans une tondante que rien ne signalait à l'attention, et clans 
laquelle le parasite avait les caractères normaux des Microsporums. 
La culture seule faisait la différenciation. Nos figures la représentent 
à vingt-sept jours, à quarante-cinq jours, et à trois mois, ayant, à 
chacune de ces dates, à peine la moitié des dimensions qu'aurait eues 
le M. Audouïni. La culture est aussi plus tassée, le duvet plus dru, 
plus court et plus serré que celui des cultures microsporiques banales. 
Autour de la culture vieille, on voit, dans l'épaisseur du milieu d'é- 
preuve, des rayons fins, qui viennent affleurer la surface, et se recou- 
vrent lentement de duvet court, souvent irrégulièrement et par places. 
L'ensemble, sur tous milieux sucrés, donne l'aspect d'une culture 
pauvre, souffreteuse ; et elle reste ainsi toute sa vie. Les générations 
successives de ces cultures restent identiques, avec une fixité égale à 
celle des espèces les mieux connues et les plus fréquentes. Il ne s'agit 
donc pas d'une culture atrophique par hasard, mais d'une espèce ou 
d'une variété fixe, de caractères héréditaires. 

L'apparition tardive de points duveteux excentriques m'a fait croire 
un instant à l'existence d'une forme pléomorphique, mais le réense- 
mencement de ces duvets a toujours donné la culture primaire sans 
changement. Donc la forme pléomorphique de cette culture, si elle 
existe, est inconnue. 

L'inoculation de cette culture est toujours demeurée négative. 

Tels sont les faits principaux concernant ce Microspôrum. Comme 
l'indiquent nos chiffres, c'est à Paris le plus fréquent des Microspo- 
rums atypiques. Il s'est présenté 15 fois sur 500 dermatomycoses. 




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LÉGENDE DE LA PLANCHE III 

mn< - ■ ur i 

une couche de g 
lu M. umboiiatui inoculée au Cobaye. 

. e microsporique fréquente en Russie? Peut-être, 

Tableau comparé du Microsporum velveticum, du Microsporum 

umbonatum. du Microsporum tardum. 
Mu 

I. Microsporum velveticum. 

apparaît coi 

I, I. — Culture de 25 jours sur gélose maltosée. oujo 

dans une londan , l'attention, et dans 

/ÏÏl'MlCROSPORUMUMBONAT^. d 

seule faisait ta diffé] la représentent 

II, II. — Culture de 12 jours, sur gélose maltosée. rn< 

II 2 , II 2 . — Culture de 20 jours. — 

... a J j „ n . 

II-». — Culture de oO îours. 

milieu d 
III. Microsporum tardum. 

ttt ttt ^i» i or • riLirré .. , 

III, III. - Culture de 25 jours, sur gélose maltosée. 

donne 1 i ! nue cul 

111 2 , III 2 . - Culture de 45 jours. 

111 3 , III 3 . — Culture de 90 joursen! tiques, ave< 

fréquentes. Il ne 
l'une culture atrophique par mais d'une espèce ou 

•iitaires. 
• tardive de points duveteux > m'a l'ait i 

tence d'une i_ orphique, mais le ré» 

luvets a toujours donné la cultun 
la formé pléomorphique de celle culture, s. 
rtnnue. 

cette culture est toujo 
principaux concernant ce Microsporum. 

à Paris le plu* fréquent des Microsp 
15 fois sur ')(>(» dermatom 



SABOURAUD. — Teignes. 



Planche III 




D D Q| 



n n 





Masson de Cie, Editeurs. 



h'hototypic Berthaud, Paris 



ÉTUDE MORPHOLOGIQUE GÉNÉRALE DES MICROSPORUMS. 173 



IV. — ÉTUDE MORPHOLOGIQUE GÉNÉRALE DES MICROSPORUMS 

Introduction. — En étudiant le cheveu de la tondante à petites 
spores, nous avons vu sous quelle forme se rencontrait le parasite et 
quel aspect il prenait autour du cheveu. C'était, si Ton peut ainsi parler, 
une étude de microscopie clinique. Mais cette étude est insuffisante à 
nous faire comprendre, en son détail, la morphologie du parasite, qui 
est très complexe. Et c'est sur elle que nous allons insister dans ce 
chapitre. , 

Cette étude est très difficile, sinon impossible, à pratiquer avec le 
cheveu de l'enfant atteint parle Microsporum Audouïni. Elle doit être 
suivie minutieusement sur le poil du Cobaye inoculé, et par conséquent 
inoculé d'un Microsporum animal puisque les Microsporums du type 
humain sont, sur lui, d'inoculation difficile et incertaine. 

Avec l'un des Microsporums animaux dont l'histoire suivra, on peut 
très facilement étudier la structure complète du parasite, dont le dis- 
position, dans ce poil et autour de lui, est plus visible à cause de la 
diaphanéité du poil du Cobaye, et aussi parce que, chez cet Animal, 
le mycélium intra-pilaire prend la prépondérance sur l'écorce extra- 
pilaire du parasite, et en devient plus visible. Nous partagerons le 
sujet suivant ses divisions naturelles. 

L'envahissement de l'épidémie précède l'envahissement du cheveu, 
aussi l'avons-nous étudié tout d'abord ; mais il nous faudra examiner le 
parasite dans le développement qu'il prend à l'orifice folliculaire (I); 
lorsqu'il envahit le cheveu lui-même (II); lorsqu'il envahit 1'épiderme 
folliculaire (III); ensuite nous examinerons le mécanisme de forma- 
tion de la gaine de spores (IV); puis le développement du mycélium 
intra-pilaire du parasite (V)... aboutissant à former la frange d'Adam- 
son au-dessus du bulbe pilaire (VI) ; et nous terminerons en étudiant 
les rapports du mycélium intra-pilaire avec la gaine de spores (VII); 
question délicate qui nous conduira à présenter le schéma général de 
la structure des Microsporums dans le cheveu ou le poil (VIII). 

I. Envahissement de Vorifice folliculaire. — Lorsque survien- 
nent au cuir chevelu les taches érythémateuses signalant l'infection 
épidermique, si l'on épile les cheveux qui les couvrent, ils ne semblent 
nullement malades pour la plupart, et viendront entiers à l'épilation. 
Mais soumis à l'examen microscopique, beaucoup montreront de nom- 
breux éléments parasitaires. C'est ainsi que l'on peut étudier le début 



174 



MICROSPORIES. 



de l'envahissement des cheveux. Cet envahissement se produit tou- 
jours de la même 



façon. A la vérité 
les variantes sont 
innombrables, mais 
elles oscillent très 
peu autour du type 
dont la descrip- 
tion va suivre. 'Ce 
que je vais dire 
s'observe plus sou- 
vent, et plus aisé- 
ment avec les Mi- 
crosporums d'ori- 
gine animale. Mais 
on peut l'observer 
chez tous les Mi- 
crosporums, à con- 
dition de surprendre une 
tache microsporique quand 
elle commence, ou d'exami- 
ner les bords d'une tache 
en extension. 

Lorsque les filaments my- 
céliens, qui se multiplient 
et s'étendent dans l'épais- 
seur de la couche cornée, 
rencontrent un ostium fol- 
liculaire, ils s'y multiplient 
au point d'y créer une masse 
parasitaire qui n'a pour 
analogue dans la série des 
maladies mycosiques que 
le godet du favus. Cette 
masse (fig. 18) a la forme 

Fig. 18. — Envahissement de l'orifice 
pilaire par le Microsporum lano- 
sum chez Venfant. — Le parasite 
constitue un agglomérat conique 
à pointe dirigée en bas, occu- 
pant tout l'oslium folliculaire. 
Cet agglomérat est formé d'é- 
normes filaments mycéliens seg- 
mentés, A, C et d'amas de gros- 
ses spores rondes B (x 260). 







Wfê 




ses auuica i <_/ 1 1 vt v, .-? u ^ --^ ^w j . 

Dissociation par la potasse , lavage , montage dans la glycérine . Sans colora 



ÉTUDE MORPHOLOGIQUE GÉNÉRALE DES MICROSPORUMS. 175 

d'un cône à sommet inférieur dont le cheveu ferait Taxe. A l'œil nu 
elle semble une collerette blanche, évasée, adhérant plus au cheveu 
qu'à l'épiderme circonvoisin, car l'épilation du cheveu l'enlève ordi- 
nairement avec lui. 

Ce cône mycosique est l'ait, pour la plus grande part, de filaments 
géant* composés d'énormes cellules rectangulaires placées bout à bout. 




Fig. 19, — Détail de l'agglomérat mycélièn constitué par le Micros'porum lanosum à l'orifice 
folliculaire (après une dissociation à chaud par la potasse 50 pour 100). Cette dissociation 
a déplacé l'agglomérat mycélièn A, qui se trouve croiser un cheveu C par le travers. L'é- 
corce de petites spores de ce cheveu se voit en B. Montage à la glycérine sans colora- 
tion, x 260. 

Ces cellules semblent avoir en moyenne 12-15 j/. de long, sur 0-7 de 
large, dans les préparations faites avec la solution de potasse. Elles 
sont notablement moindres quand elles ont été fixées par l'acide for- 
mique et colorées. 

La figure 5, très fidèle, relevée à la chambre claire, élément par 
élément, donne une réprésentation précise de cet extraordinaire 
agglomérat. 

Le cône mycosique de l'ostium folliculaire (A. fig. 19) est composé 
de deux sortes d'éléments assez différents : 



176 



MICROSPORIES. 



1° De beaucoup les plus nombreux et les plus importants sont les 
mycéliums rubanés géants que je viens de décrire ; 

2° Il y a ensuite, mélangés aux rubans mycéliens, et formant des 

îlots entre eux, de nombreux éléments 
ovales sporulaires de dimension à 
peine moins considérable et dont la 
distribution en fdes régulières n'est 
plus reconnaissable (B. fig. 20). 



■n; 







_-B 



„A 



^ô 



\* 



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Fig. 20. — L'agglomérat mycélieû con- 
stitué par le Microsporum lanosum à 
l'orifice folliculaire n'est pas seule- 
ment composé de filaments septés 
A, mais aussi d'éléments sporulaires 
ovales, déhiscents B, dont la distri- 
bution en chaîne n'est pas aisément 
visible. En C est le cheveu qui for- 
mait l'axe du cône parasitaire (Disso- 
ciation par la potasse à 50 pour 100, 
montage dans la glycérine sans colo- 
ration, x 260). 



A. Mycéliums rubanés géants. 

— Dans les manœuvres d'éclaircisse- 
ment et de montage des préparations, 
le cône mycosique est souvent détruit 
ou dissocié. On peut ainsi le retrou- 
ver plus ou moins loin de son point 
d'origine, comme l'indique la figure 19, 
dans laquelle un débris considérable 
de ce cône se trouve placé en travers 
du cheveu, le long duquel il était 
placé d'abord. Cette figure montrera 
la forme rubanée du mycélium, le 
polymorphisme des éléments cellu- 
laires qui le composent et le mode de 
leur agglomération. Ces filaments 
sont peu épais, diaphanes, faciles à 
dissocier et à rompre. Examinés dans 
la potasse, ils ont une coloration pro- 
pre d'un bleu pâle ou vert d'eau, re- 
marquable, très distincte de celle des 
tissus environnants. 



B. Eléments sporulaires ovales. 

— Encadrés par les mycéliums ruba- 
nés géants que nous venons de dé- 
crire, sont des éléments sporulaires, 
ovales, de dimensions à peine plus 
petites que les éléments des rubans 
mycéliens eux-mêmes. Tantôt l'agmi- 
nation en chaîne de ces éléments est encore partiellement visible, 
tantôt elle n'est plus du tout reconnaissable, c'est ce que montre par- 
faitement la figure 20, B. 

Parmi les cellules mycéliennes qu'on y voit, on peut saisir toutes 
les transformations entre la cellule rectangulaire des filaments mycé- 
liens géants, A, et la cellule ronde isolée, déhiscente, B. 



ETUDE MORPHOLOGIQUE GÉNÉRALE DES MICROSPORUMS. 177 

Certaines préparations montrent mieux encore commen* les rubans 
mycéliens forment les agglomérats d'éléments sporulaires. Ainsi la 
figure 21. Entre les rubans mycéliens sont encadrées des cellules mycé- 
liennes agglomérées les unes 
aux autres comme des frag- 
ments de matière plastique 
qu'on aurait tassés de façon 
à ne laisser entre eux aucun 
intervalle. Les cellules ainsi 
tassées ressemblent à des 
gouttes de liquide figées. Et 
il est impossible de se rendre 
compte de l'ordre dans lequel 
elles sont nées bout à bout ( L ). 

Les filaments mycéliens 
géants, qui constituent le 
cône mycosique logé dans 
l'orifice folliculaire, ne com- 
prennent entre eux aucune 
cellule épithéliale, pas plus 
que les mycéliums d'Achorion 
dont l'agglomérat constitue 
le godet favique. Le cône est 
donc contenu dans l'ostium 
du follicule, et ne se déve- 
loppe pas aux dépens de l'épi- 
démie folliculaire. 

L'épiderme de l'ostium fol- 
liculaire et du follicule sont 
bien envahis par le parasite, 
mais cet envahissement s'ef- 
fectue par le moyen de fila- 
ments mycéliens tout à fait 
différents des précédents. 

En somme, et pour résumer 
d'abord ce qui précède, on 
peut dire que les Microspo- 
ruiïïs, après leur premier 

stade d'infection épidermique, lorsqu'ils rencontrent des orifices folli- 
culaires, s'y développent et y prolifèrent de façon à créer dans l'ostium 

(') J'ai vu des éléments analogues et je les ai figurés, dans les cultures en 
goutte d'Achorion. Voyez : La Pratique dermatologique, t. I, art. Dermatophytes, 
p. 855 et fig. 192. 




Fig. 21. — Élude du détail de l'agglomérat m/y célien 
conique de l'orifice folliculaire. — En A, mycé- 
lium septé, géant, descendant au long du che- 
veu. En B, amas d'éléments polymorphes, moulés 
les uns sur les autres, et dont la distribution en 
lilaments n'est absolument plus reconnàissable. 
EnC, une bifurcation mycélienne (x 260. Mon- 
tage dans la glycérine après dissociation dans 
la potasse à 50 pour 100.) 



LES TEIGNES. 



12 



178 MICROSPORIES 

un agglomérat mycélien, en forme de cône, constitué par des élé- 
ments cellulaires de très grosse dimension, rectangulaires et disposés 
en rubans, ou bien ovalaires, et disposés en amas. 

Il est tout à fait remarquable d'observer que jamais le parasite ne 
pénètre à ce niveau dans l'épaisseur même du cheveu qui est toujours 
et tout à fait sain. 

11 est également à remarquer que tous les filaments mycéliens du 
cône se dirigent vers la racine du cheveu. Dans la teigne micros- 
porique, comme dans toutes les teignes, quand on trouve la partie 
aérienne d'un cheveu parasitée, c'est toujours par la croissance ascen- 
sionnelle du cheveu malade, ou, en d'autres termes : le parasitisme 
des cheveux ne se constitue activement qice dans leur partie radiculaire. 

II. Envahissement du cheveu. — C'est le cône mvcosique de 
lostium folliculaire qui infecte le cheveu. 

Voici (fig. 2$) un fragment de ce cône qui montre parfaitement bien 
le mécanisme de cette infection. En A est une partie du cône lui- 
même. Au-dessous de lui, on voit les rubans de mycélium géant 
former un faisceau vertical qui s'amincît de haut en bas jusqu'à n'être 
plus composé que de quelques filaments juxtaposés. Ces filaments ont 
tout à fait gardé leur position réciproque, parce qu'ils sont collés à 
un large fragment de la cuticule du cheveu. En sorte que la prépara- 
tion permet d'apprécier leur transparence, leur minceur, et aussi leur 
fragilité, car ils sont tous rompus en même temps que la cuticule et 
au même niveau qu'elle f 1 ). 

Au stade où nous observons l'infection et l'envahissement du che- 
veu, le cheveu est à peine fragile. On peut aisément l'épiler entier, 
ou ne le casser qu'au niveau du collet du bulbe. Il est donc facile de 
suivre ce que deviennent les mycéliums rubanés géant*, faits de 
cellules quadrangulaires, et qui descendent le long du cheveu, collés 
à sa cuticule. 

Les figures suivantes nous le montreront clairement. Elles repré- 
sentent, dans son intégralité, la partie radiculaire d'un cheveu, et 
comme cette partie radiculaire était trop longue pour être représentée 
en une seule figure, on l'a sectionnée en plusieurs, lesquelles doivent 
être comprises comme si elles étaient placées bout à bout. 

On y voit (fig. 25. A) les mycéliums rubanés géants descendre ver- 
ticalement le long du cheveu, collés au cheveu comme une couche de 
vernis. Ces tiges mycéliennes plongeantes offrent, à un degré frap- 
pant, les caractères des mycéliums jeunes, leur forme épouse celle des 

t 1 ) Notons en passant que cette préparation montre (en C) des fragments du 
reticulwm de filaments grêles qui végètent dans l'épiderme du follicule et que 
nous décrirons plus loin. 






ÉTUDE MORPHOLOGIQUE GÉNÉRALE DES MICROSPORUMS. 179 



obstacles, les contourne, elle est 
Quelquefois, ici ou là, un mycé- 
lium rectiligne décrit subitement 
un quart de cercle et reprend en- 
suite sa direction verticale. Et en- 
fin, plusieurs se résolvent, sous nos 
yeux, en groupes, d'éléments polyé- 
driques par pression réciproque, 
disposés en chatons de bague, 
comme plusieurs diamants montés 
côte à côte et dont les plus petits 
sont périphériques. Ces éléments 
cellulaires, juxtaposés sans ordre, 
en mosaïque, sont identiques, 
comme forme et disposition, aux 
sporules qui font une cuirasse au 
cheveu microsporique, mais ils sont 
plus gros (fig. 24 et 25). 

Une chose peu croyable et vraie 
pourtant, c'est qu'il est très dif- 
ficile de savoir exactement en 
quel point chaque filament mycé- 
lien descendant pénètre sous la 
cuticule. Tous rampent d'abord à 
la surface du cheveu et, vers la 
moitié environ de la hauteur de 
la racine du cheveu ; on en voit 
passer sous la cuticule. Il semble 
que les groupes à facettes, en cha- 
tons de bague, soient produits tan- 
tôt sur et tantôt sous la cuticule. 
Dans ce dernier cas ils restent im- 
médiatement sous-cuticulaires. On 
peut même se demander si la cui- 
rasse de petites spores ne se fait 
pas tout entière entre la cuticule 
du cheveu et le cheveu. Quoi qu'il 
en soit de ce point spécial, qui sem- 
blerait facile à fixer, et qu'il paraît 
étonnant de trouver litigieux,, la 
cuirasse de petites spores est de 
plus en plus complète à mesure 
qu'on l'envisage sur une partie plus 



comme molle, comme plastique. 



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Fig. 22. — Comment l'agglomérat mycé- 
lien conique de l'orifice folliculaire A se 
résout en gros filaments mycéliens sen- 
tes, verticaux, plongeant au long du che- 
veu B. En C, débris des filaments grêles 
de l'épiderme folliculaire (x 260. Prépa- 
ration sans coloration, dissociation dans 
une solution de potasse àôO pour 100. 
Montage dans la glycérine). 



Vue d'ensemble du cheveu mi- 
crosporique au stade de l'inva- 
sion parasitaire. Microsporum 
lanosum. 



.V. B. — Les quatre figures qui suivent doivent 
être supposées placées l'une au-dessus de 
l'autre, x 260. 




Fig. 23. — Le cheveu à son point d'émergence 
hors de la peau. E, cellules épidermiques. A, 
cône mycélien de l'orifice folliculaire, x 260. 



Fig. 24, supposée au-dessous de la figure 
23. A, fragment inférieur du cône 
mycélien de l'orifice folliculaire. B, 
Mycéliums rubanés géants descendant 
autour du cheveu, x 260. 




f 



■ÎM W' ^\ - '-Ni v v v - • '/«T . 

fS餤iite$ 




Fig. 25, supposée au-dessous de la 
figure 24 C, Mycéliums rubanés géants 
donnant lieu à des groupes sporulai- 
res composés d'éléments de plus en 
plus petits, jusqu'à constituer, en D, 
la cuirasse microsporique. x 200. 



Fig. 26, supposée au-dessous de la figure 2,'> D. 
cuirasse microsporique constituée. En E, cel- 
lules de l'épiderme folliculaire. Au point de 
fracture F (région sus-bulbaire) apparaissent 
les filaments ténus de la frange d'Adamson. 
x260. 



182 



MICROSPORIES. 



Mg. 27. — Le mycélium du Micro- 
sporum soulève la cuticule, et 
passe au-dessous d'elle dans le 
corps du cheveu, x 2(50 



Tr^ss 



basse du cheveu. Et plus les groupes originaux dont la réunion semble 

Former cette cuirasse s'éten- 
dent, plus leurs éléments 
sporulaires deviennent petits 
(fig. 25. C). 

Certains des rubans my- 
céliens géants continuent 
leur descente sous la couche 
sporulaire et on les voit 
apparaître là où cette couche 
est incomplète. 

D'autres passent d'emblée 
dans l'intérieur du cheveu, 
sous les cellules de l'épider- 
micule du cheveu. Comme 
ces cellules sont imbriquées 
en sens inverse des tuiles 
d'un toit, il suffit qu'une 
extrémité mycélienne sou- 
lève l'une d'entre elles pour 
se trouver de suite dans le 
corps du cheveu. 

Les filaments s'y multi- 
plieront en constituant le 
trousseau mycélien intra-pi- 
laire du Microsporum, très 
peu visible dans la majorité 
des cas, et qui est pourtant 
d'une importance considé- 
rable dans la morphologie 
totale du Microsporum. 

Ce passage du mycélium 
dans l'intérieur du cheveu 
avait été très bien observé 
par Adamson, Colcolt Fox 
et Blaxall, ainsi qu'en té- l '■' 

moigne la figure 28' qui ap- 
partenait au travail des deux 
derniers de ces auteurs. 




Fig. 28. 



III. Invasion de ï épi- 
démie folliculaire. — Plu- 
sieurs des figures qui précèdent montrent, au niveau de l'ostmm fcrili- 



ÉTUDE MORPHOLOGIQUE GENERALE DES MICROSPORUMS. 183 

culaire, à la place du cône pluspiaut décrit, ou autour de lui quand il 
existe, des débris de filaments extrême- 
ment ténus, le plus souvent dilacérés. 
C'est par eux que s'opère l'invasion de 
l'épiderme folliculaire. On s'en rendra 
compte en examinant des prépara- 
tions de cheveux qui ont enlevé avec 
eux une partie de l'épiderme follicu- 
laire ; si l'on veut bien les traiter par 
l'acide formique pour les éclaircir 
avant de les colorer par un bleu basi- 
que comme le bleu polychrome ou le 
bleu de Sahli. 

On afM,ient ainsi des préparations 
telles aue les représentent les figures 
29 et oêr 

La fig*ire 29 montre, autour du cône 
mycélkBR qui occupe la bouche du 
follicule, et au-çtesous de lui, de rares 
filamenLs mycéliens extrêmement 
longs, et graciles, qui plongent verti- 
calement dans la profondeur, entre le 
cheveu et l'épiderme folliculaire. Ils 
sont disposés autour du cheveu comme 
des lanières de fouet pendantes (fig. 
29. A). Ces filaments grêles sont faits 
de fines cellules allongées très régu- 
lières. Ils se bifurquent d'abord assez 
rarement, fournissant soit des ra- 
meaux transversaux très brefs, soit 
des rameaux verticaux très longs. Les 
uns et les autres sont terminés (fig. 
29. B) par un renflement faleiforme 
assez polymorphe. 

Contrairement à ce que l'on pour- 
rait croire tout d'abord, ces filaments 

Fig. 29. — Da haut de I'ostium folliculaire entre 
le cheveu et l'épiderme folliculaire descendent 
des filaments mycéliens très ténus A, qui plon- 
gent dans la profondeur, et dont les rameaux 
latéraux ou terminaux se terminent par des 
renflements polymorphes B. On distingue sur 
un plan plus profond la cuirasse de petites spo- 
res, C, déjà constituées (Préparation colorée au 
bleu polychrome, après chauffage dans l'acide 
formiffye. x 260j. 




'-^ 



184 MtCROSPORIES. 

grêles, plongeant entre le cheveu et le follicule, n'ont aucune part 

dans l'invasion parasitaire 

1 



du cheveu. On ne les observe 
guère qu'autour de cheveux 
dont le parasitisme est déjà 
pleinement constitué (fig. 29 
et 50) et extérieurement à 
la cuirasse microsporique 
qu'on aperçoit au-dessous 
d'eux. 

La figure a() montre le dé- 
veloppement que peut pren- 
dre le réticuluvn, de filaments 
grêles qui arrive à consti- 
tuer à travers les cellules 
épidermiques. dont quel- 
ques-unes lui restent adhé- 
rentes, un véritable filet en- 
veloppant la cuirasse mi- 
crosporique comme celle-ci 
enveloppe le cheveu. 

L'existence de ce réticu- 
lum à travers les cellules 
épidermiques du follicule est 
certainement inconstante et 
même rare. 

IV. Formation de la 
gaine sporulaire autour 
du cheveu. — On a beau- 
coup discuté le mode de for- 
mation de la gaine de spores 
péri-pilaires des Microspo- 
rums. Il esl hors de doute 
depuis les recherches de 




Fiji'. 30. — Lacis mycélien ténu de Pépi- 
derme folliculaire, entourant cowùme 
un filet le clieve.it microsporique. — 
A, filaments mycéliens. B, Sur un 
plan plus profond apparaît la cui- 
rasse de spores du cheveu. En C, 
cellules épidermiques restées adhé- 
rentes au réticuhnn mycélien (Colo- 
ration par le hleu de Sahli après 
chauffage dans l'acide formique. 
x 2(50). " 



ÉTUDE MORPHOLOGIQUE GENERALE DES MIGROSPORUMS. 185 



A'damson, de Fox et Blaxall eL les miennes. 
Irer par des figures plus explicatives que 
tous les textes. 

Voici d'abord un cheveu d'entant au 
stade d'invasion du Microsporum lanosum 
(fig. 51). En A se voit une série de cinq 
éléments gigantesques. Ce sont les cellules 
fantastiques (ghost-like) de Adamson. 

En B sont les rubans mycéliens géants 
que nous connaissons; leur direction des- 
cendante est attestée par le sens des bifur- 
cations. Ce qu'il faut étudier particulière- 
ment dans cette figure, ce sont les deux 
points C et (7 où l'on voit deux groupes 
sporulaires en segmentation. Celui du haut 
fait d'éléments énormes C, celui du bas 
fait de petits éléments C. Le point C en 
haut de la préparation montre l'étonnant 
polymorphisme des éléments mycéliens, 
et leur disposition fantaisiste qui, lorsque 
la gaine sporulaire est complète, empêche 
si bien de reconnaître comment elle s'est 
faite. 

Que la gaine microsporique soit faite 
par la division irrégulière de tiges mycé- 
liennes, c'est ce que j'avais énoncé comme 
probable dès 1894, mais c'est ce qui est 
démontré de la façon la plus positive dé- 
sormais. Voici des figures qui ont été re- 
levées à la chambre claire, avec une très 
grande précision, et qui sont, sous ce rap- 
port, on ne peut plus démonstratives ('). 

La première (fig\ 5*2) montre comment 
un filament se résout en un groupe sporu- 
laire. Ses cellules allongées, d'abord, sont 
bientôt de plus en plus courtes, séparées 

(') Toutes les figures suivantes de la figure 52 
à la figure .18 inclusivement, ont été reproduites 
à 500 diamètres et non à 260. 



Fig. 51. — Formation de la gaine sporulaire. Cheveu 
d'enfant. .Microsporum lanosum. A et B. mycélium 
géant. C, groupe de cellules à facettes de Fox C, 
même ilôt de plus petits éléments, x 2(30. 



et nous allons le démon- 



186 MICROSPORIES. 

par des septa de plus en plus proches. Puis, dune première bifurca- 
tion en V, naissent une foule d'autres; et certaines des cellules, ainsi 

produites, sont deux ou trois fois plus grosses 
F que le filament dont elles sont issues. 

i i Tantôt, (fig. 33) au-dessous d'une bifurca- 

/;r* \ J 9 tion, une seule branche donne lieu à un groupe 

Î'I^ t »• J*S&m sporulaire, l'autre continuant sa route. 

* AV" ,s £fe * Tantôt (fig\ 34) un mycélium se résout d'un 

Fjo -, seul coup en une pluie de spores inégales, 

parmi lesquelles, de-ci de-là, se reconstitue 
un filament reconnaissable. En ce qui concerne l'invrai- 
semblable polymorphisme des éléments, et la fantaisie qui %»^ 
préside à leur division, nulle figure ne saurait être plus \*\ 
démonstrative que les suivantes (fig. 35 et 56). v * 

Enfin, pour montrer la figure d'ensemble que forment les * **Jf 

îlots sporulaires, lorsqu'ils arrivent à se juxtaposer, je four- "* 

nirai la figure 37 qui est on ne peut plus claire à ce sujet. Fi „. -- 
Toutes ces figures sont dessinées d'après des préparations 

colorées au bleu de Sahli, ou au bleu polychrome. Les 
\ protoplasmas seuls sont colorés, les enveloppes cellulo- 

vfeVg, siques ne le sont pas. C'est ainsi qu'on peut le mieux 
4 suivre le mode de formation 
-*V de ces groupements cellu- *»\K?M!* -*•.*<% n 

, '• laires. Autrement presque -f ^ ^£0 

• # \ toutes les cellules qui le *^* i 

j B .7; composent se touchant par 
»•.'•*.'',. leurs bords, leur déforma- 
■%.« » ** f lon P ar pression réciproque *£ 

KfitS'tf* î- est telle qu'on les croirait 9 \ £ 

)>\ de tous côtés articulées avec ^> 

»*"" leurs voisines. Fio . ^ 

Un détail morphologique 
Fig. 34. qui paraît avoir une réelle importance, c'est que certaines 

cellules d'un filament rhycé- 
lien semblent mourir et disparaître très V" 
promptement. Aussi bien sur des prépara- • f'NjSiv 
tions colorées que sur des préparations *^X 
non colorées, on cesse de les voir. La <^T^ 
figure précédente (fig. 37) et la suivante \„ ,^ 

(fig. 58) montrent un exemplaire de cette > jj 

discontinuité. Cet aspect d'un filament ... „ 

1 ri g. 00. 

pourrait, dans quelques cas, amener à con- 
sidérer un îlot sporulaire comme surgissant de l'intérieur du cheveu, 




ÉTUDE MORPHOLOGIQUE GÉNÉRALE DES MICROSPORUMS. 187 

en empochant de retrouver le filament, extérieur au cheveu, dont il 
est issu. 

Nous venons d'étudier les faits que montre le cheveu 
de l'enfant inoculé de Microsporums, mais l'inoculation 
des Microsporums aux Animaux fournit, en ce qui con- 
cerne le mode de naissance de la cuirasse sporulaire des 
poils microsporiques, des figures au moins aussi inté- 
ressantes que celles que montrent les cheveux humains. 
Car si les éléments qui constituent la gaine sporulaire 
g sont plus petits sur le poil du Cobaye, ils sont |* fy 

♦ aussi plus réguliers, et la continuité de leurs ,îî *•**'<' • 

1 files est incomparablement plus aisée à suivre. VJ* &>?*, %t 

• Voyez, par exemple, comme elle est évidente ■'fflyi'j'**! 

|(fig. 76 et 77) sur le poil du Cobaye inoculé dix /* '^** 
L jours auparavant du Microsporum du Chat de / • »'A.* 
I Fox et Blaxall. Après l'examen de telles figures, •■ È5? 

I il ne peut rester aucun doute sur l'origine my- ^ £ Vr «• 

célienne des « spores » de l'écorce parasitaire » \\[ * 
Fig- 38. . l «.,-,- t aV 

que les Microsporums lont au cheveu. \ ^» 

Avec le Microsporum lanosum on peut obtenir sur le J £| 
poil du Cobaye des figures encore plus schématique- V;^ i 
ment démonstratives du même fait. Ainsi la figure 59, »*5»A 
où l'on voit un îlot sporulaire terminer un long filament '** 
mycélien isolé qui rampe sur le cheveu. En A est un " 

filament mycélien qui était collé sur le poil du Cobaye Flg ' °'" 

en dehors de la cuticule, car il s'est décollé partiellement, et sans en- 
traîner aucune cellule cuticulaire avec lui. Ce 
filament A va se résoudre, en B, en un groupe 
cellulaire, dont le type nous est déjà connu 
par les figures précédentes, et qui est assuré- 
ment un des groupes polymorphes qui consti- 
tuent par leur réunion la gaine sporulaire. 
Cette môme figure est un exemple frappant, 
aussi, du début de ce phénomène important 
que j'ai mentionné plus haut, à savoir l'émi- 
gration protoplasmique du filament initial A 
dans les cellules dérivées B, bien plus forte- Fig. 39. — Fragment d'un poil 

ment colorées que lui. Ce phénomène de la £ e Co kaye, 10 J 01 ' 1 '* a P lts 

1 : ' r . , linoculation du Microspo- 

résorption protoplasmique est d'ailleurs fré- rum lanosum (Bleu de Sahii. 

quent dans les cultures de Dermatophytes, x 6 '' 

surtout au niveau des formes différenciées de reproduction ('). 

(\) Consulter à ce sujet les figures 150, 152, 153, 162, etc. de l'article Dermato- 
phytes de la Pratique dermatologique, t. I. 



r-' 


/ | / . jt 






i-' 




Wé h* 



188 MICROSPORIES. 

V. — Mycélium intra-pilaire des Microsporums. — Nous avons 

vu en étudiant le Microsporum Audouïni 
que les filaments myeéliens descendant 
au long' du cheveu, lorsqu'ils sont par- 
venus au 1/3 supérieur de sa partie radi- 
culaire, soulèvent les cellules cuticu- 
laires, et passent dans le corps même 
du cheveu. Os filaments continuent alors 
à descendre dans l'intérieur du cheveu 
en se multipliant par dichotomie. C'est 
surtout avec le Microsporum lanosum 
que cette disposition du parasite est visi- 
ble, et surtout dans le poil du Cobaye, 
comme nous le verrons. Mais déjà, avec 
le cheveu de l'enfant, on peut obtenir 
des préparations probantes, lorsqu'on 
étudie des cheveux nouvellement atteints 
par le parasite. Ce sont de tels cheveux 
que montrent les trois figures suivantes. 

Une chose frappante est de voir, sur 
des préparations colorées, le parasite, si- 
tôt qu'il a pénétré sous la cuticule, échap- 
per à la coloration. Le mycélium prend 
alors une physionomie particulière que 
la figure il représente très exactement. 

On peut le voir sous d'autres aspects. 
Mais celui-ci est plus ordinaire. Ce mycé- 
lium est assez gros, un peu plus gros 
(pie les éléments de l'écorce sporulaire. 
Sa direction est descendante comme 
l'indique le sens des bifurcations (G. fig\ 
41). Enfin il ne parait septé qu'à de très 
longs intervalles. 

A la vérité, beaucoup de ces caractères 
ne sont qu'apparents. Quand on parvient 
à colorer ces filaments myeéliens, ils 
paraissent divisés par des septa beau- 
coup plus proches, en cellules quadran- 
gulaires, environ deux fois plus longues 
que larges. En outre le contenu proto- 

Fig. il). — Cheveu envahi par le mycélium du Mi- 
crosporum lanosum. (Acide formique, glycérine, sans 
coloration, x 260.) A, filaments mvcéliehs descendants; B, ses bifurcations. 




ETUDE MORPHOLOGIQUE GÉNÉRALE DES MTCROSPORUMS. 189 



plasmique de ces cellules est un filament mince dans une enveloppe 
cellulosique épaisse. Ce sont des faits que plusieurs des préparations 
suivantes démontreront. 

La forme et la disposition du my- 
célium que je viens de décrire sont 
celles qu'on peut dire normales, et 
qu'on observe le plus fréquemment. 
En certains cas, assez rares, on peut 
observer, sur une certaine longueur 
d'un ou deux filaments, des subdivi- 
sions transversales très proches, 
découpant le mycélium en éléments 
carrés, qui prennent alors un aspect 
trichophyloïde assez marqué. Mais 
ce fait ne peut devenir la cause 
d'une confusion, parce que jamais 
tous les filaments microsporiques 
intra-pilaires ne prennent cet aspect, 
qui ne s'observe même que par pla- 
ces, sur une brève longueur d'un 
seul filament. L'examen attentif des 
autres points de la môme prépara- 
tion suffit donc à faire éviter une 
erreur de diagnostic. 

En d'autres cas, principalement 
lorsque la maladie tend à la guéri- 
son, les filaments intra-pilaires mi- 
crosporiques deviennent rares, on 
n'en observe plus que quelques-uns, 
dans le cheveu. Alors, leurs septa 
très distants, leur forme presque 
rectiligne, leur donnent un aspect 
faviforme très remarquable. C. Fox 
et F. Blaxall ont insisté sur cet 
aspect rare du parasite. Et, dans un 
cas, ces auteurs hésitaient à faire 
un diagnostic, en l'absence des cul- 
tures qu'ils n'avaient pas réussi à obtenir. Cependant celte confusion 
sera presque toujours évitable si l'on examine d'autres points de la 
préparation ; on retrouvera, par places, l'écorce sporulaire qui est si 
caractéristique du cheveu microsporique et qui écartera d'emblée 
l'idée d'un favus. 

Dans un cas analogue, j'ai vu des infiltrations d'air suivre les boyaux 




Fig- -il. — Cheveu d'enfant envahi par le 
Microsporum lanosum. — A. Débris dés- 
agrégés de l'écorce sporulaire. B. Mycé- 
liums intra-pilaireSj qui paraissent sep- 
tés à des intervalles 1res espacés. C. 
Bifurcations des mycéliums intra-pi- 
laires. Leur sens indique la direction 
descendante des filaments B (Bleu de 
Sahli. x 2(50) 



190 



MICROSPORIES. 



creusés au travers du cheveu par les filaments mycéliens, exactement 
comme dans le cheveu favique, quand des bulles d'aspect argenté des- 
sinent la forme des filaments parasitaires. Presque toujours, cet 
aspect s'observe lorsque la maladie est vieille de plusieurs années ; et 

on l'observe sur des cheveux dont 
le parasitisme est amoindri et qu'une 
traction ménagée parvient à épiler 
sans fracture. Ces cas rares ne sont 
à mentionner que pour permettre 
d'éviter les erreurs qu'ils pourraient 
faire commettre à des observateurs 
non avertis. 

Un aspect autre du mycélium mi- 
crosporique est l'aspect en têtes de 
méduse qui a été spécialement dé- 
crit par Fox et Blaxall et dont voici 
une figure assez précise. On peut 
l'observer à la surface du cheveu au 
stade d'invasion; on peut l'observer 
aussi dans Vintêrieur du cheveu, ce 
qui est le cas ici. Je n'ai observé 
ces figures que sur le cheveu mi- 
crosporique. Elles me paraissent ca- 
ractéristiques du stade d'invasion 
et du début du parasitisme (fig. 42). 
Laissons de côté ces faits de dé- 
tail et qu'on observe rarement, pour 
chercher ce que deviennent, dans le 
cheveu, les filaments microsporiques 
intrapilaires. On ne peut le savoir 
que d'une façon imparfaite par l'exa- 
men des cheveux de l'enfant; car 
les cheveux sont pigmentés, et les 
mycéliums incolores; leur diapha- 
néité les cache, au point qu'on a pu 
faire de très nombreux examens de 
cheveux microsporiques sans même 
les apercevoir. Et quand on veut 
pousser plus loin la dissociation du cheveu et la dissolution de son 
pigment, par le chauffage dans les solutions potassiques, on dilacère, 
en même temps, le cheveu et les mycéliums intra-pilaires, dont on ne 
peut plus voir que des débris. Il faut que l'examen de ces filaments 
microsporiques intrapilaires soit vraiment difficile pour que les au- 




Fig'. 42. — Cheveu d'enfant envahi parle 
Micvosporum lanosum. — En A, mycé- 
liums microsporiques normaux. En B, 
têles de méduse. C est une cellule épi- 
dermique. 



ÉTUDE MORPHOLOGIQUE GÉNÉRALE DES MICROSPORUMS. 191 



leurs qui les ont décrits en aient dit au total si peu de choses et 
de choses fausses. Je ne m'excepte pas des 
autres en ceci. 

C'est sur le Cobaye inoculé d'un Microsporum 
vivace que cette étude doit être poussée. Alors 
on peut obtenir de merveilleuses figures, tout à 
fait claires et démonstratives, telles, par exem- 
ple, que la figure 45. 

Ces figures démontrent d'une façon évidente 9| i ; ; 

et indiscutable, d'abord que les filaments mi- i ,\ 

crosporiques intra-pilaires sont tous descendants, 



tant 



3 i il 



car toutes leurs bifurcations sont dirigées dans 
le même sens, vers la profondeur. Ces bifurca- 
tions aussi bien chez l'homme (fig. il) que sur 
l'animal (fig. 45) s'effectuent suivant un mode 
assez particulier. L'issue d'une branche hors 
d'un tronc se fait presque à angle droit, mais la 
branche se recourbe anssitôt en décrivant un 
quart de cercle, et devient parallèle au tronc 
dont elle est issue. Elle reste d'ailleurs sensible- 
ment de même diamètre. 

Ainsi de bas en haut, dans l'épaisseur du che- 
veu microsporique, les filaments se multiplient. 
D'abord ils n'étaient que quelques-uns et, dans 
certains cheveux, ils restent assez peu nom- 
breux. Dans d'autres cas, ils remplissent le che- 
veu en totalité ( i ). 

Dès mes premières études sur la microsporie 

(*) « En même temps, des filaments pénètrent le che- 
veu et croissent à travers ses fibres, mais ils n'arrivent 
jamais à l'extension qu'ils prennent chez les endothrix 
et ectothrix. » C. Fox and Blaxall. Some remarks on 
ringworm with especial référence to the early stage of 
attack of the hair, etc.. British médical Journal, 2 dé- 
cembre 1899. 

Cette opinion n'est exacte qu'en général, comme le 
montrent plusieurs des figures ci-contre; les filaments 
intra-pilaires microsporiques peuvent remplir le cheveu, 
mais, même dans ce cas, ils sont bien moins apparents 
que les filaments trichophytiques. 



Fig. 45. — Mycélium intra-pilaire du Microsporum lanosum. Poil 
de Cobaye 8 jours après l'inoculation. — En A, filaments rares. 
Un point coloré en B montre 2 septa, les parties non colorées 
n'en montrent pas. En C, le mycélium intra-pilaire remplit le 

cheveu. En D, audessus du collet du bulbe, le contenu protoplasmique des filaments esl 
coloré (Bleu de Sahli. x260). 



A 



V 



192 



MICROSPORIES. 



humaine f 1 ), j'avais indiqué le mode de croissance de haut en has du 
Microsporum Audouïni. Un an plus tard f 2 ) j'avais décrit le mycélium 

représenté 'ci par la ligure 4"> dans un passage 
dont les auteurs anglais n'ont pas reconnu 
la vérité ( 5 j : « Nous verrons dans l'intérieur 
du cheveu, disais-je, de minces filaments à 

\}'i ' / double paroi, serrés les uns contre les autres, 

,'lfjf ; ) comme des sarments de vigne liés ensemble 

en fagot, en javelle. Us occupent le centre du 
cheveu et suivent sa direction. Ils ne sont 
coupés que de cloisons intercellulaires très 
espacées et minces. Ce sont de longues tiges 
qui ont chacune la largeur des spores en- 
viron ( i ) ». Ce texte pourrait s'appliquer, il 
me semble, sans aucun changement, à la 
ligure précédente (fig. 45). 

De haut en bas de sa portion radiculaire, 
le cheveu microsporique est donc de plus en 
plus rempli de filaments mycéliens. Ces ra- 
meaux subdivisés sont devenus plus fins, et 
leurs divisions cellulaires se sont espacées 
(fig. 44). Des préparations appropriées mon- 
trent l'exacte homologie qui existe sur ce 
point entre le cheveu de l'enfant (fîg. 44) et le 
poil du Cobaye (fig. 45). Cependant, dans le 
poil du Cobaye, les rameaux extrêmes du 
mycélium intra-pilaire ne diminuent pas de 
diamètre. 

Lorsqu'on arrive à l'extrémité radiculaire 
du cheveu, au niveau du collet du bulbe, 
point ordinaire de fracture du cheveu, et 
qu'on examine des cheveux après coloration, 




il. — Cheveu d'enfant 
rempli par le mycélium in- 
Ira-pilaire du Microsporum 
lanosum, non coloré en A, 
coloré en B. En C, mycélium 
rubané géant. En D, fila- 
ment grêle (Bleu polychro- 
me, x 260). 



(') R. Sabouraud. La teigne tondante spéciale de Gruby (Microsporum Au- 
douïni). Annales de VInstilut Pasteur, février 1894, p. 9."». 

( 2 ) R. Sabouraud. Diagnostic et traitement de la pelade et des teignes de l'enfant. 
Paris, 1895, note de la page 16(3. 

( r ') « Sabouraud a donné, dans ses derniers écrits, une description de ce my- 
célium que nous n'avons pu arriver à confirmer. » C. Fox and F. Rlaxall, toc. 

cit. 

(*) Ce texte de 1895 continuait ainsi : « Enfin, en écrasant le cheveu complète- 
ment, on pourra voir que de ces tiges mycéliennes sortent de fins rameaux, 
lamifiés à l'infini et se dirigeant irrégulièrement vers la surface du cheveu ». 
Ce dernier texte n'est exact qu'au niveau de la frange dAdamson, au-dessus du 
collet du bulbe du cheveu. De plus, la figure schématique à laquelle le texte 
s'appliquait ayant été placée la tète en bas, la part de vérité qu'elle contenait 
était peu reconnaissable. 



ETUDE MORPHOLOGIQUE GÉNÉRALE DES MICROSPORUMS. 193 

le colorant a pénétré par le point de fracture, et les mycéliums inlra- 
pilaires se trouvent en grand nombre colorés jusqu'à une certaine 
hauteur. On peut vérifier ainsi l'extrême finesse des filaments proto- 
plasmiques, la rareté de leurs sep ta et l'épaisseur relative de leur en- 
veloppe (fig. 44 ). 

VI. — Frange d'Adamson. — En somme, si l'on a bien suivi ce 
que montrent nos figures, et ce 
qu'explique notre texte, on com- 
prendra le mycélium intrapilaire 
du Microsporum Audouïni, ainsi 
que je l'ai dit plus haut., comme 
les racines d'une plante qu'on au- 
rait contraintes de se développer 
dans un tube de verre. Plus bas 
oh examinera le tube (c'est-à-dire 
le cheveu), plus le mycélium sera 
abondant, plus ses filaments se- 
ront nombreux, serrés et fins. Ils 
s'arrêtent tous à un même niveau, 
très peu au-dessus du bulbe et, 
comme la gaine de spores n'existe 
plus à ce niveau (elle s'arrête un 
peu au-dessus), les extrémités ter- 
minales et verticales de ce mycé- 
lium intrapilaire sont assez visi- 
bles. C'est elles qui constituent ce 
qu'Adamson a bien vu et décrit 
sous le nom de frange et qui doit 
conserver le nom de frange <ÏA- 
damson (*) (fig. 45). 

Cette frange a plus tard été bien 
étudiée de nouveau par Colcott 
Fox et Blaxall dans leur travail si 




Fig. i5. — Extrémité inférieure d'un cheveu 
microsporique, cassé au collet du bulbe, 
montrant les terminaisons du mycélium 
intrapilaire B : frange d'Adamson. En A, 

■- certains filaments vus par leur extrémité 
apparaissent comme des spores. (Potasse, 
50 pour 100, glycérine éosinée, x 260.) 



(') La première étude de l'extrémité radiculaire du cheveu microsporique a 
été faite par Adamson dans son premier et excellent travail histologique : 
Observations on the parasites of ringworm. British Journal of Dermatology, 1895, 
t. VIII, p. 201 C'est lui qui a dit le premier que la cuirasse de petites spores 
ne recouvrait le cheveu que jusqu'au niveau du collet du bulbe à peine, tandis 
que la frange mycélienne continuait plus bas sans toutefois envahir le bulbe 
lui-même. Adamson ajoutait qu'on observe sur le cheveu microsporique, épilé 
entier, des traînées de petites spores dispersées jusque sur le bulbe. A mon. 
avis, ceci résulte d'un artifice de préparation. Adamson doutait lui-même de 
l'interprétation à donner de ce fait, ayant constaté qu'il ne s'observai jamais 
sur le bulbe du cheveu microsporique quand le poil est extrait avec sa gaine. 



LES TEIGNES 



i: 



19 k 



MICROSPORIES. 



souvent cité (''). Ils complétèrent fort bien les descriptions d'Adamson. 

Ce que nous avons su d'abord de plus exact, sur ce sujet, provenait 

de leurs travaux. 

La frange d'Adamson se présente sous des aspects quelque peu diffé- 
rents suivant les cas. Tantôt il s'agit moins d'une 
frange que d'un trousseau filamenteux compact rem- 
plissant la totalité du cheveu, c'est ce que montre 
la figure 45. Tantôt le centre du cheveu paraît sain et 
la frange d'Adamson est constituée par une mince 
épaisseur de radicules sous-cuticulaires (fîg. 46) 
adhérentes à la cuticule du cheveu et accompagnant 
ses débris quand on la dilacère. 

Enfin lorsqu'on examine la portion radiculaire pro- 
fonde d'un cheveu microsporique, très peu plus haut 
que la frange d'Adamson, on trouve, sous la gaine de 
spores de fins rameaux mycéliens, flexueux, sigmoï- 
des, qui sont les premiers mycéliums microsporiques 
que j'aie vus et décrits ( 2 ). 




Fig. 46. — Fragment 
de la cuticule d'un 
cheveu microspo- 
rique au niveau 
de la frange d'A- 
damson. Eu A, fila- 
ments, dont on 
voit, en divers 
points, la section 
ronde comme une 
spore. B. (Acide 
formique, x 260.) 



(') Les deux auteurs insistent d'abord sur ce fait que si 
l'on extirpe un cheveu microsporique avec sa racine, l'exa- 
men du cheveu au niveau du collet du bulbe est plein d'en- 
seignement, car on y voit très bien le mycélium, moins 
distinct partout ailleurs. Ce mycélium, long, délicat, bran- 
chu, est tout à fait caractéristique du Microsporum. Le 
texte continue ainsi : « About the junction of the shaft with 
the bulbous portion, a remarkable terminal fringe of long, 
plain, narrow, délicate, sometimes branched mycelial 
threads corne into view, and is, I believe, quite characte- 
ristic of Microsporum. The threads run parallel with, and 
extend up the hair beneath the dense mosaïc spore-sheath 
and they terminate towards the bulb in slightly swollen 
ovoïd endings at a distinctly deeperlevel than the spores.... The fringe appeared 
to be situated in the hair structure. This fringe already described by Adamson 
bas long been a familiar object to those accustomed to examine ringworm hairs 
in this country and lias been figured by Thin in his vvork on « Ringworm » and I 
believe by Aldersmith. » Les auteurs ajoutent qu'il est curieux que cela n'ait pas 
été décrit à Paris, probablement, ainsi que le suggère Adamson, parce que les 
spécimens ont été préparés avec une solution de potasse trop forte, ou montés 
dans la glycérine. En réalité c'est qu'en France on n'avait jamais attaché une suf- 
fisante valeur à l'examen des cheveux teigneux entiers. On décrivait les tronçons 
obtenus par épilation incomplète. J'ai dit que lors de mes premiers travaux, la 
quantité de faits nouveaux que les méthodes bactériologiques apportaient dans 
le sujet m'avait empêché de donner, à chacun des points étudiés, un temps d'étude 
suffisant, pour ne pas laisser clans l'ombre beaucoup de détails importants. 

( 2 ) « Ouand on dissocie le cheveu, on trouve, entre les spores désagrégées el 
flottantes, de minuscules tronçons de rameaux n'ayant guère que 2 y. de large 
sur 6 à 10 u. de longueur, et ordinairement sigmoïdes. De même, quand le 
cheveu a été, par un hasard de préparation, décortiqué de son enveloppe de 
spores, on voit à sa surface quelques tronçons de rameaux semblables... » 
Sabouraud. Sur une mycose innominée de l'homme. La teigne tondante spé- 
ciale de Gruby. Microsporum Audouïni. Annales de V Institut Pasteur, février 1894. 



ÉTUDE MORPHOLOGIQUE GÉNÉRALE DES MICROSPORUMS, 195 

Un an plus tard, Adamson les observait de nouveau et les décrivait 
mieux que moi, parlant en ces termes : « Par une mise au point atten- 
tive, on peut voir que le mycélium s'étend sous la cuirasse de spores 
pour former une gaine interne entre les spores et le cheveu ('). » Cette 
même description avait d'ailleurs été faite déjà par Gruby lui-même 
dès son premier texte (1845)... « Les branches prennent naissance 
dans le tissu des cheveux, et constituent la couche interne de la gaine, 
tandis que les spores forment la couche externe.... » 

Ainsi se termine, près de la région bulbaire du cheveu, à la surface 
du cheveu, et dans son épaisseur, le mycélium intrapilaire du Micro- 
sporum Audouïni. 

Mais le tableau que nous venons d'en présenter n'est pas constant, à 
bien loin près ; le nombre des filaments mycéliens intra-pilaires peut 
subir de considérables variations. Un cheveu en renferme quatre ou 
cinq brins, d'autres trente et plus. 

Il semble que quand l'infection marche vers la guérison spontanée, 
le nombre des filaments mycéliens intra-pilaires décroisse peu à peu. 
Car sur les cheveux qu'on parvient à épiler entiers, ce nombre est 
toujours restreint; ceci est presque une tautologie d'ailleurs, car on ne 
peut épiler entiers que les cheveux qui gardent une certaine résis- 
tance ; et ils la gardent précisément parce qu'ils sont moins complè- 
tement envahis. De tels cheveux semblent devenir de plus en plus 
nombreux quand la maladie va guérir. 

Un autre fait mérite de fixer l'attention, concernant la durée de vie 
des éléments qui constituent la frange d'Adamson. Elle et le mycé- 
lium sarmenteux sous-sporulaire ne s'observent que dans le tiers infé- 
rieur de la partie radiculaire du cheveu. Comment ne voit-on pas 
aussi ces formes au niveau de la portion aérienne du cheveu et dans 
les deux tiers supérieurs de sa portion radiculaire? Puisque tous les 
éléments parasitaires arrivent peu à peu hors de la peau, en montant 
de la profondeur, avec le cheveu lui-même, comment ne trouve-t-on 
pas aussi le cheveu microsporique, tout plein des ramilles de la frange 
d'Adamson, qui, elle aussi, doit monter dans le follicule avec le che- 
veu qui pousse? Cela ne me semble possible que si certains des élé- 
ments mycéliens des Microsporums n'ont qu'une vie transitoire au ni- 
veau du collet du bulbe du cheveu, à l'endroit où le parasitisme se 
reconstitue perpétuellement et montre sa plus grande activité; et il 
semble que beaucoup des éléments mycéliens des Microsporums subis- 
sent assez promptement une résorption plus ou moins complète, dont 

(') C'est un fait que le point D de la figure 68 montre très exactement. Voici le 
texte d'Adamson : « By careful focussing, it can be seen that the mycélium 
extends upwards, beneath the sheath of spores, to form an internai sheath bet- 
ween it and the hair. Adamson, loc. cit., p. 209. 



196 microspd.ri.es. 

nous avons vu déjà d'autres exemples, dans la constitution de la 
gaine sporulaire du cheveu, et dont nous verrons d'autres exemples 
plus frappants dans le développement des chlamydospores et des co- 
nidics externes des mômes parasites en culture. 

VII. Rapport du mycélium intra-pilaire et de la gaine des 
spores. — Jusqu'ici nous avons étudié le mycélium intra-pilaire des 
Microsporums et la gaine péri-pilaire de sporules comme deux sys- 
tèmes indépendants et sans lien commun. Il nous reste à chercher s'il 
en est bien ainsi et si le mycélium intra-pilaire, bien qu'il ne contribue 
pas visiblement au premier établissement de la gaine, ne contribue pas. 
par la suite à son entretien. 

La tondante microsporique, livrée à elle-même peut durer trois àns, ; 
cinq ans, et, dans des cas rares, sept ans et plus, et, pendant toute sa 
durée, les cheveux malades ne cessent pas de croître comme s'ils étaient 
sains. En quatre ans la croissance du cheveu équivaut à 40 centi- 
mètres environ. Or pendant toute la durée de la maladie, à quelque 
moment qu'on examine le cheveu, on le verra toujours entouré de la 
gaine grise qui pousse avec lui et qui est le caractère objectif de la 
tondante des Microsporums. Si le cheveu microsporique était pro- 
tégé contre sa propre fragilité, comme il arrive quelquefois, au milieu 
de chevelures à cheveux longs, il garderait sa gaine sporulaire dans 
toute sa longueur. J'ai vu ainsi des cheveux qui l'avaient gardée sur 
12 à lo millimètres au-dessus de la peau. On peut donc conclure de 
ce qui précède, que, si une microsporie vit trois ou quatre ans, chaque; 
cheveu malade a donné lieu à une gaine sporulaire ininterrompue de 
50 ou 40 centimètres de longueur. Il est intéressant de chercher com- 
ment se fait le renouvellement perpétuel de cette gaine parasitaire. 
Lors de l'invasion du cheveu, l'écorce sporulaire se constitue par divi- 
sion et subdivision des rubans mycéliens géants descendus au long 
du cheveu. Mais nous avons vu le mycélium intra-pilaire — qui n'existe 
pas encore lorsque se constitue la première écorce sporulaire — rem- 
plir peu à peu le cheveu jusqu'à venir ramper sous son écorce et 
môme à sa surface : on peut donc se demander si la gaine sporulaire 
des Microsporums se perpétue par la naissance, au-dessus du collet 
du bulbe, de nouveaux articles sporulaires, se produisant indéfiniment 
au-dessous des précédents; ou bien si ce ne sont pas les rameaux 
terminaux du mycélium intra-pilaire qui, en affleurant la surface du 
cheveu, donnent lieu, à leur extrémité, à de nouveaux groupes de 
sporules articulées entre elles, reconstituant et perpétuant la gaine 
parasitaire au fur et à mesure que la croissance du cheveu fait monter 
celle-ci dans le follicule. 

Voici d'abord (fig. 47) un poil de cobaye très instructif en ce qui 



ÉTUDE MORPHOLOGIQUE GÉNÉRALE DES MICROSPORUMS. 197 



concerne la question. Il est envahi par le Microsporum lanosum. Sur 
ce poil l'origine mycélienne de la gaine sporu- 
laire est évidente, mais ce n'est plus de cela 
qu'il s'agit. Beaucoup de ces îlots sont sans 
lien commun visible en- 
tre eux. Ils sont discon- 
tinus. On peut, pour 
plusieurs d'entre eux, 
admettre la résorption 
de leur mycélium d'ori- 
gine. On peut, pour 
quelques autres, croire 
que les manipulations 
de coloration et de mon- 
tage ont décollé et fait 
disparaître le mycélium 
d'origine qui a donné 
naissance à chacun 
d'eux. Mais après l'exa- 
men total de la prépara- 
tion, il est difficile de ne 
pas penser que certains 
de ces filaments, qui 
surgissent ainsi tout à 
coup, sont la terminai- 
son visible, extérieure, 
d'un mycélium intra- 
pilaire. 

Ne semble-t-il pas éga- 
lement, dans la fi g. 48, 
que les îlots sporulaires, 
tels que A, soient l'éma- 
nation et la résolution 
de filaments intra- pi- 
laires tels que C, par 
exemple? 




Fig. 48. — Poil de Cobaye 
8 jours après l'inocula- 
tion du Microsporum la- 
nosum. Acide formique. 
Bleu polychrome, x "2&K 
En A, ilôts sporulaires. 
en B, mycélium intra- 
pilaire non coloré; en C, 
terminaisons colorées du 
même mycélium intrapi- 
laire : frange d'Adamson. 



D'autres figures en- 



core sont suggestives à ce sujet. Sur le cheveu 
vivant, à bulbe creux, le parasite n'envahit 



Fig. i". — Formation de la cuirasse sporulaire du Microspo- 
rum lanosum sur le poil du Cobaye 10 jours après l'ino- 
eulalion. Bleu de Sahli, x260. A, filaments visibles; B, îlots 
sporulaires constituant la gaine. 



198 



MICROSPORIES. 



WWiR 



■>Wt 






•, Vii .1» '» ; i» ; 



jamais la région bulbaire. Tl s'arrête au collet du bulbe en formant la 

frange d'Adamson. 

Mais, ainsi que Fox et Blaxall l'a- 
vaient vu d'ailleurs, il n'en est pas de 
même lorsque le parasite s'attaque à 
un cheveu à bulbe plein. Alors il l'en- 
vahit jusqu'au bout. Il l'envahit si 
bien qu'il arrive à le remplir complè- 
tement. Et alors ses filaments termi- 
naux à extrémité bulbeuse sontseptés 
à de très courts intervalles, B, 
comme ceux qui font l'écorce de spo- 
rules (fig. 49). 

Sur ces follets à bulbe plein, la 
gaine des spores, A, s'arrête d'ordi- 
naire très peu au-dessus du collet du 
bulbe. Et à ce niveau on peut croire, 
d'après ces préparations, que les ra- 
meaux intra-pilaires terminaux contri- 
buaient pour une part à créer la gaine 
de sporules. 

La fig. 49 semble montrer sur le fait 
la formation de la gaine sporulaire 
par des filaments mycéliens terminaux 



•V.)' M 



Y 

1» 

M 

SX 
g \ 




#.• 






Fig. 49. — Bulbe plein d'un follet en- 
vahi en totalité par le Microsporum 
lanosum. En A, terminaison de l'é- 
corce sporulaire. En B, nombreux 
filaments mycéliens intrapilaires 
septés se terminant, en C, par une ex- 
trémité massuée. (Acide formique. 
Bleu deSahli,x260). 

issus du mycélium intrappilaire. 

Les préparations de Suis et 
Suffran sont venues après coup 
renforcer cette opinion de faits 
qui semblent bien probants. 

Voici l'une d'entre elles (fig. 
50) qui représente le corps d'un 
poil de Chien dilacéré dans sa 
longueur, et. entre les deux frag- 
ments dissociés, on aperçoit deux lilaments mycéliens intra-pilaires 
qui se divisent, à leur extrémité, en un pinceau de ramifications rap- 
pelant de très près l'organe de fructification des Penkillums. 




Fig. 50. — Poil d'un Chien atteint de microsporie 
et divisé dans sa longueur. Entre ces deux 
fragments, on aperçoit les terminaisons péni- 
cillées du mycélium intrapilaire. Préparation 
Suis et Suffran. Dessin de Bessin, x 2(î0. 



i i , 







Fig. 51. — Extrémité inférieure frac- 
turée d'un poil de Chien atteint de 
microsporie. Les filaments mycé- 
liens intrapilaires se terminent en 
massues couvertes de bouquels d'élé- 
ments sporulaires. x 260. Prépara- 
tion de Suis. Dessin de Bessin. 



ÉTUDE MORPHOLOGIQUE GÉNÉRALE DES MICROSPORUMS. 199 

Sur d'autres poils, l'extrémité inférieure fracturée laisse passer des 
filaments mycéliens renflés en massue, exactement semblables à ceux 
qui terminent le mycélium intrapilaire, 
au-dessus du bulbe, dans le cheveu mi- 
crosporique de l'enfant, et chacune de 
ces massues porte sur de courts sup- 
ports mycéliens, qui ressemblent à des 
stérigmates, un bouquet de spores tout 
à fait analogue à la fructification des 
Aspergillus et Pénicillums (fig-. 51). 

Or c'est précisément à ce niveau que 
naît l'écorce microsporique du cheveu, 
c'est là qu'elle se constitue. 

De tous ces faits, il semble bien ré- 
sulter que la cuirasse des sporules du 
cheveu microsporique, qui est certai- 
nement constituée au début de l'infec- 
tion, par des sub- 
divisions de fila- 
ments mycéliens 

descendants, restés externes au cheveu, peut être 
rénovée et continuée par les rameaux terminaux 
du mycélium intra-pilaire arrivant à affleurer la 
cuticule, et venant s'y terminer par des ilôts spo- 
rulaires plus ou moins proches les uns des autres. 

VIII. Schéma général de la structure des 
Microsporums. — Pour terminer cette étude, 
il me semble utile de présenter en les résumant 
les diverses théories morphologiques qu'on a 
données des Microsporums; ce qui précède nous 
permettra de voir en quoi elles étaient vraies et 
en quoi elles étaient fausses. 

Les rapports réciproques des différents élé- 
ments constitutifs des Microsporums, particu- 
lièrement des éléments de la gaine sporulaire et 
des mycéliums intrapilaires ont donné lieu à 
quatre théories différentes. 

I. La première est celle de Gruby. A lire son 

texte, on conçoit exactement le Microsporum 

comme un arbre formé de tiges, de branches et 

de forme ondulée... suivent la direction 



////PII !f 



Fig. 52. — Schéma expri- 
mant la théorie morpho- 
logique du Microsporum 
d'après Gruby. 



de graines 



« Les tiges 



des fibres du cheveu 



;%• 52; 



200 



MICR0SP0RIES. 



D'après ce lexle, on les suppose donc verticalement ascendantes : 
« Elles se bifurquent quelquefois en formant des branches d'un angle 
de 50 à 50 degrés. Les branches de même diamètre que les tiges se 
terminent à la surface de la gaine en se couvrant de sporules. » 

II. A cette opinion mes recherches apportèrent plusieurs modifica- 
tions. Je précisai d'abord le mode de croissance du Microsporum et 
sa direction vers la profondeur : « La croissance 
du Microsporum Audouïni s'effectue de haut en 
bas, de la portion aérienne du cheveu vers sa 
partie radiculaîre, et la racine est la dernière 
partie intacte du cheveu » ('). 

Les rapports des éléments sporulaires de la 
gaine avec les mycéliums internes du cheveu 
sont encore aujourd'hui difficiles à préciser. On 
l'a vu. Mes idées sur ce sujet se modifièrent 
plusieurs fois. Je crus d'abord, ce qui est vrai, 
que les spores microsporiques naissaient bout à 
bout comme des cellules mycéliennes ( 2 ) (fig. 55). 
Plus tard, 1805-1896, j'étudiai mieux la dispo- 
sition des mycéliums intra-pilaires (') et j'en fis 
à deux reprises une description -qui reste exacte 
encore aujourd'hui, comme on peut le voir en 
comparant les textes que je cite aux figures du 
présent chapitre (*). 

Mes descriptions, toutefois, erraient en un 
point. J'avais cru voir les cellules sporulaires de 
l'écorce portées latéralement sur les rameaux 
mycéliens terminaux ( s ). Ceci était une erreur 




Fi». 55. — Schéma expri- 
mant ma première théo- 
rie morphologique du 
Microsporum et la deu- 
xième de Bodin. 



(*) Trichophyties humaines, 1894, p. 215. 
( 2 ) Chacune des spores de la gaine, en raison de sa 
forme ronde ou ovale donne à toutes les spores qui 
l'entourent, un point de tangence presque égal. Il s'en- 
suit que, même en supposant que ces cellules naissent bout à bout — ce qui 
doit être — leur forme rend leur série linéaire indistincte. Sabouraud. Annales 
de VIntitut Pasteur, février 1894, p. 95. 

( 3 ) On voit qu'il existe autour du canal médullaire du cheveu quelques fila- 
ments mycéliens, quatre à dix environ, verticaux, à direction sinueuse, ou mieux 
brisée, irrégulière. Chaque coude de mycélium donne lieu à des bifurcations. 
Les tiges mycéliennes primaires ont trois micromillimètres de diamètre envi- 
ron. Les tiges nées des bifurcations sont un peu plus minces; elles obliquent 
vers l'écorce du cheveu et se résolvent en rameaux de plus en plus fins, très 
irréguliers. Sabouraud. Third international Congress ofDermatology. Londres, 
1896. Transactions, p. 509. 

( 4 ) Sabouraud. La pelade et les teignes de l'enfant, Paris, 1895, p. 164 (Note), et 
Third international Congress of Dermatology, cité plus haut. 

( 5 ) « Les derniers [rameaux mycéliens] perforent l'écorce cutieulaire du cheveu 
et vont supporter chacun une série de 7 ou 8 spores pédiculées sur un seul coté 



ÉTUDE MORPHOLOGIQUE GENERALE DES MICROSPORUMS. 201 



théoriquement assez importante, car cette description tendait à faire 
croire que les Microsporums inversement aux Tri chophy tons, produi- 
saient des spores externes, pédiculées, aussi bien pendant leur vie 
parasitaire que dans leurs cultures (fig. 54). 

Cette erreur mise à part, ma conception de la morphologie du Mi- 
crosporum dans sa vie parasitaire revenait à celle de Gruby sauf que 
l'arbre microsporique était renversé et placé 
comme il doit être compris, la tête en bas. 
Cette conception reste encore discutable, comme 
nous venons de le voir, non pas dans la forma- 
tion première de la cuirasse sporulaire, qui se 
constitue certainement d'une autre façon, mais 
en ce qui fait la persistance de son développe- 
ment et sa rénovation perpétuelle. 

III. Bodin partagea tout d'abord mes propres 
erreurs, mais il les redressa peu après. Il crut 
d'abord aux spores externes du Microsporum 
AudouïniC) (1896). 

Mais dès 1898 il inocule le Microsporum 
du Cheval au Cobaye et alors : <c au bout de deux 
ou trois jours, quand les ramifications [mycé- 
liennes] ont envahi tout le tissu pilaire, et 
qu'elles commencent à ramper sur la cuticule 
du poil, les spores apparaissent à l'extrémité 
terminale de ces ramifications et elles s'y for- 
ment par le rapprochement des cloisons trans- 
versales du mycélium, qui, à ce niveau ne 
délimitent plus que de courts segments sporu- 
laires, comme sur les filaments des Trichophy- 
tons ( 2 ) ». 

Et alors voici comment Bodin conçoit la 
genèse de l'écorce sporulaire : « Comme les 

filaments [du Microsporum] présentent de nombreuses ramifications 
latérales, contournées, et qui se sporulent à leurs extrémités termi- 
nales, les spores de toutes ces ramifications se juxtaposent en se 




Fig. oi. — Schéma expri- 
mant ma deuxième théo- 
rie morphologique du 
Microsporum et la pre- 
mière de Bodin. 



du fin rameau terminal. Le cheveu contient donc comme un fagot de mycé- 
liums fins, dont les dernières brindilles rampent à l'extérieur de la cuticule du 
cheveu pour porter les spores. » Ce fagot de brindilles était la frange d'Adam- 
son. Third International Congress of Dermatology. Londres, 1896. Transactions, 
p. 509. Comparez à ce texte la figure 68 point D et la figure 45. 

( J ) « Le Microsporum Audouïni... est le seul Champignon qui puisse parcourir, 
sur l'homme, le cycle entier de sa vie de Mucédinéè. » E. Bodin. Les teignes ton- 
dantes du cheval et leurs inoculations humaines. Thèse de Paris, 1896, p. 32. 

( 2 ) E. Bodin. Le Microsporum du cheval. Archives de Parasitologic, 1898, p. 598. 



202 



MICROSPORIES. 



serrant les unes contre les autres, de telle sorte qu'elles finissent par 
former une gaine de spores où il devient impossible de retrouver la 
trace d'un chapelet mycélien sporulaire » ( 1 ). 

Bodin abandonne donc sa conception antérieure pour revenir à la 
première que j'avais émise, hypothétiquement d'ailleurs : « On peut 
donc dire, aujourd'hui, conclut-il, que le mode de sporulation des 
Microsporums dans leur vie parasitaire ne diffère pas essentiellement 
de celui des Irichophytons, et qu'il se réduit en somme à la division 
des mycéliums en courts segments sporulaires, par de petites cloisons 
transversales » ( 2 ). En résumé, pour Bodin, ce qui commence, c'est 
l'infiltration intérieure du cheveu par des filaments mycéliens intra- 
pilaires, filaments dont l'émergence hors de la 
cuticule se produit plus bas, et qui se termi- 
nent à la surface du cheveu par des files d'arti- 
cles sporulaires irrégulièrement enchaînés.... 
La théorie de la formation première de la 
gaine sporulaire par des mycéliums intra- 
pilaires était une erreur que les auteurs an- 
glais n'avaient pas faite. 

IV. Depuis 1895, les travaux histologiques 
s'étaient multipliés sur ce sujet en Angle- 
terre. Adamson, Colcott Fox et Blaxall avaient 
étudié avec le plus grand soin la morphologie 
des Microsporums dans le cheveu, en partant 
de sa phase d'envahissement, ce qui était le 
seul moyen d'éclairer le sujet. C'est ainsi 
qu'ils mirent hors de doute l'origine externe 
de la gaine sporulaire des Microsporums. 
Nous avons étudié plus haut ce processus et 
cité beaucoup de leurs textes. Ces auteurs éta- 
ruiaire du Microsporum. ])lirent ainsi crue la gaine de spores avait pour 

(I après Adamson, Fox et • i i r>i i- 

Bia.xaii. origine les grands filaments mycéliens cu- 

tanés descendant à la surface du cheveu, fila- 
ments qui se résolvaient en groupes irréguliers d'éléments à facettes ; 
ces groupes très nombreux fusionnant par leurs bords formaient la 
cuirasse microsporique. Ce point est acquis désormais et ne saurait 
plus être mis en doute (fig. 55). 

Avec moins de précision, les mêmes travaux montrèrent que les 
filaments mycéliens externes, après avoir pénétré au dedans du cheveu, 
y créent le mycélium sarmenteux intra-pilaire déjà décrit par Gruby 
et par moi. Enfin Adamson montra au niveau du collet du bulbe que 

(') Loc. citai., p. 7)90. 
( 2 ) Loc. citât,, p. 591. 




Fig. 55. — Schéma de la for 
mation de la gaine spo 



ÉTUDE MORPHOLOGIQUE GÉNÉRALE DES MICROSPORUMS. 203 



ces filaments se terminent par une fine frange mycélienne qui prit 
son nom (fig. 56). Ces points sont également hors de doute, et le seul 
discutable est de savoir si oui ou non les ra- 
meaux excentriques du mycélium intra-pilaire qui 
vont ramper sous la gaine microsporique, ne con- 
tribuent pas à sa formation en se résolvant eux- 
mêmes en groupes sporulaires. C'est ce dont les 
derniers travaux de Suis et Suffran sur le poil 
microsporique du Chien semblent fournir la dé- 
monstration (fig. 57). Si l'on considère ce dernier 
point comme acquis, il faudrait allier ma pre- 
mière opinion, reprise par 
Bodin, à celle de Colcott 
Fox et Blaxall pour par- 
faire la théorie morpholo- 
gique des Microsporums. 
Résumons à grands 
traits ce qui précède et 
nous dirons : 

1° 'Que les Microspo- 
rums, quelle que soit leur 
espèce ou variété, com- 
prennent une partie extra- 
pilaire formée de petits 
éléments polyédriques par 

pression réciproque, disposés côte à côte comme 
les cailloux d'une mosaïque, autour du cheveu; 
et d'une partie intra-pilaire composée de fila- 
ments mycéliens inclus dans le cheveu et qui 
s'y multiplient de haut en bas par dichotomie. 
2° L'écorce sporulaire est certainement pro- 
duite, à l'origine, par la segmentation à courts 
intervalles de filaments mycéliens restés exté- 





Fig. 56. — Schéma du my- 
célium microsporique 
intrapilaire et de la 
frange d'Adamson. 



Fig. 57. — Schéma expri- 
mant la part que semblent 
prendre les rameaux in- 
liapilaires externes du 
Microsporum à la réfec- 
tion de la gaine micro- 
sporique péripilaire. 



rieurs au cheveu et descendus au long de lui. 



5° Le mycélium intra-pilaire, né du précédent, 

s'infiltre dans le cheveu, à la façon d'une racine 

qui se développerait dans un tube de verre. Et 

souvent il s'y multiplie jusqu'à le remplir, à 

son extrémité radiculaire, d'un fagot de fines radicelles sinueuses. 

4° De ces radicelles, les unes sont de direction verticale et s'arrêtent 

en bas, au niveau du collet du bulbe en formant la frange d'Adamson. 

5° Les autres, très sinueuses, rampent immédiatement sous la gaine 

sporulaire en faisant « la couche interne de cette gaine », comme Gruby 



20Ï MICROSPORIES. 

l'avait indiqué, comme Adamson et moi l'avons observé de nouveau, 
et comme l'attestent plusieurs de nos figures. 

6° Le rôle de ces rameaux semble être de créer à leur terminaison, 
à la surface du cheveu, de nouveaux îlots sporulaires assurant la 
perpétuité de la gaine microsporique à mesure que le cheveu pousse. 



V. - MICROSPORUMS ANIMAUX 

Microsporum du chien (Bodin-Almy, 1897). 
Microsporum lanosum (Sabouraud, 1907). 

De même que le M. Audouïni est le type des Microsporums à petite 
culture et d'habitat humain, de même le M. lanosum, que nous allons 
étudier maintenant, est le type des Microsporums à culture vivace, et 
d'origine animale ordinaire. Son histoire semble à peu près complète 
aujourd'hui ; on connaît les animaux sur lesquels il habite d'ordinaire : 
[e Chien, le Chat, le Cheval, et la maladie qu'il provoque sur eux; on 
l'a longuement étudiée chez l'Homme ; on connaît ses mœurs clini- 
ques. Il a servi à fixer plusieurs points de la structure générale des 
Microsporums. Bref il est aujourd'hui l'un des mieux connus des para- 
sites de la série dont il fait partie. 

1. Historique. — Le M. lanosum a déjà une longue histoire, et 
celle histoire a présenté des phases successives. 

C'est lui probablement que je décrivis et figurai en 1892-1894 
comme cause d'un herpès contagieux des Poulains. Je l'avais isolé de 
sept cas d'une épidémie équine ( 1 ). 

Il fut observé sur le Chien en 1897, par E. Bodin et J. Almy. De 
celte époque date la première description de la maladie qu'il déter- 
mine chez le Chien ( 2 ). 

L'étude de ces deux auteurs était excellente, bien qu'incomplète en 
ce qui concerne la description clinique de la maladie du Chien, et la 
description mycologique du parasite cultivé. Elle était moins parfaite 

C 1 ) R. Sabocraud. Trichnphyties humaines. Atlas, p. 58 et figure 166 et 167. 
« En vieillissant, la culture équine, qui l'orme un tapis grisâtre, s'entoure oVuncev- 
rle de duvet saillant et blanc. » Comparer à ce texte et à ces figures les figures r'* 
de la planche IV, représentant le M. lanosum. De tous les Microsporums actuel- 
lement^ connus celui-là est le seul à s'entourer d'un cercle duveteux blanc el 
saillant sur gélose maltosée. L'identité entre les caractères que j'avais donnés 
à cette culture sur pomme de terre et ceux du Microsporum lanosum sur ce 
milieu sont aussi extrêmement probants. 

( 2 ) E. Bodin et J. Almy. Le Microsporum du chien. Becneil de Médecine vétéri- 
naire, 15 mars 1897, p. 161. 



MICROSPORUM LANOSUM. 205 

sur deux points : d'une part, la morphologie du parasite dans ses lé- 
sions n'avait pas été spécialement étudiée ; en outre les cultures du 
Microsporum du Chien de Bodin et Almy n'ayant pas été faites par eux 
sur un milieu de composition fixe, par la suite elles ne purent être 
identifiées lorsqu'on rencontra le môme parasite. 

Très peu après le travail de Bodin et Almy, le Microsporum du 
Chien fut retrouvé par Mibelli à Parme (') et identifié par Bodin. 

Plus tard, en 1900, Mario Truffî, travaillant dans mon laboratoire à 
l'hôpital Saint-Louis, trouva, dans une tondante de l'enfant, un Micro- 
sporum dont la culture vivace était distincte de celle du Microsporum 
Audouïni banal, et la culture, envoyée à Bodin, fut encore identifiée 
par lui à celle du Microsporum du Chien (*„). 

Enfin Nicolas et Lacomme de Lyon, retrouvèrent sur le' Chien et 
sur l'Homme le même parasite en 1906 ( 3 ). 

Mais l'histoire de ce parasite fut obscurcie par un quiproquo. Alors 
que je me proposai d'étudier à nouveau toute la série des Micro- 
sporums (*) je reçus de Bodin, aux fins de comparaison, une culture 
de son Microsporum caninum, qui se trouvait être, depuis des années, 
devenue pléomorphique et méconnaissable. Cet élément de comparai- 
son, sans qu'on le sût, n'était plus valable. Je pus dans ces conditions, 
rencontrer dans quatorze cas, chez l'homme le M. canînum de Bodin, 
sans pouvoir l'identifier à la culture dégénérée que j'en avais et à 
laquelle je le comparai. Ce parasite fut alors décrit et étudié comme un 
Microsjjorum nouveau sous le nom de M. lanosum. Et c'est seulement 
après plusieurs mois que l'identité du M. lanosum et du M. caninum put 
être prouvée par l'identité de leur dégénérescence pléomorphique ( s j. 

L'enquête ainsi faite sur le M. caninum devenu le M. lanosum 
montra plusieurs faits importants. D'abord la fréquence de la micro- 
sporie canine chez l'enfant et chez l'homme à Paris, l'aspect clinique 

(') V. Mibellu I)i un caso di tigna del Gruby-Sabouraud, Microsporum Au- 
douïni (var. : Bodin-Almv). Gorniale italiano délie malattie veneree e délia pelle, 
1897, p. 463. 

E. Bodin. Note mycologïque sur le Microsporum trouvé à Parme par M. Mi- 
belli. Annales de Dermatologie et de Syphiligraphie, 1897, p. 1145. 

( 2 ) Mario Truffî. Sulla tigne, 1902. 

( 3 ) J. Nicolas et Lacomme. Dermatomycose des régions glabres causée chez 
l'homme parle Microsporum canis." Soc. des Sciences vétérinaires de Lyon, 16 mars 
1906, p. 108, et Annales de Dermatologie et de Syphil., 1906, p. 321. Dans cette 
observation l'identification ne fit pas de difficulté pour l'auteur, parce qu'il ne 
connaissait pas d'autre Microsporum animal que le Microsporum du Chien de 
Bodin, et aussi parce que l'origine canine de l'inoculation humaine fut dès 
l'abord certaine. 

( 4 ) B. Sabouraud. Nouvelles recherches sur les Microsporums. Annales de 
Dermatologie et de Syph., mars, avril, mai, juin 1907. 

(°) B. Sabouraud. Identification du Microsporum lanosum (Sabuuraud, 1907) 
au Microsporum caninum (Bodin et Almy, 1897). Annales de Dcrmalol. et de 
Syph., 1908, p. 155. 



206 MICROSPORIES. 

de celte maladie et son évolution au cuir chevelu de reniant sous 
l'orme de tondante, à la barbe chez l'Homme adulte, à la peau glabre 
sous forme d'herpès circiné à petits cercles érythémateux non vésiculeux, 
ayant quelquefois tendance à la généralisation. Cette étude décrivit 
plus précisément la morphologie du parasite dans le cheveu humain 
(et il y peut revêtir des formes très particulières). Avec les inoculations 
positives du Cobaye, fut étudiée, de même, la morphologie du parasite 
dans le poil chez l'Animal, qui, elle aussi, est pleine d'enseignements. 

Ainsi l'histoire de ce Microsporum se trouva, un moment, à peu 
près faite, mais sous deux noms différents, en deux tronçons qu'il 
fallut réunir pour faire un tout complet. 

Il restait un point inconnu à élucider, l'importance de cette mycose 
chez l'Animal et sa fréquence. Des recherches de clinique vétérinaire 
faites par Suis et Suffran viennent de compléter l'histoire du Micro- 
sporum caninum ou lanosum ( l ) et permettre une description d'en- 
semble de la mycose que ce Parasite détermine communément chez 
le Chien et chez l'Homme. 

Les résultats de ces recherches peuvent se résumer ainsi : sur dix- 
sept cas de teigne animale observés à Toulouse, seize portaient sur 
des Chiens. Sur ces seize cas de teigne du Chien, quinze étaient dus au 
Microsporum lanosum. 

Le Microsporum lanosum se présente donc comme le Dermatophyte 
animal le plus commun, au moins dans la région toulousaine. Sa fré- 
quence chez le Chien explique les contagions humaines. 

Ce parasite n'est pas seulement fréquent à Toulouse ; et sur le Chien, 
une note toute récente de R. Zollikofer ( 2 ) vient de nous raconter une 
épidémie de 45 cas due au Microsporum lanosum et propagée par les 
Chats, à Saint-Gall (Suisse), et ce fait explique, à lui seul, pourquoi, 
malgré la fréquence de ce parasite chez le Chien, nous croyons qu'il 
vaut mieux ne pas le désigner par le nom de cet Animal, car le Chien 
comme toutes les espèces animales peut offrir à l'examen plusieurs 
mycoses dues a des parasites différents, et ce parasite sera rencontré 
sûrement sur d'autres animaux que le Chien. Le nom de Microsporum 
canis ou caninum prêterait donc toujours à l'ambiguïté ; nous croyons 
qu'il vaut mieux adopter, pour tous les parasites des mycoses, des noms 
tirés de l'aspect de leur culture sur milieu d'épreuve. Ces noms les 
désignant mieux et ne préjugeant en aucune manière de leur habitat 

(*) A. Suis et Suffran. Note préliminaire sur le Microsporum lanosum du 
Chien. Annales de Dermatologie et de Syphiligraphie, mars 1908, p. 151. Cf. égale- 
ment Sabouraud, Suis et Suffran. Fréquence du Microsporum caninum ou lano- 
sum chez le Chien et chez l'Homme. Annales de Dermat., 1908. p. 321. 

{-) Zollikofer. Note sur une épidémie microsporique à Saint-Gall (Suisse). 

Le rapport détaillé concernant cette épidémie paraîtra dans la Correspondanz- 
blatt fur Schweizer Aertze. 



MU IROSPORUM LANOSUM. 



207 



ordinaire. Néanmoins il importe de toutes façons de rappeler que la 
première étude valable de ce Microsporum fut celle de Bodin et Almy 
et qu'elle en fut faite sous le nom de Microsporum du Chien. 

La maladie chez le Chien. — Chez le Chien la maladie parcourt 
quatre phases successives, chacune assez brève mais toutes très dis- 
tinctes : 

Au début, les lésions sont annoncées par un soulèvement des poils 
qui paraissent ébouriffés et ternes, au milieu de la robe luisante. Ce 




Fig. 58. — Tondante du Microsporum caninum chez le Chien (Bodin). 



hérissement limité des poils est caractéristique du début de l'affection ; 
la robe de l'Animal paraît tigrée de boursouflures irrégulièrement se- 
mées et si l'on écarte les poils au niveau de ces plaques hérissées, on 
constate à leur base la présence d'un exsudât jaunâtre, épais, qui les ag- 
glutine et les redresse. Cet exsudât se concrète vite pour former croûte ; 
celle-ci s'enlève très facilement avec les poils qui la traversent. 

Ainsi se produisent des surfaces tout à fait dénudées, dont le fond 
grisâtre tranchera d'autant plus sur la robe de l'Animal que celle-ci 
sera plus foncée (fig. 58). 

I. En général, les taches ainsi caractérisées ont d'abord la dimension 
d'une pièce de fr. 50 ou de 1 franc, régulièrement circulaires ou 
ovales. On peut en voir naître ainsi plus ou moins, quelques-unes ou 



'208 



MICROSPORIES. 



des multitudes (fig. 59). Dans ces cas l'éruption se fait par poussées, 
ce qui allonge la durée totale de la maladie. 

II. Très peu de jours après l'apparition des croûtes, les poils héris- 
sés tomberont avec la croûte qui les réunit, laissant une plaque nue, 
sèche lisse, non desquamante. 

Os plaques spontanément dépilées offrent toujours des contours 
très réguliers. D'abord isolées, elles peuvent en s'agrandissant devenir 

conlluentes; ainsi se 
forment des placards 
plus ou moins étendus, 
dont les contours fes- 
tonnés témoignent en- 
core de la forme pri- 
mitivement arrondie 
des plaques qui les 
ont formés. 

Dès le moment où 
la dépilation se pro- 
duit, la peau à peine 
épaissie est légère- 
ment douloureuse à la 
pression; son infiltra- 
tion peut se résorber, 
et la plaque malade 
marcher directement 
vers la guérison, mais 
le plus souvent il n'en 
est pas ainsi, et alors 
les plaques dépilées 
passent par un stade 
de suppuration folli- 
culaire. 

III. Après quelques 
jours l'épaississement 
œdémateux a considé- 
rablement augmenté 
et les plaques forment 
des saillies discoïdes, dont le niveau surplombe nettement les régions 
saines, elles sont maintenant chaudes, rouges et douloureuses. Si on 
saisit la peau entre le pouce et l'index, on peut, par la pression, 
faire sourdre, des orifices folliculaires plus ou moins nombreux, de 
grosses gouttes d'un liquide purulent épais, rougeâtre, pus mycosique 
et non microbien, car ni l'examen microscopique, ni la culture n'y 




Fig. 59. — Teigne micruspoi'ique du Chien (Suis el Suffran). 



MICROSPORUM LANOSUM. 



209 



montrent de microbes banals de suppuration. Et les cultures, sur 
tous les milieux, donnent seulement lieu en abondance aux cultures 
du même Champignon que donne aussi la culture des poils et des 
croûtes. Cette période de folliculite agminée dure environ une ou 
deux semaines. 

IV. Cependant cette irritation s'apaise. Une semaine encore et la 




Fig. 60. — Teigne microsporique du Chien (Suis et Sufiïan) 



peau redeviendra peu à peu lisse et souple et bientôt le poil renaîtra 
lin et régulier, tout à l'ait normal. 

La double évolution de la maladie, avec ou sans stade suppuratif, ne 
constitue pas d'ailleurs deux variétés distinctes, car elle a pu être 
observée sur le même sujet, et il a semblé aux observateurs qu'un 
traitement énergique des plaques malades, dès leur début, suffisait à 
empêcher la folliculite, alors que d'autres plaques, négligées à des- 
sein, sur le même malade, présentaient presque toutes cette compli- 
cation. 

Un symptôme négatif remarquable, déjà noté par Bodin, était l'ab- 
sence du prurit. L'état général des Animaux ne se trouve non plus 
jamais altéré quel que soit le degré d'extension de la maladie. 

L'évolution de cette teigne du Chien a toujours exigé plusieurs mois 
de traitement pour parvenir à la guérison complète. Sa durée semble 

LES TEIGNES. 14 



210 MICROSPORIES. 

surtout dépendre du degré de diffusion des lésions. Los Animaux les 









FLg. 61. — Culture provenant de six des quinze Chiens atteints de microsporie, 

observés par Suis et Suffran. 

plus gravement atteints sont guéris après cinq mois, mais à ce moment 
la repousse est encore incomplète. 



Mil ÎRQSPORUM LANOSUM. 



211 



Caractères des poils malades chez le Chien. — Les poils épilés 
avec les squames-croûtes ne sont pas identiques et appartiennent à 
trois catégories différentes. 

1° Il y a d'abord les poils qui sont tout à t'ait sains et ne diffèrent du 
poil sain que par leur caducité. 
!2° II y a, en second lieu, des poils cassés à différentes hauteurs. 
5° Il y a enfin des poils, ordinairement courts, qui montrent la gaine 
grise caractéristique de la microsporie ( l ). 

Le premier l'ait (pie montre l'examen microscopique dans la micro- 
sporie du Chien, c'est que beaucoup des poils 
caducs examinés dans toute leur longueur ne 
sont aucunement atteints par le parasite ; d'au- 
tres le sont à peine, et ceux qui en sont remplis, 

sont certainement en 
minorité. 

Second l'ait intéres- 
sant : en certains cas, 
rien n'est plus facile 
que de déceler le pa- 
rasite dans le poil et 
d'affirmer la nature 
microsporique de la 
maladie que l'on exa- 
mine, tandis qu'en 
d'autres cas, il est dif- 
ficile de trouver, par- 
mi les poils recueillis, 
un poil malade. C'est 
que, dans certains cas, 
il reste peu de poils 
malades autour d'une 
surface déjà dégla- 
brée; dans d'autres la 
préparation est encom- 
brée de cheveux sains. 
Pour faire un examen 
rapidement probant , 
il ne faut pas examiner indifféremment tous les poils recueillis, mais les 




Fig. 62. — Microspoi'wm lemôsum. Microsporie .spontanée du 
Chien. Préparation.- de Suis. Dessin de Bessin On y ob- 
serve le poil microsporique avec ses caractères typiques, 
et, à côté de lui, les gros mycéliums qui signalent la pé- 
riode de début de la maladie, x '260. 



(') Il est bon (le noter que cette gaine parasitaire est adhérente au poil, ce 
qui la fait différer de l'étui épiderinique engainant le poil du (Ihien dans urt 
certain nombre de maladies desquamatives et dépilantes., dont la nature est 
encore aujourd'hui imprécise, 'que beaucoup île vétérinaires prennent pour de 
la teigne et qui n'en sont pas. 

S 



212 



MICROSPORIES. 



trier d'abord à l'œil nu, et ne soumettre à l'examen microscopique 
que ceux < [ii i sont eourts et présentent la gaine grise adhérente 
signalée plus haut (Suis). 

Un dernier point enfin : l'examen microscopique doit négliger la 
tige du poil pour se porter directement à son extrémité radiculaire. 
car elle seule est malade cl sur une hauteur qui ne dépasse pas deux 
millimètres. Le poil malade a tous les caractères du cheveu microspo- 
rique de reniant. Mais souvent il montre, en outre de l'écorce micro- 
sporique. les grands filaments sinueux faits de cellules énormes qui 
créent l'envahissement parasitaire du cheveu en descendant au long 
de lui, à sa surface. Ces filaments géants restent visibles dans leur 
l'orme pendant toute la période de début de la maladie. 

Certaines préparations montrent même, juxtaposés, le tableau du 

poil micrôsporique 
type et celui des 
g" r o s m y c é 1 i u m s 
d'ensem e n c e m e n t 
(fîg. 02j qui signa- 
lent la période de 
début de la maladie. 
Dans la micro- 
sporie du Chien le 
poil n'est pas seul 
atteint, l'épidémie 
l'est aussi mais sans 
que le parasite y pré- 
sente des caractères 
distinctes (fig - . 65). 
A côté des obser- 
vatiosn si étudiées 
(le Bodin, . de Suis 
et Suffran, donnons 
une part aussi au 
très remarquable travail de Zollikôfer. Dans l'épidémie de Saint-Call, 
le Chien n'était pas en cause, c'est le Chat qu'on put incriminer de 
façon certaine. 

Dans sept familles contaminées par la microsporie, le Chat delà 
maison avait été malade : lésions alopéciques et croûtes envahissant 
surtout la tête, les épaules et les pattes de devant. Cinq le ces Chats 
avaient été tués, à cause de leur maladie progressive et défigurante, 
mais deux fois l'auteur put examiner le Chat malade et constater chez 
lui le parasite absolument identique au Microsporum l<in<>*uni prove- 
nant des lésions humaines. L'épidémie a compté 45 malades et on a 




— Mù 



'osporum lanosum du Chien 
de la squame, x 260. 



Parasitisme 



MICROSPORUM LANOSUM. 213 

pu relever chez 50 la cohabitation avec un Chat malade. Comme 
curiosité dans l'épidënuologie de cette mierosporie, mentionnons un 
cas probable de retour spontané de l'Homme au Chat ( l ). 

Étude clinique du Microsporum lanosum chez l'Homme. — 
Si nous consultons ma statistique, le M. lanosum ne ferait pas le 
dixième des microspories humaines et ne s'observerait qu'une fois 
sur trente-cinq teignes prises au hasard. Mais il faut remarquer 
combien ces chiffres offrent peu de stabilité. Nous avons arrêté 
la statistique de l'Ecole Lailler à cinq cents cas (1907), mais cela ne 
nous a pas empêché de continuer à mettre en culture les cas les plus 
intéressants qui se présentaient à nous par la suite. Or, à peine notre 
statistique était-elle close que nous avons observé une épidémie fami- 
liale de six personnes due au Microsporum lanosum. Si' elle eût été 
observée quelques jours plus tôt, tous les chiffres que nous donnons 
eussent été profondément modifiés ( 2 ). 

Cette mierosporie peut atteindre la barbe de l'Homme et produire 
l'herpès circiné sur l'adulte, mais on l'observe le plus souvent sur les 
enfants, au cuir chevelu, sous forme de tondantes ordinairement 
accompagnées d'efflorescences cutanées. 

Tondante. — Chez l'enfant, la tondante du Microsporum lanosum 
peut ne se pas différencier de celle du Microsporum Audouïni. Dans 
beaucoup de cas, au contraire, on peut présumer l'espèce que la cul- 
ture démontrera. En général il s'agit de plaques moyennes ou petites, 
couvertes de squames grisâtres, avec très peu de cheveux sains sur 
leur surface, et les cheveux malades, cassés, gris, à manchette, carac- 
téristiques de la Mierosporie banale. 

Dans la majorité des cas, ces plaques s'accompagnent d'un état mar- 
qué de rougeur et d'irritation sous-jacente. Et les cas qui ne mon- 
traient aucune irritation visible étaient presque tous de date trop 
récente pour la présenter. Plusieurs étaient alors caractérisés par le 
grand nombre des petits points d'attaque de la maladie. Celle-ci 
semble donc avoir un premier stade caractérisé par l'apparition de 
taches microsporiques de type normal, et un second stade caractérisé 
par un léger processus inflammatoire sous-jacent à ces lésions. 

Dans un cas, une plaque unique, grande comme un franc à peine, 
était d'un rouge violet, comme un kérion au déclin, et avait déjà 
perdu presque tous ses cheveux, par éviction spontanée du cheveu 

(') Ce fait de rexistence spontanée du Microsporum lanosum sur le Chat est à 
rapprocher des ressemblances existantes entre le M. lanosum de France et le 
.1/. felineum en Angleterre. 

( â ) En 1908. j'ai observé, dans un collège, une épidémie de 25 cas de tondante 
due au .1/. lanosum. 



214 MICROSPORIES. 

entier, sans qu'on vît pourtant aucune pustule folliculaire, et aucune 
saillie de la peau malade sur la peau saine. 

Dans un autre cas, où le traitement radiothérapique l'ut appliqué à 
une lésion récente, cette lésion restait dessinée en rose sur la peau 
blanche du voisinage, longtemps après la dépilation faite de toute la 
région, exactement comme lorsque la radiothérapie est appliquée à 
un kérion trichophytique vrai. 

Pourtant je n'ai jamais vu ce Microsporum causer un kérion vrai, 
avec relief de la lésion sur la peau voisine (surtout ce haut relief d'un 
demi-centimètre, caractéristique des vrais kérions qui ne guériront 
pas toujours sans cicatrice), mais seulement des lésions s'accompa- 
gnant ordinairement d'un degré de réaction inflammatoire reconnais- 
sante à l'œil nu. 

Un autre fait que j'ai cru observer dans l'évolution des tondantes 
microsporiques dues au Microsporum lanosum, c'est la fréquence des 
inoculations accessoires de ce parasite à la peau glabre. Jusqu'ici je 
les ai rencontrées presque constamment avec cette espèce parasitaire, 
et on sait combien elles sont peu ordinaires dans la microsporie 
banale. 

La tondante due au Microsporum lanosum ne me parait pas très 
rebelle. La dermite dont elle s'accompagne doit favoriser la chute 
intégrale et spontanée du cheveu, et hâter ainsi le processus de la 
guérison. 

Mais ce processus inflammatoire peut sans doute ne pas survenir 
toujours. Gomme j'ai traité sans retard les cas que j'ai rencontrés, je 
ne puis savoir ce qu'eût été leur évolution naturelle. Mais presque 
tous les cas que j'ai observés étaient de date assez récente, et une ton- 
dante de cinq mois de durée était en guérison spontanée. Les cas de 
tondante observés par Zollikofer ont guéri, en moyenne, en 70 jours. 

De tous les cas qui s'accompagnaient d'un état de dermite sous- 
jacente, aucun ne s'est terminé, comme certains kérions, par cica- 
trice. Et les surfaces spontanément dépilées se sont intégralement 
recouvertes. 

Cette affection est certainement très contagieuse, d'enfant à enfant, 
et semble se comporter, en ceci, comme les microspories d'origine hu- 
maine. Pourtant on en a peu vu constituer d'épidémies scolaires, mais 
plus souvent des épidémies familiales. 

C'est un caractère très spécial à cette teigne, et je citerai ici une 
dernière observation tout à fait typique : le père, homme de cinquante 
ans, présentait trois ou quatre taches érylhémateuses à bords nets, 
ovales, de la dimension d'une pièce de cinquante centimes, un peu 
surélevées, occupant le tour du cou à la limite de la barbe. 

La mère présentait des taches semblables sous le sein. Deux filles 



MICROSPORUM LANOSUM. 215 

en montraient de semblables an visage, et il en était, paraît-il, de 
même, d'un fils de vingt ans que nous n'avons pas vu. 

Le petit garçon de huit ans, pour lequel on était venu nous con- 
sulter, montrait au cuir chevelu trois petits points de teigne tondante 
microsporique. Un Chien était accusé de cette épidémie familiale. 
La culture de tous ces malades fut identique : Microsporum lanosum. 

Avec ce parasite nous avons observé, plusieurs fois, des épidémies 
familiales analogues. Mais la pauvreté, la promiscuité, la saleté de- 
meuraient souvent la cause évidente de ces contagions ; ainsi, dans 
une autre observation, le Microsporum lanosum existait sur le père 
et deux fillettes, parce que ces pauvres gens étaient sans asile, et cou- 
chaient côte à côte où ils pouvaient. 

J'avais attiré l'attention sur ces épidémies familiales dès ma pre- 
mière étude du M. lanosum; elle a été depuis souvent confirmée ('). 

La microsporie du M. lanosum est épidémique plutôt qu'endémique, 
au contraire de celle du M. Audouïni banal, qui est endémique et 
sujette seulement à des réveils épidémiques. Lorsque j'ai reconnu et 
étudié le M. lanosum, la proportion des cas que j'en trouvais était 
d'abord de 1 sur 4 (épidémie probable) ; puis je passe 5 mois sans en 
voir un cas, ce qui ramène la proportion totale à moins d'un dixième. 
De même Suis et Suffirai! réunissent en quelques mois à Toulouse leurs 
seize observations, et depuis lors ils n'en trouvent plus un seul cas. 
Enfin l'épidémie de Saint-Gall, admirablement suivie, dure de no- 
vembre 1907 à juillet 1908, faisant 45 cas, par petits foyers épidémiques 
de famille. Et pendant ce temps la ville de Baie lutte depuis 1905 contre 
la microsporie banale qui a fait plus de deux cents contagions dans 
ses écoles. La différence de mœurs des deux parasites est évidente. 

Le Microsporum lanosum peut déterminer, chez l'enfant et l'adulte, 
une éruption de microsporie cutanée généralisée à tout le corps, fait 

f 1 ) •• Suivant le type de cette affection écrit Zollikôfer : l'épidémie (de Saint-Gall) 
s'est montrée éminemment familiale et non scolaire. Chaque fois que le dia- 
gnostic avait été porté sur un écolier, une inspection soigneuse était exécutée 
dans la division à laquelle le malade appartenait, et ces inspections scolaires 
sont toujours restées sans résultat positif, tandis que, parmi les membres de 
la famille du malade, nos recherches ont été rarement infructueuses. Comme 
exemple, nous citerons une famille où la grand-mère, la mère et quatre enfants 
étaient atteints. Cette famille venait de changer de domicile. Dans la maison 
qu'elle avait quittée était venue habiter une autre famille chez laquelle nous 
découvrîmes les malades suivants : deux filles adultes et un petit enfant; dans 
une troisième famille, deux garçons. » 

« Dans une autre maison, deux enfants, la mère et la servante furent trou- 
vés malades; dans une troisième maison, quatre enfants appartenant à deux 
familles, et de plus, un cousin et un ami qui fréquentaient une de ces familles. » 
Et l'auteur ajoute très justement : ■< Ces divers faits cliniques et épidémiolo- 
giques écartaient dès le commencement l'idée du Microsporum Audouïni et évo- 
quaient la présomption du M. lanosum, bien avant que les cultures et les inocu- 
lations eussent pu nous en fournir la certitude ». 



216 



MIGKOSPORIES. 



que je n'ai jamais observé qu'une fois chez deux membres delà même 
famille. En voici l'histoire en deux mots : Une grande jeune fille de 
16 ans présente d'abord au devant de l'aisselle droite, puis en cinq 
ou six points du corps, des cercles d'herpès circiné, spécialement au 
cou, aux bras et à la poitrine. Tous ces cercles étaient identiques 




Fig 



Petits éléments circinés érythémato-squameux d'une éruption généralisée due au 
Microsporum lanoswn. (Malade de Brocq, cliché de Sottas.) 



de 1 1/2 à 7) centimètres de diamètre, tout petits par conséquent, et 
pour la plupart grands comme une efflorescence d'érvthème poly- 
morphe annulaire [herpès iris) auquel ils ressemblaient tout à fait. 
Leur ourlet périphérique, un peu saillant, n'était pas vésiculeux mais 
sec, de couleur rouge brunâtre, peu squameux, le centre légère- 
ment fûrfureux et lustré (fig. 64). 

Après quinze jours, cette jeune fille communiqua sa maladie à sa 



MICROSPORUM LANOSUM. 217 

jeune sœur âgée de 7 ans, et, chez celle-ci, l'éruption fut généralisée. 

Les cercles passèrent de l'un à l'autre sujet en conservant pleine- 
ment leur identité et leur personnalité. D'abord l'enfant en présenta 
sur le visage et sur les mains, puis au cuir chevelu et sur le corps. Au 
total l'éruption pouvait comprendre cent à cent cinquante cercles 
identiques, et qui ne différaient que par leur âge, roses au début, brun 
violàtres à la fin, avant de desquamer et de laisser leur trace dessinée 
en blanc sui la peau du voisinage. Tous les cercles d'une dimension 
petite et presque uniforme. 

Les faits de ce genre sont assez rares dans la science, mais il en 
existe cependant. Le premier cas est dû à Malherbe (de Nantes) ('). Il 
concerne une enfant de cinq ans qui, un mois après une Microsporie 
du cuir chevelu, lit une éruption généralisée de cercles 1 typiques, 
grands comme des pièces de deux francs et de cinq francs, avec un 
centre bistre moiré. Les bras de l'enfant en étaient couverts, ainsi 
que le ventre, les cuisses. Et cette éruption dura, comme dans le cas 
que nous avons observé, environ un mois et demi. La morphologie du 
parasite dans le cheveu, telle que l'auteur la retrace, ne laisse aucun 
doute sur sa nature. Il s'agit bien d'un Microsporum. L'examen des 
squames semble avoir été très succinct, et l'auteur déclare simple- 
ment que le parasite y est rare, l'ait qui contraste beaucoup avec ce 
que nous verrons plus loin. Quant à la culture, son tapis duveteux, 
amiantacé, affirme un Microsporum; la différenciation de l'espèce n'a 
pas été poussée plus loin. 

La seconde observation du même fait est due à Danlos ( î ). Dans ce 
cas, l'éruption, constituée par des anneaux rouges offrant le type 
parfait de l'herpès circiné, siégeait sur le front, le côté droit du nez, 
occupait la nuque en totalité, et couvrait la partie supérieure du tronc 
et des bras. L'examen microscopique de la tondante qui avait précédé 
cette éruption démontrait une microsporie. Pas de cultures ( 3 ). 

( l ) H. Malherbe. Tondantes à petites spores. Généralisation à la peau glabre 
(Gazelle médicale de Nantes, 1900). 

(*) Danlos. Teigne tondante à petites spores, avec eflloreseences cutanées 
(Annales de Dermatologie et de Syphiligraphie, 1902, p. 623). 

( 3 ) Ces cas sont à rapprocher de la microsporie généralisée décrite par Col- 
c.ott Fox et Blaxall (Notes on tvvo cases of tinea circinata. British Journal of 
Dermatology, toc. cit.): Deux enfants 11 et 7 ans présentent, sans tondantes, une 
éruption d'herpès circiné généralisé. Les cercles ont un centre bistre, un liséré 
rouge desquamant périphérique, quelquefois double, donnant à la lésion 
l'aspect d'une cocarde. La culture donne, sans aucun doute, le Microsporum du 
Chat. Il est à remarquer que le Microsporum du Chat semble tenir en Angle- 
terre la place du Microsporum lanosum en France. Il est en effet assez fré- 
quent. Les auteurs ont isolé ce Champignon de 14 cas provenant de II sources. 
Dans un seul cas la lésion fut un kérion. 

Les auteurs notent aussi un détail qui correspond tout à fait à ce que nous 
avons vu : Dans les squames, le parasite montre un mycélium extrêmement 
abondant. 



218 MICROSPORIES. 

('es observations sont tellement semblables que la communauté de 
leur origine, l'identité de leur parasite causal, restent peu douteuses. 
Ce fait demande cependant confirmation. Il faudra dorénavant que 
les éruptions microsporiques semblables soient plus soigneusement 
étudiées par ceux qui les rencontreront, et que l'espèce qui les cause 
soit chaque fois déterminée. 

Microsporie de la barbe. — Je n'ai observé que trois fois l'inocu- 
lation du M. lanosum à la barbe de l'Homme : c'était au menton, el 
une fois sur une joue, trois cercles roses, squameux, sur lesquels les 
poils malades présentaient l'aspect typique du cheveu microsporique. 
Mais il s'agissait d'inoculations récentes et les poils n'étaient pas tous 
fragilisés. Dans un cas, on put les enlever en totalité par une épilation 
attentive. La guérison, chez les trois malades fut obtenue assez vite, 
par des applications iodées faibles. La culture faite, des trois patients, 
donna le Microsporum lanosum ('). 

En résumé le Microsporum lanosum provoque chez l'Homme des 
lésions dont les caractères et l'évolution diffèrent de ce qu'on observe 
avec le Microsporum Audouïni. 

Tandis que la tondante du Microsporum Audouïni est faite de 
grandes plaques rares, sans réaction inflammatoire, criblées de 
squames grises, et couvertes de cheveux cassés, engainés de blanc, la 
tondante àu^Microspomm lanosum est ordinairement faite de points 
plus petits et plus nombreux, présentant d'ordinaire une réaction 
inflammatoire plus marquée; la surface des tonsures est également 
squameuse, grise, mais beaucoup des cheveux parasités et engainés 
de blanc qui les couvrent peuvent être épilés entiers entre les doigts 

Cette inflammation légère du derme facilite l'épilation du cheveu 
entier, en provoquant son décollement, et cela fait sans doute plus 
brève la durée de la maladie. 

Microscopiquement, les cheveux atteints par le Microsporum lano- 
sum et par le Microsporum Audouïni peuvent être identiques entre 
eux, mais, les mycéliums géants qui descendent au long du cheveu, 
hors de lui, el vont l'infecter dans la profondeur, sont souvent plus 
nombreux, plus fréquents, plus durables, dans la tondante due au 
Microsporum lanosum que dans celle du Microsporum Audouïni 
banal, où leur présence paraît rare et brève. Enfin le Microsporum la- 
nosum peut causer des lésions pilaires de la barbe chez l'Homme et 
des lésions circinées nombreuses des régions glabres, ce que le Micro- 
spomm Audouïni ne fait jamais. 

(*) Un seul de ces trois malades est compté dans notre statistique, les deux 
autres ayanl été observés après qu'elle eut été close, après 500 cas cultivés. 






MICROSPORUM LANOSUM. 



219 



Ainsi les lésions du Microsponim lanosum présentent des mœurs, 
des caractères objectifs et des caractères microscopiques qui per- 
mettent en général de les différencier avant d'avoir pratiqué la culture 
du parasite. Mais c'est la culture qui fait la différenciation, et, si Ton 
peut ainsi parler, la certification absolue du parasite. 

Examen microscopique. — On peut rechercher le M. lanosum 
dans la squame des lésions de la peau glabre, dans le cheveu des ton- 
dantes ou dans le poil de la barbe. 

D'après ce que nous avons vu, le M. lanosum peut créer sur la peau 
glabre des lésions dissemblables. Les unes sont de simples taches roses 




Fig. fia. — Microsporum lanosum clans la squame des éruptions circinées généralisées 
qu'il détermine. Bleu de Sahli. x 270. 

furfureuses dans lesquels le parasite peut être assez rare et, difficile à 
mettre en évidence. Les autres sont des cercles parfaits, ordinairement 
très nombreux. 

Dans ce cas, au niveau du large liséré d'un rouge brun, qui cernait 
chacun d'eux, les squames montraient un véritable feutrage d'éléments 
mycéliens enchevêtrés, chacun composé d'éléments rectangulaires, 
assez réguliers, placés bout à bout. Os filaments de 5 y. de diamètre 
environ, rubanés, réguliers, se multiplient par dichotomie et s'enche- 
vêtrent d'une façon qui rappelle les agglomérats parasitaires des 
godets faviques (fig. 65). 

Dans les squames de la tondante, à son début, il est aisé de trouver 
aussi un abondant mycélium que reproduit la figure 66 à deux grossis- 
sements. Ses filaments ont les flexuosités des mycéliums microspo- 
riques en général. La coloration les montre divisés en éléments qua- 
drangulaires assez réguliers. 



220 



MICROSPORIES. 







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Fig. 66. — Filaments mycéliens dans la squame d'une tondante due au Microsporm 
lanosiùn. Bleu polychrome, x 270. Le carton : x 7,j0. 




Fie. G7. 



Microsporuvn lanosum autour du cheveu de l'enfant, x 260. 




Fi^. 68. — Cheveu de l'enfant dans la microsporie du Micrpsporum lanosum. Les 2 figures 
superposées se complètent. A, gros mycéliums d'envahissement. B : îlots de grosses 
spores en mosaïque dont la multiplication forme la gaine microsporique. C.-E est un frag- 
ment de l'étui épidermique du follicule. D, est la frange mycélienne d'Adamson au collel du 
bulbe pilaire. x "2(30. 



222 



MIGROSPORIES. 



Quant au cheveu envahi par le M. lanosum, il peut copier si exac- 
tement le cheveu du M. Audouïni qu'il serait impossible d'en essayer 
la différenciation (fig\ 67). 

C'est le même tronc de cheveu strié, entouré dune gaine continue 
<le spores petites, polyédriques par tassement, et disposées sans ordre 
apparent, en mosaïque ; si l'on examine une plaque de tondante déjà 
ancienne, c'est le tableau que l'on retrouvera, sur tous les cheveux ma- 
lades; ou bien on trouvera un aspect moins parlait, analogue à celui 
<pie représente la figure 16, et pour la même raison. Le cheveu micro- 

sporique usé par tous 
les traumatismes de 
hasard, ne montre plus 
sa gaine qu'à l'état de 
débris, sous forme de 
groupes de spores, ac- 
crochées au cheveu, en 
des points disséminés. 
Il en est tout autre- 
ment si l'on examine 
des plaques de ton- 
dante jeunes, portant 
des cheveux visible- 
ment gris, engainés et 
qu'une épilation ména- 
gée arrive à épiler sans 
fracture. Alors on peut 
retrouver, en multi- 
pliant ses recherches, 
tous les tableaux que 
nous avons figurés déjà, 
en parlant de la struc- 
ture des Microsporums 
dans le cheveu, car c'est 
d'après les Microspo- 
rums animaux et tout 
spécialement d'après le 
Microsporum lanosum 
que tous ces dessins ont 
été faits. 

Un des aspects du pa- 
rasite est assez fréquent 
pour être expressément 
figuré. C'est celui que représentent la figure OS. C'est le même che- 




Fig. 69. — Préparation extemporanée dans la micro- 
sporie du M. lanosum. A, est le cheveu. B, l'écorce 
microsporique dont pendent des fragments dissociés 
mélangés de cellules épidermiques C, el de gros mycé- 
liums d'envahissement D. x 260. 



MICROSPORUM LANOSUM. 



223 





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feu, en deux tronçons qu'il faut, par la pensée, placer: bout à bout. 
En liant les énormes mycéliums plongeants descendent le long du 
Iheveu, collés à lui. Ce sont eux qui vont en déterminer l'infection. 
Ils se divisent en îlots de grosses spores, qui vont se multiplier à leur 
our, et dont les îlots, arrivant à se juxtaposer, feront la gaine continue 
le petites spores en mosaïque, qui revêt le cheveu 
jusqu'au niveau du collet du bulbe, et s'arrête en ce 
loint, pendant qu'au dessous d'elle descendent, un 
aeu plus bas, les extrémités du fin mycélium intra- 
lilaire formant la frange d'Adamson. 

Dans les microspories dues aux Microsporums vi- 
races, il est bien plus facile et plus fréquent de trou- 
ver, au long du che- 
veu, ou détachés de 
lui, les gros mycé- 
liums plongeants, 
mélangés plus ou 
moins aux microspo- 
res détachées de l'é- 
corce parasitaire du 
cheveu. (Fîg. 69 et 
70.; 

Cela est plus fré- 
quent pour plusieurs 
raisons, dont la prin- 
cipale est que les 
tondantes du M. la- 
nosuiyi-, guérissant 
plus vite que celles 
du M. Àudouïni, 
sont souvent obser- 
vées plus près de leur début, et mon- 
trent, par conséquent, le stade initial 
de l'infection. Il est possible que ce 
stade se prolonge d'ailleurs davantage 
chez elles. 

Quoi qu'il en soit, l'opposition entre 
ces énormes mycéliums (fîg. 70) A et 
les microspores (B) souvent adhérentes encore à des cellules épider- 
miques (C) est extrêmement frappante et le fait mérite d'être bien 
connu pour éviter des confusions. Un autre aspect du Microsporum 
lanosum doit aussi être rappelé c'est celui qu'il présente dans les poils 
à bulbe plein (fîg. 71), c'est-à-dire morts. Sur ces follets le mycélium 



Fig. 70. — Dissocia- 
tion complète d'un 
cheveu atteint par 
lé Microsporum la- 
nosum. En A, my- 
céliums rubanés 
géants. En B, 
fragment de la 
cuirasse sporulai- 
re. En C, cellule 
épidermique res- 
tée adhérente à la 
cuirasse sporu- 
laire. (Bleu poly- 
chrome, x 2(i0.) 



Hg. 71. — Microsporum lanosum. Ter- 
minaison du mycélium inlra-pilaire 
dans le bulbe d'un cheveu mort. 



224 



MICROSPORIES. 



intra-pilaire A est très visible, la gaine mierosporique s'arrête (B), 
comme toujours, au niveau du collet du bulbe, tandis que la frange 
d'Adamson se développe au point de remplir le bulbe plein de fila- 
ments arliculés dont l'extrémité, affleurant la surface du poil, est ter- 
minée par un renflement en massue. 

Ainsi se présente le Microsporum lanosum dans la squame, et dans 
le cheveu. Dans le poil de la barbe, dans les cas que nous avons 
pu examiner, il y avait identité pleine et complète avec les ligures que 
nous venons de présenter, ce qui rend inutile d'en parler séparé- 
ment. 

Cultures. — Je commencerai par figurer ici l'aspect de la culture 
du Microsporum caninum, d'après Bodiiï. Bien que la nécessité de la 







Fig. ~±. — Culture du Microsporwn caninum sur gélose au moûf de bière au lo c jour. 
Grandeur naturelle, d'après Bodin el Almy. 



culture sur milieu étalon, de formule constante, fût déjà connue et 
établie, Bodin, n'ayant pu retrouver la maltose qui avait servi à mes 
premières expériences, avait cultivé son parasite sur une gélose au 



MICROSPORUM LANOSUM. 225 

moût de bière, milieu excellent mais de composition inconstante, et 
voilà la figure que ce parasite avait pris sur ce milieu (fîg\ 72). 

Cette figure était incomparable aux suivantes, obtenues sur milieu 
d'épreuve maltosé. Ceci montre la nécessité, pour les auteurs qui 
s'occupent de cette question, de comparer toujours leurs types para- 
sitaires sur un milieu de composition constante. 

A ses débuts, sur le milieu d'épreuve maltosé (PI. IV, fig. i, r 2 ) la 
culture du M. lanosum est seulement plus vivace et plus duveteuse 
que celle du M. Audouïni et elle présente une petite aire centrale 
glabre et poudreuse. A cet âge, elle montre les plus réelles analogies 
avec celle du M. felineum anglais de Colcott Fox et Blaxall que nous 
étudierons dans le chapitre suivant (PI. VI, fig. i). 

Mais bientôt, autour de son aire centrale glabre, un anneau de duvet 
blanc laineux saillant se formera, qui est tout à fait caractéristique et 
permet à coup sûr l'identification de l'espèce, car aucun autre Micro- 
sporum animal ne présente rien de semblable ( 1 ). 

Au 25° jour le M. lanosum aura pris sur gélose maltosée l'aspect 
indiqué par la figure ï* de la PI. IV. 

Le centre de la culture est ombiliqué, semé souvent de gouttelettes 
d'eau de condensation. L'anneau laineux fait autour de cet ombilic un 
relief, saillant de \ millimètres, et large d'un centimètre, d'un blanc très 
pur, qui ne jaunira qu'en vieillissant; le pourtour de la culture est fait 
d'un tapis rond de rayons immergés, recouvert d'un duvet couché, fin 
et grisâtre. Cette culture atteint son plus beau développement : ( J à 
10 centimètres de diamètre en 25 à 50 jours. Mais à cette date elle 
commence à vieillir, à se déformer. 

Sur gélose glucosée, la culture devient aussi laineuse, mais irrégu- 
lièrement, et non suivant un anneau, comme sur le milieu maltosé. En 
outre son auréole de rayons immergés prend une teinte jaune, d'un 
jaune serin, très visible par transparence (PI. IV, fig. m 2 ). 

Sur pomme de terre, la culture s'accuse d'abord comme une large 
traînée rougeâtre, glabre, qui se recouvre ensuite de touffes de duvet 
blanc bientôt confluentes, masquant la tache rouge sous-jacente 
presque absolument. Cette culture est tout à fait analogue à celle du 
M. Audouïni sur ce milieu, mais elle est deux fois plus précoce et 
plus vivace. 

Duvet blanc pléomorphique du Microsporum lanosum. — 

Tous les Microsporums vivaces ont une dégradation pléomorphique, 



(') C'est en se basant sur l'existence de cet anneau dans les cultures du 
premier Microsporum animal (dit du cheval) photographiées sur milieu d'épreuve 
en 1892-94. (Saboiraud. Trichophyties humaines. Atlas, p. 57, fig. 166 et 167), qu'on 
peut à peu près sûrement identifier ce Microsporum au Microsporum lanosum. 

LES TEIGNES. 15 



226 MICROSPORIES. 

mais chez le M. lanosum le pléomorphisme peut se traduire par trois 
formes culturales très différentes (PI. V). Tantôt c'est un gâteau rond 
de duvet blanc à peu près impossible à différencier de la plupart des 
duvets pléom orphiques des différents Microsporums animaux dont 
l'étude suivra : PI. V, fîg*. i, i 2 , tantôt on le voit prendre la forme 
d'un plateau radié, immergé dans l'épaisseur du milieu, de surface 
lisse, glabre et humide, et de couleur brunâtre (PI. V, fig. n et n 2 ). 
Tantôt enfin, la culture est velue et comme hérissée, non plus d'un 
duvet fin, mais d'un poil bourru et grossier (PI. IV, fig. iv, et PI. Y, 
lig. iv). Cette dernière forme est la plus dégradée, la plus fréquente 
et la plus stable. Il est à remarquer que ces trois formes pléomor- 
phiques sont réversibles l'une à l'autre, et que principalement la 
forme glabre humide, la plus instable, revient souvent en vieillissant 
(PI. V, fig. ni) à la forme poilue que l'on doit considérer comme la 
plus fixe, et que prennent toujours à la longue les cultures conservées 
au laboratoire depuis très longtemps ('). 

Inoculations. — A voir les épidémies nombreuses dues au Micro- 
sporum lanosum, on pourrait croire que l'inoculation spontanée en 
est très facile chez les Animaux. C'est un fait que semblent d'abord 
contredire les expériences de Suis et Suffran. 

Avec deux de leurs Chiens malades ils ont essayé de contaminer 
deux Chiens d'expérience, âgés l'un de dix-huit mois, l'autre de six ans. 
Ils les placèrent pour cela, deux par deux, dans des cages étroites où 
ils mangeaient et couchaient côte à côte ; les contacts étaient mul- 
tiples, ils étaient de tous les instants. Chaque fois l'expérience a été 
prolongée pendant quatre jours, ce qui aurait pu suffire pour assurer 
la contamination des Animaux indemnes. Or ces essais sont restés infruc- 
tueux; ni l'un ni l'autre de ces deux Chiens d'expérience n'a contracté 
la maladie. Les deux Chiens malades étaient atteints de la forme à 
suppuration folliculaire qui paraît la plus grave; mais à la vérité ce 
stade ne doit pas être le plus contagieux. 

L'inoculation expérimentale facile de cette teigne, d'Animal à 
Animal (par piqûre et insertion d'un poil malade dans le trou de 
la piqûre) et l'inoculabilité facile de sa culture, sont des faits qui 
contredisent les expériences infructueuses de contagion par cohabita- 
tion et montrent simplement qu'elles devraient être reprises, en variant 
les conditions extrinsèques. Beaucoup des cas humains observés 
plaident dans le même sens. La transmission spontanée de ce parasite 

(') Arrivé à son dernier terme de dégradation la culture pléomorphique du 
M. lanosum, sur pomme de terre, se présente comme une saillie plate, de surface 
cérébriforme, de couleur blanche; la culture autour d'elle a coloré la pomme 
de terre en jaune d'ocre. 



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i humide, et ùlfilll. brunâtre (PI. V, fig. , 

i eulture rs{ vêhi une hérissée, non plus d'un 

d'un poil bourru el Pi. IV, fig. iv, et PI. V, 

i plus fréquente 

Formes pléomorphitjiies du Microsporum lanosum. 

i u ' 'ment i;i 

I. — Culture de la forme pléomorphique duveteuse du Microsporum 
lanosum. sur gélose maltosée après 12 jours. 

1*. I 2 . — Même culture après o5 jours. 

II. — Culture de la forme pléomorphique glabre, humide du Micro- 
sporum lanosum, sur gélose maltosée après 25 jours. 

II*. - Même culture après 25 joury. ,u ' 'inoculation sponia 

m fait que semblent il abord 

III. — Culture d'une forme pléomorphique demi-duveteuse, demi- 

glabre du Microsporum lanosum. sur gélose maltosée après 

Vv • ' ' <l<' conlaniii. 

lo jours. 

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IV. — Culture de la forme pléomorphique duveteuse (villeuse) du 

Microsporum lanosum, sur gélose glucosée après 24 jours. 

V. — Culture de la forme pléomorphique duveteuse du Microsporum 
lanosum, sur gélose glucosée après 50 jours. 

■Ni B. — Toutes ces formes sont réversibles l'une à l'autre. 

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SABOURAUD. — Teignes. 



Planche V 




Masson & Cie. Editeurs. 



Pholotypte Berlhaiid, P;ms 



MICROSPORUM LANOSUM. 



227 



d'Homme à Homme est des plus faciles, 
puisqu'on l'observe très souvent cause 
d'épidémies de famille. 

Le Microsporum lanosum est d'inocula- 
tion expérimentale aisée. Le Cobaye reste 
l'Animal de choix. Quel que soit le pro- 
cédé employé, après quatre ou cinq jours 
on ne doit plus voir trace de l'inoculation; 
et c'est ici le lieu de relever une erreur fré- 
quemment faite. Ce n'est pas après quatre 
ou cinq jours qu'on peut croire une inocu- 
lation de Microsporum valable ou nulle. 
Ceux qui ont parlé d'inoculations posi- 
tives, après cinq jours, ont pris pour un 
résultat positif les traces des traumatismes 
de l'inoculation. En fait, c'est vers le 
huitième jour, qu'apparaît un point rose 
squameux, qui n'est tout à fait visible et 
reconnaissable, à l'œil nu, qu'au dixième 
e 1 . onzième jour. Et cesi est de règle pour 
tous les Microsporums expérimentalement 
inoculables. Ce point squamo-croùteux 
grandit. A son niveau, la peau s'épaissit, 
l'épiderme se soulève et la lésion se re- 
couvre d'une croûte assez épaisse d'où 
sortent les poils par bouquets. Plus tard, 
après vingt jours, cette croûte tombe avec 
les poils de la région, laissant par consé- 
quent une surface glabre irrégulière, qui 
est guérie. Quand on palpe à ce moment 
la peau du Cobaye, on perçoit très nette- 
ment, au pourtour de la lésion, un bourrelet 
annulaire peu marqué, mais appréciable. 
La maladie semble s'éteindre tout à fait 
et spontanément, après un mois, par la 
disparition de ce bourrelet et je n'ai jamais 
été témoin sur le Cobaye d'une prolonga- 
tion quelconque et encore moins d'une 
reviviscence de la maladie. 



Fig. 75. — Microsporum lanosum dans le poil du Cobaye. 

A, réseau mycélien péripilaire à l'orifice du follicule. 

B. mycéliums intrapilaires descendants. D, écorce 
sporulaire du poil. 






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228 MICROSPORIES. 

Vers le 10' cl le 12 e jour de cette évolution, il est aise d'extraire «le 
la lésion des pincées de poils, ou d'étudier ceux qu'on enlève avec la 
squame-croûte. Les poils malades sont objectivement très analogues 
à ceux de la tondante du Chien et de la tondante microsporique de 
l'enfant. Bodin, qui le premier l'avait remarqué, n'avait étudié que 
sommairement les poils malades des Cobayes et les avait décrits 
comme identiques à ceax du Chien malade ou aux cheveux de l'entant 
atteints par le Microsporum Audouïni. 

Cette vue d'ensemble est trop succincte, car les poils du Cobaye 
inoculés de M. lanosurn ont fourni les notions les plus complètes et 
les plus précieuses sur la structure des Microsporums dans le cheveu 
humain, et en ont fait comprendre beaucoup de détails qu'on eut 
incomplètement compris sans eux. 

Le M. lanosurn, lorsqu'il envahit le poil du Cobaye, y développe des 
filaments mycéliens verticalement descendants, dont les bifurcations 
vers la profondeur, et la multiplication de haut en bas sont bien plus 
aisées à voir que sur le cheveu humain. De même il est plus facile de 
comprendre l'édification de l'écorce sporulaire à la surface du cheveu 
et le mode de sa formation. Enfin le réseau mycélien, à l'orifice, 
pilaire (d'où partent les filaments plongeants qui infectent le cheveu) 
et la gaine de spores elle-même, se reproduisent, sur le poil du Cobaye, 
avec plus de clarté que sur le cheveu humain (fig. 75). 

Je mentionne seulement ces détails, puisque nous les avons étudiés 
plus haut. Mais je devais rappeler l'aide précieuse que les inoculations 
animales ont prêté à ce sujet difficile et controversé. 

Les inoculations des formes pléomorphiques du Microsporum lano- 
surn varient du tout au tout dans leurs résultats, suivant l'ancienneté 
de la culture que l'on emploie. Lorsqu'on emploie une culture récem- 
ment extraite d'une culture primaire, elle-même récemment obtenue 
de l'animal d'origine, on obtient à coup sur des résultats positifs. Et 
cela même, quand la culture pléomorphique est arrivée à un point de 
dégradation où elle ne présente plus, à l'examen microscopique, 
aucune espèce de formes différenciées du mycélium. 

Si, au contraire, on essaie d'inoculer une culture pléomorphique 
d'extraction ancienne, et gardée vivante au laboratoire, depuis des 
années, on n'obtient plus que des résultats négatifs. J'ai pratiqué 
ainsi huit essais avec la culture pléomorphique du il/, canis {lanosurn), 
envoyée par Bodin, sans obtenir aucun des résultats positifs qu'elle 
lui avait donnés autrefois, tandis que mes cultures pléomorphiques les 
plus dégénérées du M. lanosurn donnent encore aujourd'hui des 
résultats positifs sans faute. 



MICROSPORUM FELINEUM. 229 



MICROSPORUM FELINEUM (G. Fox cl F. Blaxall, 1896) 

I. Historique. — Nous avons étudié et inoculé le Microsporum 
felineum dont l'étude va suivre, mais nous ne l'avons pas rencontré 
sur les cinq cents cas de dermatomycoses humaines étudiés par nous 
en série. Il est donc au moins très rare clans la région parisienne, s'il 
y existe. Il n'en est pas de même en Angleterre, où il semble être, au 
contraire, assez commun. Et ces deux parasites, qui se ressemblent 
beaucoup, pourraient être considérés comme deux variétés fixes, 
issues originairement d'un même type. 

La première mention du Microsporum du Chat fut faite dans un 
travail de T. Colcott Fox et Frank R. Blaxall, intitulé : Notes on two 
rases of tinea circinata, que publia le « British journal of Dermato- 
logy » en 1896 ('). Ce parasite est aujourd'hui connu de tous les der- 
matologistes anglais. 

Il a été retrouvé en 1902 par Mowborn, à New- York, qui en a publié 
une nouvelle étude bien documentée (-). 

Un troisième travail, de A. Lefèvre, de Bruxelles, parait bien avoir 
eu pour objet le même parasite, mais n'a pas beaucoup ajouté à nos 
connaissances sur le sujet f 3 ). 

II. Étude clinique. — Nous serons brefs en ce qui concerne le type, 
morbide que ce parasite détermine chez l'homme, puisque nous ne 
l'avons jamais observé. D'après Fox et Blaxall, le parasite chez 
l'homme présente une prédilection pour les régions glabres. Il crée 
des lésions érythémateuses sèches, sans tendance à la vésiculation ou 
à la pustulation; ces lésions présentaient un centre bistre et un liséré 
rouge périphérique. Une lésion décrite ainsi devait, en tous détails, 
ressembler à celles que nous avons vu créées par le Microsporum 
lanosum. Cependant les lésions en cocarde ne sont pas rares ( 4 ). Et 
c'est là un fait que le Microsporum lanosum ne m'a pas montré au 
cours des quatre dernières années. 

Fox et Blaxall observèrent quatorze cas de cette affection duc au 
même parasite, dont cinq cas faisaient une petite épidémie. De ces 

(») Tome X, ri" 112 (1896), p. 354. Cf. aussi même journal (1898, p. 37). 

(-) Voir la note 1 de la page 230. 

( 5 ) A. Lefèvre. Un nouveau Microsporon pathogène pour l'homme. Le Micros- 
poron du chat {Annales du service de Dermatologie, de Syphiligràphie et d'Urologie 
de l'hôpital Saint-Pierre de Bruxelles, 1904, n° 1, p. 24). 

( 4 ) « So many of the rings a second macule started and followed the lines of 
évolution of the flrst. » 



230 MICROSPORIES. 

14 cas, neuf n'affectaient que le cuir chevelu, deux le cuir chevelu et 
le corps, trois la peau glabre seulement ; deux plaques du cuir che- 
velu évoluèrent comme des kérions. Les mêmes i'aits cliniques furent 
retrouvés à New-York par A. D. Mewborn et si semblables qu'il est 
inutile d'en retracer le tableau ('). 

III. Origine animale. — Dès la première enquête de Fox et 
Blaxall, la concordance du témoignage des malades avait fait suspec- 
ter le Chat, avant la démonstration expérimentale que les deux auteurs 
en fournirent plus tard; la même vérification a pu être faite par 
Adamson à Londres, par Mewborn à New-York, etc. 

Ce n'est pas à dire que tous les cas humains relèvent d'une conta- 
gion animale qu'on puisse retrouver. Mewborn marque expressément 
le contraire. Et nous avons souvent rencontré la même impossibilité 
en ce qui concerne le Mirrosponon lanosum. Mais l'origine féline des 
cas humains peut être fréquemment mise en évidence. Du reste, plu- 
sieurs observations, dont une de Bunch, semblent démontrer que ce 
parasite du Chat peut s'observer chez le Chien. 

Il ne parait pas que la maladie chez le Chat ait été décrite complè- 
tement. Elle semble caractérisée par un grand nombre d'aires dégla- 
brées et croûteuses, la maladie étant souvent évidente à tous les yeux. 
Les lésions expérimentales d'inoculation que nous avons produites sur 
le Chat naissent le neuvième jour sous la forme d'une tache, d'un rouge 
vineux sombre où la peau est légèrement épaissie et soulevée. Lors- 
qu'on suit attentivement l'évolution de la lésion, à travers les poils 
coupés ras, on voit l'épidémie se phlycténiser en des points multiples 
de la surface rouge. Les phlyctènes sont jaunes. Leur contenu se con- 
crète sans qu'elles s'ouvrent, et elles se trouvent transformées en une 
croûte agglutinant les poils. Les poils tombent six jours plus tard 
sans résistance. Beaucoup d'entre eux sont parasités, mais non pas 
tous. En tombant, ils laissent une surface glabre, exulcérée, qui s'épi- 
dermisera lentement. Jusqu'à ce moment la lésion est prurigineuse, le 
Chat malade se gratte de ses pattes et de ses dents qui doivent servir 
à la dissémination du parasite. 

C'est la seule teigne que j'aie vu transporter spontanément par 
l'animal inoculé, en - d'autres points que ceux qu'on avait inoculés, 
mais sans qu'il se soit produit plus de trois points nouveaux. 

Dans son évolution spontanée, la maladie paraît beaucoup plus 
sérieuse, de durée plus longue, avec des points d'inoculation mul- 
tiples. Expérimentalement, cette maladie s'est toujours terminée par 

(') Le litre même de ce travail suffit à le résumer : A case of ringworm of the 
face, and Iwo of the scalp contractée! from a Microsporon of thé cal. New-York 
médical journal for november 15, 1902, 



MIGROSPORUM FELINEUM. 



231 



guérison spontanée en un mois, mais sur le Châtia repousse des poils 
a demandé trois mois pour être complète. 

IV. Examen microscopique. — La description du parasite, dans 
les lésions humaines, manque de précision et de figuration, dans les 
divers travaux plus haut mentionnés. La note de Mewborn présente 
quelques schémas, mais ils sont un peu sommaires, et peut-être enta- 
chés d'erreur. 

Sur les plaques érvthémateuses de la peau glabre, on trouve le my- 
célium parasitaire, sans 
aucune difficulté, dans les 
écai lies épidermiques (Fox 
et Blaxall), sous forme de 
longues chaînes de mycé- 
lium sporulé (Mewborn). 
De même, dans le sérum 
des vésicules, où Mewborn 
trouva, dit-il, une branche 
mvcélienne portant des 
spores latérales (?), mais 
il est probable que ces soi- 
disant spores étaient des 
bourgeons de bifurcation. 

Tous les auteurs qui ont 
vu les cheveux de l'enfant 
envahis par ce parasite 
constatent leur identité 
avec le cheveu microspo- 
rique ordinaire (/). 

N'ayant pas de poil hu- 
main atteint de Microspo- 
rum felineum, nous avons 
l'ait reproduire un poil de 
Chat, de ceux que nous avait adressés Adamson. Au premier coup 

(') Mewborn décrit sur les poils follets des régions glabres envahies : <■ A 
sheath of large, longitudinal chain-like spores » de 4-8 y. } mais il s'agit sans 
doute des gros mycéliums d'envahissement si bien décrits par Adamson et 
étudiés plus haut; car, ailleurs, Mewborn dit expressément que les cheveux de 
l'enfant étaient identiques aux cheveux microsporiques ordinaires. Ayant 
examiné un poil envahi, sur une biopsie bien faite, il constate dans la profondeur 
du follicule, au-dessous de la gaine de spores des filaments mycéliens (corres- 
pondant évidemment à la frange d'Adamson), et il interprète ce fait en disant 
que le parasite, tant qu'il garde la forme mvcélienne, n'est pas mûr; mais cette 
erreur d'interprétation nous montre, une fois de plus, qu'il s'agissait bien d'un 
Microsporum dont c'est la structure normale au bas de la partie radiculairc du 
cheveu. 




Fig. "i. — Poil d'un Chat atteint de Microsporum feli 
neum envoyé par Adamson. x 260, sans coloration. 



232 



MICROSPORIES. 



d'oeil, l'identité de forme de ce parasite avec le Microsporum Audotiïni 
est évidente et, sur cette figure, aucune particularité différentielle ne 
saurait être relevée (fîg. 74). 

V. Cultures. — Les cultures du Microsporum felineum sont 
assez aisées à bien caractériser. D'abord leur extrême rapidité de 
croissance les classe aussitôt parmi les Microsporums animaux à cul- 
ture vivace. Le duvet grisâtre des cultures les rattache manifeste- 
ment aux Microsporums comme aussi leur mycologie (Planche VI). 
Parmi les Microsporums vivaces, le Microsporum felineum se carac- 
térise par sa forme régulière en disque plat, sans saillies ni plicatures, 
avec un petit bouton central signalant la piqûre d'inoculation. La 
culture se partage très vite en un petit disque central de poudre d'un 
jaune havane ou de couleur chamois et une périphérie de duvet 
blanc radié très fin, un peu jaune par transparence sur les milieux 
glucoses (') (PI. VI, fig. i 5 , i 2 , n). 

Plus tard, en vieillissant, le centre chamois se rétrécit, étant recou- 
vert de flocons duveteux blancs ; un peu plus tard, à l'âge de six ou sept 

semaines, la culture présentera des 
toulTes de duvet blanc pléomorphique, 
facile à séparer de la culture pri- 
maire, et tout à fait différent d'elle, 
difficile à distinguer de beaucoup de 
duvets pléomorphiques analogues 
(PI. VI, fig. iv, iv 2 ). 

VI. Inoculations. — Nous avons 
inoculé le Microsporum felineum au 
Chat, au Chien et au Cobaye. Il nous a 
donné, dans tous les cas et sur tous ces 
Animaux, des inoculations positives. 
L'inoculation chez le Cobaye n'ap- 
paraît positive qu'au neuvième ou 
dixième jour, et son évolution dure 
quinze à dix-huit jours environ, et se 
termine par la guérison spontanée. 
Au dixième jour, l'inoculation est si- 
gnalée par un point rouge qui est 
squamo-croûteux trois jours plus lard. 
La lésion augmente de dimensions 
pendant huit jours et régresse après ce temps. Sous la croûte, au 

(') Sur pomme de lerre, le M. felineum fait une strie rougeàtre qui à la longue 
se recouvre d'un duvet assez rare et assez ras pour laisser la strie rouge 
transparaître. 




Fi 



— Formation de la cuirasse 
microscopique autour du poil du 
Cobaye, 10 jours après l'inoculation 
du Microsporum felineum. x260. Bleu 
de Sahli. A, filaments distincts. B, 
cuirasse constituée par eux. 



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bouton d'inoculation! La 

MlCROSPORUM FELINEUM. 

iw chamois el m phérie de duvet 

I, I. — Culture primaire du Microsporum felineum sur gélose mal- 
tosée, après 12 jours (en matras d'Erlenmeyer). 

1*, \K - Même culture après 18 jours (en tubes)'.' ff 

un peu plus tard, a 1 Age de six ou sept 
I 3 , I 3 . — Même culture, après 50 jours (en matras d'Erlenmeyer). 

II, II. — Culture primaire du Microsporum felineum sur gélose glu- 
cosée après 18 jours (en tubes). 

III, III. — Culture primaire du Microsporum felineum sur gélose pepto- 

nisée, après 20 jours (en tubes). 

IV, IV. — Culture de la forme pléomorphique duveteuse du Microspo- 

rum felineum sur gélose maltosée, après 12 jours (en 

matras d'Erlenmeyer). nnnia*ir> 

•> ' iiiocii .Nous avous 

IV 2 . — Même culture après 50 jours. 

au < )obaye. 11 nous a 
■•'-. dans tous les cas etsur tous ces 
maux, des inoculations positives. 
L'hioculalion chez le Cobaye n'ap- 
paraît positive qu'au neuvième ou 
dixième jour, et son évolution dure 
quinze à dix-huit jours environ, et se 
termine par la guérison spontanée. 
Au dixième jour, ['inoculation est si- 
:260.bu?u gnalée par un point rouge qui 

squamo-croûteux trois jours plus tard. 

La lésion augmente de dimensions 

ce temps. Sous la croûte, au 




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SABOURAUD. — Teignes. 



Planche VI 




Masson et Cie, Éditeurs 



Phototvpie Berlhand . Paris 



MICROSPORUM FELINEUM. 



233 



début, on trouve l'épidémie suintant comme sous la phlyctène d'un 
vésicatoire. La lésion est démangeante, et le plus souvent la croûte 
est arrachée par l'animal lui-même, par morsure. La plaie sèehe et 
guérit ensuite et le poil repousse. 

Chez le Chien et le Chat, le poil plus touffu et plus foncé sur la 
plaque autrefois malade signale la place où elle a été. 

L'examen des poils et squames est aisément positif, dix jours après 
l'inoculation. Le Microsporum felineum comme le Microsporum lano- 
sum pourrait servir à l'étude de la morphologie générale des Micro- 
sporums dans le poil. A la vérité, le mycélium intra-pilaire du M. feli- 
neum est moins facile à voir et à suivre que celui du M. lanosum. 
En revanche, le M. felineum donne les meilleurs exemples qu'on 
puisse voir du mode de formation de la cuirasse microsporique péri- 
pilaire par un lacis mycélien à la surface du cheveu (fig. 75). 

Pourtant le parasite est plus petit chez le Cobaye que chez l'Homme, 

mais les éléments qui font la 

cuirasse microsporique sont 

rectangulaires, en sorte que 

leur direction et la continuité 

du filament dont ils dépendent 

restent visibles (fig. 76 et 77). 
Si compactes que soient les 

fausses spores de la cuirasse, 

on distingue la direction du 

filament qui les a faites, même 

quand cette direction est cur- 
viligne et capricieuse. C'est ce 

que les deux figures ci-contre 

montrent nettement. Chez 

tous les Animaux inoculés le 

parasite a gardé l'extrême 

petitesse qu'on lui voit en ces 

figures. Ceci vient à l'appui 

de l'opinion de Fox et Blaxall 

qui ont vu chez le Chat des 

« spores » plus petites que 
celles du Microsporum Audouïni, et celle de Mewborn, qui a vu, 
autour du poil du Chat, de fines « spores » en mosaïque n'ayant pas 
plus de 1-2 p. chacune. 





Fig. 7G. — Microsporum 
felineum. Formation 
île la cuirasse micro- 
sporique autour du 
poil du Cobaye, x 2f>0. 
Bleu de Sahli. 



Fig. 77. — Microsporum 
felineum. Formation 
de la cuirasse micro- 
sporique autour du 
poil du Cobaye au 10" 
jour de l'inoculation. 
x260. (Bleu de Sahli.) 



23i MICROSPORIES. 



MICROSPORUM EQUINUM (Bodin, 1898) 

T. Historique. — L'histoire du Microsporum equinum est tout 
entière l'oeuvre de Bodin. 11 en a donné la première description avec 
M. Delacroix en 1896 ('). Mais, à cette époque, ses recherches avaient 
été trop peu suivies pour que cette première étude pût être complète; 
il la reprit par la suite, en une monographie presque parfaite de tous 
points ( 2 ), à laquelle nous nous reporterons souvent et à laquelle nous 
ferons de nombreux emprunts. Bodin a été, par la suite, as&e/> heureux 
pour retrouver à Rennes, sur le Cheval et sur l'Homme, le même 
Microsporum, à plusieurs reprises. Jusqu'ici ce Dermatophyto n'a pas 
élé retrouvé ailleurs, ni par d'autres observateurs ( r> ). Je dois à l'obli- 
geance de E. Bodin les cultures de ce type que j'ai pu étudier. 

II. La maladie chez le Cheval. — Il est à remarquer que chaque 
auteur a toujours trop de tendance à généraliser les cas particuliers 
dont il a été témoin. Lorsque j'avais étudié un premier Microsporum, 
sur le Cheval, j'avais cru qu'il était le seul. Bodin en trouve un second 
et dira que : « sous le nom de trichophytie du Cheval c'est la tondante 
microsporique que décrivent les traités classiques de médecine vété- 
rinaire »(M. Plus tard, Matruchot décrira une autre mycose du Cheval 
sous le même nom. Ainsi de suite. J'ai dit déjà que ces mycoses, chez 
l'Animal comme chez l'Homme, sont nombreuses et différentes, et 
«pie le seid travail utile est de les nommer d'un nom propre et de les 
différencier. 

« Je ferai remarquer, ajoute Bodin, que la tondante du Microsporum 
est, chez le Cheval, de beaucoup plus fréquente que les trichophyties 
véritables ». Et cela est encore une chose variable, suivant les temps 
et les lieux, puisque nos recherches, pendant vingt mois, n'ont pu 
trouver un cas de microsporie du Cheval alors que nous rencontrions, 
dans le même temps, huit cas de trichophytie causée par le Trichophyi 
Ion décrit par Matruchot. Mais, Bodin, observant sur deux régiments 
d'artillerie, trouvait la même microsporie chez tous les Chevaux conta- 
minés arrivant au régiment, tandis qu'en une année entière il ne ren- 
contrait pas un seul cas de trichophytie. C'est que, sans doute, les 

(') E. Bodin. Les teignes tondantes du cheval et leurs inoculations humaines. Th. 
do Paris, 1896. 

( 2 ) E. Bodin. Le Microsporum du cheval. Archives de Parasitologie, 189.8, ,179- 
409, avec 2 planches. 

C') Il vient d'être retrouvé en Danemark par Henrik Banc. : quatre l'ois en 
quatre cas sporadiques, sur des Chevaux de régiment (Inédit). 

('') E. Bodin. Le Microsporum du cheval. Archives de Parasitologie, 1898. p.7>8|. 



MICROSPORUM EQUINUM. 235 

Chevaux arrivaient à ces régiments, des mêmes dépôts de remonte, où 
sévissait une épidémie due au parasite qu'il décrivait. 

Bodin note, en passant, ainsi que beaucoup d'auteurs vétérinaires et 
Raillet en particulier, que ce sont surtout les jeunes Animaux, les Pou- 
lains, qui sont atteints. Pour lui, ce Microsporum passe très facilement 
d'un Cheval à l'autre, « soit par les contacts accidentels qu'ils peuvent 
avoir entre eux, soit, ce qui est le plus fréquent, par les harnais ou 
les objets de pansage. Dans une écurie nombreuse, un seul Poulain, 
atteint d'herpès contagieux, suffit pour contaminer, en quelques 
jours, la plupart des autres Chevaux, si l'on ne prend pas les mesures 
prophylactiques nécessaires ('). » 

« Dans la tondante du Microsporum, les jeunes Animaux sont en 
général atteints au niveau des régions supérieures du corps, sur l' en- 
colure, aux épaules, sur les lianes, à la croupe; sur les membres infé- 
rieurs au contraire, on voit beaucoup moins souvent des lésions myco- 
siques. » 

Les lésions que décrit Bodin sont identiques à celles que j'ai vu 
causées parle Trichophyton de Matruchot. Au moins ne puis-je indi- 
quer de différence. « A leur début, les plaques de tondante ne se tra- 
duisent que par un soulèvement des poils, sur la peau qui semble 
comme boursouflée. Ces poils ont d'ailleurs un aspect normal, ils ne 
sont ni cassés, ni décolorés, ni engainés à leur base par un étui blan- 
châtre, comme dans la tondante [microsporique] de l'Enfant ou 
comme dans celle du Chien. » 

« Mais avec l'évolution de la mycose, ces plaques prendront d'autres 
caractères. En effet, les poils soulevés ne vont pas tarder à tomber, 
car ils sont fragiles, ayant été envahis à leur base par les éléments du 
parasite. Au moindre frottement, à la moindre traction, ils viennent 
par bouquets, entraînant à leur base des squames grisâtres qui les 
agglutinent les uns avec les autres. » 

« Si l'on examine alors le placard cutané sous-jacent on voit que 
son aspect est celui d'une plaque arrondie ou ovalaire, à contours 
absolument nets, et marquant d'une tache grisâtre la robe de l'Animal. 
Sur cette plaque, aucun poil n'apparaît plus; seulement on y trouve 
des squames grisâtres et absolument sèches, peu abondantes d'abord, 
mais qui forment, au bout de deux ou trois jours, une couche assez 
épaisse; et si l'on vient, par le grattage, à enlever cette couche de 
squames, la peau apparaît, avec sa couleur normale, ne présentant ni 
rougeur, ni tuméfaction, ni aucune autre lésion que cette desqua- 
mation que je viens de mentionner. » 

« Dans un grand nombre de cas, continue l'auteur, j'ai observé ces 

(') J.cir. citai., p. 382. 



236 MICROSPORIES. 

lésions à leur début; j'ai même examiné dos plaques d'herpès très 
jeunes, sur lesquelles j'enlevais les poils dont le soulèvement ne faisait 
que commencer, et jamais, dans aucun cas, je n'ai pu surprendre 
la moindre trace de lésion vésiculeuse ou huileuse. » 

Et Bodin ajoute que Raille! avait déjà fait remarquer l'absence de 
vésicules dans l'herpès contagieux du Poulain. 

« Cette absence de vésicules, ajoute-t-il, cette sécheresse des 
lésions, est un caractère important, et je ne crains pas d'y insister, 
car il aide singulièrement à la différenciation de la mycose [microspo- 
riq.ue] d'avec les trichophyties. » 

« Une fois établie sur le Cheval, que devient la tondante du Micros- 
porùm lorsqu'elle est livrée à elle-même? Chaque plaque se forme, 
s'agrandit, puis s'arrête dans son évolution, et finit par guérir, au bout 
de deux ou trois mois environ, et sans laisser de traces cicatricielles. 
Mais ce n'est là que le cycle évolutif d'une seule lésion; à côté d'elle, 
il en est d'autres, qui ont pris naissance plus tard, et qui évolueront 
d'une façon identique, prolongeant ainsi la maladie, qui peut durer 
mi an et même davantage. » 

III. La maladie chez l'Homme. — Chez le Cheval, l'herpès eonta- 
gieux se développe avec la plus grande facilité et se transmet aisé- 
ment d'un Animal à l'autre. Chez l'Homme au contraire, le Micro- 
sporum du Chevaine détermine que 1res rarement des lésions durables 
et bien earaclérisées. 

« D'après les renseignements que j'ai pu recueillir, écrit Bodin, il 
se développe, même assez souvent, chez les palefreniers, de petites 
lésions cutanées, érythémaleuses, très fugaces, qui s'éteignent seules, 
et qui sont, très probablement, des inoculations du Microsporum du 

Cheval Mais je n'ai vu qu'un seul cas où le Microsporum du Cheval 

a causé une lésion humaine durable et bien nette.... 

« Il s'agissait d'un cuirassier âgé de 24 ans, en contact journalier 
avec un jeune Cheval atteint d'herpès contagieux, et qui présentait, 
sur la partie antéro-latérale du cou, à .1 ou i centimètres du bord infé- 
rieur de la mâchoire, une plaque arrondie de 5 centimètres de 
diamètre environ. 

« Le début de l'affection remontait à trois semaines, à peu près, et 
avait eu lieu par une simple tache érythémateuse; progressivement 
cette tache avait grandi, et, tandis qu'elle conservait, à la périphérie, 
le type érythémateux, elle semblait guérir au centre.... Au niveau de 
la partie centrale, la peau avait à peu près son apparence normale, 
mais la bordure, en pleine activité, présentait un cercle de 4 à 5 cen- 
timètres, à contours bien délimités, érythémateux seulement, ne fai- 

(') Loc. citai., p. 584, 



MICROSPORUM EQUINUM. 237 

tant point de saillie notable au-dessus des téguments, et sans aucune 
espèce d'infiltration du derme. 

« En aucun point je ne pus trouver... la moindre trace de vésicules 
ou de pustules. 

« Quelques poils se trouvaient au niveau du cercle, puisqu'il s'étail 
développé dans cette région du cou où naît la barbe, chez l'adulte ; 
ces poils ressemblaient à de petits points noirs saillants et engainés, à 
leur base, par une petite collerette blanche. Tout autour de chaque 
poil, enfin, existait une petite zone de desquamation fine. 

« En résumé l'affection se caractérisait par un cercle érythémateux, 
sur lequel les poils cassés étaient entourés par un petit étui blan- 
châtre. L'évolution avait été lente, puisqu'en trois semaines, ou un 
mois, la lésion circinée n'avait atteint qu'un diamètre de '5 centi- 
mètres. Des badigeonnages iodés amenèrent la guérison en quinze 
jours ('). » 

IV. Examen microscopique. « Les poils malades se présentent au 
microscope sous le môme aspect que les cheveux de l'Enfant atteinte 
de tondante rebelle de Gruby-Sabouraud. (Microsporie).... » (Bodin). 

Le parasite comprend des sporules et des filaments mycéliens. 

« Les sporules, arrondies ou légèrement polyédriques, par pression 
réciproque, d'un diamètre de 2 à 3[x, et juxtaposées sans dessiner au- 
cune figure régulière ni aucun chapelet de spores... forment au poil 
une gaine qui l'entoure, mais sans le pénétrer. 

Toutefois cette gaine n'est pas très régulière et continue. On voit 
souvent, dit Bodin, dans cette gaine du poil d'herpès contagieux du 
Poulain, de petits îlots irréguliers, et au niveau desquels le tissu 
pilaire apparaît sans être recouvert de spores. 

« Quant aux filaments mycéliens du parasite, ils sont situés dans 
le poil lui-même. Ce sont des mycéliums de 2 ja à 2 p. 5 de diamètre 
transversal, serrés les uns contre les autres, dirigés dans le sens 
même de l'axe longitudinal du poil (Bodin ne dit pas dans quel sens 
ils se dirigent) ( 2 ), et présentant des cloisons transversales qui les 
divisent en segments rectangulaires très allongés. 

En somme, conclut sommairement Bodin : 

« Les trois Microsporums aujourd'hui connus ( 3 J sont identiques 
dans leurs lésions pilaires. » 

V. Cultures. — Les cultures du Microsporum equinum de Bodin 

(') E. Bodin. Loc. citât., p. 586-88. 

( 2 ) E. Bodin. Le Microsporum du Cheval. Arch. de Parasit., 1898, p. 588-589. 

( 5 ) Loc. citât., p. 589. L'auteur parle du Microsporum Audouïni de l'Enfant, du 
Microsporum caninum (Bodin) et du Microsporum du Cheval dont il est ques- 
tion ici. 



238 MICROSPORIES. 

offrent, sur tous milieux sucrés, ceci de très particulier cl de 1res con- 
traire à l'aspect des autres Microsporums, sur ces mêmes milieux, 
qu'elles sont presque glabres, à peine duveteuses, d'un duvet court et 
rare, ne cachant pas le corps même de la culture. Et l'ensemble est 
comme cartonneux, presque humide. En outre, sur gélose maltosée ou 
glucosée, la culture est radiée de plis profonds qui au centre de la 
culture se contournent et se chiffonnent, sans faire saillie, ou à peine, 
à la surface du milieu (PL VII, fig. i, i\ n, n'-). 

Les cultures les plus curieuses et les plus typiques de Microsporum 
equinurn sont offertes par le moût de bière gélose. Elles sont tout à 
fait glabres, d'une belle couleur d'ocre rouge, avec un centre un 
peu saillant, et des plicatures godronnées extrêmement régulières, 
suivant des rayons. Cet aspect est unique, et sa seule description 
suffirait à faire reconnaître ce parasite si on le rencontrait^ 1 ). 

Quand ces cultures vieillissent, pourtant, elles se couvrent d'un du- 
vet blanc très léger et qui fait perdre à la culture de son caractère. 
Ce duvet blanc n'est pas le duvet pléomorphique qui, lorsqu'il appa- 
raît, n'est ni rare ni diffus, mais au contraire très vigoureux et loca- 
lisé en touffes distinctes. Ces touffes se développent, et peuvent être 
reprises par la culture. Elles donnent alors un grand tapis de duvet 
blanc, d'un développement supérieur à celui de la culture-mère, et 
qu'on ne différencierait pas aisément de beaucoup d'autres duvets pléo- 
morphique? (PL VII, fig. m, m 2 ). Les cultures du Microsjjorum equi- 
nurn (Bodin) avec leurs caractéristiques, et la culture pléomorphique 
blanche duveteuse, ont été décrites pour la première fois, et avec toute 
perfection, par Bodin. 

Inoculations. -- Tant que la culture reste glabre, son inoculation 
est négative. Quand elle est devenue duveteuse, son inoculation est 
facile et régulière. Sur le Cobaye, la lésion suit exactement le cycle 
de toutes les dermatophyties d'inoculation : Apparition, huit jours 
après l'inoculation, évolution de douze à quinze jours, et régression; 
dessiccation de la croûte, et chute du poil qui repoussera quatre 
semaines plus tard (fig. 78). 

A la longue les vieilles cultures, conservées au laboratoire, sans 
qu'elles repassent sur l'Animal, semblent devenir moins facilement 
inoculables. 

Sur la forme Oospora {Bodin) du Microsporum equinurn. — Très peu 
après sa description du Microsporum du Cheval, en 1898, E. Bodin publia 



(') Sur pomme de terre, le M. equinurn se présente comme une large strie 
couverte d'une sorte de pâte de carton, d'un jaune d'ocre presque brun, mais 
de surface plate à peine vermicellée. 



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II. — Culture du Microsporum equinum sur gélose glucosée, après 
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II*. II*. — Même culture, après 25 jours.' I,vt4, M 

III. — Culture de la forme pléomorphique duveteuse du Micro- 

sporum equinum sur gélose maltosée, après 15 jours. 

IIP, IIP. - Même culture après 25 jours. 

la culture 1 pléomorphique 
Microsporum tomentosum. 

IV. — Culture du Microsporum tomentosum sur gélose maltosée, 

après 25 jours. 

se, son inoculalioi 
la lésion suil exactement le 
lies d'inoculation : Apparition, huit 
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SABOURAUD. — Teignes. 



Planche VII 




Masson & Cie, Editeurs 



Phototypie Bertliau.i, Paris 



MICROSPORUM EQUINUM . 



239 




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deux notes que je dois résumer sur une forme Oospora (S treptolhrix) du 
Microsporum du Cheval ('). 

Cette forme était apparue, sur le duvet blanc fané, des très vieilles cul- 
tures à demi desséchées, sous la forme de petits points plâtreux, faciles 

à isoler et à cultiver. 
Transportée sur gélose 
glycérinée, ou glucosée 
à 3 pour 100, cette cul- 
ture pousse bien plus 
rapidement qu'aucune 
teigne, puisqu'en vingt 
heures, la strie d'inocu- 
lation montre déjà une 
traînée grisâtre. En 
trois ou quatre jours, 
de distance en distance, 
sur la strie, se forment 
des points plâtreux, qui 
s'accroissent, et se fu- 
sionnent pour tonner 
une culture longue , 
aride, d'un blanc jau- 
nâtre , de surface irré- 
gulière , montrant de 
petits lisérés plâ : 
treux concentri- 
ques, au niveau 
de ses bords. 

Cette culture , 
examinée micro- 
scopiquement, se 
montre faite de fila- 
ments très petits, 
de pi, 7 de dia- 
mètre, offrant les 
caractères de fruc- 
tification coni- 
dienne des Streplo- 
thrix ou Oospora- 
Aclinomyces. 

A bien exami- 
ner les conditions 
dans lesquelles cette forme nouvelle a été obtenue, on garde dès l'abord 
un doute sur sa filiation avec le Microsporum equinum, et sur sa valeur- 
parasitaire. Elle est survenue sur de vieilles cultures délaissées, et pro- 
bablement mortes, puisque leur duvet était fané. Elle pousse trop vite, 




Fig. 78. — Coupe d'un follicule pilaire d'un Co- 
baye inoculé de Microsporum equinum. xl2l). 
Le carton montre le même poil, x 260. Pré- 
paration de Bodin, prêtée par lui. Dessin de 

Bessin. 



Fig. 79. — Forme 
Oospora a tl ri- 
buée au Micro- 
sporum equi- 
num. par Bo- 
din. Agar gly- 
cérine lS'jour. 



(') E. Bodin. Sur la forme Oospora (Streptotrix) du Microsporum du Cheval. 
Archives de parasitologie, 1899, p. 362. — Note additionnelle sur la forme Oospora 
du Microsporum du Cheval. Archives de parasitologie, 1899, p. 605. — Polymor- 
phisme des Champignons des teignes. Comptes rendus du Congrès international 
de Dermatologie de Paris, p. 432. 



2<±u MICROSPORIES, 

elle présente un aspeet objectif et microscopique qui l'éloigné de toutes 
les formes pléomorphiques connues de Dermatophytes, et enfin, chose 
remarquable, sa culture, au lieu d'exhaler l'odeur ammoniacale et uri- 
neuse de toutes les vieilles cultures de Dermatophytes, présente une- 
odeur de bois pourri des plus prononcées, qu'aucune culture de teigne 
ne présente jamais. Enfin, tandis que les iuoculations de la culture-mère 
étaient positives à coup sûr, entre les mains de Bodin, celles qu'il pra- 
tiqua avec la forme Oospora demeurèrent stériles. Il voyait seulement la 
forme Oospora produire, sur la peau du Cheval, une lésion squameuse qui 
avait disparu, dans tous les cas, au bout de dix à douze jours. Or c'est là 
une inoculation négative, puisque une inoculation de teigne n'est posi- 
tive que vers le dixième jour. 

Cependant Le Calvé et Malherbe, à Nantes, étudiant, par la culture, 
des plaques alopéciques spéciales, d'aspect peladoïde et non'micros- 
porique, et de nature indéterminée, chez le Cheval, retrouvèrent la cul- 
ture du Champignon étudié par Bodin, et, le croyant innommé, l'appelè- 
rent Tr : minimum. Ils l'inoculèrent au Cheval, au Chien, au Cobaye et, 
crurent reproduire, par l'inoculation, des plaques alopéciques sur l'Ani- 
mal ('). Notons que ces auteurs obtinrent cette culture non seulement 
des plaques péladoïdes des Chevaux, mais de la paille même île leur litière*. 
Plus tard ils retrouvèrent le même Champignon sur le Mulet et sur le 
Chien ( 2 ). L'identification du Champignon ne présente d'ailleurs aucun 
doute, car elle fut faite par Bodin lui-même ( 5 ). Depuis lors, il semble 
bien que Bosellini ait observé le même microorganisme en Italie ( 4 ). 

Tout cela demeurait assez obscur, quand Suis retrouva, à Toulouse, le 
même Champignon, dans la fourrure d'un Chien non atteint de teigne. 
Des recherches entreprises par lui, il résulte que ce parasite, qui ne 
semble pas une forme pléomorphique de Microsporum , mais une Mucé- 
dinée spécifiquement différente, est un hôte habituel de la fourrure et tle 
la litière des Animaux domestiques, et qu'on a pu le croire parasite actit 
de lésions qu'il habitait sans contribuer à les faire. 

En ce qui concerne ses inoculations supposées positives, de deux 
choses l'une : ou bien il est inoculable vraiment à l'animal et détermi- 
nerait une maladie spéciale non encore définie et nommée ; ou bien, ce 
qui est plus probable, les auteurs auraient pris, pour le résultat d'ino- 
culations positives, le résultat des traumatismes de leur inoculation. 11 
faut se rappeler que Bodin, qui a une extrême habitude des inoculations 
de teigne, n'a rien obtenu de positif avec ce Champignon.... Jusqu'à plus 
ample informé, il doit donc être considéré comme un saprophyte inof- 
fensif, sans autre relation que celle d'un voisinage fréquent avec les Der- 
matophytes de nos Animaux domestiques. 

(') Le Calvé et Maliierue. Sur un Trichophyton du Cheval à cultures lichéj 
noïdes (Trichophyton minimum). Arch. de parasitai, 11,2, 1899, p. 218. — Nouvelles 
recherches sur le Trichophyton minimum. Ibid. II, 4, 1899, p. 489. 

(-) Nouvelles ohservations de tondante causée par le Trichophvton minimum. 
Ibid, III, I, 1900. 

( 3 ) Bodix. Note additionnelle sur la forme Oospora du Microsporum du Che- 
val. Ibid., II, 4, 1899, p. 606. 

( 4 ) Bosellini. Di una specie di tigne du Microsporum Audouïni, var. equfl 
forma Oospora (Bodin) (Giornale italiano délie malattie veneree e délia pelle, 
1900, fasc. 5, p. 524). 







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LÉGENDE DE LA PLANCHE fVvoj 

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Us linocuh m Chien, au 

I, I. — Culture primaire du Microsporum lanosum, sur gélose mal- 
tosée après 15 jours (en matras d'Erlenmeyer). 

1 2 , I-. — Même culture après 18 jours (en tubes). 

1 3 , I 3 . — Même culture après 25 jours (en tubes). 

1 4 , I*. — Même culture après 30 jours (en matras d'Erlenmeyer). 

II, II. — Culture du Microsporum lanosum, sur gélose peptonisée 3 0/0 
après ~20 jours. 

III, III. — Culture du Microsporum lanosum, sur gélose glucosée après 

18 jours (en tubes). 

IIP. — Même culture après 30 jours (en matras d'Erlenmeyer). 

. 

IV, IV. — Culture de la forme pléomorphique du Microsporum lanosum, 

sur gélose maltosée après 30 jours (en matras d'Erlen- 
meyer). 

natismes de leur ino. 
odiii, quia une extrême habitude des 'inocul; 

obtenu de positif i < hampignon lusqu 

doit donc être considéré connue un saprophyte 
lie d'un vois 






I Malhekbe. Sur un Trichophyton du Cheval à cultu 

hophytoh minimum, Ibid. 11, t. 1899, p. 
observations de tondante rrichophvton 

e additionn . - lu MR-rosi 

di tigne du Microsporum Audouïi 



SABOURAUD. - Teignes. 
I 



Planche IV 




Masson & Cie, Éditeurs 



Phototypie Berihaud, Paris 



MICROSPORUM TOMENTOSUM. .— MIGROSPORUM FULVUM. 241 



Microsporum tomeïnïosum (Pelagatti, 1909). 

Ce Microsporum a été découvert par Pëlàgatti à Sassari (Sardaigne) 
dans une tondante raicrosporique de l'enfant de type banal, dont rien 
n'indiquait l'origine animale. 

Son origine animale est pourtant probable car sa culture a toutes 
les caractéristiques de celles des Microsporums animaux. 

Nous la reproduisons (PI. VII, fig. iv) à l'âge adulte, sur gélose 
maltosée. C'est une culture vivace, portant, en son centre, un ombilic 
polygonal, ourlé, centré ou non par un petit umbo duveteux. Toute 
la culture est couverte de duvet blanc, serré ; elle est partagée en sec- 
teurs par quelques fossettes radiées. Son aspect est d'un tapis duve- 
teux, très égal. Elle atteint près de (> centimètres de diamètre en 
vingt-cinq jours. 



Microsporum fulvum (J. Uriburu, 1907). 

Historique. — Ce Microsporum, inconnu en France, a été ren- 
contré à Buenos-Aires par Julio Uriburu, qui me l'a adressé aux fins 
d'identification. C'est une espèce nouvelle, et que je ne crois pas avoir 
été rencontrée déjà, en Europe. 

Elle portera le nom de Microsporum fulvum, de la couleur rous- 
sàtre particulière de sa culture. 

Clinique. — J'ai eu peu de renseignements sur le cas clinique 
qui l'a fourni, et qui est resté unique : Microsporic du cuir chevelu 
d'assez large extension et de réaction inflammatoire légère. 

Examen microscopique . — D'après Uriburu, le cheveu de l'En- 
fant n'aurait pu se différencier du cheveu atteint par le Micro- 
sporum Audouïni. 

Origine animale. — Ce parasite a tous les caractères des Mi- 
crosporums animaux; et son origine animale est très probable; 
néanmoins elle est demeurée insoupçonnée dans le cas clinique hu- 
main qui en a fourni la culture. 

Cultures. — Ces cultures sont tout à fait particulières. Elles 
sont extrêmement vivaces et atteignent, dans le même délai, les 
mêmes dimensions que les cultures des Microsporums lanosum et feli- 
hewn, par exemple. Très rapidement, sur milieux d'épreuve, on voit 
se faire autour de Y umbo central une aire ronde couverte de poudre 
brunâtre, et souvent semée de cercles concentriques plus ou moins 

LES TEIGNES. lt : 



2k2 M1CR0SP0RIES. 

marqués. La périphérie de la culture est bordée d'une frange coton- 
neuse de duvet blanc faisant un léger bourrelet (PL VIII, fig. i et i 2 ). 
Sur pomme de terre, le Microsporum fulvum donne la plus active 
de toutes les cultures microsporiques. La traînée d'ensemencement 
fait une bande irrégulière, de 3 à (> millimètres de large, d'un brun 
pale, ocreux, faite d'un duvet très court, poudreux. Tout le milieu est 
infiltré par le Champignon, et des points isolés de culture saillante 
se montrent partout à sa surface. 

Pléomorphisme. - - Comme pour les Microsporums vivaces, le 
M. fulvum fournit un duvet blanc pléomorphique, qu'il est possible 
de recueillir et de cultiver séparément. Il se présente, en culture, 
comme un tapis rond de duvet blanc difficile à différencier des cul- 
tures pléomorphiques des autres grands Microsporums. 



Microsporum villosum (Minne, 1907). 

Le Microsporum villosum que je présenterai ensuite appartient 
encore au groupe des Microsporums vivaces, et il en a les principaux 
caractères. Il a été découvert par Ach. Minne (de Gand), dans une 
microsporie infantile que rien en apparence ne distinguait d'une 
microsporie banale, ni à l'examen objectif, ni à l'examen microsco- 
pique. Ce cas est resté unique. 

Origine animale. — L'origine animale de ce Microsporum est 
probable, tant ses caractères le rapprochent des Microsporums ani- 
maux, mais on n'en a point de preuve. 

Je rappelle, pour mémoire, que les dermatophyties des Bovidés ne 
sont pas rares dans le pays de Gand, où le même auteur en a décrit 
très parfaitement de beaux cas. Il se pourrait donc que ce Micro- 
sporum vint à l'Homme par la Vache ou la Génisse. 

Culture. — Le Microsporum villosum prend son nom de l'aspect 
de sa culture en milieu d'épreuve maltosé. Sur ce milieu, il fait un 
disque de six centimètres de diamètre, dont le centre plat, poudreux 
et d'un brun léger, montre l'ébauche de sillons radiés. Autour du 
centre, qui présente un centimètre de diamètre, est une couronne de 
petits mamelons duveteux, dont les plus gros entourent l'aire pou- 
dreuse centrale, et dont la grosseur diminue, du centre à la périphérie, 
qui est duveteuse, entourée de fins rayons immergés (PI. VIII, fig. m, 
m 2 ). 

Sur milieu de conservation l'aspect de la culture est très spécial. 




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LÉGENDE DE LA PLANCHE VIII 
aile d un le milieu 

' lhampig ts isolés de culture 

• partout ;■ 

orphisme. - 

MlCBOSPORUM FULVUM. 

i de eu! présente, en cuit ; 

I. — Culture du Microsporum fulvum sur gélose maltosée, après 
12 jours. 

I 2 , I 2 . — Même culture après 20 jours. 

Mm ; Microsporum purescens. 

II, II. — Culture du Microsporum pubescens sur gélose maltosée, 
après 12 jours. 

cl il en a les prineii 
II 2 , II 2 . — Même culture après 20 jours. 

II 3 . — Culture du Microsporum pubescens sur gélose peptonisée, 
après 25 jours. 

Microsporum villosum. 

III, III. — Culture du Microsporum villosum, sur gélose maltosée, après 
12 jours. 

III 2 , III 2 . - Même culture après 20 jours. 

* ,. , ... ... même auteur en ; . , 

III 3 . — Culture du Microsporum villosum sur gélose peptonisée, 

après 25 jours. 

• ache < >u la ' rein ■ 

Mirrosporum villosum prend son nom de la 
lilieu d'épreuve Sur ce milieu, il la 

donl le centre j.lal, p 

,!ioiilr<' l'ébauche de sillons radiés. Aulour jÈÈÊ 
i centimètre de diamètre, est une couroni 
ix, dont les plus gros entourent l'a 
seur diminue, du centre à la p< 
qui e de lins rayons immergés PI. \ III. li 

n raspeet'de la culture est 



SABOURAUD. — Teignes. 



Planche VIII 




Masson & Cie, Editeurs 



Phototypie Bertbaud, Pans 



MICROSPORUM VILLOSUM. 



MICROSPORUM PURESCENS. 243 



(Test un disque de duvet fin et soyeux, découpé de plicatures radiées, 
aboutissant à un gros ombilic central, un peu difforme, et assez creux. 
Aucun autre Microsporum ne prend 
cet aspect sur ce milieu (PL VIII, 
fîg. m 3 ]. 

Sur pomme de terre la culture forme 
un duvet si fin et si léger qu'on le voit 
à peine, et la pomme de terre prend en 
totalité une teinte foncée. 

Inoculations. — Les inoculations 
des cultures de ce parasite, comme 
celles des M icrosporums animaux sont 
aisément positives, et évoluent sur le 
Cobaye, comme toutes les inoculations 
de Dermatophytes, dans le laps d'un 
mois. 

Dix à douze jours après l'inocula- 
tion, il est aisé de trouver, à la sur- 
face de la lésion, des poils envahis par 
le parasite. 

Celui que représente notre figure 
montre, en haut, les mycéliums géants 
du stade d'envahissement, allant plus 
bas constituer l'écorce de petites 
spores. L'ensemble est d'un poil mi- 
crosporique type (fig. 80). 

Microsporum purescens 
(Sabouraud, 1909). 

J'appellerai Microsporum pubescens 
un Microsporum nouveau du type des Fi ^ Sb^^S^^S^S 
Microsporums vivaces qui s'est ren- tion x 260. 
contré une fois au cours de nos re- 
cherches; il est caractérisé, sur milieu maltosé, par un duvet soyeux 
d'une extrême finesse. 

C'était, chez un jeune enfant de onze ans venant de New-York, une 
microsporie, d'aspect banal, occupant le cuir chevelu presque en 
entier. En fait, on distinguait des plaques grandes, de la dimension 
d'une pièce de cinq francs, de plus petites, et enfin d'autres, si petites 
qu'elles ne comprenaient que quelques cheveux malades. La maladie 
durait déjà depuis plusieurs mois, et se présentait comme une micro- 




2kk 



MICROSPORIES. 



sporie déjà ancienne, et mal soignée. Les plaques étaient d'âge 
différent, et aucune ne montrait de symptômes inflammatoires 
quelconques. L'origine de la maladie était inconnue. Aucun Animal 
n'était incriminé ni soupçonné. 

A l'examen microscopique, le cheveu ne présentait rien qui le <lis- 
tinguât d'un cheveu microsporique banal. Les cultures laites s'écar- 
tèrent promptement, an contraire, des cultures du M. Audouïni et se 
rapprochèrent de celles du M. lanosurn. 

Sur milieu d'épreuve maltosé, la culture jeune esl 1res caractérisa 
tique. C'est, autour d'un umbo. central punctiforme, représentant la 

semence, une aire petite, 
blanche, d'un duvet court , 
serré, divisé par des can- 
nelures radiées en trois 
ou quatre secteurs, le 
tout entouré d'une large 
aréole de duvet fin, 
soyeux (PI. VIII, fig. u). 
Plus lard la culture, 
en un mois, a pris six 
centimètres de diamètre, 
elle est plaie, ou montre 
des radiations creuses, à 
peine marquées; au cen- 
tre, un duvet annonçant 
le pléomorphisme; au- 
tour de lui, une aire à de- 
mi poudreuse, et autour 
d'elle le duvet périphé- 
rique toujours 1res léger 
cl très soyeux (PI. VIII, 
fig, u 2 ). 

Sur milieu de conser- 
vation, rien qui rappelle 
l'ombilic du Microsporn/th 
villosîtm, c'est un disque 
à peine duveteux, un tapis 
partagé par quatre ou 
cinq grandes cannelures 
radiées, profondes, et autant de fossettes plus Unes, en T2 ou 15 sec- 
leurs étroits (PI. VIII, fig. ii 3 y 

Le pléomorphisme duveteux blanc de cette culture existe, mais n'a 
pas été isolé. 




Fia-. 81: 



Poil de Cobaye ai 



Microsporum pubes 
15° jour de l'inoculation. Le poil est étendu sur uni 
squame épidermique infiltrée de filaments microspo 
riques x 2<>0. 



MICROSPORUM PUBESCENS. 2k5 

Inoculations. — - L'inoculation au Cobaye, très aisée, produit, après 
dix; jours, une lésion lenticulaire, squameuse, infiltrée, un peu 
saillante. 

L'évolution en fut un peu plus tardive que ne l'est d'ordinaire celle 
des microspories d'inoculation au Cobaye, car la chute des poils ne se 
produisit que où jours après l'inoculation. Ils tombèrent avec la croûte 
qui les englobait, sans suppuration sous-jacente. 

Dans la squame, prise au quinzième jour avec le poil malade, on 
remarque l'abondance du mycélium inlra-épidermique, ses sinuosités, 
ses bourgeons latéraux légèrement massues, fréquents chez les 
Microsporums, et, autour du poil l'écorcé de sporules, en mosaïque, 
caractéristique du genre (fig. 81). 



Ici s'arrête pour le moment la liste des Microsporums animaux 
connus. Nul doute qu'elle ne s'allonge dans l'avenir, car cette ques- 
tion a été peu étudiée encore hors de France, et les Microsporums 
animaux paraissent différer d'espèces en chaque contrée. 

Nous allons maintenant faire, pour les Tri chophy tons, le même 
travail d'étude analytique que nous terminons ici pour les Microspo- 
rums. On verra par ce qui va suivre que le sujet que nous abordons 
est plus complexe encore que celui dont nous achevons l'étude. 



QUATRIÈME PARTIE 
TRJCHOPHYTIES 



I. — DE LA TRICHOPHYTIE EN GÉNÉRAL 



On peut définir la Trichophytie : une maladie polymorphe ayant 
pour localisations l'épidémie corné, le cheveu de l'enfant, le poil de 
l'adulte, et l'ongle, et pour cause une série de parasites cryptoga- 
miques delà même famille, appelés Trichophytons ; ces parasites ayant 
pour caractéristique d'être uniquement composés d'articles courts, 
plus ou moins cubiques ou sphérulaires, réunis en rubans ou en cha- 
pelets. 

Lorsqu'ils s'attaquent à l'épidémie corné, ces parasites y créent une 
lésion ronde, et souvent vésiculeuse, (Y herpès circiné (*). Au cuir che- 
velu, le parasite rend le cheveu fragile et le casse, d'où une forme 
objective désignée sous le nom de tondante trichophytique. Il peut en, 
être de même à la barbe, mais, le plus souvent, les trichophyties de la 
barbe sont suppuratives, par nodules isolés : sycosis triehopliytiqite, 
ou par larges placards arrondis de folliculites conglomérées : Kérionû 
Enfin les Trichophytons peuvent envahir l'ongle, ils y produisent 

(') Ce nom a pu être une cause d'erreur, à une époque où l'on avait encore 
peine à distinguer l'herpès circiné trichophytique de l'herpès fébrile. Aujour- 
d'hui, le risque de cette confusion n'existe plus. Et il suffirait d'écrire herpèx-dreiné 
en un mot, pour que toute amphibologie fût écartée. Il y a vingt ans, Besnier 
avait raison de vouloir supprimer ce terme du vocabulaire dermatologique (NottË 
de Kaposi, t. II, p. 799). Mais nous avons aujourd'hui une raison sérieuse de le 
rétablir. Tous les Dermatophytes, cause de favus, de microsporie, de tricho- 
phytie, peuvent déterminer (les lésions cutanées rondes, érythémateuses ou 
vésiculeuses, ne faut-il pas un mot commun qui les désigne, quel que soit le 
parasite qui les fait naître. C'est cette signification qu'a le mot anglais Ring- 
wonn. Le mot français : herpès-circiné répond exactement à cette nécessité 
verbale, et au même sens. 



DE LA TRICHOPHYTJE EN' GENERAL. 247 

diverses altérations : ongle en moelle de jonc, onychorrexis, onycho- 
gryphoses, tontes formes réunies sous le nom commun iVOnyc/iomy- 
èojse trichophytique. L'aspect delà maladie en ses diverses localisations 
est dicté par la l'orme môme de l'organe qui est son substratum. La 
triehophytie de la barbe ressemble quelquefois à la tondante du cuir 
chevelu, mais ces deux types morbides n'ont le plus souvent rien de 
commun, en apparence, avec l'herpès circiné trichophytique et l'ony- 
chomycose. 

Ce sont donc quatre études à faire comme de quatre maladies diffé- 
rentes. 

Triehophytie cutanée. — Logiquement on pourrait supposer fré- 
quente la concomitance des diverses manifestations trichqphytiques 
sur le même sujet; au contraire elles ne coexistent pas fréquemment. 
La tondante trichophytique de l'enfant peut bien s'accompagner de 
taches érythémateuses fugaces « dans l'atmosphère de la tondante » 
plus souvent même que la tondante du Microsporum Audouïni, mais 
il est incontestable, comme Besnier le disait déjà, que « chez les 
jeunes sujets, la triehophytie isolée des parties glabres est relativement 
rare, et qu'elle est plus fréquente chez l'adulte » ('). Ce fait à sa rai- 
son d'être, car, à Paris du moins, presque toutes les trichophyties, 
qui n'accompagnent pas une tondante, sont dues à d'autres Tricho- 
phytons que ceux qui causent les tondantes. 

L'herpès circiné trichophytique est parmi les dermatoses de fré- 
quence moyenne. Devergïe l'a noté une fois sur 45 cas, sur un total de 
1800 cas d'affections cutanées diverses. C'est une dermatose discrète, 
limitée d'ordinaire à une ou à quelques lésions ; les cas où l'on voit 
les Dermatophytes tendre à la généralisation sont des plus rares ( 2 ). 
Je n'ai vu d'éruption généralisée de ce genre qu'avec le Microsporum 
lanosum ( 5 ) et aussi, mais plus discrètement, avec les Trichophytons 
faviformes (*). 



(') Besnier et Doyox. Notes de Kaposi, note 3, p. 820. t. II. 

( 2 ) Il est bien entendu que l'opinion de l'Ecole de Vienne, qui fait du pity- 
riasis rosé de Gibert un herpès tonsûrans inaculosus, est fausse de tous points et 
rejetée par toute la dermatologie hors de Vienne. 

( 3 ) Nous avons cité en leur lieu les observations d'herpès circiné microspo- 
rique généralisé de Danlos et de Malherbe. Nouvelles recherches sur les Micro- 
sporuins. (Annales de Dermat. et de Syph., 1907. Voir ce vol. p. 217.) 

( 4 ) Sabouraud. Les Trichophytons faviformes (Annales de Dermat. et de Syph., 
1908, p. (309). Il existe dans la science quelques observations d'herpès circiné 
ftrichophytique, qui me paraissent devoir être rapportées aux Trichophytons 
aviformes. Ainsi l'observation de Tenneson et Berdal. Triehophytie disséminée 
des régions glabres et du cuir chevelu à l'âge adulte; triehophytie généralisée, 
en placards finement vésiculeux et croutelleux. La malade avait 15 ans; les 
spores étaient d'un volume double de celui qu'elles ont dans les cas ordi- 
naires (de microsporie) (Annales de Dermat. et de Syph., 1892, p. 709). Neuàiann 



248 TRIGHOPHYTIES. 

L'herpès circiné tri chophy tique est extrêmement polymorphe. Bes- 
nier en citai! neuf types principaux à une époque ou le Kérion des 
régions glabres n'était encore pas connu comme tri chophy tique (*). 

Les auteurs avaient remarqué souvent l'opposition symptomatique 
entre les trichophylies pilaires et les trichophyties des régions glabres, 
surtout des régions découvertes. « 11 est commun, disait Besnier, d'y 
observer aux mains, aux poignets, les formes luxuriantes, les cou- 
ronnes vésiculeuses très accentuées. » La physionomie des lésions 
varie, non seulement avec le parasite qui les cause, mais elle varie 
plus manifestement encore avec la région où on l'observe. Le plus 
souvent, il n'y a pas de symptômes communs entre une tondante à la 
période d'état, et un herpès circiné trichophytique ; il y a même 
d'importantes différences entre l'herpès circiné du dos de la main et 
delà paume de la main, différences créées par l'existence, à la paume, 
d'un épidémie corné très épais. 

D'autre part chaque type d'herpès circiné a ses formes florides et 
ses formes abortives, ses diminutifs. Ainsi, à côté des Kérions vrais 
pustuleux, il va des trichophylies papuleusesdans lesquelles les points 
suppuratifs s'enkystent et ne s'ouvrent pas, et dont le diagnostic 
peut devenir anormalement difficile. Pellizari en a cité un cas ( 2 ); 
j'en ai rencontré de semblables. 

Ce qu'il y a de plus singulier et de plus frappant, dans l'étude clinique 
de l'Herpès circiné trichophytique, c'est précisément cette multi for- 
mité sur laquelle Celso Pellizari insistait ; et l'étude expérimentale <\u 
sujet en montre immédiatement les raisons. Qu'on prenne au hasard* 
deux trichophylies cutanées n'ayant pas une commune origine, elles 
ne se ressembleront jamais. C'est que « sur deux individus atteints de 
trichophytie cutanée, n'ayant pas une commune origine, il est presque 
exceptionnel de rencontrer le même Trichophyton dans leurs deux 
lésions ». Et si l'on poursuit, de longs mois, l'étude des trichophylies 
cutanées, même après longtemps, il arrivera, de temps à autre, de 

a présenté (à la Soc, viennoise de Dermatologie, le 27 mai 1892) une jeune fille 
atteinte de trichophytie du tronc, à présent guérie, saui quelques cercles, tous 
«le la dimension d'une pièce de un franc, et limités par un exsudât séro-puru- 
lent. Ce cas pourrait reconnaître les mêmes espèces causales. 

(') Trichophytie multiforme commune des parties découvertes : circinée. 
discoïde, érythémateuse, squameuse, vésiculeuse, pustuleuse, phlycténoïde, 
eczématoïde, dysidrosiforme, lichénoïde, etc. (E. Besnier et Doyox, Notes de 
Kaposi, t. II, p. 801). 

( 2 ) Il s'agissait d'une fillette dont l'éruption papuleuse ressemblait au lichen 
scrofulosorum et l'auteur ne reconnut la nature trichophytique de cette éruption 
que quand sa mère et une de ses sœurs en présentèrent des lésions plus 
typiques, dont un kérion de Celse. C. Pellizam. Del polimorphismo tricofitico 
ed in particolare di una forma clinica non descritta. {Lo sperimentale. Sezione 
clinica, II mai 1895, p. 206). Il semble que l'éruption papuleuse décrite ainsi par 
Pellizari ait été un cas de granulome de Majocchi, 



DE LA TRICHOPHYTIE EN GENERAL. 249 

rencontrer, dans des trichophyties, « quelques-unes d'aspect banal, le 
plus souvent d'aspect insolite (') », une espèce trichophytique encore 
inconnue. 

L'étude attentive de la Trichophvtie cutanée et des parasites qui la 
causent conduit très vite à formuler la loi que j'ai appelée : la loi tic 
spécificité des Trie hop hy tons, qu'il est nécessaire d'établir dès mainte- 
nant, non pas qu'elle gouverne seulement l'herpès circulé des régions 
glabres, mais au contraire parce qu'elle est vraie pour les lésions tri- 
ehophytiques de tous sièges, et même pour toutes les lésions dermato- 
phytiques : l'avus, trichophvtie, microsporie. C'est la loi de correspon- 
dance entre le type clinique d'une lésion et l'espèce parasitaire qui la 
cause . 

Cette loi générale est implicitement admise par tous les dermatolo- 
gistes, puisqu'ils l'ont à l'œil nu le diagnostic différentiel du favus et 
de la trichophvtie, et, pour le plus grand nombre au moins, celui de la 
microsporie. Il s'agit de montrer que cette loi reste vraie lorsqu'il 
s'agit du diagnostic différentiel des lésions diverses auxquelles donnent 
lieu les divers Trichophytons. Et l'herpès circulé trichophytique donne 
de cette loi une très remarquable démonstration. 

Loi de spécificité des Trichophytons. — La variabilité d'aspect 
des lésions trichophytiques, suivant les cas que l'on en observe, n'avait 
pas beaucoup frappé les auteurs. Les seules remarques précises que 
l'on rencontre à ce sujet concernent les kérions que certains auteurs 
attribuaient à la scrofule du sujet (Vidal) et les éruptions de tricho- 
phvtie généralisée que d'autres attribuaient au vêtement ( 2 ) . Pourtant, 
« le premier point qui mérite de fixer l'attention, dans l'examen com- 
paratif d'un grand nombre de trichophyties cutanées, c'est l'extraor- 
dinaire diversité d'aspect qu'elles présentent suivant les cas ». Car si 
« ces lésions diverses ont une même cause, pourquoi ne sont-elles pas 
identiques?» ( 3 ) 

Une seule réponse peut être faite à cette question : « Les tricho- 
phyties se ressemblent parce que leurs parasites causals sont ana- 
logues, mais elles différent parce qu'ils ne sont pas identiques ( l ). » 

« Le polymorphisme des trichophyties cutanées, ajoutais-je, devient 
plus remarquable encore, si on l'oppose à ce fait que, sur un même 
individu portant plusieurs lésions trichophytiques cutanées, les diffé- 
rentes lésions sont [habituellement] identiques entre elles ("). » 

Et la réponse à ce fait est simple et naturelle, car « quand un indi- 

(') Sabouraud. Trichophyties humaines, p. 196. 

(-) Besxikr et Doyon. Notes de Kaposi, t. II, p. 805. 

( 5 ) Saboirald. Trichophyties humaines, p. 87. 

( 4 ) Sabcurai d. hoc. cit., p. 90. 

( 5 ) Loc. rit., p. 87. 



250 TRICHOPHYTIES. 

vidu présente plusieurs lésions de trichophytie, elles sont dues toutes 
au môme parasite »-;( 1 ) 

De même, « quand plusieurs individus sont contaminés dans le 
même groupe ou la même famille, c'est toujours le même Trichophy- 
ton que l'on retrouve dans les diverses lésions » ( 2 ). Aussi, même sur 
des sujets différents, les lésions présentées sont-elles d'une homotypie 
évidente. Il suffit pour vérifier ces lois d'examiner, à ce point de vue, les 
moulages du musée de l'hôpital Saint-Louis, faits pour la plupart avant 
même mes premières recherches. Sauf deux, tous les autres com- 
firment cette règle ( 3 ). 

Il est bien évident que ces règles n'ont que la valeur de lois natu- 
relles générales. Et dès cette époque, après avoir montré « que la 
forme de la lésion trichophytique dépend de l'espèce du Trichophylon 
qui la cause », loi qui explique le polymorphisme qu'on rencontre 
journellement parmi les lésions tri chophy tiques, sur des individus dif- 
férents, et leur identité ordinaire si frappante sur le même sujet, je 
reprenais aussitôt ces faits « pour montrer, après les avoir établis, qu'il 
serait faux de les généraliser à l'absolu ». 

« D'abord il serait prématuré, parce que le rapport de telle espèce 
trichophytique à telle lésion est chose prouvée ; il serait prématuré, 
dis-je, d'étendre celte règle à toutes les espèces trichophytiques pour 
qui la même preuve n'est pas encore fournie. » En outre, « même 
pour celles qui apparaissent comme le plus hautement spécifiques, il 
ne faudrait pas énoncer le rapport entre l'espèce parasitaire et les ca- 
ractères de sa lésion comme absolu et rigoureusement immuable ». 

Je montre d'abord « qu'on peut rencontrer sur le même sujet un 
sycosis typique de la barbe et des cercles trichophytiques de la peau 
glabre qui ne sont pas des lblliculites trichophytiques ». Ainsi la même 
espèce peut donc « causer sur le même sujet des lésions suppurées et 
des lésions non suppurées » (*). 

En second lieu, « à la culture d'un cercle trichophytique non sup- 
puré, on peut rencontrer l'espèce pyogène, d'origine équine, qui cause 
d'ordinaire le kérion et les sycosis. Une espèce trichophytique norma- 
lement pyogène peut donc, en certains cas, ne pas s'accompagner de 
lésions suppurées » ( s ). 

En troisième lieu, on peut trouver, cause d'un sycosis vrai, une espèce 
trichophytique qui s'accompagne d'ordinaire de lésions à peine inllam- 



(') Loc. rit., p. 195. 
(-) Loc. cit., p. 195. 

( 3 ) Je cite les principaux : 572, 444, 707, 750, S14, 897, 1210. 1557, 1422, 1079, etc. 
Il y a 2 moulages qui l'ont exception à la règle. Ils seront discutés plus loin. 
(M Moulage n° 1281 du Musée de l'hôpital Saint-Louis. 
( 3 ) Loc. cit., p. 119. 



DE LA TRICHOPHYTIE EN GENERAL. 251 

matoires ; « une espèce trichophytique qui n'est pas ordinairement 
pyogène peut donc le devenir ». 

Ces exceptions à la loi de spécificité des trichophytons ne sont 
pas dues à l'adjonction, au Trichoph.yton causal, d'infections secon- 
daires ayant une part dans la symptomatique inaccoutumée de la 
lésion. Elles ne sont pas dues davantage à la réaction cutanée spéciale 
du malade, puisque le même malade peut montrer deux types de 
lésion différents. 

Non, lorsqu'un Trichophyton détermine sur un sujet une lésion plus 
ou moins grave que d'ordinaire, on peut, en certains cas, attribuer cette 
variation à une virulence variable du parasite. Car ces variations 
existent dans tout le inonde microbien. Ensuite il est de règle, dans 
une épidémie, que les lésions deviennent plus inflammatoires à mesure 
qu'elles se multiplient, et pendant toute la période d'augment de l'épi- 
démie. 

En outre, lorsqu'un malade présente une lésion trichophytique non 
suppurée, et une lésion suppurée, toutes deux du même âge, j'ai tou- 
jours vu la lésion non suppurée exister à la peau glabre ou il n'y a pas 
de follicule profond, et la lésion suppurée avoir pour siège une région 
pilaire où les follicules pilaires sont profonds. Il semble, comme je le 
supposais dès 1892, que la différence des lésions soit due dans ce casa 
la différence anatomique des régions ('). 

Enfin, ce qu'il faut bien savoir surtout, c'est qu'une lésion qui 
deviendra un kérion commence toujours avec l'aspect d'une trichophytie 
érythémateuse bénigne, et ne prendra que plus tard l'aspect du kérion. 
Cela est de règle au cuir chevelu; deux lésions dues au même parasite 
peuvent donc différer tout simplement, et c'est l'ordinaire, parce 
qu'elles ne sont pas de même âge. 

Un fait remarquable que nos recherches d'aujourd'hui peuvent 
mieux préciser, c'est la parenté des lésions causées par deux espèces 
trichophytiques appartenant à un même groupe. Ainsi toutes les 
espèces trichophytiques du groupe des Trichophytons gypseums peu- 
vent donner lieu à un kérion; elles n'y donnent pas toujours lieu, mais 
très habituellement, et quand elles n'y donnent pas lieu, leur lésion 
reste quand même un kérion avorté, plutôt qu'un herpès circiné banal ( 2 ). 

(') Loc. citât., p. 122, 123. 

( 2 ) C'est après avoir constaté ces faits que j'écrivais : « La ressemblance 
objective de deux lésions trichophytiques se traduit invariablement (!) à la cul- 
ture par une ressemblance entre les espèces qui les causent •> ( Trich. hum., p. 196). 
Ceci serait vrai si les Trichophytons du groupe des gypseums étaient les seuls à 
pouvoir donner lieu à un kérion, ce que je croyais alors. Mais cette phrase, si 
on l'appliquait aux Trichophytons en général, deviendrait tout à fait fausse, car 
les Trichophytons à culture faviforme peuvent donner lieu à des kérions souvent 
impossibles à distinguer de ceux que causent les T. gypseums. Et il n'y a point 
île ressemblance entre les cultures des espèces de ces deux groupes. 



252 TRICHOPHYTIES. 

De même les 5 espèces de Trichophytons faviformes aujourd'hui 
connues, peuvent donner lieu à une trichophytie impétigoïde aux 
régions glabres, et à une trichophvtie de la barbe qui secondairement 
devient un kérion. Les mœurs cliniques, l'origine, l'aspect quelles 
donnent au cheveu malade est semblable pour les trois espèces. 

Il faut bien penser d'ailleurs que les plus fréquentes et les plus ca- 
ractéristiques des lésions trichophytiques qu'on rencontre en un pays, 
sont les seules qu'on puisse rattacher à leur espèce causale. 

Les auteurs qui ont observé peu de cas de trichophvtie sont néces- 
sairement dans l'impossibilité de connaître la lésion que crée habituel- 
lement le Trichophyton qu'ils observent. Et, même après une grosse 
série d'observations comme la nôtre, nous ignorons encore la lésion 
que créent d'ordinaire tels ou tels parasites, rencontrés rarement. 

La loi de spécificité des Trichophytons, telle qu'elle avait été éta- 
blie, a été extrêmement mal comprise par beaucoup d'auteurs qui 
nous ont supposé des opinions que nous n'avions pas. Aussi beaucoup 
se sont-ils inscrits en faux contre elle (M. 



(') Je passerai en revue leurs opinions et leurs arguments. V. Mibelli, le pre- 
mier, avait mis cette loi en. doute. M. Pelagatti, son élève, étudiant les Tricho- 
phytons de la province de Parme (I Trichophytons délia provinçia di Parma. 
Clinica dermosifUopatica de la lie;/, univ. di Parma, 1896) conclut par trois points : 
- 1° La pluralité des variétés de champignons trichophytiques est indubitable- 
ment prouvée ; 2° Il n'existe aucun rapport entre les diverses formes cliniques et 
botaniques. Chaque variété étant capable d'occasionner toutes sortes de lésions, 
depuis la teigne tondante jusqu'au sycosis; 5° Il n'est pas possible d'induire de 
la forme clinique, la variété trichophytique qui la cause, ni d'induire d'une variété 
culturale la forme morbide qu'elle produira ». Tout ce que nous verrons prou- 
vera que ces deux dernières conclusions de l'auteur sont des erreurs sûres. La 
conclusion de l'auteur eût dû être : qu'avec le petit nombre des cas qu'il avait 
examinés, il n'était pas licite de conclure pour ou contre la loi de spécificité 
des Trichophytons. 

Ducrey et Reale terminent leur: Contribution à l'étude des Trichophyties hu- 
maines (Giorn.-iial. d. malat. ven. e délia pelle, XXI, 2, 1895) par trois conclusions 
qui sont toutes trois vraies, à savoir : « 1° que sur le même individu présentant 
de multiples foyers de trichophytie, ces divers foyers peuvent montrer différents 
aspects cliniques; 2° que les lésions trichophytiques peuvent se présenter sous 
différentes formes cliniques, sur les divers membres d'une même famille, alors 
qu'il est à présumer qu'ils se sont infectés l'un l'autre ; 5° que l'aspect clinique 
d'une lésion trichophytique peut changer aux différents stades de leur évolu- 
tion, une trichophytie sèche du cuir chevelu peut se changer en kérion, une 
trichophytie sèche de la barbe en sycosis ».De ces trois conclusions, nous avions 
certifié, dès 1894, les deux premières. Elles énoncent des faits qu'on peut ren- 
contrer, mais la règle, c'est que les faits qu'on rencontre soient inverses. Quant 
à la troisième conclusion, elle est vraie sans réserve, comme nous le verrons en 
étudiant les Itérions. Ordinairement une trichophytie ne devient un kérion 
qu'après un premier stade. Ce premier stade peut faire prévoir le kérion, mais 
n'est pas le kérion lui-même; nous étudierons ces faits en leur lieu. Ils ne pré- 
valent en aucune manière contre la loi de spécificité. Parmi les auteurs anglais, à 
cette époque, se rencontre la môme incrédulité. Leslie Roberts en 1894, Allen 
Jamieson en 1893, Morris et Pernet en 1898, Civen en 1899 ne voient aucun rap- 
port entre la forme clinique des lésions et l'espèce trichophytique en cause. Ces 



DE LA TBICII0PI1YTIE EN GENERAL. 253 

Plusieurs ont nié la vérité de cette loi parce qu'ils ignoraient de 
quelles réserves avait été entouré son énoncé. Et d'autres, en croyant 
modifier cette loi, l'ont seulement énoncée en d'autres termes. En 
l'ait, les lois de ce genre doivent comporter des réserves parce 
qu'elles comporleut des exceptions, mais il n'y a pas à douter qu'en 
dépit de ses exceptions, la loi de spécificité des Trichophytons ne soit 
véridique. Cette loi n'est qu'une des faces de la loi plus générale de 
la spécificité des Dermatophytes. Geux-mêmes qui la nient font le 
diagnostic clinique du favus à travers ses variétés objectives, et 
parce qu'ils auront failli une fois à le reconnaître, ils n'en pré- 
tendent pas le diagnostic impossible. Aujourd'hui tout dermatologiste 
valable doit diagnostiquer, à l'œil nu, un cas ordinaire de Microspo- 
rief 1 ), un cas d'Eczéma marginatum de Hebra, pourquoi' supposer 
impossible le diagnostic d'autres types dermalomycosiques, cela est 
irrationnel. Nos élèves nous voient journellement porter des diagnostics 
d'espèees trichophyliques que la culture, huit jours après, vérifie. Sans 
doute ce sont des diagnostics de probabilité, et l'expérimentation 
peut les infirmer quelquefois. Mais la fréquence même de leur exacti- 



affirmations s'expliquent très bien; aucun de ces auteurs n'ayant examiné et 
cultivé un nombre de ras suffisant pour s'éclairer, car l'immense majorité des 
cas de dermatomycoses en Angleterre étant, laite par le Microsporum Audouïni, 
les observateurs avaient toujours vu trop peu de cas de trichophytie. Il est 
bien à remarquer que les trois auteurs anglais, qui tendent à accepter partiel- 
lement la loi de spécificité des Trichophytons sont ceux qui ont. le plus étudié 
et suivi celte question. C'est Fox et Blaxall d'une part, qui admettent que 
■• les Trichophytons endothrix donnent lieu ordinairement à des lésions sèches et 
êrythémateuses,. tandis que les Trichophytons ectothrix, d'origine animale, ont 
une tendance spéciale à produire des lésions hautement inflammatoires, souvent 
pustuleuses ». (Notes on two cases of tinea circinata. Brit. Jauni, of Dermat., X, 
n° 112). A la vérité, ces auteurs, et Adamson avant eux, affirment trouver des 
Microsporums dans les kérions, mais cette question très importante a déjà 
été discutée plus haut (p. li.î) et le sera plus loin quand nous traiterons dés 
Trirhophytims microïdes. Et l'on verra que bien loin d'entamer la loi de spéci- 
ficité des Trichophytons, celte observation la confirme. De même Adamson. en 
1S95, dans son premier travail exclusivement histologique, mais très étudié, 
remarque comme Gruby autrefois, qu'à un aspect microscopique correspond un 
aspect clinique uniforme (Loc. rit., p. 2). De même enfin de récents travaux ita- 
liens tendent à se rapprocher de ma conception delà loi de spécificité. Anto- 
nio Reale ($ul. phiralismo et pleornorphismo tricofitïco. Xapoli 1901), et surtout 
M. Tmni (Siillu ligne, 1902, p. 9K), qui admet que chaque espèce trichophytique 
(ail en général une certaine lésion quoiqu'on puisse observer d'un cas à un autre 
cas quelques différences. C'est répéter, en d'autres termes, la loi de spécificité 
énoncée par moi en 1894. Cette note et le texte de ce chapitre étaient écrits 
avant que ne parût le récent article de M. Dalla Favera (de Parme). Ses con- 
clusions se ramènent à celles de Pelagatti, étudiées plus haut, et sont passibles 
des mêmes objections. Délia Favera et Pelagatti sont tous deux élèves de Mibêlli. 
( : ) « Une fois qu'on a bien compris les signes différentiels des teignes, il est 
aussi facile de diagnostiquer les teignes tondantes entre elles que de les dis- 
tinguer du favus. » L. Wickham. Une épidémie de teigne tondante à l'asile 
Lambrechts (Annales de Derrhat. et île Syph., t. V, n" <>, juin 189i, p. 633). 



254 TRICHOPHYTIES. 

tude prouve la loi générale de spécificité, c'est-à-dire la correspon- 
dance de la lésion à l'espèce qui la détermine. 

De la tondante trichophytique. — Rien n'est moins aisé que de 
donner une description d'ensemble des tondantes trichophytiques; 
elles sont multiformes autant que les différents cas d'herpès circiné, 
et pour les mêmes raisons ; et leurs symptômes sont moins frappants 
que ceux de l'herpès circiné parce que beaucoup dépendent de la 
forme et de l'aspect des cheveux malades qui sont très petits. Aussi 
nous tiendrons-nous forcément dans les généralités. 

L'âge des tondantes est l'âge scolaire. On en peut voir dès le pre- 
mier âge ( : ) et inversement après 15 ans {-) mais c'est de 4 à 15 ans 
que l'on en voit naître le plus grand nombre de cas. 

Ainsi que Besnier l'a fait remarquer, « après l'âge de 15 ans en 
moyenne, la trichophytie s'éteint spontanément au cuir chevelu, 
lequel est devenu impropre à sa culture, même quand il n'a jamais 
été atteint auparavant » ( 3 ). 

Chose remarquable, on peut voir chez l'adulte « des portions de 
cercles trichophytiques de la nuque, de la barbe ou du frontse continuer 
dans le cuir chevelu, mais sans y déterminer de trichophytie pilaire 
vraie » ( 4 ). Ces faits cliniques gardent encore des obscurités, bien que 
la démonstration de la pluralité trichophytique et les études montrant 
que les Trichophy tons qui font les grands cercles de la peau glabre 
ne sont pas ceux qui font les tondantes aient expliqué beaucoup de 
ces apparentes anomalies. 

Nous allons décrire l'aspect ordinaire de nos tondantes tricho- 
phytiques. Chez beaucoup d'auteurs celle description n'est encore pas 
faite, la seule qu'ils donnent correspondant exactement et exclusive- 
ment à la tondante microsporique ( ;i ). 

Un des premiers caractères à mentionner, dans la description de 
notre tondante trichophytique banale, est la fugacité de la circination 
épidermique qui la précède. Voir une circination trichophytique nette, 
au cuir chevelu qsI la quasi certitude qu'elle ne relève pas d'une 
espèce trichophytique banale. On ne l'observe guère, au cours d'une 
tondante, que quand il survient une inoculation nouvelle, et sous la 
forme d'une tache érythémateuse. 

(') Nous citons plus loin les observations sur ce point de C. Pellizari, etc.. 
elles n'entament point la validité de la règle générale que nous énonçons. 

(-) Deux t'ois, j'ai rencontré la tondante à culture acuminée chez l'adulte, 
à 17 ans et à 22 ans. A 12, 15, 15 ans, elle n'est pas rare (Cf. Trichophytie* humaine*, 
p. 174). J'ai observé deux cas de trichophytie, l'un à 55 ans, l'autre à plus de 
60, chez deux femmes, au cours de mes dernières recherches. 

( ri ) Besnier et Doyon. Notés de Kaposi, 2 e Edit.. t. II, p. 797. 

( 4 ) Besxiep.-Doyon. Luc cit., p. 797. 

( 5 ) ('/'., par exemple, M. Morris, loe. citât., p. 01, 02. 



DE LA TRICHOPHYTIE EX GENERAL. 255 

Par la suite, et lorsque la tondante sera constituée, la surface de la 
plaque sera propre et son épidémie sain, ou bien, en l'absence des 
soins d'hygiène habituels, on trouvera, sur chaque point malade, des 
amas squamo-croûteux assez adhérents, épais d'un millimètre, laits 
de squamules feuilletées jaunâtres, dans lesquelles les cheveux malades 
sont enclavés. Dans le premier cas, le cheveu, cassé à l'orifice follicu- 
laire, est gros, noir, semblable à un comédon (Tr. acuminatum) la 
plaque est alors « bronzée et grenue » (E. Besnier). Dans le second, 
le cheveu est plié et replié, en w, dans la squame. Il est gris jaunâtre, 
long de 5 millimètres hors de la peau. (Tr. cratéri forme.) Dans le pre- 
mier cas, la plaque peut présenter très peu de cheveux sains parmi 
les malades. Dans le second, elle en présente toujours un grand nombre. 

Dans les deux cas, un caractère éminent est l'abondance, lapetitesse 
et l'extrême dissémination des lésions. On peut trouver plus de cent 
points malades sur le même cuir chevelu, partout situés, et les plus 
petits peuvent comprendre un seul cheveu malade, ou deux, ou trois ( 1 ). 

Dans la majorité des cas, la tondante trichophvtique s'accompagne 
d'inoculations à la peau glabre du visage, de l'oreille, du cou. Ce sont 
des taches érythémateuses amorphes, abortives, et qu'il est fréquent 
de voir disparaître sans traitement, et plus rare de voir devenir un 
cercle vrai d'herpès circiné, quoique le fait soit possible. 

En dehors de ces types cliniques qui pour nous, en France, sont les 
plus fréquents, il y en a beaucoup d'autres plus rares. Il y en a dans 
lesquels le cheveu malade, d'un gris jaunâtre, droit, de 2 à 3 milli- 
mètres de hauteur, n'est pas sans ressemblance avec le cheveu de la 
tondante à petite spore ; d'autres, dans lesquels les plaques sont recou- 
vertes d'une épaisse couche de croûtes impétigineuses, ou demi- 
impétigïneuses, demi-grasses. 

D'autres plaques sont roses et un peu infiltrées, d'aulres ne mon- 
trent point d'érylhème, mais de gros poils noirs, cassés dans la peau, et 
augmentées de volume, au point que le follicule en est rendu saillant. 

Et ces orifices folliculaires peuvent être, chacun, marqués d'un point 
rouge isolé, premier rudiment de folliculite. Dans d'autres cas, la fol- 
liculife est suppurée et chaque poil centre une pustulette, ou une pus- 
tule vraie, et l'ensemble de la lésion formant un placard surélevé, 
rouge, exulcéré, arrive à présenter la physionomie connue du kérion 
vrai. Et le kérion peut être bénin, et se terminer sans cicatrice ou 
grave et évoluer vers la cicatrice. 

Lorsqu'une tondante revêt le caractère inflammatoire du kérion 
vrai, on peut l'observer même chez l'adulte, mais le cas est rare; au 
cuir chevelu il reste beaucoup plus fréquent chez l'enfant. 

(') Besnier avail parfaitement vu et signalé ce fait. Loc. cil., p. 797. 
(-) Besnier. Loc. cit., p. 798. 



256 TRICHOPHYTIES. 

On voit combien l'aspect des tondantes lrichophytiques peut être 
variable, et leur diagnostic épineux; malgré cela, comme le dit très 
justement Besriier, si le diagnostic peut être obscurci par les altéra- 
tions d'un eczéma, d'un impétigo concomitant, après avoir déblayé 
la tête, et mis les surfaces au clair, le diagnostic clinique est toujours 
possible. 

L'évolution des tondantes lriehophvtiques]est variable, et en grande 
partie liée à l'aspect objectif qu'elle présente. Plus une tondante 
tri chophy tique est dépourvue de tous symptômes inflammatoires, plus 
sa durée risque d'être longue. Et comme tel est le fait le plus fréquent, 
à Paris, ces tondantes y ont une durée qui se chiffre par années. Les 
tondantes Lrichophytiques sèches, comme les londantesmicrosporiques 
banales, durent très bien trois, quatre, cinq ans, et davantage, quand 
on les laisse à elles-mêmes. 

("elles dont le follicule envahi est marqué d'un point rouge sont 
déjà moins torpides; le cheveu malade, épilé lentement, vient entier à 
la traction, et celui qui lui succédera dans le même follicule sera sain. 
Leur guérisonpeul s'observer en <> à 7 mois. La guéri son survient plus 
vite dans les tondantes accompagnées de folliculite M'aie, et dans les 
kérions dont la suppuration détache cl élimine le cheveu malade. La 
durée des trichophvties nettement suppuratives est ordinairement 
comprise entre six et huit semaines. 

Teignes tondantes suivies d'alopécies momentanées ou défi- 
nitives. — J'ai observé une lois avec Brocq, sur la tète d'un enfant 
atteint de pelade ophiasique typique, une teigne tondante tricho- 
phytique en points disséminés. (Test là une simple coïncidence qu'on 
peut supposer très rare. 

En dehors de tels faits, tous les dermatologistes se rappellent des cas 
de teigne tondante dans lesquels les cheveux; malades avaient peu à 
peu disparu sans laisser de traces, leur disparition créant des plaques 
chauves, alrophiques, sur lesquelles la réintégration des cheveux ne se 
fait qu'avec une 1res grande lenteur. Ce sont ces cas qui constituent 
le « bald-ringworm » des Anglais. 

Si Ton excepte de la bibliographie du sujet les travaux anciens où la 
confusion entre la pelade et la teigne tondante est certaine, les premiers 
auteurs qui aient attiré l'attention sur cette forme clinique sont Alder- 
sniilh et Livcing(-). Celui-ci, avec l'observation d'un cas de tondante dont 
les plaques, en quinze jours, devenaient lisses et brillantes, entourées de 
cheveux sains, parmi lesquels, quelques cheveux malades. 

(') Bi'.sMi'.r.-DovoN. loc. rit, il. Note I do la p. 822, I. II. 

(-) R. Liveing. Remarks on bald tinea forisurans and vegelables parasites 
(Brit. med. jniirn., -8 av. 1882). Liveing suppose, à tort, cpje ce sont <le tels cas qui 
avaient fait croire à la pelade parasitaire. 



DE LA TRICIIOPHYTIE EN GENERAL. 257 

Crocker voulait que la pelade pût succéder in situ à la trichophytie, 
môme après longtemps. Hutchinson disait plus simplement ce que nous 
croyons : que la trichophytie peut amener l'atrophie du cheveu et faire 
des plaques glabres, ce qui est une forme rare, et un mode d'évolution 
presque toujours limité à un ou deux points malades, au cours des ton- 
dantes où on l'observe. 

Dans un cas signalé par Max Joseph, il s'agissait de deux garçons 
atteints d'une teigne tondante si peladoïde qu'il avait pris d'abord le cas 
pour une pelade. C'est la contagion de la mère et du père qui permit de 
certifier le diagnostic, et on trouva alors le Trichophyton dans les soi- 
disant pelades des deux enfants ('). 

Un cas semblable fut rapporté par Dubreuilh et Frèclie. Il s'agissait 
« d'un trichophyton ectothrixà petites spores (?) 'de culture vivace, pro- 
venant d'un chat ( 2 ). D'autres cas analogues ont été fournis par Crocker 
en 1898 ( 3 ), par [Colcott Fox en 1902( 4 ). Les symptômes de tous ces cas 
coïncident. Dans tous, il s'agit de tondantes sans réaction inflammatoire, 
et, dans laquelle, les cheveux malades disparaissent peu à peu entière- 
ment, et laissent une plaque chauve, bordée de cheveux sains, entre 
lesquels quelques cheveux malades, qui permettent seuls un diagnostic 
formel. Longtemps après, après deux mois et plus, un lanugo réappa- 
raît, et la plaque redevient chevelue, presque de la môme manière que 
la plaque peladique vraie. 

Ce processus, dont nous ignorons les causes immédiates, peut s'observer 
avec plusieurs parasites différents, et même 'avec la tondante microspo- 
rique, comme avec la tondante trichophy tique ; il ne s'agit donc point 
d'une modalité spéciale, liée à l'existence de tel ou tel Dermatophy te , 
mais à un processus réactionnel d'exception, indépendant du parasite 
causal. Quoi qu'il en soit, c'est un mécanisme de guérison par expulsion 
du cheveu malade, et si, malgré lui, on voit ces tondantes persister long- 
temps, c'est que, rarement, l'expulsion des cheveux malades est complète 
sur toute la surface [des plaques, et que, le plus souvent, autour d'elles, 
quelques cheveux malades persistent. 

Deux autres types d'alopécie peuvent s'observer après les tondantes. 
Lorsqu'autour de chaque cheveu malade se produit une réaction 
inflammatoire, le [cheveu malade se décolle et est expulsé. Ce phéno- 
mène se produit alors non seulement au pied des cheveux malades, 
mais au pied des cheveux restés sains sur la plaque. Il s'ensuit une 
dépilation complète et curative. Si le phénomène a été bénin, la 
repousse s'effectue à peu près intégralement. Mais si le phénomène a 
été plus brutal, l'alopécie peut être définitive et totale et j'ai fait 
mouler, au cours de sa durée, et après sa guérison, une trichophytie de 
ce genre qui en témoigne ( 5 ). 

( 1 ) Max Joseph. Soc. berlinoise de Dermatologie du 5 déc. 1895. 

( 2 ) W. Dubreuilh et D. Frèche (de Bordeaux). Transactions of the third Con- 
gress of dermatology. Londres, 1890. 

( s ) Dermatological Society of great Britain and lreland. Séance du 29 juin 1898. 
( 4 ) Colcott Fox. Dermatological \Society of London. Séance du 11 juin 1902, in 
Brit. journal of Dermat., 1902, p. 261. 

( 3 ) Musée de l'hôpital Saint-Louis, n 09 1693 et 1709. 

les teignes. 17 



258 TRICHOPHYTIES. 

Il faut donc excepter ces cas de la règle très justement émise par 
Besnier et Doyon à propos de la restitution intégrale et spontanée des 
cheveux sur les plaques de tondante guérie : 

« Nous ne connaissons pas, disent-ils, d'alopécie définitive due au 
Trichophyton, hormis les cas où l'application intempestive d'agents 
irritants (l'huile de croton, par exemple) a déterminé des altérations 
irréparables. » Cela est vrai, sauf après les kérions violents qui sont 
certainement capables, sans intervention thérapeutique, de se terminer 
par cicatrice. 

Étude générale des trichophyties de la barbe. — La tricho- 
phytie de la barbe est aussi polymorphe que possible. Cela s'explique 
aisément par le grand nombre des Trichophytons qui la peuvent cau- 
ser, d'autant que certains d'entre eux, peut-être tous, sont capables de 
faire, suivant les cas, des lésions de physionomies un peu différentes. 
En outre, il est évident qu'une lésion, quand elle régresse, ne peut pas 
conserver l'aspect qu'elle présentait à son stade de début et d'état. 

En raison de ce polymorphisme, les premiers caractères des tricho- 
phyties de la barbe qu'on doit noter seront moins formels que topo- 
graphiqnes. On peut dire l°)qne la trichophytie de la barbe présente 
toujours des lésions localisées, disséminées, irrégulières, et asymé- 
triques quand elles sont bilatérales; 2°) que la moustache n'est pour 
ainsi dire jamais attaquée par elles ( 2 ), et 5°) que la gouttière sous-nari- 
naire particulièrement n'en est jamais atteinte. 

Ces seuls caractères, pourtant négatifs, permettent d'éliminer, 
presque sans faute, les pyodermites simples des mêmes régions, car 
elles affectent une prédilection pour la gouttière sous-narinaire et la 
moustache, leurs lésions sont presque toujours bilatérales et symé- 
triques, et on peut même les observer jusqu'aux deux sourcils. 

En général, toutes les trichophyties de la barbe ont les mêmes 
caractères topographiques, mais on peut en observer de caractères 
symptomatiques très divers. Nous envisagerons seulement ici leurs 
variétés les plus communes. 

I. — Il en existe d'abord un type sec, sans réaction inflammatoire 
perceptible, et ce type présente encore des variétés. 

Tantôt on observe, sur les joues, des cercles d'herpès circiné plus 

(M E. Besnier et Doyon. Notes de Kaposi, p. 799, note 1. t. II. 

(-) En quatorze ans, je n'ai observé qu'une fois une trichophytie de la mous- 
tache, sur ses bords, en deux points très limités. Besnier avait remarqué cette 
extrême rareté. La génération médicale antérieure à la sienne, qui confondait 
encore les pyodermites locales avec les trichophyties, avait fait de grosses 
erreurs sur ce point. Nous avons signalé plus haut celle de Bazin, on pourrait 
signaler de même celle de Tilbury Fox (Leçon clinique sur le sycosis parasi- 
taire, rapportée dans les Annales de Dermatologie, 1875-74, p. i67), lequel men- 
tionne expressément le sycosis sous-narinaire, comme triehopbytique. 



DE LA TRICHOPHYTIE EN GENERAL. 259 

ou moins nets, plus ou moins grands, complets ou partiels, limités ou 
non à leur seule bordure ; tantôt on ne trouve pas d'herpès circiné, 
même rudimentaire, et toutes les lésions épidermiques se résument 
en des taches pityriasiques, vulgairement dénommées « dartres », et 
dont le seul caractère personnel est leur permanence sur le même point, 
car elles reparaissent après chaque traitement superficiel. 

Dans ces triehophyties sèches, les principales lésions sont pilaires 
c'est dire qu'il faut faire quelque attention pour les distinguer. Tantôt 
le poil malade est inclus dans la peau, recouvert par l'épidémie corné. 
Il apparaît sous la l'orme d'un point noir, plus ou moins gros, plus gros 
que la section d'un poil normal, ou bien, sous la l'orme d'un sigma, 
d'une boucle de point d'interrogation. Les poils ainsi atteints sont 
disséminés, un par un, ou par petits groupes de quelques-uns, au 
milieu des autres poils sains. Et tantôt il n'y a que quelques groupes 
semblables, tantôt, au contraire, toute une joue en est criblée^ 1 ). 

Toutefois, dans un certain nombre de cas, il se produit une inflam- 
mation folliculaire profonde, et la lésion, quia commencé froidement, 
finit par des abcès syeosiques. 

D'autres fois, le poil malade est court, mais il sort de la peau, et sa 
couleur le l'ait différer des poils normaux qui l'avoisinent. Il est gri- 
sâtre et faux-plié, ou encore recouvert d'une mince écorce grise, plus 
ou moins irrégulière, rendant sa surface raboteuse. 

Dans tous ces cas, l'examen à la pince permet de préciser le dia- 
gnostic, car, dans les triehophyties sèches, le poil malade est fragile, 
et la pince n'en extrait qu'un fragment court, non terminé par le 
bulbe, tandis que les poils sains du voisinage sépilent entiers. 

Dans un autre type, la trichophytie sèche se reconnaît aisément à 
l'œil nu. Chaque poil gros, gris, et court, faisant sur la peau une 
saillie de un ou deux millimètres, sort d'un petit cratère corné de un 
millimètre et demi de large, qui ressemble au cône corné de la kéra- 
tose pilaire des bras chez les jeunes gens(-). 

Tous ces types secs peuvent aboutir à des abcès folliculaires dissé- 
minés, ou même à une suppuration générale, hypodermique de la 
région. 

II. — En face de la trichophytie sèche de la barbe, on doit placer 
un type impétigoïde plus fréquent. En surface, l'épidémie corné est 
érodé sur les petits points malades; un peu de sérosité exsudée fait 
une squame croûteuse mince. Cette forme se complique de nodules 
syeosiques sous-jacents, plus ou moins gros et nombreux ('). 

I 1 ) C'est l'aspect que fournissent d'ordinaire les Trichoppytons endothrix que 
l'on rencontre dans la barbe : Tr. violaceum, Tr. acuminatfân, Tr. reg : ulare. 
(-) Tr. rosaceum. 
( 3 ) Cf. Triehophyties humaines, p. IX". 



260 TRICHOPHYTIES. 

III. — L'aspect clinique connu sous le nom de sycosis parmi les 
dermatologistes est réservé, par la plupart d'entre eux, à des suppu- 
rations nodulaires, intra-dermiques, disséminées, sous-jacentes ou 
non à des lésions exsudatives et suppuratives de la surface'. 

Le sycosis ainsi défini est fréquent; il est primitif ou secondaire, et 
même des trichophyties d'abord sèches peuvent y conduire. 

Tantôt les nodules sycosiques sont hypodermiques. La pression ne 
suffit pas à les évacuer, il y faut le galvano-cautère, et l'on peut être 
étonné de la profondeur à laquelle on rencontre le foyer suppuratif. 
Dans d'autres cas, au contraire, où ils sont plus superficiels, l'expres- 
sion fait jaillir du pus, ou un bourbillon, ou même un fragment de 
poil enrobé de pus. Quelquefois, les nodules sycosiques sont encore 
plus superficiels, et font la surface de la peau mamelonnairc. Chacun 
de ces mamelons peut être violacé, cl, au travers de son acumination 
obtuse, on peut voir du pus sous l'épiderme aminci. Ce sont là des 
sycosis de durée assez brève. Les sycosis à petits nodules disséminés, 
rares et profonds, peuvent durer au contraire de longs mois. 

IV. — Il faut distinguer du sycosis le kérion. Cette distinction ver- 
haie que je n'ai pas toujours faite (*) a sa raison d'être : le sycosis n'est 
pas le kérion, et beaucoup d'auteurs ont distingué ces deux formes 
très justement (-). Le kérion est un placard rond ou ovale de follicu- 
lites trichophytiques contiguës. Sa forme parfaite est celle d'un ma- 
caron, car la lésion est surélevée dans toute sa surface, et criblée d'ab- 
cès folliculaires, promptement visibles et vite ouverts, transformant 
les follicules en des puits purulents, d'où la suppuration évacuera le 
poil mort. Ainsi, dans cette forme de frichophylie, les folliculifes ne 
sont pas éparses mais conglomérées. C'est là leur caractère essentiel. 
Un kérion, au lieu d'être de surface plane, peut prendre la forme hémi- 
sphérique d'une coupole; sa surface exulcérée peut offrir un aspect 
fongueux. Dans d'autres cas, la saillie du kérion peut être énorme, 
d'un centimètre et plus; il constitue dans ce cas une tumeur molle, 
analogue à celle de la botryomycose, mais non pédiculée comme 
elle. . 

Dans tous ces cas, l'épilation à la pince; enlève les cheveux morts sur 
toute la surface malade. Le processus inflammatoire les a détachés de 
leur racine. Enfin, sous le kérion même, on peut voir une nappe de 
pus se produire et toute la masse du kérion devient molle et mobile ; 
elle peut se détacher par sphacèle, et après guérison laisser une cica- 
trice de sa forme et de sa dimension. 

En d'autres cas encore, les kérions multiples se soudent plus ou 



(') Cl'. Trichophyties humaines, p. III. 

( 2 ) H. Tennkson. Traité clinique de Dermatologie, 189.", p. 240. 



STRUCTURE GENERALE DES TRICHOPHYTONS. 261 

moins l'un à l'autre, et au-dessous d'eux se forment, de-ei dc-là, des 
abcès plus ou moins gros, communiquant ou non, dont certains peu- 
vent survivre aux lésions de surface, et, quand on les ouvre, après des 
semaines, ils ne contiennent plus du pus vrai, mais un liquide séreux 
et huileux analogue au liquide synovial, et plus ou moins teinté de 
sang. 

L'évolution des trichophyties de la barbe, comme celle de toutes 
les trichophyties, varie surtout avec le degré d'inflammation dont elles 
s'accompagnent. Sèches, elles peuvent durer des aimées ; suppuratives, 
elles ne durent que quelques semaines. 

Du reste, l'aspect non inflammatoire des lésions trichophytiques, à 
leur début, ne doit pas faire certifier qu'elles resteront telles jusqu'à 
leur fin. La plupart des kérions, et les plus nets, et les plus violents, 
commencent par un placard dont la peau est à peine rose, couverte de 
squames jaunâtres, un peu grasses, et dont les cheveux malades sont 
gris et engainés d'une collerette. Cette phase primaire peut être 
courte, ce qui peut faire croire au kérion d'emblée. Le kérion d'em- 
blée existe peut-être, mais plutôt sur les régions glabres. 

La parenté objective de toutes les lésions trichophytiques de la barbe 
sur le môme sujet est presque constamment évidente. Et même, quand 
une trichophytie présente cette forme sycosique où les nodules dissé- 
minés pourraient donner, à la même lésion, suivant ses points, un 
aspect polymorphe, il est curieux devoir combien les diverses lésions 
sont analogues. 

11 est au contraire frappant de voir le polymorphisme extrême des 
trichophyties de la barbe en général, et combien il est rare, dans une 
série de cas pris au hasard, d'en rencontrer deux consécutifs qui se 
ressemblent. 

C'est également un fait curieux de voir, dans notre pays au moins, 
en face des tondantes trichophytiques presque toujours sèches et sans 
réaction inflammatoire, des trichophyties de la barbe ordinairement 
suppurées. C'est que le Tr. cratériforme, qui fait la majorité des 
tondantes trichophytiques sèches de l'enfant, n'a encore jamais été vu 
dans la barbe, et que les Trichophytons fréquents, dans le poil de la 
barbe, chez l'homme, s'observent très rarement dans le cheveu de 
l'enfant. Mais les causes qui font certains Trichophytons plus fré- 
quents en certaines localisations demeurent encore inconnues. 



STRUCTURE GÉNÉRALE DES TRICHOPHYTONS DANS LE CHEVEU 

Étude morphologique du Trichophyton. — Lorsqu'on cherche 
à différencier les cas de trichophytie que l'on rencontre, par les ré- 



262 TRIÇHOPHYTIES. 

sultats de l'examen microscopique, on se rend aisément compte que 
l'examen des squames « ne peut pas fournir d'éléments sérieux à une 
catégorisation des faits ». car, « le Trichophyton, dans les lésions cir- 
cinées de la peau glabre, est d'un polymorphisme extrême, et les 
squames dune même plaque trichophytique peuvent montrer des 
éléments parasitaires tout différents les uns des autres » ( 1 ). Du fait 
de ce polymorphisme tous les Triehophytons en arrivent à se ressem- 
bler dans la squame. 

Au contraire, dans le cheveu ou le poil, la structure des différents 



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,Fig. 82. — Trichophyton extrait d'un cheveu de la teigne tondante de reniant. — Mycélium 
sporulë. Trichophyton endothrix. (Ocul. 3, obj. 7. Leitz.) 



Triehophytons est essentiellement monomorphe, et très aisément 
reconnaissable. Les Triehophytons sont uniquement représentés par 
des filaments mycéliens parallèles, tous composés d'articles-courts, à 
peine plus longs que larges, juxtaposés en chaîne et réunis deux à 
deux par des facettes d'articulation. Chacun de ces articles est formé 
d'une enveloppe cellulosique et d'un contenu protoplasmique; sui- 
vant la forme sub-cubique ou sub-sphérique de chaque article le fila- 
ment prend la forme d'un ruban ou d'un chapelet (fig. 82). 

Ces articles courts sont ce que les dermatologistes désignent sous 

( l ) Triclwphyties humaines, p. 62. 



STRUCTURE GENERALE DES TRICHOPHYTONS. 263 

le nom de « spore myeélienne », et ainsi, un filament est dit « sporulé » 
quand il est fait d'articles courts, el « non sporulé » quand il n'est 
septé qu'à de larges intervalles. Il demeure entendu que ces 
mots, déviés de leur sens mycologique, peuvent être employés, 
suivant l'usage des dermatologistejs, et par abréviation, mais 
que les « spores » mycéliennes ne sont pas des spores, c'est-à-dire 
de vraies graines, mais plutôt de simples organes de végétation de 
défense. 

Suivant les espèces trichophytiques, la « spore » peut être grosse 
(8 ia) ou petite (5 \l), ronde, ovale, ou carrée. Mais toujours, et pour 
toutes les espèces trichophytiques, elle garde son agmination en files 
régulières, suivant le grand axe du cheveu dans sa longueur. Ce 
caractère, commun à tous les Trichophytons dans le cheveu'oulepoil, 
suffit à faire reconnaître, au microscope, le type du parasite que Ion a 
sous les yeux. 

Un deuxième fait très important, c'est que la disposition du parasite, 
dans le cheveu, gai'de une remarquable similitude sur tous les cheveux 
malades d'une même tête : « Les cheveux d'une même tête présentent 
un envahissement plus ou moins complet du parasite, mais toujours 
un parasite de forme identique » (*) et « dans toute l'épaisseur et dans 
toute la hauteur d'un même cheveu la morphologie des éléments 
parasitaires reste la même » f 2 ). « C'est [donc] dans le cheveu ou le poil 
qu'il faut chercher les éléments d'un examen microscopique diffé- 
rentiel des Trichophytons ( 3 ). » 

Dès 1895 je remarquai (après Gruby, mais sans avoir alors lu son 
texte) que, dans les cas de tondante trichophytique banale, les Tricho- 
phytons montraient toutes leurs chaînes de spores exclusivement conte- 
nues dans l'intérieur du cheveu, et, pour cette raison, je les désignai 
sous le nom de Trichophytons endothrix. Inversement j'observai qu'à 
l'examen microscopique des trichophyties de la barbe on trouvait non 
seulement le poil envahi, mais entouré de filaments mycéliens (''). Et je 
nommai les Trichophytons de ce type : Trichophytons ectothrix ( 5 ). 



(') Trichophyties humaines, p. 65. 
(-) Trichophyties humaines, p. 64. 

( 3 ) Loe. citât, p. 62. L'identité d'aspect du parasite sur la même tête ne fut 
admise ni par tous, ni promptement, aussi mentionnerai-je l'affirmation conforme 
(dès 1896) de Adamson, qui est l'un des auteurs qui a le plus et le mieux étudié 
la morphologie des Dermatophytes. Pour lui, le même aspect microscopique 
est constant pour le même cas, et pour ceux que ce cas a déterminés par con- 
tagion. Adamson insiste et dit même qu'en aucun cas il n'a trouvé différents 
tableaux parasitaires coexistant sur la même tète. 

( 4 ) Saboup.aud. Contribution à l'étude des Trichophyties, III e mémoire. Annales 
de Dermat., 5 e série, t. IV, p. 826 et planche V. Juillet 1893. 

( 5 ) La définition des Trichophytons ectothrix a donné lieu à de multiples con- 
fusions que j'ai relevées dès l'origine, en particulier au Congrès de Londres. 



264 TRICHOPHYTIES. 

Cette distinction entre les Trichophytons, extrêmement attaquée à 
l'origine, est à peu près universellement admise aujourd'hui ('). 

Cette distinction entre les Endothrix et les Ectothrix reste fonda- 
mentale et définitive, il faut savoir néanmoins cependant qu'à la 
période de premier envahissement du cheveu, qui est analogue chez 
lous les Trichophytons, un examen trop succinct peut conduire l'ob- 
servateur à des erreurs d'interprétation ( 2 ). En ordre, parmi les Endo- 
thrix et parmi les Ectothrix, le microscope peut établir encore des sub- 
divisions importantes. 

Il existe d'abord une série de Trichophytons qui sont assurément 
des Endothrix et qui gardent pendant longtemps les caractères spé- 



La plupart des autours anglais crurent que, pour moi, les ectothrix entouraient 
le cheveu sans l'envahir, et c'est ainsi que Fox et Blaxall purent écrire : « later 
researches appear no demonstrate that the hair itself may be more profoundly 
implicated than Sabouraud atflrst observed and hence the term endo-ectothrix». 
(An inquiry, etc., p. 7.). El c'est ainsi que naquit le mot endo-ectothrix dont 
la définition' est exactement celle que j'avais donnée au terme ectothrix. Mon 
premier texte et les planches qui l'accompagnent ne laissent aucun doute sur 
ce point. « L'examen... montre que le parasite... occupe non seulement le poil 
mais sa gaine, (loc citât., p. 832). « Le poil est occupé par des séries linéaires 
de grosses spores... gui le remplissent corriplètemcht » etc.... 

(*) La querelle concernant la valeur diagnostique de l'endothricité et de 
l'éctôthricité des Trichophytons a toute une littérature. Dés son premier travail 
(1895) Adamson vérifia la distinction des endothrix et des ectothrix. De même 
Bodin (Th. de Paris, 1895). Par contre, les trois principaux travaux italiens, en 
dehors de ceux de Mibelli, la nient complètement, ce qui prouve au moins une 
chose, c'est que les ectothrix ne sont pas fréquents en Italie. Pour Ducrey et 
Reale l'examen microscopique ne permet pas la différenciation entre des Tricho- 
phytons Vndothrix et des ectothrix (Lor cit.). Pour Pelagatti (1896), la disposi- 
tion du Champignon par rapport au poil n'a pas de valeur diagnostique diffé- 
rentielle. Et même pour Truffi (1902) et pour Dalla Fâvera (1909), l'endothricité 
ou l'éctôthricité sont encore des phénomènes sans valeur. 

En Angleterre, M. Morris croit que l'endo ou l'éctôthricité des Trichophytons 
doit être en rapport avec le degré de l'invasion parasitaire. Tandis que Fox et 
Blaxall, comme Adamson, écrivent : « There can be no doubt of the existence 
of a group of Ectothrix trichophytons found in scalp lésions, as on glabrous 
skin, clearly dlstinguishable clinjcally, microscopically and by culture, from 
both the endothrix Trichophytons and from Microsporum. ». An inquiry, etc., 
p. 18, 19. Aujourd'hui, la distinction des endothrix et des ectothrix ne rencontre 
plus guère d'opposants; sauf Dalla Favera, tous ceux que la question intéresse, 
et avec lesquels je suis en correspondance, l'admettent comme indubitable. Il faut 
croire que cette différenciation est plus difficile à faire en Italie par manque 
de points de comparaison. Dès 1894, Les Trichophyties humaines concluaient 
par ces mots qui restent vrais : Comment dire « qu'on ne peut aucunement se 
baser sur l'examen microscopique pour établir, parmi les différents cheveux 
trichophytiques, une différenciation morphologique, lorsqu'il y a cinquante ans, 
cet examen a pu suffire à un observateur attentif pour établir l'existence des 
groupes parasitaires que l'étude bactériologique vient aujourd'hui vérifier ». 
(p. 71-72). 

( 2 ) « Althonght in the completely invaded hair, one could ahvays readily dis- 
linguish Microsporum, endothrix Trichophyton and ectothrix Trichophyton 
from one another, vet the method of invasion by the fungus vas similar in 
ail. » (Lettre de Adamson, 1906.) 



STRUCTURE GENERALE DES TRICHOPHYTONS. 



265 



ciaux que tous les Trichophytons 'prennent autour du cheveu, à la 
période de début de l'envahissement, à savoir la présence, autour 
du cheveu, de quelques filaments extra-pilaires rampant sur eux; de 
plus, parmi les Eclothrix, il y a encore une distinction à faire, et celle- 
ci est capitale. Il y a des Ectothrix à spores grosses (de 5-8 |ic), c'est-à- 
dire de dimension égale sinon supérieure aux spores trichophytiques 
ordinaires, tandis qu'il y a des Ectothrix à spore petite (3-4 \l) qui évo- 
queraient à la pensée l'aspect caractéristique des Microsporums si, dans 
l'écorce que le parasite constitue aux cheveux, on ne trouvait, parmi 
les spores détachées, ou dont les files sont indistinctes, un très grand 
nombre de filaments sporulés, tout à fait étrangers à la structure des 
Microsporums. Cet aspect est assez trompeur pour avoir causé 
maintes confusions. J'appellerai ces Tri- » 

chophytons Microsporoïdes ou plus sim- 
plement Microïdes. 

Ainsi donc les différents Trichophytons 
peuvent revêtir quatre types microscopi- 
ques, dans le cheveu ou le poil humain. 

I. Il y a les endothrix vrais. 

II. Il y a les néo-endothrix (vsotî, jeune, \\i> r V °lî 
endothrix au stade de jeunesse). ... , ! * |!l|l|â\!!Mf^'î?l| 

III. Les ectothrix mégaspores. V f; 'M'ffUSS Y 1 

IV. Et les microïdes. ifesfsèl^vHs^.'? 1 
Pour fixer nettement les idées, ie dé- h^««l^eM!»f«1l 

crirai chacun de ces tvpes dès à présent. ' V<«$S2*o£*!'&l1;'^ 












I. Endothrix vrais. -- Pour décrire \$&P' 

les Trichophytons endothrix je n'ai besoin »**»* «»j j.-» >« 

que de reproduire mes descriptions de 
1895 et celle de Gruby de 1844. Elles 
suffisent et je ne vois rien à y changer. 

Il est entendu d'abord : 

1° Que « le Trichophyton, dans le che- 
veu, est constitué par des cellules mycé- 
liennes, à double contour très visible, 
dont les deux diamètres sont toujours 
presque égaux » ; 

2° Que « le filament mycélicn consti- 
tué par leur chaîne est de largeur régu- 
lière » ; 

5° Que « la direction de ces filaments 
est presque rectiligne... et présente à peine quelques inflexions » ; 

4° Que « la division de ces filaments est rare : elle s'opère invaria- 







Fig. 85. — Aspect «l'un Trichophy- 
ton endothrix (Tr. effractum), 
dans le cheveu de l'enfant, x 260. 



266 



TRICHOPHYTIES. 



blement par dichotomie et les deux rameaux nés d'un seul s'écartent 
à peine l'un de l'autre ('.). 

A ces caractères il faut ajouter celui-ci : que la direction des fila- 
ments mycéliens est descendante, ce qu'indiquent, sans doute possible, 
les bifurcations toujours dirigées vers la racine du cheveu. 

Tous ces caractères sont ceux de tous les Trichophytons. Mais ce 
qui caractérise essentiellement les Endothrix, c'est que le parasite 
habite exclusivement dans l'intérieur du cheveu, et qu'il y reste can- 
tonné exclusivement. 
C'est ce caractère que 
les figures 83 et 84 
représentent si re- 
marquablement. Et 
on pourrait leur 
donner pour légende 
les mots mêmes de 
Gruby : « Les che- 
veux sont encore cou- 
verts de leurs écailles 
épidermiques lorsque 
leur intérieur est déjà 
plein de sporules.... » 
« La quantité de spo- 
rules est tellement 
augmentée qu'elle 
remplit complète- 
ment l'intérieur du 
cheveu dont le tissu 
normal n'est presque 
plus méconnaissable. » 
Et je le répète, cequ'un cheveu malade montre, tous le montrent. 
Et l'identité du tableau microscopique offert par le même parasite est, 
pour l'œil non prévenu, on ne peut plus frappante et démonstrative. 

IL Les Trichophytons au stade d'invasion. — A côté du type 
des Trichophytons endothrix purs, doit se placer un second type qui 
n'en diffère que très peu. C'est le type des Trichophytons néo-endotJrrix. 

Mais pour comprendre l'aspect sous lequel on les observe, il est 
indispensable de connaître d'abord comment tous les Trichophytons 

(M « La régularité de forme des cellules myçéliennes, leur double contour 
très évident, leur agmination en chaînes régulières, la direction rectiligne des 
filaments ainsi constitués, enfin leur division par dichotomie, .tels sont les 
caractères morphologiques du Triehophyton dans le cheveu •>. Trichophyties 
'humaines, p. 65. 




Fig. 84. — Examen microsporique du cheveu de la teigne 
tondante trichophytique banale, (x 250 diamètres.) 



STRUCTURE GÉNÉRALE DES TRICHOPHYTONS. 



267 



se présentent autour du cheveu, au stade d'invasion, et c'est ce que je 
vais décrire tout d'abord ( l ). 

La première lésion des Trichophytons 
comme celle des Microsporums est épi- 
dermique et non pilaire. Les filaments 



(') Le mécanisme de la pénétration des Tri- 
chophytons dans le cheveu ou le poil a été 
compris autrefois d'une étrange manière. 
Kapnsi avait supposé que le parasite descen- 
dait dans l'épiderme folliculaire jusqu'au fond 
du follicule pour pénétrer dans le cheveu par 
sa racine. C'est la théorie dite du détour, que 
Balzki; croyait encore vraie en 1884. (Note sur 
l'histologie des Dermatophytes. Arch. d<> phy- 
Uol., 1884, n" <S) et à laquelle Gaucher ajoute 
foi encore en 1909 (Maladies de la peau, p. 46'2). 
Cependant, dès l<S78,Thui avait reconnu, surdes 
coupes, l'intégrité de la papille et du bulBe 
des cheveux malades, et constaté que les der- 
nières ramifications du parasite s'arrêtaient 
au-dessus du bulbe. (G.. Thin. On the condi 
tion of the skin in tinea tonsurans. Mcdico- 
mirurgical transaction*. Vol. LXI, mars 1878.). 
De même Jamieson. C'est Unria, qui montra, 
le premier, le passage du parasite, de l'épi- 
derme du follicule sous les cellules de la cuti- 
cule du cheveu, mais il crut voir les filaments 
intrapilaires se ramifier vers le haut et vers 
le bas. (P. G. Unna. Mycologische Beitrage). 
En fait, c'est à Adamsox que nous devons la 
connaissance précise du stade d'invasion des 
Trichophytons. Il fit porter son examen sur 
les cheveux cpi'on épile entiers et non sur 
ceux qui cassent à la traction. II observa sur 
eux : 

1° Oue le parasite rampe à la surface du 
cheveu avant de l'envahir. 

2° Ou'il l'envahit en perforant l'épidermicule, 
sous laquelle les filaments mycéliens septés 
descendent en se multipliant ; 

ô° (Jue les dichotomies se dirigent toutes 
vers la racine ; 

4° Oue les filaments mycéliens s'arrêtent 
tous au-dessus du collet du bulbe. 

Un an plus tard, Fox et Blaxall montrèrent, 
en confirmant les observations d'Adamson, 
que les filaments trichophytiques extrapilaires 
disparaissaient proinptement après le stade 
d'invasion à la surface des cheveux atteints 



Fig. 83. — Cheveu d'enfant envahi par un Trichophy- 
ion endolhrix. En A, épidémie folliculaire envahi 
par des filaments irréguliers. En B, le Trichophy- 
ton pénètre sous la cuticule et se dichotomise aus- 
sitôt. En G, les mycéliums descendent verticale- 
ment dans le cheveu. (Bleu de Sahli. x 260.) 



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Fig. 8G. — Envahissement d'un 
cheveu humain par un Tricho- 
phyton endothrix. En A, les 
filaments parasitaires soulè- 
vent la cuticule du cheveu et 
passent au-dessous d'elle. 
(Bleu polychrome x 260.) 



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Fig. 87. 



parasitaires qui rampaient dans l'épiderme corné de surface, lors- 
qu'ils rencontrent un ostium folliculaire, pénètrent avec l'épiderme 

dans le follicule. Ils s'y ramifient, et d'une 
façon assez irrégulière pour que la dispo- 
sition en chaîne des cellules parasitaires 
devienne peu reconnaissable en ce point et 
que beaucoup d'entre elles figurent des 
sortes de mosaïque. 

On peut quelquefois épi- j »,' 

1er le cheveu avec cette 
collerette épidermique, et 
voici (fig. 85) l'aspect mi- 
croscopique qu'elle présen- 
te. Les filaments mycéliens 
rampant sur le cheveu y 
pénètrent en soulevant une 
cellule cuticulaire pour pas- 
ser au-dessous d'elle. Ainsi 
que je l'ai dit à propos du 
mode d'invasion des Micro- 
sporums dans le cheveu, les 
cellules cuticulaires du che- 
veu étant imbriquées en sens inverse des tuiles d'un 
toit, on comprend que le filament parasitaire, qui en 
soulève une seule, pénètre, par le fait même, dans le 
corps du cheveu; ce passage se l'ait le plus souvent au 
tiers supérieur ou à la moitié de la partie radiculaire 
du cheveu (fig. 86). 

Chose curieuse, aussitôt que le parasite a pénétré 
dans le cheveu, et qu'il est devenu intra-pilaire, son 
filament mycélien se dichotomise et les deux filaments 
qui en procèdent descendent, étroitement accolés l'un 
à l'autre sur une grande longueur. 

C'est cette disposition que reproduit la figure 87. On 
l'observe souvent en plusieurs points d'un même cheveu (fig. 88 A). Les 



II 



de Trichophytons endothrix : >< We may repeat that plain and sporulated mycé- 
lium may be seen outside the hair in the early singes of endothrix infection. •> 
(An inquiry...) « Ail traces of mycélium e'xterior tôt he hair tends to disappear 
or is only found exceptionnally in the fully infected hairs. Hence the justifica- 
tion of the terni « endotrix ». (Fox et Blaxall. Some remarks on ringworm, 1899). 
Dans leurs conclusions, ils remarquent qu'au stade d'invasion, le processus 
d'envahissement des Dermatophvtes est analogue pour tous, sans qu'on puisse 
arguer de ce fait contre les caractères différentiels désormais établis entre les 
Dermatophytes eux-mêmes. 



STRUCTURE GÉNÉRALE DES TRICHOPHYTONS. 



269 



figures suivantes en 
montrent de nouveaux 
exemples aussi démons- 
tratifs que possible (fîg\ 
88 et 89). 

Tant que le filament 
parasitaire reste immé- 
diatement sous-cuticu- 
laire, il est colbrable par 
les couleurs d'aniline. 
Quand il a pénétré plus 
profondément, les co- 
lorants ne l'atteignent 
plus. Les rubans mycé- 
liens n'en restent pas 
moins visibles (fig. ^ D) 
ainsi que leur mode de 
bifurcation (C) dont la 
direction indique le sens 
de la progression du pa- 
rasite, qui se dirige vers 
la profondeur. A la fin, 
les filaments, tous plon- 
geants, tous parallèles, 
remplissent le cheveu 
(fig. 89) qui devient cas- 
sant; au-dessus de l'ex- 
trémité fracturée, le pa- 
rasite est coloré jusqu'à 
une certaine hauteur 
(E). Cette fracture se 
produit au-dessus du 
collet du bulbe, où cesse 
le parasitisme. 

Le point où naît per- 
pétuellement le cheveu 

Fig. 88 et 89. — Cheveu d'en- 
fant à la période d'envahisse- 
ment d'un Trichophyton en- 
dolhrix. En A, le. parasite, 
aussitôt qu'il pénètre sous la cuticule, se dichotomise. 
Les filaments restent colorés (B) tant qu'ils sont sous-cuti- 
culaires. Plus bas ils sont plus profonds et sont incolores. 
(D). EnC, bifurcations. En E, le parasite remplit le cheveu 
qui devient cassant. (Bleu de Sahli x 260.) Les deux figures 



B>. 



représentent le même cheveu et on doit les supposer placées l'une au-dessus de l'autre 



270 TRICflOPHYTlES. 

étant soustrait ainsi à Faction du parasite, le cheveu ne cesse pas de 
croître; il rejettera ainsi peu à peu hors de la peau les points envahis 
d'abord et qui présentaient un aspect particulier. A partir de ce 
moment, le cheveu malade du haut en bas montrera, en tous ses points, 
son parasite avec l'aspect monomorphe caractéristique de l'infection 
constituée. Dans toute sa hauteur il apparaîtra sous l'orme de filaments 
verticaux, onduleux. juxtaposés parallèlement. Et s'il s'agit d'un Tri- 
chophyton endothrix, le parasite sera, à partir de ce moment, contenu 
tout entier dans le cheveu qu'il remplira exactement, sans qu'aucun 
de ses filaments rampe à la surface de son écorce. 

III. Trichophytons néo-endothrix. — S'il s'agit des Trichophy- 
tons néo-endothrix, le stade d'invasion se perpétuera plus longtemps 
autour du cheveu malade qu'on ne le voit durer autour des cheveux 
atteints par les Trichophytons endothrix banals. 

Les Trichophytons néo-endothrix sont très certainement des endo- 
thrix vrais, car, si l'on cherche parmi les cheveux malades, on peut 
toujours en trot/nef qui présentent l'aspect typiqilé (pie montrent les 
Endothrix vrais. Mais, parmi ces cheveux, on en trouve un certain 
nombre, un sur trois, un sur quatre, qui montrent, autour du cheveu, 
quelques filaments mycéliens rabanes entre le cheveu et le follicule, 
ou collés à la surface du cheveu. 

Ceci est l'indice d'une trichophytie à son début; seulement, quand 
il s'agit des Trichophytons endothrix vrais, cette période d'envahis- 
sement est si brève qu'il faut la chercher pour la surprendre, tandis 
qu'elle est durable, à ce point qu'on a peine à ne pas l'observer, quand 
il s'agit des Trichophytons dont je parle. 

Ainsi, au premier aspect, on croit voir des Trichophytons endo-ecto- 
thrix, mceis un examen plus attentif montre vite des cheveux dans les- 
quels Vendothricité du parasite est nette et absolue. Ce double tableau 
doit évoquer l'idée des Trichophytons néo-endothrix. 

Il faut émettre à ce sujet une remarque générale, c'est que tous les 
Dermatop/tytes, que nous connaissons pour être ordinairement parasites 
des animaux, sont caractérisés, sur l'homme, par la conservation plus 
longue, ou la permanence, de Casp>ect spécial cpie tous montrent au stade 
de jeunesse et à leur période d'envahissement. 

Ainsi voit-on les Microspdrum lanosum et feïineum montrer bien plus 
marqués et bien plus fréquents que le M. Audouïniles filaments géants 
d'inoculation, qui descendent au long du cheveu pour y l'aire la cui- 
rasse microsporique. Ces filaments existentmème chez le Microsporuui 
Audouïni', mais, dans la tondante microsporique banale, il faut les cher- 
cher et on n'en rencontre pas d'exemples une fois sur vingt. Dans les 
microspories d'origine animale on les observe une fois sur deux. 



STRUCTURE GENERALE DES TRICHOPHYTONS. 



271 



Eh bien! il en est de même pour les Trichophytons néo-endothrix, 
ils montrent presque constamment, et jusqu'à la période d'état de leur 
infection, quelques filaments extérieurs aux cheveux qui ont existé à 
la période d'inl'ection des Endothrix vrais, mais sans persister, et ont 
disparu presque aussitôt. Lorsque nous étudierons cliniquement ces 
trichophyties très particulières, car elles ont beaucoup des mœurs des 
trichophyties d'origine animale, nous étudierons la structure de leurs 
Trichophytons dans le cheveu, d'une façon plus complète et démon- 
strative. 

Trichophytons ectothrix. — Les Trichophytons ectothrix sont 
très différents des précédents, mais ils sont encore très différents les 
uns des autres, r c'est que le nombre des espèces de ce type est consi- 








Tnchophyton ectothrix mégaspore autour du poil humain, x :2(>0. 



dérableC) et qu'elles forment des groupes différents qui ont des carac- 
tères microscopiques distincts ( 2 ). 

Lorsque j'avais étudié les premiers Ectothrix, je décrivais dans l'un 
« le poil occupé par des séries linéaires de grosses spores... qui le 
remplissent complètement » et entouré en même temps d'un réseau 
mycélien extérieur à lui ( 3 ). Dans d'autres cas, les filaments mycéliens 

(*) Trichophyties humaines, p. 79. 

( 2 ) Ces différences ont été remarquées, après les Trichophyties humaines, par 
tous les auteurs qui se sont occupés de ces .questions; « Les apparences du 
cheveu atteintes de Trichophyton ectothrix sont remarquablement [variées, » 
écrivent Fox et Blaxall. An inquiry..:, etc.. 

( 3 ) Annales de Dermat., 189.", juillet, p. 832, mémoire cité. 



272 



TRICHOPHYTIES. 



"S^* 






« sont "situés, non pas dans le cheveu exclusivement, mais hors de lui, 
au long' de lui, entre lui et sa gaine folliculaire. Ils n'envahissent du 
cheveu que ses couches superficielles ( 1 ). » 

Et alors, « le Trichophytôn ectothrix... habite le follicule, il y est 
contenu, il érode un peu la cuticule du poil et sa couche externe ( 2 ),J 
niais il habite surtout hors de lui et revêt la portion radiculaire du poil 

d'un fourreau régu- 
lier de spores. Ces 
spores sont agminécs 
en files régulières tou- 
tes rectilignes, toutes 
verticales, toutes pa- 
rallèles entre elles et 
parallèles au che- 
veu qu'elles emboî- 
tent ( 5 ) ». Ceci est la 
description typique 
du premier des Tri- 
chophytons favifor- 
mes que j'avais ren- 
contrés en 1894. 

En somme, d'un 
Trichophytôn ecto- 
thrix à un autre, tous 
les éléments parasi- 
taires peuvent varier: 
la forme et la dimen- 
sion des spores, la 
régularité de leur enchaînement, le degré de l'ectothricité du para- 
site ( 4 ). Il fallait donc beaucoup de temps pour mettre de l'ordre dans 
leur étude morphologique, et beaucoup d'auteurs y contribuèrent. 
Nous verrons, en étudiant, un par un, les Trichophylons ectothrix, 
les particularités microscopiques remarquables de chacun d'eux. . 
Et je passerai de suite au poinl qui a le plus obscurci la question 
des Ectothrix, à savoir l'existence du groupe des Trichophytons mi- 
croïdes. 







Fig. 91. 



Poil rie barbe recouvert d'un épais trousseau 
mycélien de Trichophytôn. — (Grossissement de 180 dia- 
mètres.) 



f) Trichophylies humaines, p. 68. 

( 2 ) Dans son travail de 189.'), Adamson reconnaît aussi que l'une des diffé- 
rences entre le cheveu du Trich. endothrix et celui du Trich. ectotrix, c'est, dans 
le premier cas, la conservation étonnante de la cuticule qui est, au contraire, 
toujours érodée par les Ectothrix. 

(3) Trichophylies humaines, p. 68. 

( 4 ) « The degree to whicti the interior of hair is implicated varies in différent 
cases. » C. Fox et BlaxAll. .1/* inquiry.... 



TRICHOPHYTONS ENDOTHRIX. 273 

IV. Trichophytons microïdes. — En étudiant les Trichophytons 
ectothrix à culture blanche et les folliculites agminées trichophy- 
tiques, j'avais mentionné avoir trouvé un Trichophyton ectothrix à 
spores relativement petites (*). Cet aspect, que je croyais caractériser 
l'un seulement des Trichophytons à culture blanche, est de régie pour 
toute la série des espèces de ce groupe, dont la structure et les élé- 
ments les rapprochent extrêmement des Microsporicms et en font une 
classe très particulière parmi les Trichophytons ectothrix. 

Tous les Trichophytons microïdes sont pyogènes et donnent lieu à 
des trichophyties suppurées; tous envahissent le cheveu sous forme de 
filaments minces, cloisonnés à de longs intervalles, et ils forment, en 
outre, au cheveu, un fourreau parasitaire constitué par trois éléments : 

a. Des « spores » très fines (5-4 [/.) égrenées ; 

p. Des files de spores semblables en chapelet ; 

y. Des mycéliums minces (2 a), non cloisonnés, flottant dans la pré- 
paration par fragments de 15-20 u de longueur. 

Avertis maintenant de ce que nous pouvons rencontrer dans nos 
examens microscopiques des cheveux; trichophytiques, nous allons 
étudier analytiquement les divers Trichophytons eux-mêmes, les 
lésions qu'ils produisent sur l'Homme, leurs caractères microsco- 
piques, et les caractères de leur culture, enfin leur inoculabilité expé- 
rimentale. 

Et je commencerai par le groupe des Trichophytons les plus fré- 
quents en nos régions, à savoir les Trichophytons endothrix. 



I. — TRICHOPHYTONS ENDOTHRIX 



A Paris il existe un grand nombre d'espèces, ou, si l'on veut, de 
variétés fixes de Trichophytons endothrix, mais il y en a trois prin- 
cipales qui font 95 pour 100 des cas qu'on rencontre. Ce sont : le Tri- 
chophyton à culture cratériforme (Tr. crateri forme), le Trichophyton à 
culture acuminée {Tr. acuminatitm) et le Trichophyton à culture vio- 
lette {Tr. violaceum). 

Prenons, à Paris, 150 cas de teigne tondante, au hasard : 50 seront 

(') R. Sabouraud. Les Trichophytons animaux sur l'homme. Annales de Derma- 
tologie, juin 1895, p. 8"27. 

R. Sabouraud. Sur la périfolliculite agminée trichophytique et son origine 
animale. Annales de l'Institut Pasteur, 15 juin 1893. 

R. Sabouraud. Trichophyties humaines, p. 78 et p. 106. 

LES TEIGNES. 18 



274 



TRICHOPHYTIES. 



des tondantes microspôriques et 100 cas correspondront à des ton- 
dantes trichophytiques. Parmi ces derniers, 50 seront dus au Tricho- 
phyton à culture crateriforme, 30 au Trichophyton à culture acu- 
m-iùéé, 15 au Trichophyton à culture violette, et 5 pour 100 seulement 
seront dus à des Trichophytons endothrix rares que nous étudierons 
après eux. 



I. TRICHOPHYTON ACUMINATUM. - II. TRICHOPHYTON CRATERIFORME 

(Sabouraud, 1893) 

Les deux Trichophytons acuminatum et crateriforme offrent telle- 
ment de points de ressemblance qu'il est opportun de les présenter 
ensemble et de les étudier concurremment. C'est ce que nous ferons 
tout d'abord. Nous nous supposerons observer un cas typique de cha- 
cune de ces trichophyties et les étudier d'abord par la culture. 

I. Différenciation du Tr. acuminatum et du Tr. crateriforme 
par la culture. — Sur milieu d'épreuve maltosé, les cultures du Tr. 

acuminatum et du Tr. cra- 
teriforme se distinguent 
entre elles dès leurs pre- 
miers jours. La culture qui 
deviendra crateriforme est 
représentée, à ses débuts, 
par une petite houppe 
blanche semblable à une 
minuscule houppe à pou- 
dre de riz, tandis que la 
culture, qui deviendra plus 
tard acuminée, pousse d'a- 
bord au-dessus d'une petite 
coupole, qui se dévelop- 
pera peu à peu, plusieurs 
digitations poilues qui res- 
teront toujours visibles au 
centre de la culture deve- 
nue adulte (fig. 92, 94 et 95). 
Suivons le développe- 
ment de chacun de ces 

Fig. 92. — Trichophyton acuminatum, cultures pre- deilX tVDCS SIU" le même 
mières sur milieu d'épreuve maltosé; âge : 20 jours. Ji . , 

Grandeur naturelle. milieu. Le 1 V. C rater) /orme 

s'étend par ses bords, et 
la houppe à poudrer devient un petit gâteau blanc, velouté, dont le 



TRICH. ACUM1NATUM. — TR1CH. < 1RATER1FÛRME. 



275 



centre prend une couleur jaunâtre, et se creuse en cupule, pendant 
que ses bords se relèvent. 
La culture, qui perd peu 
à peu son aspect velouté 
pour prendre un aspect 
poudreux, affecte ainsi la 
l'orme d'un bouton(fig.°95), 
puis d'un cratère qui peut 
être étonnamment régu- 
lier, et qui montre le plus 
souvent une petite saillie 
centrale (PL IX, fig. n 4 ). 
La culture de Triclio- 
p/iyton acuminatum, lors- 
qu'elle a grandi, fait, sur 
le milieu nutritif, une 
saillie de plus en plus 
grande. Bientôt les aile- 
rons poilus, qui avaient 
signalé le début de la cul- 
ture, ne paraissent plus, à 
son sommet, que comme 
des excroissances peu im- 
portantes (fig. 9-i). Toute 
la culture a la forme d'un 
cône aplati et découpé en 

secteurs par des cannelures radiées plus ou moins profondes. Lorsque 

la culture vieillit, ces cannelures 
s'ouvrent souvent, et la culture 
devient lacunaire, phénomène 
que même de jeunes cultures 
peuvent présenter, lorsqu'elles 
ont souffert (PI. IX, fig. i'). 

Tels sont, à Paris, les deux 
types culturaux les plus habi- 

Fiy. «U. -- Trichophyton acuminatum, culture tuels de IIOS tondantestl'ichophv- 
sur milieu d épreuve en matras d'Erlenmeyer; . .' -, .•-., • T rr 

âge:30jours.Grandeurnaturelle.Vue de profil, tiques llllantlles : Le IV. ClCll- 

minatum et le 7Y. crateri forme. 

Pour assurer la différenciation de ces deux espèces mycosiques, on 
peut les ensemencer comparativement sur le milieu d'épreuve glucose, 
l'identification de chacune et la différenciation des deux seront aussi 
évidentes. 

Si, d'autre part, nous transportons (fig. 97 et 98) des cultures adultes 



Fig. 93. — Trichoph/ylon crateri forme, sur milieu d'é- 
preuve maltosé. Cultures premières; âge : 20 jours. 
Grandeur naturelle. 




276 



TRIGHOPHYTIES. 



de Tr. acuminatum et de Tr. cràterîfàrme sur notre milieu de conser- 
vation ('), le Trichophyton cr-ateri forme prendra un aspect tourmenté, 
bien moins cratériforme (fig. 98), et une couleur tout à fait blanche, 
tandis que le Trichophyton acu- 



Fig. 95. — Trichophyton acuminatum, cul- 
tures premières de 30 jours sur milieu 
d'épreuve maltosé. Grandeur naturelle! 



Fig. 96. — Trichophyton craleri forme. Cul- 
tures premières de 50 jours sur milieu 
d'épreuve maltosé. Grandeur naturelle. 



minatum, tout en gardant sa l'orme acuminée, perdra ses sillons ra- 
diés, pour prendre une surface glabre, raboteuse, presque humide el 
de couleur jaunâtre (fig. 97 et aussi PI. IX, fig. i 5 et ir). 

Malgré ces changements de forme, connexes aux changements de 
milieux, sur un même milieu tous les exemplaires de la même espèce 
prennent une forme identique, et les cultures d'espèces différentes 
restent différentes sur tous milieux. Ces différences sont éclatantes, 
même sur des tubes de culture, et elles peuvent suffire à empêcher 
toute confusion. Pourtant, quand les cultures, en grandissant, ren- 
contrent les parois du verre, elles se déforment. C'est pourquoi 

(') Nous rappelons que notre milieu de conservation ne comprend aucun sucre 
mais seulement de la peptone (3-5 0/0). Il préserve les cultures, pendant toute 
leur vie, de toute altération pléomorphique, capable de défigurer leur type pre- 
mier et île les rendre méconnaissables. Voir Archives de parasitologie, XII. 
1908, p. 33. 



TR1GH. ACUMINATUM. — TR1CH. CRATERIFORME. 



277 



Fig. 97. — Trichophyton acnminatum, sur milieu de 
conservation. Peplone 5 pour 100; âge : 2 mois. 
Grandeur naturelle. 



il importe de repiquer les premières cultures, au fond de matras 
d'Erlenmeyer, pour obte- 
nir leur plein développe- 
ment et leur forme par- 
faite. 

Voici deux figures con- 
sacrées chacune à l'un des 
Trichophytons que nous 
étudions, cultures d'âges 
divers, sur le même milieu 
d'épreuve, capables d'as- 
surer leur différenciation 
aux yeux de tous les ob- 
servateurs qui se serviront 
de nos milieux pour la 
culture des Dermatophytes 
en tous pays (fig. 99 et 
100). 

Je n'insisterai plus que 
sur les caractères de 
ces cultures que la photographie est insuffisante à démontrer. 

Les TV. acnminatum et 
crateriforme ne sont nulle- 
ment parmi les plus vivaces 
des Trichophytons. Leurs 
cultures sont d'une vitalité 
et d'une activité de dévelop- 
pement très moyennes. En 
40 ou 50 jours, même sur 
des milieux optima, elles 
dépassent guère 5 cent. 1/2 
de diamètre. Sous ce rap- 
port, et en dépit de leurs 
différences objectives, les 
deux cultures se ressem- 
blent. 

Pendant la première par- 
tie de sa vie, la culture du 
Tr. craie ri forme est de cou- 
leur plus blanche, et au 
contraire, quand elle vieil- 
lit, sa couleur crème s'ac- 
centue. Passé la première période de son développement, cette cul- 



Fig. 98. — Trichophyton crateriforme, sur milieu de 
conservation. Peptone 5 pour 100; âge : 2 mois. 
Grandeur naturelle. 



278 



TRICH0PHYT1ES. 



turc cesse d'être duveteuse. Elle devient aride et poudreuse. Cette 
poudre est adhérente et ne se détache pas aisément au moindre 
contact. La consistance de la culture est cartonnée; avec la baguette 
de platine, il est aisé de faire des trous dans ce carton et d'en déta- 
cher des parcelles. 

Dans la première partie de sa vie, la culture est limitée au cratère 





Fig. 99. — Trichophyton crateriforme, culture sur milieu d'épreuve maltosé. Peptone 1, 
maltose i pour 100; âge : 20 jours, 27 jours, 55 jours. Grandeur naturelle. 



lui-même, ensuite, et plus elle vieillit, plus elle s'entoure de rayons 
immergés très fins dont l'ensemble l'ait à la culture une aréole pou- 
dreuse (PI. IX, fig. ii 3 ). 

J'ai dit que la culture acuminée débute sous la forme d'une minus- 
cule calotte hémisphérique, surmontée de trois ou quatre plumets 
bizarres, frangés, pennés, ressemblant aux palpes de certains Papil- 
lons et Hannetons et qui persistent plus tard sur la culture vieille, 
mais en s'atténuant. Dès son origine, la culture est à peine veloutée, 



TRICH, ACUMINATUM. — TRICH. CRATERIFORME. 



279 



elle devient poudreuse presque immédiatement. Sa couleur d'abord 
blanche, puis d'un blanc crème, devient brunâtre enfin, quelquefois 
avec une teinte un peu violette. En somme, rien n'est plus facile 
que de distinguer entre eux le TV. acuminatum et le Tr. crateri forme, 
et cela dès les premiers jours de leur culture. 

Les cultures de ces deux parasites vivent plusieurs mois. Cepen- 






Fig. 100. — Trichophyton acuminatum. cultures sur milieu d'épreuve maltosé. Peptone 1, 
maltose i pour 100; âge : 20 jours, 27 jours, 55 jours. Grandeur naturelle. 



dant, dès la fin du deuxième mois, elles ne grandissent plus; elles 
restent seulement immobiles, et se déforment par vétusté. 

Pléomorphisme. — On sait l'importance des transformations pléo- 
morphiques dans les cultures de Trichophyton. En ce qui concerne 
le pléomorphisme, les Trichophytons acuminatum et crateriforme se 
conduisent d'une façon différente. 

Le Trichophyton crateriforme peut fournir une forme pléomor- 



280 



TRICHOPHYTIES. 



phique duveteuse blanche. Cette forme, qui naît à peine une fois sur 
cinquante vieilles cultures, naît ordinairement sur toute la surface de 
la culture, comme une reviviscence du duvet qui la caractérisait à ses 
premiers jours, et non pas sous la forme d'une touffe isolée de duvet 
blanc. Sa couleur, comme celle de toutes les formes pléomorphiques 
vraies de Dermatophytes, est d'un blanc pur. La forme de la culture 




Fig. 101. 



Pléomorphisme du Trichophyton crateriforine, après 10 jours, 20 jours, 53 jours, 
sur gélose maltosée. 



pléomorphique est radiée et les radiations sont creusées dans le gâ- 
teau blanc de la culture (fig-. 1.01 et PI. IX, fig. n 6 ). 

Quant au Tr. acuminatum je ne lui connais pas de forme pléo- 
morphique. Je n'en ai obtenu de lui par aucun moyen, sur aucun 
milieu. Sa culture ne vieillit pas jusqu'à sa mort et des réense- 
mencements successifs la reproduisent toujours dans sa forme pri- 
mitive. 

Ainsi la différenciation de nos deux principaux Trichophytons endo- 
thrix, à tous points de vue, est bien nette. Même en laissant de côté 
leurs différences biologiques, et à ne s'occuper que de leurs caractères 
culturaux extérieurs, ils ne sauraient être confondus. 

Ayant en mains désormais ce moyen sur d'identification qu'est la 
culture en milieux choisis, nous allons chercher quels sont les signes 



TIllClldl'llYTIi:.- 



eteuse blanche. Cette l'orme, qui noil à peine m 
ici îles cultures, naîl ordinairemenl sur toute la suri 
immè une re lu iluvel uni la caractérisai! 

. et non pa m< l'uni» toulîe isol< 

LÉGENDE DE LA PLANCHE IX 
• Derma l'orme de î;i i 



Trichophyton acuminatum et trichophyton cratériforme 




Cultures de 18 jours sur gélose maltosée (en tubes). 

(en matras). 
Cultures de 25 jours — — 

Cultures de 35 jours — 

Culture de 30 jours (vue de profil). 

Culture de 2 mois sur gélose peptonisée 3 0/0. 









II. Trichophyton cratériforme. 

Cultures de 18 jours sur gélose maltosée (en tubes). 

— — (en matras). 

Cultures de 25 jours — o jours, 20 joi 

Cultures de 55 jours — 

Cultures de 2 mois sur gélose peptonisée 5 0/0. 

Forme pléomorphique duveteuse. 
Culture de 20 jours sur gélose maltosée. 

ai obtenu de lui par aucun moyen, sur aueu 
ne vieillit pas jusqu'à sa mort et des 

La reproduisent toujours dans sa l'orme pr 

ition de nos deux principaux Trichophytoris en<É 
de vue, esl bien nette. Môme en laissant de en 
•logiques, et à ne s'occuper que de leurs caractèr 
le sauraient être confondus. 
niais ce moyen sur d'identification qu'est 
allons chercher quels sont l< 



SABOURAUD. — Teignes. 



Planche IX 




Afasson ifc Cie, Éditeurs 



Phototypie Berthaud, Paris 



TRICH. ACUMINATUM. — TRICII. CRATERIFORME. 281 

communs et les signes différentiels de nos deux principaux Trieho- 
phytons dans leur vie parasitaire sur reniant. 

II. Étude clinique. — J. Caractères communs aux deux tondantes 
banales. — Les tondantes trichophytiques montrent des symptômes 
objectifs peu saillants, menus et difficiles à voir. De plus elles sont 
deux, et chacune a ses symptômes différentiels, en sorte qu'on ne 
peut tracer d'elles un tableau simple, équivalant à celui qu'on peut 
faire de la tondante microsporique. 

A la vérité, l'une et l'autre sont faites de plaques petites et dissé- 
minées en grand nombre sur le cuir chevelu. Et quand ces points 
arrivent, par leur agglomération, à constituer de grandes plaques, 
celles-ci présentent des caractères qui rappellent leur mode de nais- 
sance; elles ne sont pas nettement rondes, mais de forme quelconque; 
elles gardent, entre elles, et sur elles, un grand nombre de cheveux 
sains capables de les cacher à des yeux inhabiles. 

Les points malades sont constitués, chacun, par quelques che- 
veux, et peuvent être par conséquent difficiles à voir. Enfin tous 
les cheveux malades, ou beaucoup d'entre eux, étant cassés court 
et séparés par des cheveux sains, on ne peut jamais les épiler entre 
deux ongles que un par un. Ils peuvent même être cassés au ras 
de la peau et, dans ce cas, il faut la pince pour en extraire des 
fragments. 

Si l'on veut faire des tondantes trichophytiques banales un tableau 
schématique permettant de les opposer à la tondante microsporique, 
on peut dire que la tondante à petites spores (microsporique) fait de 
grandes plaques, tandis que les tondantes à grosses spores (trichophy- 
tiques) font de petites plaques. 

En dehors de ce caractère commun, les deux tondantes tricho- 
phytiques ne présentent plus que des caractères différents, ce qui doit 
faire présenter d'elles deux descriptions séparées. 

"2. Étude clinique de la tondante trichophytique à culture acuminée. 
— La tondante trichophytique à culture aeuminée a été décrite, d'une 
façon précise, dès 1891. Au cours de mes nouvelles recherches, je lui ai 
retrouvé les symptômes mêmes qui lui avaient été attribués dès 
l'abord. Aussi suffira-t-il de reprendre sa description première, en 
la modifiant seulement sur les rares points que l'observation d'au- 
jourd'hui a pu corriger. Dans cette tondante, les cheveux « se cas- 
sent au ras de la peau, comme des arbres coupés au ras de terre, et 
forment une alopécie disséminée en clairière » au niveau de laquelle la 
peau paraît criblée de points noirs. De tous les cheveux cassés, presque 
aucun ne fait de saillie au-dessus de la peau ; ils se sont presque tous 
rompus au niveau même de l'orifice pilaire. « Cependant de-ci, de-là, 



282 TRICHOPHYTIES. 

deux ou trois cheveux ont gardé leur longueur absolument normale. 
Ces cheveux sont respectés. Et ce détail trappe extraordinairement 
quand il s'agit d'une fillette à cheveux longs. Quant aux très nom- 
breux points noirs, ils représentent les cheveux malades qui se mon- 
trent aux orifices pilaires. Leur nombre t'ait ressembler la plaque à la 
peau d'un acnéique, couverte de comédons. Cet aspect est absolu- 
ment spécial; quand on l'a remarqué une t'ois, on ne saurait le mécon- 
naître {'). » 

Les cheveux sains d'une région malade une l'ois enlevés par l'épila- 
tion, la peau « semble criblée de grains de poudre;... quand on 
examine sa surface, on remarque parmi les points noirs égaux quel- 
ques points plus gros : c'est l'extrémité d'un poil, horizontalement 
incurvée dans l'épiderme et y faisant un demi-tour de spire : on dirait 
l'extrémité d'un clou qu'on aurait tordu en le rivant ( 2 ). » 

« On conçoit combien est impossible l'épilation de cheveux sem- 
blables. Avec des peines extrêmes, on peut enlever à la pince quelques 
fragments de racines, en arrachant avec elles le petit lambeau d'épi- 
derme qui les enchâsse » ( 3 ). 

A ce tableau il faut adjoindre encore un détail, c'est que l'accumu- 
lation des débris pilaires contournés, dans l'orifice du follicule, arrive 
à déterminer des saillies folliculaires analogues à celles de la kératose 
pilaire et que toute la plaque prend dans ce cas l'aspect amplifié de la 
chair de poule. C'est ce symptôme que la figure ci-jointe met singu- 
lièrement en valeur (fig. 102) ( 4 ). 

Dans la tondante trichophylique à culture acuminée, « la dimension 
et la forme de la plaque sont excessivement variables. J'ai vu fréquem- 
ment une seule plaque immense. J'ai vu aussi cent plaques minuscules 

( l ) Trichophyties humaines, 1X94, p. 17.". 

C 1 ) Ibidem, p. 91. 

( 3 ) J'ajoutais encore : l'aspect de ces racines pilaires, incluses dans la peau, 
demande une description. « Supposons que l'on sème des graines sous une lame 
de verre. Leurs germes se dirigeant vers la lumière, mais rencontrant un 
obstacle qu'ils ne peuvent traverser, se contournent en tous sens suivant le 
plan horizontal de la lame de verre qui les recouvre. Eh bien ! les points noirs 
de cette tondante se forment par le même mécanisme. L'épiderme de la plaque 
est lisse, légèrement vernissé ; les points noirs qui sont les racines pilaires, 
loin de faire une saillie au-dessus de lui, sont indus dans son épaisseur. Et, en 
s'aidant d'un grossissement un peu fort, on peut voir que chacun est l'extrémité 
supérieure, aérienne, de la racine, couchée ou incurvée dans l'épaisseur de la 
couche cornée épidermique. Cette extrémité couchée horizontalement est recti- 
ligne ou curviligne, le plus souvent elle ressemble à la boucle d'un point 
d'interrogation. Parmi ces gros points noirs, il y en a de plus petits, qui sont 
un cheveu cassé que l'on voit seulement par la tranche. •> Trichophyties hu- 
maines , p. 175. 

(*) C'est évidemment ce type que décrivait E. Besnier, dont les plaques 
bronzées, grenues, présentaient une prolifération trichophvtique « à ce point luxu- 
riante que le poil en est littéralement farci, augmenté de volume et foncé en 
couleur, et que le follicule en est rendu saillant. De là vient l'aspect de barbe 




Fig. 102. — Tondante trichophytique à culture acuminée. Cas représentant un développemen 
maximum de la maladie. Remarquer les cônes épidermiques folliculaires, et, au niveau de 
plusieurs d'entre eux, des débris sigmoïdes de cheveux malades inclus dans l'épiderme 
corné. 



284 TRICHOPHYTIES. 

sur la môme tête, et dans ce cas les points d'attaque sont tellement 
petits et tellement multiples que le cuir chevelu semble atteint d'une 
alopécie généralisée, en clairière, chaque point montre de trois à dix 
cheveux cassés ( 1 ). Quand on coupera la chevelure au ras de la peau, 
on trouvera, hors de la plaque primitive qui comprend, je suppose, 
deux cents cheveux malades, cinquante points d'attaque secondaire, 
de dimensions minuscules. Ici dix cheveux seront atteints, plus loin il 
y en a cinq autres, ailleurs trois seulement. La tête entière est criblée 
de petits îlots, de trois à quatre millimètres de diamètre, où les che- 
veux présentent l'aspect spécial décrit plus haut, l'aspect de grains de 
poudre ou de comédons (-). » 

Telle est la description que l'épidémie étudiée par moi, en 1892, à 
l'hôpital de Berck-sur-Mer, m'avait permis d'observer en tous détails, 
et dont une épidémie de quinze cas, dans la banlieue de Paris, vient 
encore de me retracer le tableau. 

Je dois dire cependant qu'à côté de ces cas, d'aspect typique, d'au- 
tres le sont moins, et peuvent ressembler de plus près, comme aspect 
objectif, à celui de la tondante à culture cratériforme dont la descrip- 
tion clinique va suivre. 

5. Étude clinique de la tondante trichophytique à culture cratéri- 
forme. — Objectivement la tondante trichophytique à culture cra- 
tériforme, lorsqu'elle revêt son aspect typique, diffère plus de la 
tondante trichophytique à culture acuminée que de la tondante mi- 
crosporique. 

Cependant ses plaques sont petites et nombreuses, la plus grande 
ne dépasse guère la dimension d'une pièce de cinq francs. 

Sur ces plaques persistent de nombreux cheveux sains et longs 
(caractère différentiel important avec la microsporie). Les cheveux 
malades, cassés assez court, dépassent la peau de deux à quatre mil- 
limètres. Ils sont gris, plus pâles que les cheveux normaux de la 
même tète et ébouriffés. « Ils ne sont pas droits, mais courbes et 
comme cassés en bois vert, prenant la forme d'un doigt demi-plié; 
comme chacun est plié dans un sens différent, ils paraissent hé- 
rissés ( 3 ). » 

La surface de l'épidémie, sur les points malades, n'est pas nette et 
lisse, elle est recouverte de squames sèches ou grasses, jaunâtres, 
pâteuses et demi-molles, ayant la consistance d'un carton mouillé, dans 

mal rasée que présentent les tonsures trichophytique s. » Besnier et Doyon. 
Notes de Kaposi, t. II, p. 798). 

(') Trichophyties humaines, p. 17.4. 

(-) Sabouraud. La pelade et les teignes de l'enfant. Paris, 1895; cf. p. 180-181. 

( 3 ) Trichophyties humaines, p. 178. 



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TRICH. ACUMINATUM. — TRICH. CRATERIFORME. 285 

lesquelles on trouve, en dissociant, lit par lit, les strates épidermiques, 
avec deux aiguilles, des débris de cheveux malades. Ceux-ci sont 
recroquevillés en l'orme de z ou de w, repliés en zigzag' ou contournés 
en boucle de point d'interrogation (fîg. 105). 

Cette tondante, comme la précédente s'accompagne de nombreuses 
petites plaques secondes, si petites que le bout du petit doigt les recou- 
vrirait, et qu'il faut écarter les cheveux pour les apercevoir. Chacune 
pourtant est signalée par un point squameux; quand on pince entre 
les doigts cette squame-croûte qui fait 
au-dessus de la peau une saillie notable, 
on l'enlève d'une seule pièce, et, si l'on 
examine alors sa face profonde, on y voit 
trois ou quatre racines grises de cheveux 
malades, pendantes au-dessous d'elles, et 
que l'ablation de la squame a cassées à 
deux ou trois millimètres au-dessous de 
la surface de la peau. Ce sont des racines 
incomplètes, qui ne montrent pas, à leur 
extrémité, le point noir du bulbe, carac- 
téristique de la racine d'un cheveu sain 
et entier. 

Le cheveu malade est gris, d'un gris 
jaunâtre, poudreux, moins blanc que le 
cheveu microsporique, mais facile cepen- 
dant à confondre avec celui-ci, quand on 
examine un cheveu isolé. Ce qui permet, 
en clinique, le diagnostic de la tricho- , . , , ■ 

17 , . . , Fig. lOo. — Cheveux de la teigne 

phvtie à Culture Cratériforme, c'est que, tondanle trichophytique extraits 

à côté des cheveux saillants au-dessus de iT^™Z^S£% 
la peau de trois ou quatre millimètres, on couchés. x20. 
trouve inclus, dans les squames épider- 
miques, des cheveux malades contournés en tire-bouchon, faux plies 
et tassés entre les strates épidermiques; ce signe est caractéristique, 
car ce cheveu contourné ne se trouve pas dans la microsporie, avec 
ces caractères. 

Le cheveu microsporique est droit, plus long, un peu plus gros que 
le cheveu de la trichophytie cratériforme, plus blanc, et surtout, quand 
il a tous ses caractères, il se différencie nettement du cheveu tricho- 
phytique à culture cratériforme en ce que son écorce grise ne le revêt 
pas sur toute sa longueur, si bien que son extrémité colorée paraît 
sortir de sa gaine grise comme un poignet sort d'une manchette. Au 
contraire, le cheveu trichophytique à culture cratériforme est de la 
même couleur et du même diamètre dans toute sa longueur. 11 est 




286 TRICHOPHYTIES. 

gris en soi, et non pas revêtu d'une écorce grise, comme le cheveu 
microsporique. 

4. Diagnostic différentiel. — En résumé, ce qui caractérise princi- 
palement nos tondantes trichophytiques, c'est un caractère négatif, 
c'est le peu d'éclat de leurs symptômes. Souvent on trouve, dans des 
inspections d'école, des tètes qui sont malades depuis un an et plus; 
les parents n'en savaient rien. A peine avaient-ils remarqué que la 
tête de l'enfant lut pelliculeuse, ou croyaient-ils que le cuir chevelu 
avait des cheveux peu serrés sans croire qu'il recelât des cheveux 
malades. Les points malades présentent d'ailleurs un aspect très dif- 
férent suivant qu'il s'agit d'un cuir chevelu laissé sans soins, ou d'un 
cuir chevelu propre, d'un cuir chevelu traité, ou d'un cuir chevelu 
sans traitement. 

Sur un cuir chevelu non traité, chaque point teigneux peut être 
recouvert d'un petit amas de pellicules grasses et adhérentes, englo- 
bant les cheveux malades. Et comme, sur chaque point, il reste autant 
de cheveux sains que de cheveux parasités, ces points isolés de pity- 
riasis ne sont visibles que si on les cherche. 

En outre, il est à remarquer que les tondantes trichophytiques sont 
plus fréquentes, à Paris, chez les fdles que chez les garçons, et la ton- 
dante microsporique inversement. On conçoit dès lors combien ces 
points minimes et isolés de pityriasis localisé sont peu visibles clans 
des chevelures à cheveux longs. Ils le sont peu déjà parmi des che- 
veux demi-courts. 

Enfin, même sur la surface des plaques de tondante, beaucoup de 
cheveux sains persistent à côté des cheveux malades, alors il reste 
presque toujours, sur une plaque, assez de cheveux sains pour les 
masquer. 

Le diagnostic objectif à l'œil nu, qui peut être déjà difficile lorsque 
la maladie n'est pas traitée, peut devenir plus difficile encore lorsque 
les parents de l'enfant ont remarqué que son cuir chevelu était pel- 
liculeux, sans le croire malade, et qu'ils veulent le tenir propre. Ils 
y parviennent par des savonnages répétés et bien faits. On arrive 
ainsi à mobiliser tous les petits dépôts squameux, à les détacher et à 
les enlever, et le médecin, devant un cas semblable, est privé de son 
premier moyen d'information. Ce qu'il verra alors sera différent. 

Dans ces conditions, le cheveu malade n'apparaît plus sous l'épi- 
derme corné que comme un trait sigmoïde, « comme une boucle de 
point d'interrogation », ou simplement comme un point noir, « comme 
un comédon ». L'anatomie pathologique de la maladie montrera bien 
le mécanisme de ce processus dont on peut d'ailleurs se rendre compte 
à l'œil mi ou à la loupe surtout si on étudie le contenu des follicules 



TRICH. ACUMINATUM. — THICH. GRATERIFORME. 287 

pilaires avec une aiguille à dissociation. On parvient à faire sortir 
avec elle, des orifices folliculaires et de l'épidémie où ils demeuraient 
enclavés, des tronçons de cheveux analogues à ceux que la figure 105 
représente à un grossissement de vingt diamètres. 

Tous ces symptômes sont si peu de chose, et demandent à l'obser- 
vateur tant de patience, pour qu'il apprenne seulement à les voir, que 
l'on compterait aisément les dermatologistes qui les connaissent. 
Il s'ensuit que ces maladies passent très souvent inaperçues ; que si 
un médecin en reconnaît les symptômes chez un enfant, un autre 
les méconnaîtra et donnera à cet enfant un certificat de rentrée à 
l'école. Aussi comprendra-t-on que ces affections qui d'ordinaire ne 
sont pas excessivement contagieuses, ni très vite contagieuses, 
fassent pourtant des victimes par centaines; c'est que la plupart 
des médecins n'apprennent à dépister ces maladies qu'après en avoir 
laissé se constituer une épidémie, quasi sous leurs yeux, sans l'aper- 
cevoir. 

Les tondantes sont des maladies infantiles, mais leur âge est l'âge 
de l'école; elles sont rares chez le nourrisson (') et rare après quinze 
ans, sauf comme reliquat d'une contagion datant de plusieurs années. 
Cependant j'en ai observé à 18 ans, à 22 ans et même un cas parfai- 
tement caractérisé (Trichophyton crateri forme) chez une femme de 65 
ans qui avait contracté sa tondante de sa petite fille. Ce sont là des 
exceptions fort rares, et qui n'infirment nullement la règle qui veut 
que les tondantes soient des maladies cliniquement limitées à la se- 
conde enfance (-*). 

(') Ebstein, de Prague a vu plusieurs fois la trichophytie chez les nouveau- 
nés. La contamination avait dû se produire aussitôt après la naissance, mais 
l'origine de la maladie est souvent demeurée inconnue. Douze jours après sa 
naissance, un enfant assisté présentait, au pli naso-labial, une lésion circinée 
de contour net qui se développa pendant que des lésions analogues se produi- 
saient au visage et au cuir chevelu. L'examen microscopique et la culture furent 
probants. L'espèce trichophytique ne fut pas différenciée. — Cf. également, 
S. Toch, Ueber Herpès tonsurans bei Neugeborenen. Archiv fur Dermatologie 
und Syphilis, XXXII, p. 365, 1895. 

J'ai observé plusieurs fois la trichophytie de la peau ou du cuir chevelu chez 
l'enfant du premier âge, mais presque toujours elle résultait d'une contagion 
par le frère ou la sœur plus âgés. J'ai remarqué que la trichophytie pilaire du 
nourrisson guérissait plus vite que chez l'enfant plus âgé. Sa durée dépasse 
rarement une année, même en l'absence de tout traitement. On verra plus loin 
que j'ai- observé, sur un nourrisson de quinze jours, une lésion trichophytoïde 
causée par YAchorion gypseum. 

(*) C. Pellizari a observé pendant trois mois une femme de quarante-quatre 
ans atteinte de trichophytie du cuir chevelu : trichophytie par îlots disséminés 
formant indéfiniment des plaques rondes, étendues, régulières. — C. Pellizari, 
Bicerche sul Trichophyton tonsurans, Giornale italiano délie malattie vener. e 
délia pelle, mars 1888. — Aldersmith a montré à la Dermatological Society of Lon- 
'luii (8 déc. 1897) un cas de teigne tondante chez un homme de vingt-trois ans 
qui l'avait contractée de son frère. Le type objectif était banal ; le type microsco- 
pique était celui des Trichophytons ordinaires. 



288 TRICHOPHYTIES. 

A Paris, les garçons présentent plus souvent la tondante microspo- 
rique et les filles la tondante trichophy tique. Ce fait, que j'avais ob- 
servé en 1894, reste vrai en 1907. W. Dubreuilh semble avoir fait la 
même remarque à Bordeaux en 1891 ('), et Lefebvre l'a faite plus 
expressément à Bruxelles en 1905 (-). Ce dernier n'aurait même jamais 
observé de tondante trichophytique chez les garçons. 

Les mœurs des tondantes, leur contagion, en font le type des ma- 
ladies familiales. Il esl rare dans une famille de plusieurs enfants de 
n'en trouver qu'un seul atteint, il est beaucoup plus fréquent de les 
trouver tous teigneux. 

5. Marche, durée terminaison. — L'évolution spontanée des deux 
tondantes trichophytiques ne se distingue pas. Toutes deux durent 
des années. Les tondantes trichophytiques de culture acuminée ou 
de culture; cratérif orme finissent toujours par guérir toutes seules, 
lorsque le sujet atteint 15, 1 i, 15 ou 10 ans, plus rarement 18 ou 
20 ans. On en voit qui guérissent plus tôt. 

Lorsqu'un cas marche vers la guérison spontanée, le poil se détache 
aisément à l'épilation et vient entier. Ce cheveu peut dès lors être con- 
sidéré comme guéri . Mais un certain nombre des cheveux qui tombent ne 
sont dans la suite jamais remplacés. C'est un axiome dermatologique 
(et une erreur) de dire que les tondantes guérissent spontanément 
par restitutio ad intègrum. Beaucoup des cheveux trichophytiques 
d'une plaque ancienne, lorsqu'ils sont éliminés, sont remplacés par 
une cicatrice. Et il est tout à fait rare, même en l'absence de toute 
thérapeutique destructive, qu'on ne puisse, sur une tête guérie, re- 
trouver la cicatrice arrondie, signalant une plaque de tondante tri 
chophytique ancienne. Beaucoup de cheveux sains persistent à sa 
surface, mais beaucoup de cheveux manquent définitivement. 

0. Herpès circiné. Trichophytie épidermique . — Les tondantes 
trichophytiques banales peuvent, dans des cas rares, s'accompagner 
d'une légère inflammation dermique, qui reste toujours médiocre et 
passagère. 

On a dit que les Trichophytons banals pouvaient causer toutes les 
modalités trichophytiques et particulièrement la trichophytie de la 
barbe. A la vérité, j'ai rencontré une fois une trichophytie de la barbe 

(') W. Dubreuilh. De quelques formes rares de la trichophytie du cuir che- 
velu. Annales de la policlinique de Bordeaux, 1895, p. 279. L'auteur décrit, sur 
un cuir chevelu de fdlette, des îlots pityriasiques disséminés, dans les squames 
duquel on trouve un tronçon de cheveu enroulé qui se casse, s'enlève avec la 
squame et est infiltré de spores. Des cheveux semblables s'observent isolément 
ou par groupe de trois ou quatre. Dubreuilh n'a jamais rencontré cette tricho- 
phytie que chez les filles, jamais chez les garçons. Il croyait que le sexe jouait 
un rôle dans la forme de la maladie. 

(-) A. Lefebvre. Annales de derniat., de syph. et d'iirol., de l'hôpital Saint-Pierre 
de Bruxelles, 1894, n° 1, p. 24. 



TR1CII. ACUMINATUM. 



TRICII. CRATERIFORME. 



289 



causée par le Tr. acuminatum ; elle copiait d'ailleurs intégralement 
les symptômes de la tondante infantile causée par ce parasite. Mais 
je n 1 ai jamais trouvé, dans les trichophyties de la barbe, le Tr. cra- 
teriforme. Plusieurs auteurs ont cru l'y avoir rencontré. Ce qui a dé- 




Fig. lui. — Herpès circiné de la joue, dû au Trichophyton acuminatum. 

terminé cette erreur c'est qu'il existe un Trichophyton de culture 
pseudo-cratériforme (Tr. cerebri forme) qui cause une des trichophy- 
ties de la barbe, les plus fréquentes, mais son espèce, déjà décrite il y 
a treize ans, doit être soigneusement distinguée du Tr.craleri forme ('), 
avec lequel elle ne présente que d'apparentes ressemblances. 

(') Trichophyties humaines, p. 187 ; cl. atlas, p. 56, figures 121-125. Voir ce 
volume p. 521. 



LES TEIGNES 



19 



290 



TRIGHOPHYTIES. 



Toutefois les Trichophytons acwninatum et crateriforme peuvent 
causer sur la peau glabre des lésions épidermiques circinées plus 
grandes et beaucoup plus caractérisées que celles qu'on observe au 
début des lésions pilaires des tondantes. 

Voici (fig. 104), sur la joue d'une enfant de quatre ans, une lésion 
cutanée typique due au Trichophyton acuminatum : lésion rose ourlée 
de rouge, squameuse au centre, finement vésiculeuse au pourtour, 
nettement ronde et nettement délimitée. Pour un dermatologiste, une 




Fig'. lOo. — Herpès circiné du cou, dû au Trichophyton crateriforme. 



telle lésion impose 1 , au seul aspect objectil, le diagnostic de tricho- 
phytie. Cependant, même pour le spécialiste, elle ne saurait imposer 
le diagnostic de l'espèce trichophy tique causale. C'est la tondante, 
quand elle existe au cuir chevelu du même sujet, qui peut donner 
une présomption l'ondée concernant l'espèce parasitaire causale, et la 
culture seule donne une preuve sans réplique. 

J'en pourrais dire autant de la lésion suivante (fig. 105) : 
Placard d'herpès circiné trichophytique de la région du cou chez 
une grande fille de neuf ans. C'était un médaillon ovale, rose et squa- 
meux en son centre, largement liséré et cerné de rouge. Sur toute 
sa surface, la peau était hyperkératosique et écailleuse, criblée de 
petites acuminalions qui représentaient des vésicules sèches. Pour 



TRICH. ACUMINATUM. 



TRICH. CRATER1F0RME. 



291 



trouver des vésicules, il fallait les chercher sur le bord du placard, au 
niveau du liséré rouge, où elles apparaissaient aussi fines que les vé- 
sicules d'une miliaire sudorale. 

Il y a quelque variété, d'ailleurs, d'un cas à l'autre, principale- 
ment dans le degré d'inflammation, de réaction dermique, épider- 
mique, de vésiculation et d'exfoliation. La même lésion passe aussi 
par des aspects différents, suivant qu'elle est jeune, et alors plus 
rose et vésiculeuse, ou, sur son déclin, et alors plus sèche et exfo- 
liative. 

III. Étude microscopique. — 1. Examen microscopique du para- 
site dansl'épiderme corné. — L'examen microscopique de la squame de 
l'herpès circiné trichophytique et du cheveu trichophytique est facile. 

Dans la squame ces parasites sont constitués par des articles my- 
céliens courts, agminés en filaments (fîg. 106). Ces filaments vivent 



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106. — Squame prélevée au bord d'un cercle trichophytique de la peau glabre 
(Tr. crateri forme). Bleu de Sahli x 260. 



exclusivement dans l'épidémie, au niveau de ses couches cornées. Ils 
s'insinuent entre les couches cellulaires horizontalement et y consti- 
tuent peu à peu, par leurs bifurcations successives, un véritable 
réseau (fîg. 107) que l'on aperçoit bien sans coloration, mais que la 
coloration met en valeur. 

Dans l'épiderme, les éléments cellulaires du parasite affectent pres- 
que tous la forme carrée ou rectangulaire, en sorte que les filaments 
mycéliens ont des parois rectilignes et paraissent rubanés. Ces articles 
sont toujours faits d'une enveloppe cellulosique que les colorants indi- 



292 TRICHOPHYTIES. 

quent à peine, tandis que leur contenu protoplasmique, très condensé, 






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Fig. 107. — Autre squame provenant cle la même malade. Bleu de Sahli x 260. 
Le carton x 750. 

est coloré par granulations (carton de la figure 107). Ces cellules mycé- 

liennes ne montrent aucun noyau. 

2. — Examen microscopique du pa- 
rasite dans les cheveux des deux ton- 
dantes trichophy tiques. — Lorsqu'on 
connaît bien les deux types inverses 
de cultures que donnent nos tondantes 
trichophytiques ordinaires, on s'attend 
à ce que l'examen microscopique mon- 
tre des différences reconnaissables et 
constantes entre les cas dont les che- 
veux donneront lieu à la culture cra- 
téri l'orme, et ceux dont les cheveux 
fourniront la culture acuminée. C'est 
bien ce que j'avais avancé en 1892-95 
et schématisé en disant : « Les Tricho- 
phytons qui font les deux tondantes... 
se différencient en ce que le Tricho- 

Fig. 108. — Trichophyton à culture cratériforme 
dans le cheveu. Remarquer la régularité des arti- 
cles qui composent les filaments mycéliens et 
leur forme quadrangulaire. Sans coloration, x 260. 






















TRICH. ACUMINATUM. — TRICH. CRATERIFORME. 



293 



phyton à culture cratériforme pré- 
sente dans le cheveu des filaments 
mycéliens résistants, tandis que 
le Trichophyton à culture acu- 
minée présente dans le cheveu un 
mycélium fragile dont les articles 
sont facilement déhiscents. » 

Ce qui est vrai, c'est que ces 
deux Trichophytons sont endo- 
thrix, et ils le sont complètement 
et exclusivement dès qu'est passée 
la période d'envahissement du 
cheveu, lequel s'opère par le de- 
hors, comme nous le savons. 
Pour le reste, la vérité est moins 
simple. 

Sans doute, il arrive que mon 
affirmation d'autrefois se justifie; 
ainsi que le montrent la figure 108 
représentant le Trichophyton à 
culture cratériforme et la figure 
109, le Trichophyton à culture 
acuminée. 




Fi». 109. — Trichophyton à culture acuminée 
dans le cheveu. Remarquer que les fila- 
ments mycéliens sont presque tous rompus 
et qu'ils étaient composés de cellules arron- 
dies. Sans coloration, x 2(30. 



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Fig. 110. — Cheveu de Trichophyton acuminatum : trousseau de filaments mycéliens sorti 
d'un cheveu pendant la préparation par la potasse. Les filaments ont conservé leur forme 
et les articles sporulaires leur adhérence réciproque. Remarquer cependant la forme ronde 
ou ovale de ces éléments. Sans coloration, x 260. 



294 



TRIGHOPHYTIES. 



Mais, tandis que le Trichophyton à culture cratériforme garde pres- 
que toujours sa même forme 
élémentaire sur des spécimens 
normaux et bien préparés, car 
sa morphologie dans le cheveu 
est remarquablement fixe, il 
s'en faut de beaucoup que Ton 
puisse dire la même chose du 
cheveu qui donnera lieu à la 
culture acuminée. Si j'avais 

examiné autrefois, par exem- ' • ": •;" 

pie, la préparation qui a fait :.■.)•/ *.^V.* . 










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Fig. 111. — Cheveu (le Trichophyton 
craleriforme : filaments composés 
d'articles quadrangulaires, formant 
ries mycéliums en rubans. Sans co- 
loration, x 260. 



Fig. 112; — Cheveu de Trichophyton acumina- 
tum : filaments composés d'articles ordinaire- 
ment ovalaires, formant des mycéliums monili- 
formes ou en chapelet. Remarquerai! contraire 
la forme ruhanée de quelques mycéliums extra- 
pilaires. Sans coloration, x 260. 



la figure 110, j'aurais pensé voir un Trichophyton craleriforme. Et il 



TRICH. ACUMINATUM. 



TRICH. CRATER1F0RME. 



295 



s'agit d'un Trichpphyton acuminatum. C'est que le stade, représenté 
par le mycélium fragile composé d'articles sporulaires déhiscents, 
correspond, semble-t-il, à un stade de maturité du Parasite. Ce stade 
de maturité est précédé d'un 
autre, dans lequel les cellules 
mycéliennes, incomplètement 
tonnées, sont beaucoup plus 
adhérentes entre elles et gar- 
dent la forme filamenteuse. 

La distinction des cheveux 
trichophytiques par espèce, sui- 
vant la résistance à la rupture 
des articles mycéliens qui le 





Fig. 113. — Tronçon de cheveu r envahi 
par le Tr. cratëriforme. Remarquer la 
régularité de disposition des filaments 
parasitaires et la l'orme quadrangulaire 
de leurs éléments. Bleu de Sahlix 260. 



Fig. 114. — Tronçon de cheveu envahi par le 
Tr. acuminatum. Remarquer l'irrégularité de 
disposition des filaments parasitaires, la forme 
ronde ou ovale de ces éléments et leur déhis- 
cence à maturité. Bleu de Sahli x 260, 



composent, doit donc être considérée comme schématique et ne cor- 
( ! ) Trichophyties humaines, 73. 



296 TRICHOPHYTIES. 

réspondant pas à la vérité dune façon assez constante pour que ce 







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Fig. 115. — Fragment de la figure 113. x 750. Fig. 116. — Fragment de la figure lli. x 750. 

caractère puisse assurer un 
diagnostic différentiel. 

J'ajoutais, dans ma des- 
cription première, que le 
filament mycélien de la cul- 
ture cratéri forme avait, dans 
le cheveu, la forme d'un ru- 
ban, et celui de la culture 
acuminée, celle d'un cha- 
pelet. Les figures ci-contre 
appuient ce détail ; des pré- 
parations colorées mettent 
mieux en opposition les 
caractères des cheveux 
trichophytiques sui- 
vant leur espèce (fig. 
113 et 114), surtout 
lorsqu'on les examine à 
un très fort grossisse- 
ment (fig. 115 et suiv.). 
Mais les différences 
observées entre le my- 
célium qui donnera la 

Fig. 117 et 118. — Éléments du TV. crateriforme dans le culture acuminée et 
cheveu (117) ou sortis du cheveu (118) examinés dans la . . 

potasse 40 pour 100. Sans coloration, x 750. celui qui donnera 1| 





(') Trichophyties humaines, 1884, p. 74; cf. atlas, fig, 71. 



TRICH. ACUMINATUM. — TRICH. CRATERIFORME. 



297 




culture cratéri forme ne sont pas de celles qui s'affirment d'elles-mêmes 
et dans tous les cas, et la culture est le seul moyen sans réplique de diffé- 
rencier les deux espèces tri- 
chophytiques qui font, à Pa- 
ris, nos tondantes banales. 

IV. Inoculations. — En 

ce qui concerne les inocula- 
tions à l'animal des Tricho- 
phyions acitminahcm et cra- 
mriforme, on peut dire que 
ces deux espèces parasitaires 
sont régulièrement inocula- 
bles au Cobaye; mais elles 
donnent lieu à des lésions peu durables qui guérissent spontanément 
en vingt-cinq jours. 

Nous avons pratiqué quinze inoculations de ces parasites au Cobaye. 
Le douzième jour après l'inoculation chaque point s'entoure d'une 
aréole inflammatoire qui grandit, sur laquelle l'épidémie est bientôt 
remplacé par une squame séro-eroùteuse, d'un rouge brunâtre, dans 

laquelle les poils 



Fi<!'. 119. — Éléments du Tr. acuminalvm, hors du 
cheveu, examinés dans la potasse à '40 pour 100. 
Sans coloration, x 750. 









de la région sont 
emprisonnés. Les 
meilleurs examens 
microscopiques de 
cette lésion se fe- 
ront du quinzième 
au vingtième jour 
après l'inocula- 
tion ; on trouve 
alors, dans le poil, 
un, deux ou trois 
filaments, nette- 
ment septés en 
cellules quadran- 
gulaires, plon- 
geant dans le che- 
veu vers son bulbe , 
chacun composé, 
par exemple, de 
quinze ou vingt 
éléments agminés en chaîne. L'examen microscopique fournit des 
résultats identiques, quand on le pratique sur les points inoculés 




Fig. 120. — Fracture latérale d'un cheveu rempli de Tr. acumi- 
natum. Les files de spores sont presque partout méconnaissa- 
bles. Les « spores » libres sont rondes. Préparation sans colo- 
ration par la potasse, x 260. — Le carton représente les mêmes 
éléments, x 750. 



298 TRICHOPHYTIES. 

avec la culture, ou inoculés directement avec le cheveu de l'entant. 

Qu'il s'agisse de la culture acuminée ou de la culture cratériforme, 
il n'y a vraiment aucune différence à mentionner dans les résultats 
des inoculations. A peine peut-on dire que les inoculations du Tr. cra- 
tériforme semblent un peu plus actives, et peut-être aussi les inocu- 
lations de Tr. acuminatum sont-elles un peu plus tôt guéries, mais ce 
sont là des différences minimes. 

Nous avons inoculé aussi le duvet blanc pléomorphique obtenu du 
Tr. eraieriforme. Une culture de trois mois portant des spores externes 
nous a fourni une inoculation positive impossible à différencier, dans 
ses symptômes, de celles que la culture-mère nous avait données. Les 
lésions ainsi produites ont évolué dans le même temps et guéri dé 
même. Les examens microscopiques positifs ont montré les filaments 
parasitaires intra-épidermiques non septés, non sporulés. On a trouvé 
des filaments de ce genre, rampant côte à côte sur le poil, mais sans 
en trouver qui pénètrent dans sa substance. La culture de retour 
faite après dix-huit jours a fourni de nouveau le duvet blanc pléo- 
morphique et non la culture cratériforme primitive. 



III. — TRICHOPHYTON VIOLACEUM 

Le troisième Trichophyton que nous étudierons sera le Triclio- 
phyton violaceum. Le nombre de ses inoculations — à Paris — est 
notablement moindre que le nombre de celles des Tr. acuminatum et 
cratériforme, mais il paraît, en certains pays, avoir un rôle prédomi- 
nant et tenir précisément la place de ceux que nous venons d'étu- 
dier. 

En outre, l'existence de ce Trichophyton en des pays très divers, 
la possibilité qu'on a de le retrouver dans les quatre localisations tri- 
chophy tiques humaines : sur la peau glabre, au cuir chevelu, à la 
barbe et aux ongles, l'importance des problèmes généraux concernant 
toutes les teignes et que son étude a permis d'élucider, toutes ces 
raisons doivent faire faire du Trichophyton violaceum une étude très 
attentive. 

Tondante . — La tondante déterminée par le Tr. violaceum peut 
ne se différencier en aucune manière de celle que détermine le Tr. 
acuminatum. C'est même le cas le plus ordinaire à Paris. En pra- 
tique on peut présumer, non pas affirmer, à laquelle de ces deux 
espèces appartient un cas donné. Les deux tondantes ont la même 
lésion élémentaire, le même cheveu cassé, ayant perdu toute consis- 
tance, et contourné dans l'orifice pilaire, ou bien couché sous l'épi- 



TRICHOPHYTON VIOLACEUM. 299 

derme corné qui le laisse voir par transparence comme un sigma grec 
pu comme une boucle de point d'interrogation. 

Cependant le Tr. violaceum peut présenter une tondante de dévelop- 
pement considérable auquel le Tr. acuminatum arrive rarement. Ce 
sont de grandes plaques de déglabration, criblées de points noirs qui 
sont les restes des cheveux malades. Dans ces cas, la plaque première 
a créé autour d'elle d'innombrables points d'infection secondaire qui, 
en se développant, se sont réunis. Alors la plaque maîtresse peut dé- 
passer les dimensions de la paume de la main. Alors aussi, sur la pla- 
que malade, il reste très peu de cheveux sains; au centre on peut n'en 
plus voir. A la périphérie, au contraire, il reste de petits groupes de 
cheveux sains, qui deviennent déplus en plus nombreux etimportants 
à mesure qu'on examine la tête plus loin de la plaque-mère. Dans 
presque tous les cas, le cuir chevelu montre beaucoup de points d'in- 
fection seconde. Chacun est fait de deux, trois, dix cheveux malades 
se présentant sous le même aspect ('). 

Le Tr. violaceum peut donner lieu à des tondantes bien moins 
graves, de lésions moins étendues et plus discrètes; mais, dans ces cas 
même, le nombre des points d'infection seconde reste ordinairement 
considérable. Quelquefois certains cheveux malades, au lieu d'être 
cassés dans la peau, la dépassent de un ou deux millimètres. Ils sont 
tout au moins très courts, tout noirs, hérissés en sens divers, et plus 
ou moins nombreux parmi les points noirs inclus dans la peau, dé- 
crits tout à l'heure. 

Les auteurs italiens ont signalé une tondante en forme de kérion 
due au Tr. violaceum. Je n'ai observé que trois fois ce Parasite dans 
des lésions suppurées. En France, cette tondante du Trichophyton à 
culture violette est d'évolution lente et de durée longue, qui se compte 
par années. Un fait assez typique accompagne souvent sa régression 
spontanée et en hâte la terminaison. Après plus ou moins longtemps, 
lorsque la guérison va se produire, il est ordinaire de voir chaque 
orifice folliculaire, contenant un cheveu malade, s'entourer d'un liséré 
rouge à peine perceptible ; en examinant la tête à une certaine dis- 
tance, on aperçoit chaque point malade comme une petite tache d'un 
rouge sombre, punctiforme. Si alors on cherche à épiler les cheveux 
qui occupent ces follicules, on réussira assez souvent à les épiler 
entiers, avec leur racine et leur bulbe noir, et toute la racine 
pourra être entourée d'une gaine vitreuse tout à fait analogue à celle 
que le cheveu favique montre si souvent. Tout ceci indique un pro- 

(') Dans sa toute récente étude (voir p. 5(15) Xicoulau signale avoir, quoique 
assez rarement, rencontré dans cette tondante des cheveux ayant à l'œil nu 
un aspect analogue à celui que présentent les cheveux atteints de Tr. crateri- 
forme, mais l'aspect qu'ils lui ont montré d'ordinaire est celui que nous décrivons. 



300 TRICHOPHYTIES. 

cessus sourd de folliculite expulsive, non pas suppurée mais nette- 
ment inflammatoire. A partir de ce moment, la maladie régresse, 
rapidement; en quelques mois, tous les cheveux malades sont expul- 
sés; tout cheveu expulsé est guéri. De ces cheveux, beaucoup repous- 
seront et repousseront sains, mais certains aussi ne repousseront pas 
et seront remplacés par une cicatrice punctiforme. Il est bien rare, 
quand la guéri son est survenue, que la tête ne garde pas la trace 
visible des principales plaques de tondante qu'elle a présentées, sous 
la forme dune alopécie cicatricielle par petits points, alopécie qu'on 
croit à tort avoir été causée par le traitement, et qui résulte d'une 
évolution spontanée de la maladie. 

Herpès circinë. — J'ai vu deux t'ois seulement le Tr. violaceum 
créer une lésion épidermique. Dans les deux cas, cette lésion était 
vésico-pustuleuse et de réaction inflammatoire marquée. 

Dans un cas, l'épidémie corné du bord cubital de la main était sou- 
levé par de grosses vésicules en cercle, vésicules remplies d'un liquide 
louche assez abondant; chaque vésicule était cernée d'une aréole 
rouge. Le pus, très liquide, séreux, ressemblait au pus des phlyctènes 
streptococciques de l'impétigo. Le cercle formé de ces éléments était 
oblong, les vésico-pustules étaient disséminées sur toute la surface du 
cercle et presque juxtaposées sur ses bords. La lésion très active, qui 
grandissait rapidement, était fort douloureuse. Une deuxième lésion 
commençait au long du petit doigt. 

Dans le second cas observé, il s'agissait, sur une de nos infirmières 
épileuses, d'une lésion ayant le siège et presque l'aspect d'une tour- 
niole, d'un panari péri-unguéal à l'index gauche, qui entraîna l'infec- 
tion trichophytique de l'ongle. 

Dans les deux cas, ces lésions furent arrêtées et guéries par les trai- 
tements ordinaires, abrasion parfaite de l'épiderme décollé, et net- 
toyage de la cavité vésiculaire avec une solution alcoolique iodée 
faible, en attouchements répétés. 

Barbe. — J'ai décrit la trichophytie à culture violette dans le poil, 
de la barbe, en 1895, dans un texte que je puis répéter aujourd'hui, car 
il reste vrai. Décrivant en ce siège les trichophyties sèches je disais : 
« Il y a d'abord un type exactement semblable au point de vue objectif 
à la tondante trichophytique vulgaire de reniant. Ce sont les mêmes 
petits placards disséminés en maints endroits. Chaque placard, irrégu- 
lier, comprend de deux à dix poils cassés. Les poils cassés ne font pas 
de saillie sur la peau. Ils sont incurvés dans l'épaisseur de l'épiderme, 
où ils forment une demi-boucle visible par transparence. Ces lésions 
excessivement torpides peuvent durer plusieurs années, huit ans et 



TRICHOPHYTON VIÛLACEUM. 301 

davantage. Le Trichophyton causal de cette espèce morbide est carac- 
térisé par une culture violet foncé. » 

Les lésions superficielles de l'épiderme sont banales, tantôt l'épi- 
démie de surface est légèrement squameux, blanc, tantôt les squames 
plus grosses s'accumulent davantage sur des segments de cercle rouge 
très incomplètement tracés. Le plus souvent, les lésions épidermiques 
sont très peu marquées, et les lésions pilaires constituent toute la 
maladie. J'ai vu cette trichophytie s'accompagner de lésions plus 
actives; les follicules envahis marqués d'un point rouge ou même 
suppuré sous-épidermique ; quelquefois même, les plaques sont légè- 
rement infiltrées en totalité, mais le l'ait est exceptionnel. 

Onychose. — L'onychose trichophytique est rare en France. Le 
seul cas que j'en aie observé depuis trois ans est celui dont j'ai parlé 
lout à l'heure. Le traitement fut aussitôt pratiqué rigoureusement. 
Décortication de l'épiderme péri-unguéal et frictions répétées avec 

Alcool à 90° W gr. 

Teinture d'iode fraîche 100 gr. 

rugination de l'ongle et pansement humide permanent à la solution 
iodo-iodurée au 1/1000. Il n'y eut pas de propagation de la maladie 
aux autres ongles, et l'ongle envahi guérit après six semaines de 
traitement. 

Culture. — Les premières cultures du Tr. violaceum sur milieu 
d'épreuve maltosée sont d'un beau violet, arrondies, légèrement bom- 
bées, avec un centre marqué parfois d'un petit bouton. La surface 
luisante est assez régulièrement unie, souvent partagée par des plis 
radiés en cinq ou six secteurs assez réguliers (PL X, fîg. i). Mais, 
après un ou deux renouvellements sur le même milieu, la teinte vio- 
lettetend à disparaître, la culture un peu plus vivace et abondante de- 
vient d'un gris jaunâtre, plus humide, moins régulière, avec une ten- 
dance aux plissements en forme de circonvolutions (PL X, fig. i 2 etn 2 ) : 
souvent la coloration violette n'occupe plus qu'un segment très nette- 
ment délimité de la culture. Dans certains cas, on voit sur de vieilles 
cultures se développer un duvet blanc, très court, occupant exacte- 
ment un tiers ou la moitié de la culture et quelquefois respectant le 
centre violet (PL X, fig. i'). 

Le Tr. violaceum est un Trichophyton à culture lente, à développe- 
ment assez pauvre. Quand on ensemence ensemble un Tr. crateriforme 
et un Tr. violaceum, le premier aura toujours pris, dans le même temps, 
un développement double du second. A son maximum de développe- 
ment, la culture ne dépasse pas trois centimètres de diamètre. Avant 



302 TRICHOPHYTIES. 

que sa surface ne devienne bosselée et contournée, la culture violette est 
acuminée mais non très saillante. L'aspect humide que prend d'abord 
et que garde presque toujours cette culture la rapproche des cultures 
l'aviques et faviformes et la ressemblance se poursuit jusque dans les 
formes mycologiques des cultures en goutte. Si donc on prenait exclu- 
sivement la forme culturale pour guide, nul doute qu'il ne fallût faire, 
du Tr. violaceum, le premier des Trichophytons faviformes, que nous 
aurons à étudier par la suite ; mais comme mœurs cliniques, comme 
origine, comme forme microscopique, cette espèce se rapproche trop 
étroitement des Trichophytons banals et s'éloigne trop des Tricho- 
phytons à culture faviforme pour être décrite avec eux. 

En ce qui concerne la naissance à la surface des vieilles cultures 
d'un duvet blanc, que l'une même des figures de la PL X démontre, 
il faut distinguer deux ordres de faits très différents tantôt le report 
de ce duvet sur milieu d'épreuve le ramène au type de la culture pri- 
maire plus ou moins altérée; dans ce cas, il s'agit d'altérations de^ 
sénilité ; tantôt ce duvet est fixe et, reporté sur milieu neuf conserve 
sa forme duveteuse, l'activité de son développement est dans ce casi 
très supérieure à celui de la culture primitive et il prend un aspect 
des plus analogues à l'aspect du duvet pléomorphique du Tr. crateri- 
forme (fi g. 101). Il s'agit dans ce cas d'une véritable transformation 
pléomorphique. 

Histoire. Bibliographie. — J'ai découvert et cultivé pour la première 
fois le Tr. violaceum en 1892, dans un cas de trichophytie cutanée, chez! 
un homme qui revenait du Soudan ( { ). Je décrivis sa culture sur gélose 
maltosée : culture acuminée, violet lilas, dont la surface dorsale noire est 
incisée profondément. Ces seuls caractères, si spéciaux dans la série des 
Trichophytons, suffiraient à faire reconnaître cette espèce. Toutefois, jeJ 
je la décrivis plus exactement en 1895 ( 2 ). 

Le premier auteur qui retrouva cette espèce fut Mibelli ( 3 ), de Parme, 
qui compléta son histoire. Il observa ce parasite dans la barbe de 
l'Homme et dans l'ongle, montrant que, contrairement à la règle ordi- 
naire en France, un Trichophyton peut s'observer avec les quatre loca- 
lisations trichophytiques : tondante, herpès circiné, trichophytie de la 
barbe et onyxis. Il observa que cette tondante ressemblait à ma ton- 
dante peladoïde (Tr. acuminalum), ce qui est tout à fait véridique. Il 
décrivit la trichophytie de la barbe, à laquelle cette espèce donnait lieu 
sous la forme sycosique, et nota que cette trichophytie pouvait s'ob- 
server avec des caractères plus inflammatoires que ceux que je lui avais 
d'abord assignés. 

(') Contribution à l'étude de la Trichophytie humaine. Annales de Dermat. 
cl de Syph., 1892, nov. Cf. aussi : Trichophyties humaines, p. 128-129. 

( 2 ) Sabouraud. Traitement de la pelade et des teignes de l'enfant. Rueff, édit., 
1895, p. 202. 

( 5 ) V. Mibelli. Sur la pluralité des trichophytons. Annales de Dermat. et de 
■Syph., 1895, p. 753. Cf. p. 749. 




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la l'orme culturale poui nui doute qu'il ne fallût l'aire, 

inrrum. le premier des TriHioptn Ions lavii jite r^B 

Ludier par la suite; mais [iniques. i'ouium 

•approche 
Trichophyton violaceum et son satellite (Tr. glabrum). 

is à culture faviforme pour êl 

Trichophyton violaceum. 

le la PI. X démon 
li, <L — Cultures de 2 mois sur gélose maltosée. anlôt le 

I'. — Culture de même date sur même milieu. Début de dégénéres- 
cence pléomorphique duveteuse sur gélose maltosé. 

P, P. - Cultures pe l'nJols^' ,;L re P^ té sin ' ' 

(Vieilles cultures ayant plus d'un an de laboratoire et âyt 
pris la forme spongieuse.) 

pléomorphique du Tr. craie 
II, IL — Cultures de 2 mois sur gélose glucosée. , , 

& une Véritable transformât^ 

IP, IP. — Cultures de I mois — 

(Vieilles cultures ayant pris la forme spongieuse.) 

e cutanéi 
Trichophyton glabrum. 

i rl'are dorsale 110 
III. — Cultures de six semaines sur gélose maltosée (en tubes). 

IIP. — Cultures de six semaines sur gélose glucosée (en tubes). 

IIP. — Cultures de six semaines <• espèce frri Mibe.ll ( en matras). 
histoire; Il observa ce parasite dans la barl 
ms l'ongle, montra»! que, conlrairemenl à la règle 
naire en France, un Trichophyton peu! s'observer avec les qualn 
ons trichophytiques : tondante, hei irciné. trichophytie 

li observa que relie tondante ressemblai! à m 
dadoïde (7V. a ce qui est toul à l'ail véridiqi 

la trichopbytie de la bar be;» à laque lle cette espèce donnai 
que, èd nota que celle trichophytie pouvail 
des caractères plus inflammatoires que ceux que je lui 



île la Trichophytie humaine. Annules de 
— i : Trichophyl 8 |29. 

menl de la pelade el des enfaqt. Ru< 

. de- trichophytons. 



SABOURAUD. - Teignes. 



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Masson et Cie, Editeurs 



Pliototypie Berthaud, Paris- 



TRICHOPHYTON VIOLACEUM. 303 

C'est un élève de Mibelli, M. Pelagatti, qui reprit ensuite la question 
et qui donna la première statistique concernant la trichophytie à culture 
violette (*). Sur 56 cas étudiés, Pelagatti avait 30 fois trouvé la culture 
violette, et ces 30 cas comprenaient 24 tondantes, 4 trichophyties de la 
barbe, 1 herpès circulé, 1 onychose. Depuis lors, beaucoup d'auteurs ren- 
contrèrent cette culture violette, parmi lesquels Ducrey et Reale, qui 
en produisirent, ainsi que moi, des cultures, au Congrès de Londres de 
1896, et mentionnèrent, pour la première fois, son altération duveteuse( 2 ). 

En 1902, M. Truffi la retrouva en notable proportion à Pavie( 3 ). En 
1904, c'est elle que Galais retrouve à Alger, le plus souvent sur les enfants 
de la population arabe et juive. C'est donc à tort que Minne, de Gand, 
décrivit ce Trichophyton comme nouveau en 190-4 ( 4 ). Sa description 
clinique de la tondante à culture violette est, cependant, une des meil- 
leures qui ait été donnée, celle qui se rapproche le plus exactement de 
ce que je l'ai vue à Paris. Il s'agissait d'un cas datant au moins de deux 
ans, et tout à fait identique aux tondantes banales. Toutefois, elle se ter- 
minait par des points alopjéciques, sans quon ait pu voir, en ces [joints, de 
suppuration. Minne décrit aussi fort bien la culture et insiste justement 
sur ses caractères faviformes. Depuis lors, le Tr. violaceum s'est encore 
rencontré, la plus fréquente des espèces que Krzystallowicz observa à 
Cracovie en 1 905 ( s ). A Genève, Du Rois a trouvé 15 fois la culture violette 
sur 104 cas de teigne examinés. Presque tous ces cas venaient de Russie. 
De ces 13 cas, l'un était une trichophytie de la barbe, sycosiforme. Les 
tondantes à culture violette étaient légèrement inflammatoires et même, 
quelquefois, suppurées, mais, sans avoir les caractères du vrai kérion dû 
au Tr. gypjseum( 6 ). Bruno Bloch, de Bâle, insiste sur ce fait, qu'il' a ren- 
contré principalement le Tr. violaceum sur les enfants d'émigrants 
italiens ( 7 ). 

En Angleterre, c'est Adamson qui a retrouvé le premier le Tr. viola- 
ceum : comme nous en France, Colcott Fox, à Londres, a trouvé le 
Tr. violaceum dans 15 pour 100 des tondantes ( 8 ). Il a vu, avec Radcliffe 
Crocker, le Tr. violaceum dans une trichophytie sycosiforme de la barbe. 

J'ajoute à ces documents ceux que veut bien m'envoyer Uriburu, de 
Buenos-Ayres. Sur 55 tondantes trichophytiques, il a rencontré 51 fois le 
Trichophyton à culture violette, proportion qui dépasse les plus hauts 
chiffres donnés par les maîtres italiens. Ceci n'a rien de très étonnant, 
quand on sait le chiffre considérable de l'immigration italienne en 
Argentine. Au moment où je corrige les épreuves de ce volume vient de 
paraître un très important travail de S. Nicoulau : Étude sur la tricho- 

(') M. Pelagatti. I trichophyton délia provincia di Parma. Giorniale italiano 
délia malat. vener. et délia pelle, 1896, fasc. 6, p. 724. 

( 2 ) Ducrey et Reale. Transactions of the third international Çongress of Derma- 
tology of London, 1896, p. 580. 

( 3 ) M. Truffi. Sulle ligne, 1902. 

(*) A. Minne. Sur un nouveau Trichophyton à cultures violettes, dans nos 
Flandres. Annales de la Soc. de méd. de Gand, 1904, 2 e fasc, p. 49. 
( 3 ) Krzystallowicz (Communication écrite). 

( 6 ) Du Bois (de Genève). Note manuscrite. 

( 7 ) Bruno Bloch. Die Trichophyten. Medizinische Klinik., n° 51, 1908. 

( 8 ) Colcott Fox. A further contribution to the study of the Endothrix Tricho- 
phyta Flora in London, illustrated by a collection of cultures and photographs. 
Reprinted from the Proceedings of the royal Society of medicine, january, 1909. 



304 TR1GHOPHYT1ES. 

phytie du cuir chevelu en Roumanie (Anna/es de Dermatologie et de Syphili- 
graphie, novembre 1909, p. 6A9). Ce travail très sérieux et documenté, 
montre que si ce Trichophyton n'est pas le seul à Bucharest, il y est du 
moins de beaucoup le plus fréquent. Il a été trouvé 45 fois sur 45 ma- 
lades observés. Cette proportion de 100 pour 100 est unique jusqu'ici. 

Faciès du Tr. violaceum en France. — En France, j'ai dit qu'il 
y a 15 pour 100 de tondantes à culture violette, mais cette proportion 
n'est véridique que pour les tondantes. J'ai observé, en tout, 59 cas de 
Tr. violaceum sur 500 dermatomyooses, soit un peu plus de 7 pour 100. 
Sur ces 59 cas étudiés, il y avait 55 tondantes, 5 trichophyties de la 
barbe, I cas d'herpès circiné et 1 onychomycose. 

La proportion de 7 pour 100 accusée par ma statistique demande à 
être discutée, car, sur les 59 cas étudiés, 1 i seulement concernaient 
des Français. Ce seul l'ait vérifie — ce que les statistiques étrangères 
prouvent — que cette teigne est plus fréquente en d'autres pays que 
la France. Chose plus inattendue, dans les 125 cas provenant de 
l'étranger il y avait au moins 20 Israélites. Et ces Israélites prove- 
naient de trois loyers : Le Levant, la Russie de la mer Noire, et la 
Pologne autrichienne. J'en observai un cas sur un Argentin dont le' 
nom accusait l'origine italienne. 

Comment interpréter le nombre considérable d'Israélites atteints 
de cette teigne, je l'explique de deux manières. D'abord parce que les 
colonies juives sont dispersées sur tout le pourtour de la Méditerranée 
et en rapports constants les unes avec les autres. Ensuite parce que, 
les écoles juives étant presque partout spéciales, les enfants juifs de 
toutes nationalités en auront pu rencontrer le germe par suite de. la 
perpétuelle mobilité de certains d'entre eux. Quoi qu'il en soit de ces 
explications, le fait est certain et méritait d'être signalé. 

Ainsi donc et pour résumer les documents fragmentaires que je 
possède sur la question, le Tr. violaceum est dispersé sur une immense 
surface du monde, mais, rare en Angleterre, en Belgique et en 
France, il paraît très commun sur tout le pourtour de la Méditerranée, 
spécialement en Asie Mineure, dans le sud de la Russie, la Roumanie 
et la Pologne autrichienne, dans l'Italie tout entière jusqu'en Suisse 
et en Algérie. 

Les moeurs de cette trichophytie semblent varier un peu suivant le 
pays où on l'observe. Elle paraît causer, dans les pays méridionaux, 
des lésions un peu plus inflammatoires que dans les pays de latitude 
plus élevée ( 1 ). 

Dans nos pays, cette tondante est d'allures chroniques et je l'ai vu 

(•) Cependant, en Roumanie, Nicoulau ne semble pas avoir observé les formes 
suppurées signalées par les auteurs italiens. 



TR1CH0PHYT0N VIOLACEUM. 



305 



durer plusieurs années. Elle semble, comme toutes les tondantes 
Efichophy tiques, être un peu plus fréquentes chez les filles. Je l'ai vue 
exister chez des jeunes gens de 14 à 16 ans, au moins comme reliquat 
encore important de tondantes contractées à un âge plus jeune. J'en 
ai observé un cas chez une femme de 55 ans, venant d'Alep, et un 
autre, à 50 ans, chez une femme russe de Kiew . 

L'origine du Tr. violaceum s'il vient à l'Homme par l'Animal est tout 
à fait inconnue. Une observation m'avait fait soupçonner qu'il venait 
du Chien, une remarque de Mibelli aurait pu faire accuser le Cheval. 
Minne, dans son observation précitée, attribuait cette trichophytie à 
des Poules, ou à des Pigeons peut-être malades, mais qu'il n'avait pas 
vus. La grande fréquence du Tr. violaceum en certains pays semble 
prouver que, dans ces pays au moins, la contamination de l'enfant 
par l'enfant est le cas le plus ordinaire. Ce qu'on peut dire en tous 
cas, c'est que si le Tr. violaceum existe chez l'Animal cette origine 
animale reste à prouver encore aujourd'hui. L'inoculation à l'Animal 
en est d'ailleurs restée impossible jusqu'ici. 

Examen microscopique. — Herpès circiné. — La préparation que 
représente la fig. 124 fut faite avec l'épiderme corné des vésicules tri- 




Fig. 121. — Trichophylon violaceum dans sa lésion épidermique. x 260. 

chophytiques du cas d'herpès circiné dont j'ai parlé plus haut. Le 
Parasite s'y présentait sous des formes assez diverses, mais toutes très 
jeunes, de longs filaments rubanés minces (2 à 5 n), presque recti- 

LES TEIGNES. 20 



306 



TRICHOPHYTIES. 



lignes, à peine cloisonnés à de longs intervalles, formant un réseau 
lâche à grandes mailles. En de nombreuses places, existent des élé- 
ments parasitaires dissociés, sous l'orme de cellules quadrangulaires à 
angles mousses, par petits amas ou par unités. En aucun point ne se 
voyaient des filaments, en forme de chapelets de cellules rondes 
juxtaposées. Donc le tableau ci-contre semble représenter un type 




"-^J- 



.jf 



Fig. 122. — Tr. violaceurn. Phase 
d'envahissement d'un poil de la 
barbe humaine, x SfiO. En A, le 
lacis mycélien extérieur au poil 
et décollé de lui. En B, multipli- 
cation des filaments d'envahisse- 
ment. En C, passage d'un filament 
mycélien sous la cuticule. 



infection trichophy tique 
jeune, bien plus que le 



type particulier de l'infection épidermique propre au Trichophyton à 
culture violette. 

Tondante et Trichophytie de la barbe. — La question de l'endo- 
thricité ou de rendo-ectothricité de ce Parasite a donné lieu à des 
controverses. Je l'avais décrit comme un endo-ectothrix. Mibelli ayant 
étudié un cas dans lequel le parasitisme était pleinement constitué, 
décrivit ce Trichophyton comme endothrix, mais ayant observé 
comme moi, dans la barbe de THomme, un cas plus près sans doute 



TRICHOPHYTON VIOLACEUM. 



307 



de son début, il signala l'endo-ectothricité du parasite en ce siège. Et 
il mentionna, extérieurement au poil, l'existence « de filaments mycé- 
liens plus ou moins longs, simples ou ramifiés, souvent sporulés à 
des intervalles irréguliers, mêlés à des spores très variées de forme et 
de dimension », ce qui est, comme nous le savons ( l ), la caractéristi- 
que de l'envahissement parasitaire du poil au moment où il se produit ; 
et il oppose ces caractères à ce 
qu'il a vu dans une tondante 
où les spores, toutes contenues 
dans le cheveu, étaient « sphé- 
riques et très régulières ». 
Minne à G and , Adamson à 
Londres, et Colcott Fox après 
lui, décrivent ce parasite 
comme exclusivement contenu 
dans l'intérieur du cheveu, 
c'est-à-dire comme un Endo 
thrix pur. Krzystallowicz l'ait du 
TV. violaceum un Endothrix à 
mycélium résistant, mais toute 
fois il a observé son ectothricité 
partielle dans un cas de tricho- 
phytie d'aspect impétigoïde. Et 
il est remarquable de voir à 
quel point les faits qu'il a ob- 
servés sont identiques à ceux 
qu'avait décrits Mibelli. Voici 
comment, ces faits, d'appa- 
rence contradictoire, se trou- 
vent également vrais et se con- 
cilient. Si l'on examine une de 
ces trichophyties au moment 
où elle se constitue, on trouve 
le parasite presque purement 
ectothrix, avec des chaînes faites d'éléments gros et souvent diffor- 
mes. Si l'on envisage l'infection bien établie, on voit à n'en pas 
douter que le Tr. violaceum est un Endothrix pur (fig. 125). La 
phase d'envahissement du Tr. violaceum est Courte et ne me semble- 
rait pas justifier l'incorporation de ce Parasite au groupe des Tr. 
Néo-endothrix chez lesquels cette phase persisté beaucoup plus long- 
temps et devient un caractère différentiel. 




Fig. 125. — Tr. violaceum. L'envahissement du 
cheveu est pleinement constitué et le Para- 
site est endothrix. x 260. 



(') Cf. ce vol. p. 266. 



308 



TRIGHOPIIVTIES. 



Mais pour ce Trichophyton comme pour le 7Y. crateriforme lui- 
même, la phase primaire de l'infection, étant caractérisée par le pas- 
sage du parasite, de l'épiderme folliculaire dans le cheveu, comporte 
toujours un court moment où l'ectothricité du Parasite est nécessaire. 

D'ailleurs, lors de cette phase d'envahissement, un caractère 




Fig. 124. — Tr. viotuceum. Fragment de cheveu presque dissous, montrant l'état morpho'l< 
gique exact du Parasite qu'il conlient x 260. Carton x 750. 



constant du Parasite est la grosseur et la multiformité des éléments 
parasitaires, c'est ce qu'indique très bien la fig. 122. Au contraire dan| 
l'infection constituée les éléments du Parasite sont devenus parfaite- 
ment homogènes, réguliers, monômorphes, et toujours plus petits 
qu'à la phase d'envahissement. Leur filament est devenu monili- 
forme et, quand le cheveu est rempli par le Parasite, ce qui est de 
règle, on dirait un sac rempli de noix (fîg. 125). L'examen microsco- 
pique ne nous fournit donc pas d'éléments suffisants pour ditTéren- 



TRICHOPHYTON VIOLACEUM. 309 

cier le Tr. violaceum des autres Endothrix du même groupe (fig\ 124). 

Du reste, lorsqu'est passée la phase d'envahissement, les cheveux ou 
les poils présentent une identité absolue entre eux ; en tous les cheveux 
ou poils, le Parasite est d'une endothricité parfaite. 

Onychomycose. — Je ne connais que la phase d'envahissement de 
l'ongle par le Tr. violaceum. A cette phase, ses éléments sont tout à 
l'ait identiques à ce que je les ai vus dans 1'épiderme corné. Ce sont 
les mêmes filaments longs, minces, rectilignes, à division rare et 
dichotomique, avec, par places, une division cellulaire déjà bien 
marquée. 

Importance doctrinale du Trichophyton violaceum. — Entre tous les 
Trichophytons, le Tr. violaceum est l'un de ceux qui ont le plus servi à 
l'évolution et à la progression des idées scientifiques concernant les 
jDermatophytes, et l'un de ceux qui montrent le mieux quelles méthodes 
doivent être nécessairement suivies en leur étude. 

I. — On se rappelle que, pour la dermatologie d'il y a vingt ans, le Tri- 
chophyton était une espèce unique ; il n'y avait qu'un Trichophyton ca- 
pable de donner lieu, suivant le hasard des inoculations, à l'une des 
quatre formes morbides : herpès circiné, tondante, mentagre, onyxis. Or, 
mes premières recherches montrèrent, d'abord, que cette opinion uni- 
taire était inexacte, et qu'il existait un grand nombre de Trichophytons. 

II. — Dans tous les pays où le Tr. violaceum est [fréquent, la pluralité 
trichophytique a été très vite admise. Sa culture est, en effet, l'une des 
cultures trichophytiques les plus particulières et les plus reconnaissables. 
Tous les auteurs qui l'ont étudiée, bien qu'en remarquant son polymor- 
phisme, l'inconstance de sa coloration violette, etc., ont convenu aisé- 
ment qu'ils la reconnaissaient sans faute à travers ses modifications acci- 
dentelles, que sa culture était stable et gardait ses caractères propres 
indéfiniment. Par l'exemple de ce Trichophyton, ils ont conclu pour les 
autres semblablemeht. Cette espèce a donc servi de pierre de touche à la 
doctrine de la pluralité trichophytique. 

III. — Entre autres conclusions, mes recherches de 1892-94 arrivaient 
à celle-ci que : les Parasites cpii font presque toutes nos tondantes infan- 
tiles banales, le Microsporum Audouïni et le Tr. crdtériforme ne se ren- 
contrent pas dans les Trichophyties de la barbe, tandis que les Parasites 
qui l'ont les Trichophyties de la barbe ne font qu'exceptionnellement des 
tondantes. 

Cette règle, qui reste encore vraie en France, n'est pas vraie partout ; 
il y a des Trichophytons capables de réaliser les quatre modalités tricho- 
phytiques, ainsi que le voulait le schéma clinique tracé par la dermato- 
logie ancienne. Ainsi, le Tr. violaceum peut faire également des Tricho- 
phyties de tous sièges et les maîtres italiens le retrouvèrent clans les 
tondantes et les mentagres. 

Ces faits prouvaient donc deux choses : la première, que chaque espèce 
trichophytique a ses mœurs cliniques, différentes des mœurs des autres 
espèces. La seconde, que chaque espèce trichophytique se présente avec 
une répartition géographique propre ; tel Trichophyton fréquent dans 
un pays étant rare dans un autre. 

De ces deux faits, une conclusion s'impose : c'est que la multiplicité 



310 TRICHOPHYTIES. 

des espèces trichophytiques, la variété de leurs mœurs et de leur répar- 
tition géographique doivent empêcher d'établir, à leur sujet, des lois géné- 
rales, parce que ces lois ne seront vraies que pour certaines espèces et 
en une contrée. 

IV. — Le Trichophyton à culture violette a rendu encore d'autres 
services aux études trichophytiques. En France, nous n'observons guère 
ce Parasite que comme un être dépaysé ; pour cette raison ou pour toute 
autre, les lésions que nous lui voyons créer sont assez torpides. La plus 
violente que j'aie vue, je l'ai vue sur un étranger arrivant en France. Au 
contraire, en Suisse, en Italie, en Pologne, ce Parasite, bien qu'il crée le 
plus souvent, comme chez nous, des lésions torpides, peut quelquefois dé- 
terminer des lésions à réaction inflammatoire plus marquée. Nous devons 
enregistrer ces faits tels que les auteurs étrangers nous les donnent. 
Cela prouverait qu'un Parasite de cet ordre peut changer de virulence en 
changeant de pays. 

Y. — On comprend aussi que les auteurs italiens, observant d'autres 
Trichophy tons que nous et n'observant pas les nôtres, aient taxé d'erreur 
les lois qui régissent chez nous nos trichophyties, parce qu'ils ne les véri- 
fiaient' pas chez eux. Le même Tr, violaceum leur servait à battre en 
brèche toutes les règles que notre étude expérimentale avait cru pouvoir 
établir. 

Nous disions : Les Trichophytons qui font nos tondantes habituelles 
ne sont pas ceux qui font les mentagres. Et les Italiens trouvaient le 
Trichophyton violet, dans les unes comme dans les autres. 

Nous disions : Les Trichophytons qui donnent lieu à des réactions 
inflammatoires ne sont pas ceux qui donnent les trichophyties torpides 
et sans réaction. Or, en Italie, le Trichophyton violet, tantôt donne lieu 
à des lésions inflammatoires, et tantôt à des lésions pilaires simples. 

Nous disions : Ceux qui font les tondantes sont endothrix, et ceux qui 
font les mentagres sont endo-ectothrix. Et les observateurs trouvaient le 
Trichophyton violet, endothrix dans les deux localisations (Adamson- 
Minne), ou endothrix dans l'une et endo-ectothrix dans l'autre (Mibelli- 
Krzystallowicz). Et ce Trichophyton, les Italiens le rencontraient à chaque 
instant et ne rencontraient presque que lui. Comment n'auraient-ils pas 
été tentés, en observant ses mœurs particulières, de les ériger en règle 
et de croire fausses les lois générales qui continuent de régir les tricho- 
phyties de notre contrée ('). 

VI. — Ces faits, non seulement appuient notre conclusion précédente : 
qu'il n'y a pas de lois communes internationales qui régissent les Tricho- 
phyties, en général, mais ils montrent aussi cpie les études internatio- 
nales sur ces sujets, pour être fructueuses, ne peuvent plus envisager la 
question du point de vue de la clinique et disposer l'étude du sujet sous 
les quatre rubriques : herpès circiné, tondante, mentagre et onyxis. 
L'étude de vingt Trichophytons qui ont chacun leurs mœurs, leurs loca- 
lisations et leurs caractères cliniques, ne peut plus se prêter à une com- 

( 4 ) Ce chapitre était déjà livré à l'impression quand parut le travail de Dalla 
Favera, élève de Mibelli et qui répète ses conclusions. Les figures qui accom- 
pagnent notre étude suffisent pour démontrer la véracité de nos opinions et 
infirmer celles de notre honorable contradicteur. Le travail plus récent encore 
de Nicoulau (cité page 503) affirme l'endothricité du Tr. violaceum dans le cheveu 
et son auteur a parfaitement vu et compris l'ectothricité apparente de ce Para- 
site à la phase de l'envahissement du cheveu. 



ESPÈCES SATELLITES DES PRINCIPAUX ENDQTHRIX. 



311 



pression didactique si artificielle. Une seule méthode existe pour mener 
à bien cette étude, c'est de consacrer une note monographique à cha- 
cune des espèces dermatophytiques et d'y présenter ses moeurs cliniques, 
sa répartition géographique, etc., comme de consacrer à ses caractères 
cliniques, microscopiques et mycologiques, le bref chapitre qu'ils de- 
mandent. Il est impossible que ces études analytiques, faites en divers 
pays, ne se raccordent pas entre elles, et ne préparent ainsi, pour l'ave- 
nir, les seules synthèses que le sujet peut comporter. C'est cette mé- 
thode analytique que nous suivons, parce qu'aucune autre ne pourrait 
être considérée comme logique désormais. 



II — ESPÈCES SATELLITES DES PRINCIPAUX 
TRICHOPH YTONS EN D0THR1X 

Chacun des trois grands Trichophytons endothrix que nous venons 
d'étudier doit être conçu comme le type d'un groupe d'espèces analo- 
gues. Ainsi nous avons rencontré une variété de Tr. acuminatum,xme 
variété de Tr. violaceum et quatre variétés de Tr. c va teri forme. 

A Paris ces variétés s'observent rarement, ainsi que le tableau sui- 
vant — fragment de notre statistique de 500 cas — le démontre. 





CUIR 
CHEVELU. 


BARBE. 


PEAU 
GLABRE. 


ONGLES. 


TOTAL. 




1 Tr. effractum . . 

Espèces \ Tr. fumatum . . 

satellites. ) Tr. umbilicatum. 

V Tr. regulare. . . 
Trich. acuminatum 

r. i îi-i c Tr. pilosum. . . . 
satellite. ) l 

Trich. violaceum 

Espèce ) „ . . 
..,,■, \ Tr. gabrum. . . 
satellite. ) & 


112 

7 
1 
1 
1 

47 

9 

55 

1 


(1 
(1 
(1 
1) 


1 
1) 

2 
1) 


.) 


(1 




4 


1 
1) 










1 

.0 


115 
7 
1 
1 
1 

52 

2 

59 
1 





En pratique elles sont toujours confondues d'abord avec leur proto- 
type. C'est par la culture seule qu'on peut les différencier. Dans tel 
cas on croyait obtenir la culture cratériforme et voilà que peu à peu 
c'est une autre qu'on obtient et rien ne peut ramener ces cultures 
étranges au type dont elles ne semblent pourtant qu'un accident fixé, 
comme disent les horticulteurs f '). 



C) C'est ce que j'avais observé et dit en 1894 : « Ces cultures qui se ressem- 



312 TRICHOPHYTIES. 

C'est ce que C. Fox, à Londres, vient d'observer semblablement ( l ). 
Il s'agit donc bien là d'un phénomène commun en divers pays. C'est 
comme si chaque type important de Trichophyton possédait quelques 
satellites. Et c'est par ce nom que je désignerai ces espèces ou variétés 
fixes. 

11 est fort possible que ces espèces, rares en France, soient fré- 
quentes en un pays voisin, d'où elles seraient venues par immigration. 
C'est même l'hypothèse la plus probable et qu'un récent travail vient 
de prouver pour le Tr. fumatum. Ce Trichophyton rare en France est 
fréquent en Italie ( 2 ). 

Quoi qu'il en soit, je passerai brièvement en revue ces espèces, et 
après elles les espèces analogues trouvées en d'autres pays et que je 
connais par leurs cultures sans les avoir observées moi-même. 



Un satellite du Tr. violaceum : Trich. glabrum (Sabouraud, 1909). 

Nous avons rencontré une fois, cette espèce dans une tondante 
trichophy tique offrant les caractères typiques des tondantes dues au 
Tr. violaceum ou acuminatum. C'était chez l'enfant d'un émigré russe, 
israélite, venant d'Odessa. 

La culture de ce Trichophyton, plus vivace que celle du Tr. viola- 
ci'uni, atteint jusqu'à quatre centimètres de diamètre sur milieux 
d'épreuve en six semaines. 

Cette culture n'est jamais devenue violette, même partiellement. 
Mais elle est restée sur gélose maltosée de la couleur brun pâle, à 
surface humide et luisante, que les cultures du Tr. violaceum mon- 
trent souvent à la deuxième ou troisième génération (PI. X, m). Sur 
gélose glucosée, ces cultures étaient plates, et leur centre occupé par 
des sortes de papilles épaisses et grosses, de la même couleur que la 
culture, humides comme elles (PI. X, m 2 ). En matras, leur centre 
restait glabre, mais entouré d'un anneau formé des mêmes papilles, 
et que la photographie indique nettement (PI. X, m z ). Pendant de 

blent de très près sans être identiques, ni la culture sur aucun milieu très 
riche ou très pauvre, ni le passage même sérié sur l'Homme, sur les Animaux, 
expériences qui pour certaines espèces durent depuis plus de vingt mois n'ont 
pu altérer leur identité propre, ramener leur type au type d'une autre, restée 
au bout de ce temps exactement aussi proche d'elle et cependant aussi dis- 
tincte • .... Ainsi parmi les Trichophytons, « s'il y a des groupes excessivement 
distincts les uns des autres, et dans ces groupes, des espèces proches entre 
elles, chacune de ces espèces, aussi bien les plus proches que les plus dis- 
tinctes sont des espèces fixées, non pas des variétés de caractères transitoires. » 
Trichophy lies humaines, p. 57-58. 

(') Golcott Fox. Endothrix trichophyta flora {déjà cité). 

(-) Dalla Favera. Les Trichophytons dans la province de Parme (Annales m 
Dermatologie, juillet 1909, p. 433). 



ESPÈCES SATELLITES DES PRINCIPAUX ENDOTHRIX. 313 

longues génération, ces cultures ont gardé leurs caractères sans 
subir les boursouflements et les altérations que montrent les cultures 
du Tr. violaceum. J'appelle ce Trichophyton : Tr. glabrum à cause 
de sa surface lisse et humide. Je le considère comme une variété fixe 
du Tr. violaceum, dont il ne saurait être différencié par ses caractères 
microscopiques, mycologiques et cliniques. Les inoculations de ce 
Trichophyton au Cobaye sont restées impossibles comme celles du 
Tr. violaceum. 



Un satellite du Tr. acuminatum : Tr. pilosum (Sabouraud, 1909). 

A côté du Tr. acuminatum doit être placé un type cultural qui 
semble aussi n'être qu'une simple variété fixe (PI. XI, i, i\ r). 

Entre ces deux Trichophytons, on n'a pu relever de différences, ni 
dans la lésion (observée d'ailleurs une seule l'ois, au cuir chevelu, sous 
la l'orme d'une tondante) ni dans le mode du parasitisme de la squame 
ou du cheveu, ni dans les formes mycologiques étudiées en goutte 
suspendue, ni dans les résultats d'inoculation, mais seulement, entre 
leurs cultures, des différences constantes, héréditaires. Tandis que la 
culture adulte du Tr. acuminatum se recouvre d'une sorte de pous- 
sière d'un brun rose, les cultures de cette variété sont recouvertes, sur 
milieux d'épreuve, d'un duvet court et dense comme un velours. En 
dehors de cette surface veloutée qui différencie cette culture de celle 
du Tr. acuminatum, en tout le reste elle lui est semblable. Son acu- 
mination centrale couronnée de quatre ou cinq petites excroissances 
barbues, son contour extérieur, polygonal d'abord, qui ne devient cir- 
culaire que quand la culture a pris son plein développement, sa sur- 
face mamelonnaire et ses bords godronés, tout copie la culture du 
Tr. acuminatum. On comprend dès lors que nous mentionnions cette 
variété sans y insister autrement. 

ESPÈCES SATELLITES DU TRICHOPHYTON CRATERIFORME 

Je mentionnerai quatre espèces rares, ou variétés fixes, dont les 
cultures se différencient du Tr. crateriforme quoiqu'elles s'en rappro- 
chent avec évidence. 

Leur découverte est toujours une surprise de laboratoire. 

En 1892-1894 j'en avais observé plusieurs et je les avais mentionnées, 
mais sans chercher à les classer et à les nommer. Voici leurs carac- 
tères de culture. 



314 TMCHOPHYTIES. 



1. — Trichophyton effractum (Sabouraud, 1909). 

Le premier m'est connu depuis 1893 ('), mais il n'a jamais été 
encore étudié, il présente des caractères de culture assez singuliers. 

La culture qui est presque identique en sa l'orme à la culture craté- 
riforme est plus mince. Très promptement elle se tend et s'ouvre, elle 
apparaît alors toute fenêtrée, d'où son nom de Trtc/i. effractum. Ces 
caractères étranges sont si fixes que tout observateur qui rencontrera 
cette espèce la reconnaîtra (-). En dehors du centre effracté, la cul- 
ture montre une zone périphérique plissée en rayons et bornée par 
une frange immergée. Sur les cultures en tubes, certains rayons de 
cette frange, plus accusés que les autres, ressemblent à des brins de 
mousse (PI. XI, n et ri 2 ). Chimiquement et microscopiquement, je 
n ai pu relever entre ce Trichophyton et le cratèri forme aucune 
différence. 



IL Trichophyton fumatum (Sabouraud, 1909). 

Le travail de Dalla Lavera vient de nous révéler que cette espèce 
est commune dans la région parmesane. Nous ne l'avons rencon- 
trée qu'une fois, à Paris, dans une tondante banale ; microscopique- 
ment il s'agissait d'un Tr. endothrix, mais à la période d'envahisse- 
ment du cheveu, ou quelques filaments extra-pilaires persistaient 
encore sur certains cheveux. La figure 125 reproduit un cheveu dont 
le parasitisme est déjà avancé; le Parasite y est endothrix pur; au 
centre du cheveu se voit pourtant une chaîne transversale de gros 
articles ovoïdes qui est encore une forme parasitaire de la phase d'in- 
vasion du cheveu. Dans ce cheveu, l'invasion était encore incomplète. 

Les cultures du Tr. fumatum sont du type cratériforme, comme le 
montrent les cultures en tube de la pi. XI, m. Mais après avoir 
présenté comme elles, sur milieu maltosé, la forme d'un bouton à 
centre déprimé avec un untbo saillant, toute la saillie de la culture 
s'affaisse pendant que la culture, s'accroissant, se plisse et se chiffonne 
d'une façon qui rappelle le Tr. effractum, mais sans qu'il se produise 
d'effraction ni de brisures (PI. XI, m 2 ). 

(') Sabouraud. Trichophyties humaines. Atlas, p. 91, fig. 51. 

( 2 ) Sur des milieux mal préparés la culture du Tr. cratériforme peut se fendre 
aussi, mais c'est là un phénomène accidentel qui ne se produit pas sur un 
milieu bien fait, et ne se reproduit pas en série. Pour le Tr. effractum il se 
reproduit tant qu'on veut et sans exception. 





niliobîiB Tuj&qïonrtq. asb ?.9iiUsie» 'Aiioi'iAqodo^iT 



ia Morni'ioiuniT .11 
■iiuo'i gA -'*Ss' 

' -;M J J < ■ j Ci ! i 







TRIOHOPHYTIES. 



Trichophyton i iiraud, l'.Miu . 

LÉGENDE DE LA PLANCHE XI 

mais il u ; i | ; 1 1 1 1 ; 1 1 - 

'. il présente (les le culture assez singui 

La culture qui est presque i-: ~;i l'orme à la culture ■ 

si plus mince. '1 'i Ile se l'end el s'ouvre, el$l| 

appai 'S toute lenétr ifh. fffrac.tun> 

Trychophytons satellites des principaux endothrix. 

cette té, la cul 

1. Trichophyton pilosum. 

une frange immergée. Sui certains ravons dfl 

I, I. - Cultures de 20 jours sur gélose maltosée. 

1 2 , I 2 . — Cultures de 35 jours ra*crosc< 

1 3 , I s . — Cultures de 2 mois j l •—' ' "a l cri l'orme aucil 

diir< i 

II. Trichophyton effractum. 

II, II, II. — Cultures de 45 jours sur gélose maltosée (en tubes). 

II 2 , II 2 . — Cultures de 45 jours — (en matras). 

: que cetl 

III. Trichophyton fumatum. 

III, III, III. — Cultures de 45 jours sur gélose maltosée (en tubes). 

III 2 , III 2 . — Cultures de 45 jours - (en matras). 

il un cheveu 

IV. Trichophyton umbilicatum. 

transversale de 
IV, IV. — Cultures de 20 jours sur gélose maltosée. 

IV», IV 2 . — Cultures de 55 jours ^taiî e 

nr , ilcc Sv, nqluti . lu type cratérilbrme, .comme 
IV 3 , IV 3 . — Cultures de 2 mois ' . — 

s en lultc de la |>1. \l, ni. Mais après 

com.me Milieu mallosé, la l'orme d'un bou 

déprini un uinho saillant, toute la saillie de la cul 

i ciïltun ssant, se plisse el se chifl'< 

façon <|iii rappelle le Tr. fffmcluiti, mais sans qu'il se pro«l 

PI. XI, m 

\H;i>\ p. 91, flg. 51, 
il lire du Tr. rriiti-fif'iirnic peu! 
i : :identel qui ne se produit p, 

«•produit pas en série. Pour le /<•./, 
ml qu'on txcéption. 



SABOURAUD. — Teignes. 



Planche XI 




Masson Jk Cie, Editeurs 



Phototypie Berthauci, Pan- 



ESPÈCES SATELLITES DES PRINCIPAUX ENDOTHRIX. 



315 



Le nom du Tr. fxmatum rappelle sa couleur enfumée, d'un brun 
feuille morte, particulière et constante. Souvent on Observe, à la péri- 
phérie des cultures, une série 
de sillons concentriques in- 
scrits les uns dans les autres 
à un millimètre d'intervalle. 
Mais ce caractère (surtout 
visible sur les cultures en 
tube, fig. ni, de la pi. XI est 
inconstant) . 



III. — Trichophyton umbili- 
catum (Sabouraud, 1909). 

Cas unique : tondante de 
type cratériforme, et d'as- 
pect extérieur rappelant la 
teigne amiantacée d'Alibert; 
type microscopique : endo- 
thrix pur. 

Sur gélose maltosée, la 
culture prend au début une 
forme florale remarquable 
que les figures iv de la pi. XI 
reproduisent exactement. 
Adulte, elle se présente 
comme la face inférieure 
d'un fruit, avec l'ombilic 
creux qui tient la place de la 
fteur ancienne. Cet aspect 
déjà très spécial est accentué 

par une fine frange radiée qui auréole la culture (PI. XI, iv 2 ). Lorsque 
celle-ci parvient à la période de sénilité, elle prend un aspect 
contourné et plissé qui la rapproche des autres cultures du même 
groupe (PL XI, iv 5 ). Sur ces vieilles cultures, j'ai vu naître des duvets 
blancs que l'on pouvait croire pléomorphiques et, cependant, quand 
je les ai ensemencés, je n'ai jamais obtenu que la culture primaire. 
Mais il est possible que ces duvets fussent trop peu développés pour 
que leur transplantation ait été possible. 




Fig. 125. — Trïfumalum dans le cheveu de l'enfant 
X "260. 



316 



TRICHOPHYTIES. 



IV. — Triciiophyton «egulare (Sabouraud, 1909) 




Fig. 126. — Tr. regulare dans le poil du Cobaye 
15 jours après l'inoculation X 260. 

même groupe. Je ne connais pas de 



Ce Trichophyton a été retrouvé 
en Italie par Dalla Favera. Après 
avoir clos ma statistique je l'ai 
retrouvé deux autres l'ois. Au 
total deux tondantes, une Tricho- 
phytie de la barbe. Les tondan- 
tes sans caractères spéciaux diffé- 
rentiels, la trichophytie de la 
barbe à grands cercles faits d'un 
liséré rosé, large de trois milli- 
mètres; sur le centre apparem- 
ment sain, quelques poils mala- 
des, cassés court. A l'examen 
microscopique : Tr. endothrix, 
type. La culture, du type cratéri- 
l'orme, se développe plus rapide- 
ment et atteint à des dimensions 
supérieures. Même quand elle 
vieillit, elle garde une forme d'une 
régularité parfaite. Sur tubes de 
gélose mallosée (PI. XII, i 1 , r), la 
comparaison est facile et la diffé- 
rence entre les cultures des deux 
espèces reste constante, mais elle 
est beaucoup plus évidente sur ma- 
tras, où les cultures ne gardent pas 
l'aspect crateriforme, parce que 
les bords du cratère s'infléchissent 
en dedans et se couchent vers le 
centre (PL XII, i 2 , i 5 ). Et comme la 
surface de la culture est radiée ré- 
gulièrement, on dirait l'ouverture 
d'une bourse fermée à coulisse, ou 
encore une roue dont le moyeu 
aurait été enlevé. La photographie 
en donne une idée meilleure que 
toute description. Sa couleur est 
d'un blanc crémeux, moins jaune 
que la plupart des cultures du 
duvet pléomorphique à cette culture. 



THIUJul'IIYT 



auu 



909 



— __ _ rrichophyton a été irtnuuc 

en Italie par Dalla Favera. Apre* 
LÉGENDE DE LA PLANCHE XII, s , ;i | is , 

retrouvé deux autres Cois 
P^ — — total deux tondantes, une Ti 
phytie de la barbe. Le.* 
les sans caractères spéciaux • 
renliels. la I riehophvtie de 

"richophytons satellites des principaux endothrix. 

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I. Trichophyton regulare. , |,. rentre aj 

T T P ,. j , . ,, ,, quelques poils 

1,1. — Cultures de 18 îours sur gélose maltosee. 

des, casses court . A I ex 

I 2 , I 2 . — Cultures de 35 jours 
I 3 . — Cultures de 2 mois 




I 4 , I 4 , I 4 . — Cultures de 2 mois 



microscopique : Tr. end 
type. -La culture, du type 
forme^së déve^ fi p M b^s. rap 

ment et atteint à (1rs dim< 



TT _ • ires. Même quand l 

IL Trichophyton polygonium. 

tle g-arue une lormeu 

II, IL — Cultures de 15 jours sur gélose maltosee. 

II 2 . - Cultures de 25 jours gélose maltosee 

comparaison est lacile et la di 
II». - Cultures de 35 jours 

• constante, niai* i 
III. Trichophyton exsiccatujKj., phisevideute 

^ i t ,,■ xi il cultures ne gar< 

— Cultures de 15 îours sur gélose maltosee. 

I 1 aspect craterilorme, parc* 

les bords du cratère s'inllét 

en dedans et se couchent 



III 
IIP, III 2 
III 5 , IIP 



Cultures de 25 jours 
Cultures de 35 jours 




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encore une roue dont le 
aurait été enlevé. La photo- 
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toute description. Sa coul 
d'un blanc crémeux, moin 
que la plupart des'cull; 



ne connais pas de duvet pléomorphiqueà celle 



SABOURAUD. — Teignes. 



Planche XII 




Masson ci Cie, Éditeurs 



Phototypie Berthaud, Pans 



ESPECES SATELLITES DES PRINCIPAUX ENDOTHHIX. 317 

# 

L'inoculation du Tr. regulare au Cobaye lui donne, dix jours après, 
une lésion croùteuse qui se termine, par dépilation, quinze jours plus 
tard et dans laquelle on trouve, sans grande peine, des poils envahis 
de rubans mycéliens très distincts et du type endothrix. 



LES TRICHOPHYTONS ENDOTHRIX HORS DE FRANCE 

Je crois que le nombre des espèces trichophytiques endothrix du 
monde entier est considérable et que nous ne connaissons encore 
que très peu d'entre elles. 

En Angleterre, l'étude approfondie des Endothrix types que Golcott 
Fox y fit l'an passé montre : ' 

Le Tr. crateri forme avec une fréquence de 38 pour 100. 

Le Tr. acuminatum 26 — 100. 

Le Tr. violaceum 15 — 100. 

Et un nouveau Trichophyton couleur de primevère (primrose colou- 
rcd crater), inconnu en France, sauf quelques cas d'importation, s'y 
observe avec une fréquence de 21 pour 100. 

Le même travail, poursuivi à Parme par Dalla Favera, lui montre : 

Le violaceum avec une fréquence de 21,5 pour 100. 

\J acuminatum 10,0 — 100. 

Et le fumatum, que nous n'avons rencontré en France qu'une fois 
sur 500 cas, se présente dans 14,6 pour 100 des cas observés à Parme. 

J. Uriburu m'envoie deux cultures de Tr. endothrix obtenues à 
Buenos-Aires, ni l'une ni l'autre ne nous est connue, fût-ce par un seul 
cas, quoique l'une au moins se rapporte nettement au type cullural 
des Cratéri formes. 

Enfin deux fois nous avons obtenu, de nègres de nos colonies de 
l'Ouest africain une culture d'Endothrix analogue à l'une des cultures 
de Buenos-Aires, mais différant beaucoup de tous les Endothrix 
connus ici. 

J'ai présenté le Tr. fumatum avec les Endothrix rares que j'ai ren- 
contrés moi-même. Je vais maintenant présenter les quatre Triçho- 
phytons étrangers qui me sont connus. Mais l'intérêt de cette présen- 
tation résultera surtout de leur figuration. 



I. — Trichophyton sulfureum (Colcott Fox, 1908). 
Trichophyton (primose coloup.ed cratep.). 

Ce Parasite est un Endothrix pur et typique. Sa culture, au début, 
est un duvet, mais, en son centre, apparaît bientôt un nodule rouge 



258 TRICHOPHYTIES. 

et le reste de la culture prend une délicate couleur de primevère. Cet 
état de choses persiste pendant que la culture croît en dimension et 
devient poudreuse. Sa couleur jaune soufre persiste. Le centre de la 
culture est souvent tacheté (speckled) et la base du cratère souvent 
irrégulière. Le creux du cratère peut être découpé par des plis comme 
on en voit souvent à la culture crateriforme (C. Fox). 

Voici la figure qu'a pris sur nos milieux le Tr. siilfureuni (fig. 127), 
La couleur rouge orange du centre s'est vite atténuée par les réen- 
semencements, mais la couleur soufre de la culture y est restée per- 
manente, et nous paraît le principal caractère qui puisse servir à son 
identification. 

J'ai rencontré quatre fois à Paris le Tr. sulfureum : une fois dans 
la seule triehophytie blépharo-ciliaire que j'aie observée, chez une 
jeune fille anglaise que je perdis de vue après trois mois (1896). Une 
seconde fois, dans une famille dont les deux fillettes avaient été 
contaminées par leur jeune institutrice anglaise (de 20 ans) qui pré- 
sentait, au cuir chevelu, dix ou quinze points d'une tondante ancienne 
(1901). 



II. — Trichophyton exsiccatum (Uriburu, 1909). 

Le Tr. ës&siccâtum m'a été adressé de Buenos-Aires par Uriburu. Il 
provenait de tondantes infantiles et avait dans le cheveu les caractères 
d'un Trichophyton endothrix. Je ne sais rien concernant son histoire 
clinique. 

Ses cultures appartiennent très évidemment au type crateriforme. 
Mais elles poussent avec lenteur et comme avec difficulté sur les mi- 
lieux d'épreuve. Toute la surface du cratère, dont les bords sont irré- 
guliers, est craquelée finement et semble desséchée, d'où le nom de 
cette espèce. En vieillissant, ces cultures s'entourent d'un large liséré 
blanc, coupé, de plis radiés qui fait au cratère central comme une 
auréole (PI. XII, m, m 2 , m 3 ). L'inoculation au cobaye est positive et 
donne des résultats identiques à l'inoculation de notre Tr. crateriforme. 

III. — Tbichophyton polygonum (Uriburu, 1909). 

Pas plus que pour l'espèce précédente je n'ai de détails cliniques 
concernant celle-ci. C'est un Endothrix. Très crateriforme au début, sa 
culture sur milieu d'épreuve devient vite polygonale, et reste presque 
toujours quadrilatère. Sa surface est chiffonnée, à gros plis, ronds, 
épais; sa couleur est nettement blanche; sa surface, d'abord veloutée, 
devient poudreuse. Très promptement son contour qui est d'abord 




F E 

Fig. 127. — Trichophyton sulfureum : A, sur gélose 'maltosée, 15 jours. — B, sur gélose 
maltosée, 25 jours. — C, sur gélose glucosée, 15 jours. — D, sur gélose glucosée, 25 jours. 
— E, sur gélose maltosée en tubes, 15 jours. — F, sur gélose maltosée, 55 jours, en matras 
d'Erlenmeyer. 



320 



TRICHOPHYTIES. 



rond devient polygonal, ce qui donne à la culture un aspect caracté- 
ristique et permanent (PL XII, fig. n, n 2 et n 3 ). 



IV. — Trichophyton circonvolutum (Sabouraud, 1902-1909). 

En dernier lieu, je placerai un Trichophyton endothrix, d'origine 
dahoméenne, observée deux l'ois, par moi, sur un Homme et sur sa 
fillette, L'homme présentait des lésions circinées des fesses, chacune 




Fig. 1"2S. — Trich. circonvolutum. Gélose mallosée. Age : 15, 20. 50 et 40 jours. 

de 5-4 centimètres de diamètre, érythémateuscs, dont le bord était 
couvert de squames adhérentes. Chez reniant : tondante du type craté- 
ri forme à points multiples, d'évolution froide. Voici l'aspect de la 
culture. 



III. — TRICHOPHYTONS NÉO--ENDÔTHRII 

(endothrix pseudo-ectothrix) 



A côté des Trichophytons endothrix purs, et en dehors des Tri 
chophytons ectothrix, doivent se placer deux espèces qui n'appar- 
tiennent tout à fait ni au premier type ni au second. 



TRICHOPHYTONS NEO-ENDOTHR1X. 



321 



Elles n'appartiennent pas au second, car, dès que la trichophytie 
qu'elles déterminent a passé au stade d'état, on trouve, dans leurs 
lésions, de nombreux cheveux malades dans lesquels le parasite reste 
strictement endothrix. 

Et elles n'appartiennent pas tout à fait au type des Endothrix purs 
parce que, pendant toute la durée des lésions qu'elles déterminent, on 
peut trouver quelques poils qui non seulement sont envahis par le 
Parasite, mais en présentent quelques filaments autour d'eux. Je dé- 
finirai donc ces Trichophytons, des Endothrix qui gardent, pendant 
presque toute leur vie, sur certains poils ou cheveux, les caractères 
d'ectothricité que présentent tous les Trichophytons à leur période 
d'envahissement. 

Et j'étudierai dans ce groupe deux espèces trichophy tiques, l'une 
très fréquente et l'autre rare, à Paris du moins : le TV. cerebriforme et 
le Tr. plicalile. Voici un tableau qui montre leur fréquence et leurs 
localisations. 



Tr. 
endo- 
thrix 
purs . 



Tr. 

néo- 

endo- 

thrix. 



Trichophyton crateri forme. 

Tr. effractum ...... 

Tr. fumatum 

Tr. umbilieatùm 

Tr. regulare.. ...... 

Trichophyton acuminatum . 

Tr. piîosum 

Trichophyton violaceum. . 
Tr. glabrum 

Trichophyton cerehrifonne 
Trichophyton plicatile . . . 



112 



1 

47 



115 



Ce cas a été rencontré après ma statistique arrêtée et n'en fait pas partie. 



Tableau montrant la fréquence relative des principaux Trichophytons endothrix et Néo 
endothrix sur 500 Dermatomycoses, à Paris en 1906-1909. 



TRICHOPHYTON CEREBRIFORME (Sabouraud 1895) 



J'ai observé treize fois l'espèce trichophy tique dont je vais parler 
maintenant. Elle n'est donc pas des plus rares. Elle tire un intérêt 
particulier de ce fait qu'elle ressemble beaucoup en ses cultures au 
Tr. crateri forme, surtout au début, et que plusieurs auteurs, des 

21 



LES TEIGNES. 



322 TRIGHOPHYTIES. 

meilleurs en ces questions, ont confondu ces deux espèces, d'où un 
grand nombre d'erreurs assez faciles à dissiper désormais. 

Il y a quinze ans, je n'avais pas nommé botaniquement les diverses 
espèces de Dermatophytes que j'avais reconnues et différenciées. Et 
j'avais désigné cette espèce sous le nom de Trichophyton à culture 
jaune, craquelée, vermiculaire( 1 ). Bodin latinisa ce nom et ce Tricho- 
phyton devint le Tr. flavum.Je trouve ce nom médiocre, car beaucoup 
de Dermatophytes ont une culture jaune sur milieux d'épreuve, et je 
crois, puisque le présent travail a pour but de refondre et d'unifier 
toutes les recherches déjà faites sur ces sujets, devoir lui donner le 
nom bien plus caractéristique de cerebriforme qui, non seulement 
désigne mieux l'aspect spécial de ce Parasite en culture, mais, 
par sa forme et sa consonance, fait à la fois symétrie et opposition au 
nom du Tr. cratériforme, celui de tous les Trichophytons avec lequel 
il a le plus de ressemblance et dont il importe le plus de le dis- 
tinguer. 

Cultures. — Ce qui caractérise sa culture sur les milieux d'épreuve, 
c'est que, dès son origine, et de plus en plus, sa surface est comme 
chiffonnée. A son tout premier début, on peut penser à une culture 
cratériforme, mais bientôt sa surface se plisse et perd sa régularité. 
A l'âge où la culture cratériforme prend l'aspect d'un bouton, celle-ci 
est bosselée, contournée et sa surface prend peu à peu un aspect cere- 
briforme tout à fait caractéristique et qui s'accusera avec l'âge. Alors 
sa forme ne ressemble plus que de très loin à celle de la culture 
cratériforme adulte. Sa couleur est blanche d'abord, puis elle de-: 
vient crème sur milieu d'épreuve. Plusieurs autres caractères distin- 
guent cette culture de la culture cratériforme. Lorsqu'elle vieillit, 
son centre prend un aspect finement craquelé caractéristique que les 
figures i l , i l de la planche XIII, mettent en valeur. Cette surface res- 
semble très exactement à la face profonde d'une pelure de poire 
desséchée, craquelée, grumeleuse, jaunâtre. Le pourtour de la culture 
présente aussi des particularités très différentielles : tandis que les 
rayons qui entourent la culture cratériforme sont tous égaux et très 
fins, constituant autour de la culture une auréole poudreuse très égale, 
les rayons qui entou rent la culture cerebriforme sont distincts un par 
un et inégaux; leur dos est poudreux quand ils affleurent la surface; 
vus par transparence ils ressemblent à des brins de mousse. 

Tout cela est très étranger à la culture cratériforme. Sur aucun 
milieu, d'ailleurs, le Tr. cerebriforme ne peut se confondre avec le Tm 
crateri forme. 

(*) Sabouraud. Contribution à l'étude de la trichophytie humaine. III e mémoire. 
Annales de Dermat. et de Syph., juin 1895, p. 815. 






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I, I. — Cultures de 25 jours sur gélose maltosée. 

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1 3 , I 5 . — Cultures de 2 mois, , — 

et de plus en plus, s;i surlare 

1 4 , I 4 . — . Cultures de 2 mois — (en tubes). 

1 5 , I 5 . — Cultures de 2 mois sur gélose glucosée. 

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II. Trichophyton plicatile. 

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II, II. — Cultures de 20 jours sur gélose maltosée. 

11 2 , II 2 . — Cultures de 35 jours 

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11 3 , 11°. — Cultures de 2 mois — 

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11 4 , II 4 . - Cultures de 2 mois (en tubes). 

en valeur. Celte sûr!" 
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l'étude de la trichophytie hum 
juin 1893, p 



SABOURAUD. — Teignes. 



Planche XIII 




Masson et Cie, Editeurs 



Phototypie Berthaud, Pans 



TRICHOPHYTON CEREBR1FORME. 323 

Histoire et bibliographie. — Lorsque je rencontrai cetle espèce, en 
1893, je la confondis d'abord avec le Tr. cratériforme( 1 ). C'est quelques 
mois plus tard que je la différenciai, en des termes qui ne peuvent 
prêter à aucun doute. J'établis ses caractères propres de culture sur moût 
de bière gélose, sur pomme de terre, sur milieu d'épreuve où « la culture 
se présente avec un centre craquelé formé de contournements cérébri- 
formes ». En outre, j'en fournis dans l'Atlas des Trichophyties humaines 
deux photographies caractéristiques ( 2 ), et j'explique comment on doit évi- 
ter la confusion de cette espèce et de l'espèce à culture cratériforme( 3 ). 
Cette faute signalée n'empêcha pas plusieurs auteurs de la refaire après 
moi. En 1895( 4 ), et même en 1906 ( 3 ), Adamson croit que le Tr. crateri- 
forme fait la moitié des trichophyties de la barbe en Angleterre. Cepen- 
dant, Mibelli, en 1896, retrouvait à Parme mon « Trichophyton à culture 
vermiculaire », dans 4 trichophyties légères de la barbe sans véritables 
nodules sycosiques ( 6 ). Mais, en 1900, Bodin publia, comme Adamson, un 
cas de trichophytie de la barbe dû au Tr. crateriforme C), et il affirme de 
nouveau le fait dans son petit ouvrage sur les Champignons parasites de 
V homme ( 8 ). A la vérité, personne ne peut dire que le Tr. crateriforme ne 
se rencontrera jamais dans une trichophytie de la barbe, néanmoins, 
parmi les 400 cas de dermatomycoses soumis par moi à la culture en' 
1892-1894, et parmi les 500 cas étudiés par moi depuis 1906, je ne l'ai 
jamais rencontré. Si les auteurs précités avaient connu le Tr. cerebri- 
forme, on pourrait provisoirement admettre leur opinion, mais jamais 
ils n'en ont expressément différencié le soi-disant Tr. crateriforme qu'ils 
rencontraient dans la barbe. Bodin, nommant ce parasite Tr. flavum, 
d'après mes travaux ajoute même qu'aucun auteur, après moi, ne l'a si- 
gnalé. -C'est que ceux qui l'avaient rencontré l'avaient méconnu. 

Origine animale du Tr. cerebriforme. — Sur l'origine animale de ce 
Trichophyton, il n'a été écrit, je crois, que des erreurs. Les premières 
sont venues de moi. J'avais obtenu cette culture, en 1893, d'une tricho- 
phytie de la barbe chez un officier d'artillerie de la garnison d'Orléans. 
Cet officier me raconta que depuis dix-huit mois, les chevaux de son régi- 
ment avaient présenté 150 cas d'herpès circiné, et que 6 infirmiers-vété- 
rinaires en avaient été atteints. 

Je me mis aussitôt en rapport avec M. Angot, vétérinaire en premier 
du régiment, et j'allai étudier cette épidémie à Orléans. Elle touchait à 
sa fin; je vis plusieurs chevaux guéris ou en guérison, j'examinai des 
squames et des poils, j'en emportai même pour en essayer la culture. 
Cependant, ces cultures restèrent infructueuses, bien que l'examen mi- 
croscopique m'ait montré le parasite dans plusieurs poils. J'ignorais 

(') Sabouraud. Contribution à l'étude delà trichophytie humaine. II e mémoire. 
Annales de Dermat. et de Syph. février, 1893, p. 116. 

( 2 ) Atlas des Trichophyties humaines, iig. 124-125. 

( 3 ) Trichophyties humaines, p. 189, note 1. 

( 4 ) Adamson. Observations on the parasites of Ringworm. British Journal of 
Dermat., 1895, VIII, p. 201. 

( 5 ) Lettre particulière. 

( 6 ) V. Mibelli. Sur la pluralité des Trichophytons. Annales de Dermat et de 
Syph., 1896, p. 733. Il est à remarquer que d'après les plus récents travaux le 
Tr. crateriforme n'existe pas en Italie. 

(") Annales de Dermat. et de Syph., décembre 1900, p. 1205. 

( 8 ) E. Bodin. Les Champignons parasites de l'homme. Encyclopédie Léauté, p. 108. 



32^ TRICHOPHYTIES: 

encore que l'ensemencement du poil de Cheval trichophy tique ne doit 
être pratiqué qu'avec le millimètre inférieur de sa portion radiculaire. 
J'ignorais aussi que les poils de nos Animaux domestiques portent, le 
plus souvent, des germes de Moisissures en grand nombre, et que si on 
ensemence par tronçons leur portion aérienne à côté de leur portion 
radiculaire, les cultures seront presque toujours recouvertes de Champi- 
gnons étrangers, et perdues sans recours. Enfin, je ne connaissais pas 
alors les Trichophytons ordinaires du Cheval. 

Aussi, devant l'ensemble si imposant des Commémoratifs, je ne crus 
pas pouvoir mettre en doute l'origine équine du Trichophyton que l'offi- 
cier m'avait présenté. C'est seulement plusieurs années après qu'un doute 
m'est venu. Et voici mes raisons de douter encore : 

1° Les six cas de trichophytie cutanée des infirmiers-vétérinaires 
étaient déjà guéris quand je fus à Orléans. Chaque fois, le parasite 
n'avait attaqué que l'épidémie, bien que plusieurs cercles parasitaires 
aient eu la barbe pour siège et eussent été mal traités. Ceci est contraire 
aux mœurs du Tr. cerebri forme . qui envahit les poils, sans faute, lors- 
qu'il a créé sur les joues la première lésion d'herpès circiné. 11 est, à la 
rigueur, possible que l'officier dont j'avais ma première culture, eût con- 
tracté sa trichophytie ailleurs qu'au régiment. En tous cas, je n'ai pas 
fourni la preuve de son origine. 

2° Jamais, par la suite, dans aucun des cas de trichophytie animale 
directement étudiés par moi ou par d'autres, on n'a retrouvé ce Tricho- 
phyton. J'en ai trouvé beaucoup d'autres et, en particulier, un qui pou- 
vait bien avoir été la cause de l'épidémie d'Orléans, et qui a été décrit et 
cultivé pour la première fois en 1898, par Matruchot et Dàssojiville( 1 ). 

Plus tard, ne retrouvant pas ce Trichophyton chez le Cheval, et l'ayant 
observé chez des ruraux, je crus qu'il s'agissait d'un Trichophyton du 
Veau. Bodin, l'étudiant dans sa monographie des Trichophytons du 
Cheval, le crut, pour les mômes raisons, originaire des bovidés ( â ). 

Lorsque R. Blanchard résuma les plus récents travaux parus à cette 
époque sur les Dermatophytes, dans le Traite de pathologie générale de 
Bouchard ( 3 ), il crut les symptômes observés par moi sur le Cheval dans 
l'épidémie d'Orléans, identiques à ceux que Mégnin avait donnés à la 
trichophytie équine spéciale qu'il avait attribuée à un Trichophyton depi- 
lans, hypothétique (*). Mon Trichophyton « à culture jaune craquelée, ver- 
miculaire », devenait ainsi le Trichophyton depilans du Cheval (Mégnin). 

Plus tard enfin, Gueguen f 5 ), supposant certaine cette identification de 
Blanchard, décrit, d'après moi, les cultures craquelées, vermiculaires, en 
les attribuant au Tr. depilans de Mégnin . Et il ajoute, d'après Mégnin, (qui 
n'avait point fait de cultures), que ce Trichophyton produit des lésions 

(') Matruchot et Dassonvii/le. Recherches expérimentales sur l'Herpès du 
Cheval; un nouveau Trichophyton producteur d'herpès. Congrès de CA.F.A.SÀ 
Nantes, 11 août 1898. 

(-) E. Bodin. Les teignes tondantes du Cheval et leurs inoculations humaines. 
1896, p. 86. 

( 5 ) R. Blanchard. Parasites végétaux (à l'exclusion des bactéries). Traité de 
Pathologie générale de Bouchard, Paris, 1896, Masson et C'% édit., t. II, p. 811-925. 

( 4 ) Weber et Mégnin. Note sur le Trichophyton depilans. Bull. Soc. centr. de 
méd. vétér., 1882, p. 1247-1250.' 

( 5 ) Gueguen, Les Champignons parasites de l'Homme et des Animaux. Paris, 
1904, p. 141. 



TRICHOPHYTON GEREBRIFORME. 325 

chez le Veau, chez le Cheval, chez l'Homme, et qu'il existe probablement 
sur le Bœuf et sur le Mouton. Or, de ce que je viens de raconter, il res- 
sort qu'on n'a jamais obtenu une seule fois cette culture d'un Animal 
quelconque : Cheval ou Veau, Bœuf ou Mouton, et que l'Homme est 
jusqu'ici, son seul hôte connu de façon certaine ('). La proportion des 
cas de trichophytie dûs à ce Parasite parait largement différer suivant 
les pays. Tandis que nous observions ce Parasite 15 fois seulement sur 
500 dermatomycoses à Paris, Dalla Favera à Parme rencontrait 45 fois 
le môme Tr. cerebriforme sur 144 observations : 55 fois à la barbe, 4 fois 
au cuir chevelu, fois sur la peau glabre. La préférence de ce Tfi- 
chophyton pour la barbe de l'Homme paraît donc partout évidente, et 
encore plus à Parme qu'à Paris. 

Étude clinique. — L'affection à laquelle donne lieu le Tr. cerebri- 
forme peut s'observer sous forme d'Herpès circiné, de Trichophytie 
de la barbe et de Tondante trichophytique, mais, chose remarquable, 
surtout à Paris où les trichophyties de la barbe sont rares relative- 
ment aux tondantes, c'est surtout dans les trichophyties de la barbe 
qu'on le rencontre. 

I. Le cercle d'herpès circiné auquel donne lieu le Parasite peut 
atteindre et dépasser les dimensions d'une pièce de 5 francs. C'est un 
cercle rose, légèrement saillant en totalité au-dessus de la peau 
voisine, sec d'abord et pour ainsi dire non vésiculeux ; puis quand la 
lésion vieillit, la surface de 1'épiderme corné est soulevée par un 
suintement léger, pseudo-impétigineux, et, sous la squame-croûte qui 
se l'orme ainsi, on peut trouver quelques pustulettes folliculaires 
orificielles disséminées. 

IL A labarbe de l'Homme la lésion débute ordinairement de même, 
et cette trichophytie est l'une de celles qui montrent à leur début le 
cercle d'herpès circiné le plus longtemps remarquable ; mais sou- 
vent une partie du cercle s'atténue, alors que le reste demeure, et la 
lésion se réduit à un segment de cercle. 

Les poils malades sont d'abord peu nombreux, souvent disséminés 
sur la surface du cercle, par groupes de trois à cinq poils malades, 
séparés par des poils sains. 

Ces groupes se multiplient et persistent après la disparition des 
cercles, et ceci représente une deuxième phase de l'affection. Alors, 
les cercles ont disparu complètement, les groupes de cheveux malades 
sont très nombreux, et, sur ces points, s'observent de petites lésions 

(') Peut-être faut-il faire une exception et ce serait pour le Chat. En effet. 
Punch, élève de J,-J. Pringle qui a publié l'un des meilleurs travaux expéri- 
mentaux sur les dermatomycoses communes à l'Homme et aux Animaux a 
trouvé, sur un Enfant de 9 ans, et sur le Chat de la maison, des plaques de 
tondante dont la culture pourrait être celle du Trichophyton cerebriforme. Mais 
cette identification n'est point certaine. Cf. J.-R. Bunch. On ringworm infection 
in man and animais. British médical journal, février 1891 (6 e cas). 



326 TRIGHOPHYTIES, 

épidermiques pseudo-impétigineuses. Ce sont des points que le bout 
du doigt cacherait; leur surface est facilement humide au grattage, 
et, à cause de cela, montre souvent de petites croùtelles séreuses, 
jaunes, comme de la poussière de résine ('). 

A cette deuxième phase, plus durable que la première, succède ordi- 
nairement une troisième : phase des abcès monilif ormes, phase syco- 
sique. L'irritation de surface des points malades disparaît, mais, au- 
dessous de plusieurs d'entre eux, la peau s'infiltre, et il se forme dans 
son épaisseur des séries de petits abcès oblongs, intra-cutanés, dis- 
tincts les uns des autres, le plus souvent allongés dans le sens trans- 
versal. Ces abcès, douloureux, et d'évolution lente, varient en dimen- 
sion de celle d'un grain de blé à celle d'un noyau d'olive. On peut en 
voir plusieurs, disposés l'un au bout de l'autre et communiquants. La 
barbe entière en présente de cinq à vingt ; même lorsqu'ils sont nom- 
breux, ils restent distincts sans que leur réunion ait jamais formé un 
cercle de kérion( 2 ). 

Lorsque j'ai décrit pour la première fois cette trichophytie spéciale, 
je croyais que ces abcès n'étaient pas trichophytiques mais micro- 
biens, sans doute parce que l'un des abcès que j'avais ensemencés 
avait été infecté secondairement. En réalité, chaque abcès se 
collecte autour d'un débris de poil trichophy tique, qui en fait le 
centre, et qu'on y retrouve assez facilement sur des coupes sériées. 

La culture de ces abcès reste stérile, ou bien, quand on a ense- 
mencé le cheveu qui est en leur centre, elle donne le Trichophyton 
causal. Ces abcès, comme je le disais, « ont peu de tendance à s'ouvrir 
spontanément, et persistent par places, isolés les uns des autres » 
pendant des mois, obligeant souvent à de petites ponctions évacua- 
trices au galvano-cautère, pour arriver à la guérison. 

A la barbe, cette trichophytie, présente donc trois phases : I. une 
première phase d'invasion épidermique : cercle d'Herpès circiné. 

L 2. — Une deuxième phase d'envahissement pilaire, au cours de 

(*) Voici en quels termes je décrivais ces lésions en 1894 : 

« Trichophytie de la barbe, à forme de dermile humide disséminée.... Sa première 
caractéristique est la dissémination des lésions par petits placards. On trouve 
de deux à dix et douze points malades où l'épiderme est exfolié comme par 
une application vésicante ou une brûlure légère. Il y a à leur surface une 
légère exsudation séreuse, et quelquefois, une gouttelette concrétée d'un jaune 
d'or, est attachée, deci-delà à la base d'un poil sain ou malade. » Trichophy lies 
humaines, 1894, p. 187. 

( 2 ) Voici ce qu'en disait mon texte de 1894 : « Quelquefois, mais seulement 
plus tard on voit apparaître des points d'induration. Mais ces points sont hypo- 
dermiques, et, de plus, tous isolés, sans que ce processus se complique de 
folliculite agminée.... Ces points indurés, profonds, et disséminés aboutis- 
sent rarement à former des rudiments d'abcès qui peuvent se disposer en cha- 
pelets moniliformes, suivant les plis sous-mentaux. » (Trichophy ties humaines, 
p. 188.) 



TRICHOPHYTON CEREBRIFORME. 



327 



laquelle les lésions épidermiques se réduisent au minimum et les 
lésions pilaires sont plus nombreuses et plus distinctes. 

o. — Et une troisième phase d'abcès moniliformes sous-cutanés 
disséminés. 

Aspect du poil malade. Dans cette trichophytie, le poil malade est 
gros, grisâtre, quelquefois contourné dans la peau, suivant le type 
Irichophy tique, en w ou en s, à la surface de l'épiderme ou dans 
l'épaisseur de l'épiderme corné ; le plus souvent, il dépasse la peau de 
trois millimètres; il est cassant à l'épilation, et amène parfois avec lui 
une collerette épidermique infiltrée de parasite. 

III. La tondante. — La tondante infantile, à laquelle ce parasite 
donne lieu quelquefois, se présente sous un aspect ordinairement 
reconnaissable. Car, d'abord, elle débute par un cercle de trois à 
quatre centimètres de diamètre, plus rose, plus saillant, plus durable 
et par conséquent plus visible que celui qui précède la tondante à 
culture cratériforme. En second lieu, cette lésion épidermique crée 
très vite une sécrétion légère sur toute sa surface, en sorte que la 
lésion se trouve recouverte de squames, grisâtres sur leur face externe, 
jaunâtres sur leur face profonde qui est moite. Au-dessous d'elles on 
voit de petites pustules miliaires, assez peu nombreuses. 

Les cheveux malades, grisâtres, repliés en w ou en z sont tout à fait 
analogues aux cheveux du Tr. 
cratériforme. 

L'inflammation impétigi- 
neuse de surface demeure 
assez permanente mais su- 
perficielle. Après la guérison, 
la tache ronde restera long- 
temps teintée de rose, mais 
jamais je n'ai vu cette lésion 
passer par un stade inflam- 
matoire du type du kérion, 
ni môme par une phase d'ab- 
cès moniliformes du type 
que crée le même Trichophy- 
ton à la barbe de l'Homme 
adulte. 







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Fig. 129. 



Tr. cerebriforme dans le cheveu 
de l'enfant, x 260. 



Etude microscopique. — 

Dans l'étude microscopique 

du poil ou cheveu atteint par 

le Tr. cerebriforme, voici les points qui me paraissent devoir être mis 

en lumière. 



328 



TRICHOPHYTIES. 



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Au premier examen, s'il est fait d'une façon rapide, rien ne dis- 
tingue le parasite du Tr. cratéri forme, si l'on examine un cheveu 
tel que le représente la fig. 1*29, par exemple. 

Mais si nous exami- 
nons s u ccessive m e n t 
cinq ou six cheveux ; 
d'une préparation, nous 
ne tarderons pas à en 
rencontrer plusieurs qui 
montreront, en dehors 
d'eux, des filaments pa- 
rasitaires parallèles au 
cheveu. Le Tr. cérébri- 
forme n'est donc pas un 
endolhrix exclusif quoi- 
qu'il soit endothrix pur 
sur certains cheveux 
(fig- 130). 

Et tandis que le para- 
site dans le cheveu est 
composé de spores 
moyennes, ovalaires, en 
chaînes plus ou moins 
distinctes, les filaments 
extra-pilaires seront plus 
gros, rubanés, découpés 
par des cloisons en élé- 
ments carrés, ou bien 
faits de chaînes d'élé- 
ments subsphériques de 
grosseur diverse, irré- 
gulièrement dichotomi- 
sées (fig. 131). 

Il est à remarquer que 
le Tr. cérébriforme se 
présente comme les Tri- 
chophytons endothrix, 
tantôt sous forme d'élé- 
ments quadrangulaires 
à angles mousses, réunis en chaîne, et ces chaînes résistent pour 
la plupart à la dissociation par la potasse (fig. 152); tantôt, au con- 
traire, les cellules parasitaires sont dissociées une par une; elles ont 
perdu toute cohésion (fig. 153), et il semble bien que -ce l'ait soit 




1 ii. 



130. — Tr. cérébriforme. Aspect du parasite 
néo-endothrix. x 260. 



TRICHOPHYTON CEREBR1FORME. 



329 



indépendant dn degré de 
dissolution du cheveu dans 
la solution potassique, car 
on peut dans la même pré- 
paration observer les deux 
types pour ainsi dire côte à 
côte, ou sur des fragments 
de poil voisins. Ceci semble 
dépendre du degré de matu- 
rité des éléments sporulaires. 

Les filaments parasitaires 
situés hors du cheveu gar- 
dent plus longtemps les for- 
mes rubanées, et les éléments 
gros et difformes qui sont 
caractéristiques du stade 
d'invasion des Dermatophy- 
tes. 

Les caractères microsco- 
piques de ce parasite ne sont 
pas tels d'ailleurs qu'ils suf- 
fisent à faire affirmer son 










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Fig. 151. — Tr. cerebri forme. Cellules arrondies 
dans le cheveu; filaments hors de lui.x260. 







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Fig. 152. — Tr. ce reb ri forme. Le cheveu dissous, 
presque loules les cellules parasitaires con- 
servent leur organisation en filaments, x 260. 



espèce. On peut seulement l'in- 
duire des caractères cliniques 
et microscopiques. Et c'est la 
culture seule qui donnera une 
certitude. 

Inoculations. — L'inocula- 
tion du Tr. cerebri forme au 
Cobaye, pratiquée suivant les 
techniques ordinaires, est aisé- 
ment positive. 

Dix jours après l'inoculation, 
apparaît, au centre d'une aréole 
rouge, une croûte roussâtre 
englobant les poils à leur base. 

Ces poils repris et examinés 
4 ou 5 jours plus tard montrent 
des filaments mycéliens dans 
leur épaisseur. 

La lésion du Cobaye est tou- 



330 



'RICHOPHYTIES. 



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Fig. 135. — 7'/'. cerebriforme, Le cheveu étant dissous, 
presque tous les filaments sont rompus et les cellules 
parasilaires dissociées, x 260. 



jours fugace, elle dure 15 jours environ et guérit par dessiccation et 

chute de la croûte et des 
poils, comme toutes les 
lésions similaires. 



Trichophyton plicatile 
(Sabouraud, 1909). 

Nous n'avons rencontré 
le Tr. plicatile que deux 
l'ois sur 500 dermatomy- 
coses; les deux l'ois, dans 
la barbe de l'Homme et 
avec les caractères sui- 
vants (') : 

Emmanuel Bl..., homme 
de 50 ans portait une tri- 
chophytie suppurée de la 
barbe, du type que nous 
nommons le kérion en cou- 
pole : lésions très saillantes, arrondies, indurées, dont la surface est 
criblée de pustules. Très facilement on trouvait sur ces lésions, d'ail- 
leurs nombreuses et disséminées sur toute la région de la barbe, des 
poils cassés à deux millimètres au-dessus de la peau, gris, faciles à 
saisir avec la pince, mais cassant à l'épilation, tandis que d'autres, 
ordinairement sains, s'épilaient entiers, sans traction. 

Le second malade : Victor Rie..., 23 ans, lorsque je l'ai vu pour la 
première fois, montrait sur les joues une trichophytie sèche à cercles 
rouges, couverts de nombreux poils gris, cassés à deux millimètres au- 
dessus de la peau, et fragiles. 

Un peu plus tard les lésions, sans faire de kérion proprement dit, 
changèrent d'aspect. Il se forma au-dessous d'elles de nombreuses no- 
dosités intra-cutanées disséminées, distinctes les unes des autres ou 
fusionnées, quelques-unes très douloureuses. 

Le premier malade fut guéri par les émollients, l'épilation et les 
badigeons d'alcool faiblement iodés. 

Le second nous quitta en cours de traitement. 

Examen microscopique. — Le Tr. plicatile est un type des Tri- 

(') En 1909, Henrik Banc, étudiant les trichophyties de Copenhagne (inédit) 
vient de rencontrer, sur 80 cas mis en culture, 37 cas de Tr. plicatile : 29 fois dans 
la barbe avec ou sans localisations accessoires à la peau glabre, (3 fois sur la 
peau glabre seule, 2 fois dans une tondante de l'enfant. Cette fréquence, en 
Danemark, d'une trichophytie rare en France est très remarquable. 



TRICHOPHYTON PLICATILE. 331 

chophytons néo-endothrix. Dans la même préparation de poilsjprove- 







Fig 134. — 'J'richophylon piicalile dans le poil de la barbe humaine, x 260. Le carton à 760. 

nant du même sujet, on trouve le parasite rigoureusement endothrix et 



332 



TRICHOPHYTIES. 



d'autres cheveux sont entourés de quelques filaments rubanès. Plus on 
examine des poils provenant de lésions anciennes, moins on y retrouve 
semble-l-il de trousseaux filamenteux parasitaires hors du cheveu. 

Cultures. — Les culture* du Tr.plicalile sont nettement analogues 
aux cultures du type cratériforme. Elles sont blanches, de consistance 
cartonneuse et de surface poudreuse. 

Leur surface donne l'idée d'une étoffe soyeuse qu'on aurait laissé 
retomber sur elle-même de façon que son centre soit tout fait de plis 

chiffonnés. La photographie en 
donne une idée plus nette que 
la meilleure description et fournit 
aussi sa différenciation avec le Tr. 
cerebriforme ( PI. XIII, fig. n 2 etn 3 ). 
Lorsque les cultures vieillis- 
sent elles s'entourent d'une aréole 
poudreuse moins visiblement 
rayonnée que celles du Tr. cere- 
briforme. 

Sur leur surface il arrive que , 
les plicatures se fendillent, mais 
rien, dans ce phénomène, ne 
rappelle les lacunes qui caracté- 
risent les cultures même jeunes 
du Tr. effraction, pas plus que 
leur surface poudreuse ne rap- 
pelle l'aspect grumeleux du cen- 
tre des cultures du Tr. cerebri- 
forme. Leur aspect spécial est 
particulièrement visible sur les 
cultures en tube de la PI. XIII, 
fig. ii 3 ). 

Inoculations. L'inocula- 

lion du Tr. plicalile au Cobaye 
est facile et donne, dans le poil 
l'aspect d'un Tr. endothrix pur, 
dont les filaments jeunes, descen- 
dant dans le cheveu, font de nombreuses dichotomies et ne sont 
coupés de cloisons qu'à de longs intervalles. 

Trichophyties suppurées et Trichophytons endothrix. — En 1892-943 
je croyais que toutes les trichophyties suppurées étaient d'origine ani- 
male et causées par des Trichophytons ectothrix. Cette opinion est trop 
absolue, il faudrait remplacer le mot toute* par ta plupart, car il y a 




Fig 155.. — Trichophylon plicatile, dans le 
poil du Cobaye, 15 jours après l'inoculation, 
x 260. ' 



LES TRIGHOPHYTONS MICROIDES. 333 

des trichophyties suppurées causées par des Trichophytons endothrix. 

Le fait fut observé, d'abord par Mibelli, puis par Colcott Fox et Blaxall. 
Dans deux cas, ces auteurs virent de larges trichophyties vésico-pustu- 
leuses du scalp, causées par un Tr. endothrix. Plus tard, ils observèrent 
cinq cas de « kérions spontanés typiques » associés à la présence d'un 
Trichophyton endothrix dont la culture fut cratériforme. J'avais déjà 
montré à cette époque, à côté du Tr. cratériforme, l'existence du Tr. cere- 
briforme, mais ce fait n'avait pas été remarqué, et les observateurs anglais 
crurent que le Tr. cratériforme rencontré dans les kérions était le même 
qui fait nos tondantes trichophytiques. Ils en vinrent même à considérer 
qu'une trichophytie montrant des pustules isolées, traversées chacune par 
un cheveu malade, ou encore des pustulettes réunies en petits groupes, 
étaient des caractères qui devaient suggérer l'hypothèse d'un Tr. endo- 
thrix(M- MacLeod( 2 ) insiste, un peu plus tard, sur un cas semblable dans 
lequel la lésion rouge, saillante, large de deux pouces, ne pouvait avoir 
d'autre nom que kérion et où l'on trouvait un Trichophyton endothrix. 

Le dernier travail de Colcott Fox sur les Endothrix de Londres remet 
les choses au point, en donnant, à peu de chose près, aux Trichophyties 
endothrix, les caractères que nous leur avons toujours attribués. 

Il n'en demeure pas moins trois faits vrais à mentionner : 1° que dans 
de rares cas, le Tr. cratériforme lui-même peut donner au cuir chevelu 
une lésion légèrement inflammatoire et finement pustuleuse, de carac- 
tères assez analogues à ceux que le même Trichophyton donne à certains 
de ses cercles d'herpès circiné de la peau glabre. 

I 2° Que l'on peut rencontrer des Trichophytons endothrix, par exemple 
le Tr. violaceum, dans des lésions nettement inflammatoires et pustuleuses. 

3° Enfin, que certains néo-endothrix, comme le Tr. cerebriforme et le 
Tr. plicatile, donnent lieu à des lésions qui peuvent sans doute aller 
jusqu'au kérion vrai, mais sont normalement sycosiformes. 

L'étude scientifique, positive, et la détermination en chaque pays des 
espèces de Trichophytons endothrix capables de créer des lésions folli- 
culitiques et suppurées est encore à faire. 



IV. — LES TRICHOPHYTONS ECT0THR1X 
MICROIDES 

Avec l'étude des Trichophytons microïdes nous abordons un chapitre 
nouveau de notre sujet. Et il est nouveau non seulement parce qu'il 
aura pour objet des faits très différents de ceux que nous connaissons, 
mais aussi parce que ces faits sont en grande partie méconnus et qu'ils 
n'ont jamais été envisagés comme il convient. 

Nous définirons les Microïdes : des Trichophytons caractérisés, à 
l'examen microscopique du cheveu, par la petitesse de leurs spores 

(») Fox et Blaxall. Loi: rit., 1899, p. 9. 

( 2 ) Mac Leod. Kérion Celsi. Drrmat. Soc. of London, 15 mars 1901. 



334 TRICHOPHYTIES. 

extrapilaires qui constituent au cheveu une gaine analogue à celle des 
Microsporums, avec cette différence que cette gaine est faite, toute ou 
partiellement; de spores en chaîne dont les files sont aisément dis- 
tinctes et reconnaissables. 

Avant de commencer l'étude analytique des Triehophytons microïdes, 
je crois utile de présenter de leur groupe une vue générale et synthé- 
tique. Et puisque la caractéristique première du groupe est microsco- 
pique, c'est par l'étude de leurs caractères microscopiques que je 
commencerai. 

Examen microscopique des Triehophytons microïdes. — Ces 

Triehophytons se rencontrent habituellement dans des trichophyties 
suppurées; cependant l'examen microscopique doit porter sur le 
cheveu ou le poil malade plutôt que sur la squame ou sur le pus. 

Nous savons que l'aspect des divers Triehophytons n'est pas carac- 
téristique dans la squame. Il en est de même dans le pus. Le pus' 
trichophytique contient presque toujours du Parasite, car sa culture 
est presque toujours facile, abondante, et pure. Mais, dans le pus, 
l'examen direct, avec ou sans coloration, ne montre que peu d'éléments 
parasitaires reconnaissables, sans doute parce qu'ils y existent dissociés 
et se présentent à l'œil comme des débris nucléaires dont le pus foisonne. 

Souvent l'examen du pus n'est positif que quand on y rencontre un 
fragment de poil ou de follet, ou ,de l'écorce parasitaire qui revêtait 
un poil malade ; alors il montre à l'état de débris ce que l'examen du 
poil montrera plus précisément. 

Beaucoup d'auteurs ont affirmé que la recherche d'un poil malade 
dans un kérion était difficile ; cela est vrai si l'on cherche un poil malade 
sur une lésion en régression, ou même à la période d'état. Car sou- 
vent les poils malades ont été expulsés déjà de leur follicule par la 
suppuration. Mais au premier stade d'un kérion, les cheveux malades 
abondent et leur recherche est facile. Leur préparation extemporanée 
ou définitive se fera toujours d'après les règles techniques déjà établies. 

Ces cheveux ou poils présentent un aspect si particulier qu'un der- 
matologiste avisé, peut, avant toute culture, les reconnaître au seul 
examen microscopique. 

Et d'abord on peut dire que de tous les Dermatophytes les Tr. mi- 
croïdes sont les plus complexes. Ils montrent réunis des éléments 
morphologiques que nous connaissons pour les avoir rencontrés chez 
les Microsporums, chez les Triehophytons, ou que nous verrons chez 
les Achorions, mais qui n'existent chez chacun d'eux que séparé- 
ment, tandis qu'ici ils sont réunis. 

1° Le caractère premier des Microïdes quia causé bien des erreurs, 
est de faire autour du cheveu une écorce sporulaire très analogue, 



LES TRICHOPHYTONS MICROIDES. 



335 



presque semblable au premier abord, à celle du M. Audouïni. Ces 
spores ont à peu près la même dimension, et souvent il semble qu'elles 
soient agminées l'une près de l'autre sans enchaînement. Mais lors- 
qu'on dissocie cette gaine on rencontre toujours, au milieu des spores 
égrenées, des multitudes de cha- 
pelets de spores que les Microspo- 
rums ne montrent jamais. 

2° Comme les Microsporums, 
les Tr. Microïdes ont un mycélium 
intrapilaire. Il est tait de tigelles 
minces, septées à de lointains in- 
tervalles comme celui des Micro- 
sporums, mais aussi de rubans 
d'éléments quadrangulaires que 
le corps du cheveu microsporique 
ne montre jamais. 

La plus curieuse des caracté- 
ristiques des Microïdes est le 
polymorphisme étrange de leurs 
éléments intrapilaires, polymor- 
phisme au moins égal à celui que 
nous montrera plus loin le cheveu 
favique. 

On trouve côte à côte des fila- 
ments flexueux et d'autres recti- 
lignes (ceux-ci, comme ceux des 
Microsporums, apparaissent bleu- 
tés sur des préparations non colo- 
rées) ; des spores en chaîne de 
dimension et de réfringence di- 
vers, le tout dans un cheveu cri- 
blé de bulles disséminées que 
nous retrouverons dans le corps 
du cheveu favique (fig. 156). 

Lorsqu'on examine un seul 
point du cheveu, le diagnostic 
peut être hésitant. Mais la réu- 
nion des éléments disparates fait 

d'abord penser au diagnostic vrai, car les différents aspects que nous 
représenterons séparément, coexistent dans la même préparation. 

Enfin l'un des moyens les plus simples et les meilleurs de faire un 
diagnostic extemporané rapide est de procéder par écrasement du 
cheveu. Après chauffage dans la solution de potasse, on écrase et on 




Fier. 13&. 



Mycélium intrapilaire d'un Tr. 
microïde. x 260. 



336 



TRICHOPHYTIES. 



examine. Au milieu de la fourmilière de petites spores qu'on aura 
dissociées autour du cheveu par écrasement, se verront de très nom- 
breuses files de spores tout à l'ait étrangères à la morphologie des 
Microsporums. Ce tableau n'est offert que par les Trichophytons ecto- 
thrix du groupe des Microïdes. Les très nombreuses figures que nous 
en présenterons, montreront, un par un, les différents aspects que ces 
parasites peuvent présenter, et serviront mieux que toute description 
à les faire bien reconnaître. 

Les Trichophytons microïdes forment deux groupes culturalement 
très distincts. Les (jypseinn* dont la culture est poudreuse ou plâ- 
treuse et les Niveums, dont la culture est un duvet neigeux. 

Nous étudierons d'abord le groupe des Tr. gypseums. Il comprend 
aujourd'hui six espèces ou variétés fixes, qui se ressemblent étroite- 
ment par leurs caractères de cultures. Je présenterai d'abord le 
tableau comparatif de leur fréquence à Paris sur 500 dermatomycoses 
consécutives. 



TRICHOPHYTONS MICROÏDES 

Groupe des gypseums. 



Tr. astéroïdes . 

Tr. radiolatum. 

Tr. lacticolor 

Tr. granulosum. 

Tr. farinulentuni . 

Tr. persicqlor . 



CHEVELU. 



PEAU 
GLABRE 



10 



Ce parasite n'a été rencontré que dans une épidémie 
animale en province. 



C'est la première fois que ces espèces sont différenciées, figurées et 
qu'on en présentera l'histoire. 

Dès I80i, j'affirmais que les cultures trichophytiques permettaient 
« non seulement la différenciation d'un nombre d'espèces indéfini, 
mais le groupement de ces espèces par familles » ; et que le groupe 
devenu aujourd'hui celui des Gypseums prouverait mieux que tout 
autre combien l'établissement de ces groupes est naturel et « spon- 
tané ; combien sont évidentes à la fois la parenté et l'individualité 
propre des espèces d'un même groupe naturel, et enfin combien les 
espèces proches entre elles constituent cliniquement des trichophyties 
de symptômes objectifs analogues » ('). 

C'est qu'en effet la proche parenté des espèces qui composent ce 
groupe est affirmée par la parité de leurs mœurs cliniques, par l'ana- 
logie objective de leur culture, et celles de leurs formes mycologiques 



(') Trichophyties humaines, p. 112. 






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Fig. 137. — Poil de barbe envahi par un TV. : microïde (Tr. : astéroïdes). Les 2 figures repré- 
sentent les deux segments du même poil. La figure de droite étant normalement placée au- 
dessous de celle de gauche, x 260. 



LES TEIGNES. 



22 



338 TRICHOPHYTTES. 

comme par la similitude de leur aspect microscopique dans la lésion 
humaine qu'elles déterminent. 

Cultures. — La culture de tous les Trichophytons gypseums est 
parmi celles dont l'obtention est le plus facile. Duclaux le premier ( l ) 
avait signalé ce fait qu'on obtenait des cultures pures en ensemen- 
çant le contenu des vésico-pustules trichophytiques. Les pustules des 
kérions, comme je l'ai montré en 1895 ( 2 ), confirment pleinement cette 
règle qui a été vérifiée après moi par tous ceux qui se sont occupés de 
la question ( 3 )'. Ces cultures sont aisément praticables sur tous milieux. 
Elles poussent à la température du laboratoire, à partir de 10 à 12° C. 
En ce qui concerne leur aspect, leur vitalité, leur résistance à la 
destruction, la constance de leurs altérations pléomorphiques, les cul- 
tures des Trichophytons que nous étudions en font le plus homogène 
des groupes dermatophy tiques '. 

Les espèces qui le composent sont douées d'une vitalité, d'une rus- ; 
licite très supérieures à celles des Trichophytons ordinaires. Leur 
rapidité de développement est frappante. Sur les tableaux d'ensemen- 
cement faits avec tous les Dermatophy tes, on les voit prendre et garder 
sur toutes autres espèces une avance qui les fait deux fois plus grandes 
que les autres ( 4 ). 

La plupart de leurs cultures se ressemblent au point qu'on se de-i 
mande d'abord si elles ne sont pas identiques. Toutes sont caractéri- 
sées sur milieu d'épreuve d'abord parleur aspect plâtreux ou farineux. 

Plusieurs étendent, autour du centre de la culture, des rayons 
flexueux immergés dont le dos, affleurant le milieu de culture, se couvre 
de poudre plâtreuse, ce qui donne à la culture une figure caractéristi- 
que. Certains diffèrent par leur couleur jaunâtre ou rose, mais dans 
l'ensemble l'analogie de leur dimension, de leur couleur, de la poudre 
de leur surface est plus frappante que leurs caractères différentiels. 

Et cependant je n'ai jamais pu ramener à l'unité, môme les variétés 
de ce groupe qui à tous points de vue apparaissent comme les plus 
proches entre elles. 

Pour bien mettre en lumière leur différenciation, il faut s'adresser 
à des milieux spéciaux. J'avais remarqué autrefois que les milieux 

() Duclaux, in thèse de Feulard : Teignes el teigneux, p. 96. 

(-) « Les cultures faites en strie sur gélose au moût de bière, avec le pus 
recueilli de vésico-pustules ou de pustules non ouvertes, peuvent donner des 
lignes ininterrompues de cultures sur tous les tubes ; pas un des tubes ense- 
mencés avec la même lésion ne fournissant la moindre colonie d'une bactérie 
pyogène quelconque. Trichophyties humaines, p. 110. 

( 5 ) E. Bodix. Tondantes du cheval, 1895, p. G u 2. 

M. Truffi. Sulletigne, 1902, p. 91. 

( 4 ) J'en excepte les Microsporums animaux les plus vivaces et les Trichophy- 
tons niveums, Var : radians et Var : denticulatum, très proches des Gypseums. 




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>upes dermàto (Milieu de conservation.) 

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I, I. — Trich. astéroïdes. Cultures de 25 jours (en tubes). 

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II, II. — Trich. radiolatum. Cultures de 25 îours (en tubes). 

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II 2 , II 2 . — — Cultures de 45 jours. 

III, III. — Trich. granulosum. Cultures de 25 jours.] >«"'nt qu'on 

III 2 , III 2 . — — Cultures de 45 jours (en tubes).' 

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VI, VI. -- Trich. persicolor. Cultures de 25 jours. ilîérentiéll 

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SABOURAUD. - Teignes. 



Planche XIV 




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Massoji tt Cie, Editeurs 



Phototypie Berthaud, Pans 



LES TRICHOPHYTONS MÎCROIDES. 339 

d'épreuve y suffisaient mal, et j'avais tenté une meilleure différencia- 
tion avec des géloses au moût de bière dilué. 

C'est notre milieu de conservation (peptone 3 pour 100) non sucré, 
milieu sur lequel les cultures se gardent sans altération pléomorphi- 
que qui donne aux diverses espèces du groupe des Microïdes les carac- 
tères les plus spéciaux. C'est pourquoi j'en donnerai ici la figuration 
sur ce milieu (Planche XIV). Malheureusement, la photographie, si 
parfaite qu'elle soit, ne peut donner à ces figures ce qu'y ajoute le 
relief et la couleur, etc.... 

Sur ce milieu pourtant la différenciation de ces cultures est extrême- 
ment nette. Leur ressemblance éclate au contraire sur les milieux 
sucrés d'épreuve, à ce point que cinq sur six pourraient y être confon- 
dues par un observateur superficiel. 

Un caractère du groupe des Tr. gypseums est la facilité et la con- 
stance avec laquelle tous donnent lieu à des dégénérescences pléomor- 
phiques. Dès le dix-huitième ou vingtième jour, le centre delà culture 
se couvre de duvet blanc. Plus tard ce duvet recouvrira la culture 
primitive complètement. On sait que tous les duvets blancs pléomor- 
phiques se ressemblent entre eux. On ne s'étonnera pas que ceux des 
Tr. gypseums soient encore plus difficiles à différencier entre eux que 
leur culture mère. Pour nous cependant, qui suivons cette étude depuis 
si longtemps, nous pouvons très bien, sur leurs caractères objectifs, 
attribuer certaines cultures pléomorphiques de Tr. gypseum à leur 
culture d'origine, mais cela n'est pas possible' pour toutes, et certaines, 
sont indifférenciables entre elles. 

VI. Inoculations. — Les inoculations des Trichophytons microïdes 
sont les plus simples et les plus aisément réalisables. Elles réussissent 
à coup sûr, à peu près sur quelque animal que ce soit : Chien, Chat, 
Lapin, Cobaye. Contrairement à ce qu'on observe pour beaucoup de 
cultures trichophytiques, la vieillesse de la culture ne défavorise pas 
l'inoculation, et des espèces maintenues en culture artificielle depuis 
des années restent toujours aussi facilement inoculables. Lorsqu'on 
veut réussir une inoculation à coup sûr, c'est toujours une culture de 
Tr. gypseum que l'on inocule. 

Sur le Cobaye, ces inoculations pratiquées par piqûre ou par fric- 
tion et grattage, sont d'évolution toujours identique. La lésion appa- 
raît au 8 e jour et disparaît au 28 e . L'évolution de la lésion comprend 
un stade érythémateux de 3 jours. La lésion s'étend encore pendant 
8 jours, et sa surface est recouverte d'une croûte épaisse, jaune-rou- 
geâtre, englobant les poils. A ce moment, qui est le 19'' de l'inoculation 
et le 11 e de la maladie, la croûte tombe avec les poils qu'elle englobe. 
L'animal, sous l'influence du prurit, enlève ses croûtes par morsure et 



340 TRICHOPIIYTIES. 

par grattage, la lésion devient alors ulcéreuse, et ce stade ulcéreux se 
termine par l'épidermisation de la plaie et la guérison complète, 6 à 
8 jours plus tard. Il ne reste plus alors, autour de la lésion blanche et 
glabre, qu'un bourrelet périphérique sensible à la palpation et qui 
disparaît peu à peu, pendant que, lentement, le poil repousse. 

Jamais je n'ai observé chez le Cobaye de lésions extensives, serpi- 
gineuses, comme j'en ai pu voir une t'ois sur le Lapin. Dans ce cas 
j'avais pu reprendre la semence, dans les lésions, après plusieurs mois, 
et le Lapin avait toute sa fourrure ravagée par l'extension de la ma- 
ladie. Chez le Cobaye il n'en est pas ainsi; autant on aura fait de 
points d'inoculation, autant de plaques surviendront, mais pas une de 
plus et toutes guériront spontanément. 

VIL Origine animale des Trichophytons microïdes. — Il est 

prouvé pour la plupart, et probable pour tous, que les Trichophyionà 
■microïdes sont des parasites ordinaires des Animaux et que l'Homme 
les reçoit de ses Animaux domestiques. L'origine équine de plusieurs 
d'entre eux est aujourd'hui un fait démontré, mais cette origine ne 
paraît pas devoir être unique. L'Ane, le Mouton, le Porc, le Chien, 
ont été plusieurs fois incriminés avec vraisemblance. 

Chose remarquable, alors qu'on a souvent observé des épidémies 
animales nombreuses, causées par l'un ou par l'autre de ces Tricho- 
phytons, on n'en a presque jamais observé d'épidémies humaines de 
plus de deux ou trois cas. Ces Parasites sont donc des parasites ani- 
maux qui n'habitent sur l'Homme que par occasion. 11 est remar- 
quable de voir ainsi des Dermatophytes, qui sont plus virulents sur 
l'Homme que ses propres Trichophytons, n'avoir pas réussi à s'accli- 
mater sur lui, quand l'occasion leur en fut offerte. 

VIII. Étude clinique. — Les Trichophytons microïdes ne donnent 
pas invariablement lieu sur l'Homme à une lésion identique, néan- 
moins, la lésion qu'ils causent diffère surtout d'aspect, suivant qu'on 
l'observe à son début, à sa période de maturité ou à sa période de 
déclin, car si on compare, au même âge, diverses lésions causées par 
ces mômes Parasites, elles diffèrent vraiment très peu d'une espèce à 
l'autre, et c'est ce qui permet d'en tracer le tableau clinique général. 

1 er Stade (de début). — Au début, c'est une lésion érythémateuse, 
très peu surélevée au dessus de la peau voisine, couverte de squamu- 
les adhérentes et assez épaisses, presque croùtelleuses. La lésion peut 
être petite (5 centimètres de diamètre), moyenne (4 centimètres), ou 
même très grande (10 centimètres), mais, dans ce cas, elle résulte de 
la fusion de plusieurs cercles. 

Cette lésion, nos statistiques le prouvent, a deux sièges de prédilec- 
tion : les mains et les poignets chez l'adulte, et le cuir chevelu chez 



LES TRICHOPHYTOXS MICRGIDES. 341 

l'enfant. Elle affecte les mêmes caractères sur les régions pilaires et 
sur les régions glabres. 

A ce premier stade, au cuir chevelu, les cheveux malades sont très 
nombreux et très visibles. Certains sont cassés auras de la peau, mais 
les autres sont demeurés assez longs, gris et un peu décolorés; ceux- 
là sont fragiles et cassent à l'extraction, très peu au dessous du niveau 
de leur émergence hors de la peau. Leur portion radiculaire est en- 
gainée d'une enveloppe grisâtre qui, au niveau où le cheveu sort de la 
peau, lui fait une collerette. L'aspect de la plaque et du cheveu n'est 
pas très loin de rappeler, à cette période, la plaque et le cheveu du 
Microsporum lanôhum. Mais la lésion va évoluer rapidement et ne gar- 
dera pas longtemps ses premiers caractères. Telle que nous l'avons 
décrite, elle comptait six jours environ depuis son apparition, mais six 
ou huit jours plus tard, des points jaunes de suppuration seront appa- 
rus, par ci par là, aux orifices folliculaires. On les aperçoit par trans- 
parence au dessous de la couche cornée. En même temps, la lésion, 
gardant son contour arrondi, se surélève et prend la forme exacte d'un 
macaron avec un bord talué et une surface plate. Elle est devenue 
douloureuse et un peu chaude, mais ordinairement elle retentit peu 
sur l'état général, et même elle s'accompagne de peu de symptômes 
fonctionnels.' 

//'" Stade (d'état). — Au quinzième jour, le stade d'état est atteint com- 
plètement. Sur la lésion saillante, mais de surface à peu près plate, les 
pustules folliculaires se sont multipliées et ont évolué ; elles se sont 
ouvertes, et du pus s'effuse par les orifices pilaires considérablement 
dilatés. Ce pus effusé se concrète et va revêtir irrégulièrement la sur- 
face du kérion d'une croûte jaune, raboteuse, craquelée, incomplète, 
qu'on peut enlever sans grande douleur et qui entraîne avec elle, beau- 
coup de cheveux ou poils détachés de leur racine et morts sur place. 
Beaucoup de cheveux, dont le follicule ne suppure pas, sont mortifiés 
quand même, et la pince les enlève sans aucune résistance. 

Lorsqu'on exprime la peau malade entre deux doigts, il sort de chaque 
orifice folliculaire un pus épais et d'un jaune verdàtre. Sous l'influence 
de pansements émollients appliqués en permanence, la lésion se déterge 
et marche peu à peu vers son stade de régression et de guérison. 

Même détergée et nettovée, la lésion, gardant d'abord sa forme en 
macaron, et sa surface criblée d'orifices folliculaires dilatés, est tout à 
fait caractéristique, et aucun dermatologiste, sur son seul aspect, ne 
doit hésiter à reconnaître sa vraie nature. 

III e Stade (de régression;. — Lorsque chaque follicule a évacué le 
pus qu'il contenait, il se rétrécit et ressemble à un trou de grosse 
épingle. Mais le processus inflammatoire n'évolue pas du même pas 
sur toute la surface malade, et quelques follicules suppurent encore 



342 TRICHOPHYTIES. 

lorsque les autres sont déjà vicies. Cependant, de jour en jour, la 
lésion s'affaisse, et comme elle s'affaisse inégalement, elle devient 
mamelonnaire, surtout au cuir chevelu, où des abcès folliculaires pro- 
fonds, disséminés, existent encore çà et là. 

A ce moment, il ne reste plus de cheveux sur toute la lésion; tous 
sont morts et ont été enlevés. Peu à peu, les orifices folliculaires se 
comblent et s'épidermisent; toute la lésion reste rose, et son épidémie 
vernissé. Les derniers abcès s'évacuent spontanément ou par quelques 
ponctuations galvaniques, faites sur chacun d'eux. Enfin la surface 
mamelonnaire et capitonnée de la lésion s'aplanit. 

Lorsque le kérion est dû à l'un des Trichophytons microïdes, la 
repousse du cheveu s'effectue presque toujours, au moins partielle- 
ment. On voit d'abord naître un duvet blond irrégulier, qui grandit et 
dont la couleur s'accuse. Les cheveux se reproduisent ainsi sur toute 
la surface anciennement malade, sauf aux points signalés par une 
ulcération de la peau qui a détruit totalement la papille pilaire. Ainsi 
peut-on souvent reconnaître, après des années, la place d'un kérion 
ancien. Elle est signalée par un amincissement définitif de la peau et 
par des points cicatriciels disséminés sur toute sa surface. En outre, 
l'étendue d'un ancien kérion reste longtemps raboteuse, et sa surface, 
criblée de dépressions vermiculaires, ressemble à celle d'une peau sur 
laquelle a été appliquée de l'huile de croton à dose caustique. 

Sur les régions non pilaires, longtemps aussi, la place d'un kérion 
reste signalée par une tache rouge, et, plus tard, par une tache pig- 
mentaire qui, après des mois, s'atténue et disparaît. 

Telle est l'évolution presque constante des kérions dus aux divers 
Trichophytons microïdes. Il va sans dire qu'une de ces lésions, prise et 
bien traitée à son tout premier début, n'évoluera pas, et s'arrêtera à 
son premier stade, sans arrivera faire un kérion proprement dit. Mais, 
à partir d'une certaine date, lorsque les premiers points pustuleux 
apparaissent à sa surface, le kérion ne peut plus être conjuré. 

Il est bien remarquable de voir que l'évolution de ces lésions est 
presque toujours plus rapide que celle des trichophyties sèches; elle 
se compte par semaines et non par mois, sauf exceptions rares, car ce 
sont des trichophyties autophages : l'évolution des trichophyties ordi- 
naires est chronique parce que le parasite se cantonne dans la racine 
du cheveu au fond du follicule; or ceci ne peut arriver avec les Tricho- 
phytons microïdes, puisque la suppuration du follicule détache le 
cheveu et l'évacué au dehors. 

Les inoculations, sur l'Homme, des Trichophytons de ce type sont 
habituellement peu nombreuses. La lésion est le plus souvent unique, 
ou bien, autour d'une grande, quelques-unes, plus petites, peuvent 
évoluer. Rarement un cuir chevelu est pris à ce point qu'il reste moins 



LES TRICHOPHYTONS MICROIDES. 343 

de places nettes qu'il n'y a de places malades, ce que j'ai vu pourtant, 
après des traitements mal dirigés. 

Dans tous les cas, au début, le traitement doit comprendre l'épila- 
tion totale de la région infectée, et des applications quotidiennes 
d'une teinture d'iode très diluée (au 1/10'). A partir du moment où la 
pustulation est apparue, le traitement doit être plus antiphlogistique 
qu'antiseptique; les applications iodées faibles restent utiles, mais les 
applications émollientes, cataplasmes ou pansements humides, le sont 
bien plus, ainsi que la détersion minutieuse des abcès folliculaires par 
expression, lavage à l'eau bouillie et épilation des poils morts. 

IX. Histoire des Trichophytons microïdes. — Les Trichophytons gyp- 
seums ont été parmi les premières espèces trichophytiques rencontrées 
au cours de mes recherches de 1892-94. Comme tous les Parasites ren- 
contrés étaient cultivés, il ne fut pas difficile de reconnaître la spécificité 
de leurs caractères culturaux, et de s'apercevoir que ces Trichophytons 
se rencontraient habituellement dans les kérions. Ils furent étudiés 
d'abord dans un mémoire sur les trichophyties de la barbe (*), puis dans 
une monographie consacrée plus spécialement aux folliculites agminées 
trichophytiques, c'est-à-dire au premier Trichophyton gypseum et à ses 
quatre ou cinci variétés ( 2 ). Enfin, dans les Trichophyties humaines, un 
chapitre est consacré à ces mêmes espèces parasitaires. Ce chapitre ren- 
fermait, à côté de plusieurs erreurs, l'essentiel des faits que les recher- 
ches ultérieures et. celles-ci, même, ont confirmés ( 5 ). 

Rappelons d'abord les erreurs faites. Ces Parasites furent trop exclusi- 
vement pour moi les agents des kérions. D'autres Trichophytons sont 
capables de créer des lésions similaires. C'était peut-être trop s'avancer 
aussi, que d'écrire : L'origine équine de la maladie humaine paraît clini- 
quement indiscutable dans le plus grand nombre des cas( 4 ) ». On l'établit 
souvent, on peut la supposer plus souvent encore, mais il reste des cas 
de contamination humaine qu'on ne sait à quelle origine attribuer. Ma 
plus grosse faute en ce sujet fut microscopique : je ne décrivis la peti- 
tesse des spores extra-pilaires que chez une des espèces de ce groupe, en 
attribuant de grosses spores aux autres, alors que toutes les espèces de 
ce groupe sont microsporides. Cette erreur ayant eu des suites sera 
étudiée tout à l'heure plus spécialement. 

Mes premières statistiques montraient ces Trichophytons rares chez la 
Femme, ce que mes nouvelles recherches confirment tout à fait, mais elles 
les faisaient rares aussi au cuir chevelu de l'enfant, alors qu'ils se trouvent 
aussi fréquents, avec cette localisation, que sur les régions découvertes 
de l'homme adulte, où ils déterminent aussi un kérion. D'après mes sta- 
tistiques anciennes, je croyais ce Trichophyton plus fréquent à la barbe 
que mon observation récente ne me l'a montré. Mais, il entre dans les 
cas que l'on rencontre une part de hasard. 

(') Sabouraud. Contribution à l'étude des trichophyties humaines, II e mé- 
moire. Les trichophyties de la barbe. Annales de Dermatologie et de Syphili- 
graphie, juillet 1895. 

( 2 ) La i'olliculite agminée et son origine animale. Annales de VJnstitûl Pasteur. 

( 3 ) Trichophyties humaines, 1894, p. 9i et Atlas, p. '29. 

('') La folliculite agminée et son origine animale. Loc. citât., p. 510. 



3W TRICHOPHYTIES. 

Tels sont les points de mon premier travail que les recherches ulté- 
rieures ont dû corriger. En revanche, ce travail établissait : 

1° La fréquence et la spécificité du Trichophyton gypseum chef du 
groupe, et ce fait capital qu'on le retrouvait toujours dans une lésion de 
type inflammatoire et évoluant vers le kérion ; 

2° Avec ce travail, j'établissais l'origine trichophytique du kérion des 
régions glabres, considéré jusque-là comme une maladie non trichophy- 
tique, sous le nom de folliculite agminée, et différencié à tort du kérion 
de la barbe; 

5 n J'établissais, par cet exemple, la spécificité des Trichophytons qui 
font les kérions, leur faculté pyogène, leur différenciation avec les Tricho- 
phytons vulgaires de nos tondantes et avec les Microsporums; 

i n Par l'inoculation à l'Animal et la rétroculture, je prouvais la spéci- 
ficité du type trichophytique. Enfin, je démontrais positivement l'origine 
équine d'un certain nombre des kérions que ces Trichophytons déter- 
minent. 

Le premier auteur qui retrouva l'espèce principale du groupe et l'étu- 
dia fut Bodin, dans son travail sur les teignes du Cheval et leurs inocu- 
lations humaines (')• Comme moi, il vit le Parasite ectothrix, mais sans 
insister sur la petitesse des spores et l'apparence microsporique de 
leur disposition autour du cheveu (•-). 11 ne parle des spores que pour 
dire qu'elles sont disposées en chaînes plus ou moins longues, et aussi 
qu'elles sont irrégulières ( 3 ). 

Bodin répéta aussi mes recherches sur la mycologie de ce Trichophyton 
et les vérifia ( 4 ). 11 répéta mes inoculations et crut, comme moi, que la 
maladie inoculée au Cobaye avait une durée indéfinie ( 5 ), ce qui est con- 
traire à la règle, et, en tous cas, fort rare. Mais, où il apporta un fait 
nouveau et personnel, c'est quand il affirma que d'autres Trichophytons 
que le Gypseum pouvaient créer des kérions. 

« Il ne faut pas, écrit-il, restreindre au seul Trichophyton pyogène à 
culture blanche, d'origine équine, la possibilité de créer la trichophytie 
en forme de folliculite suppurée. J'ai vu plusieurs Trichophytons des 
équidés, différents au point de vue botanique du Trichophyton à cultures 
blanches, donner sur le tégument des lésions identiques ( 6 ). » 

Depuis cette époque, les Trichophytons gypseums ont été retrouvés un 
peu partout et en Angleterre dès 1895, par Adamson. Dans le premier 
et seul cas de kérion du bras qu'il eût étudié, le malade était cocher, et 
la culture décrite paraît bien avoir été celle d'un Tr. gypseum. Plus 
tard, en 1906, le môme auteur m'écrivait : « Ce Trichophyton n'est pas 
rare en Angleterre, et il y cause les li'iehoplnjties de la barbe les plus 
en /l animées ». 

En 1901, un des meilleurs élèves de J.J. Pringle, Bunch fît paraître une 

(') E. Bodin. Thèse de Paris, 1896. 

( 2 ) « Les Trichophytons d'origine équine, dit-il, ont un habitat intra- et péri- 
pilaire tout à la fois; ils forment au poil une gaine qui l'accompagne jusqu'à sa 
sortie de l'épiderme, mais contrairement à celle que les spores du Micro- 
sporum Audouïni constituent, la gaine végétale des Trichophytons endo-ectothrix 
s'arrête à l'orifice du follicule pileux et s'évase en collerette à ce niveau. •> 
E. Bodix. Loc. citai., p. 55. 

( 3 ) Loc. '■Uni., p. 55 et 56. 
(*) Loc citât., p. 80. 

( 5 ) Loc. citât., p. 79. 

( 6 ) Loc. citât., p. 52. 



LES TRICHOPHYTONS MICROIDES. 345 

excellente étude sur l'infection trichophytique de l'Homme et des 
Animaux ('). Le premier Trichophyton cpi'il rencontra sur le Cheval fut 
un Tr. gypseum. 11 venait, d'ailleurs, de l'extraire de la lésion humaine 
qui en était dérivée. De même, Kryzstallowicz m'écrivait, l'an passé, de 
Cracovie, qu'il y a extrait d'une folliculite agminée de l'Homme et de la 
lésion causale d'un Cheval, une culture de Trichophyton gypseum. 

Enfin, mon élève et ami, J. Uribiiru, de Buenos-Aires, vient de retrouver 
cinq fois le Tr. gypseum nst.eroïdes dans des trichophyties de l'enfance et 
dans des kérions de la barbe. 

Ainsi, ces Trichophytons ont été retrouvés, sur les points du monde les 
plus différents, toujours avec leurs caractères, et dans des trichophyties 
à tendance suppurative. 

X. Confusions faites entre les Trichophytons gypseum et les Microspo- 
rums banals. — Ma première étude générale des trichophyties réunissait 
dans un môme groupe les Trichophytons gypseums, les Trichophytons 
niveums que nous étudierons après eux, et quelques autres qu'il faut en 
séparer dorénavant. 

Mêlant ces espèces en un seul groupe, je devais dire que certaines de 
ces espèces ont des spores grosses, et d'autres des spores, relativement 
petites. C'est ce que je fis, en attirant tout particulièrement l'attention sur 
la petitesse des spores qui pourrait faire attribuer à tort au Microsporum 
des lésions dues aux Trichophytons de ce groupe. 

Je crois utile de reproduire mon texte de 1894 sur ce point. 

« Enfin, quelquefois, dans un sycosis d'aspect ordinairement très 
bénin et peu végétant, on trouvera ces spores relativement petites, dont 
nous avons déjà parlé en étudiant les Trichophytons ectothrix dans le 
cheveu.... » 

« — Elles simuleraient vraiment un Microsporum Audouïni aux yeux 
de celui qui ne connaîtrait pas cette espèce. Mais, là encore, ce n'est 
qu'une espèce différente du même groupe, et la culture évitera toute 
méprise. Elle redonnera le type si caractéristique et si spécial des cul- 
tures que je vais décrire. Du reste, un examen plus attentif montrerait 
par places, même pour cette espèce, des files de spores régulières et des 
spores à double contour. » 

« Ces différences dans l'aspect microscopique du poil que je prends 
soin de signaler, pour qu'on ne cherche pas à tort à réfuter par elles ma 
description si je la faisais unique, ont une valeur grande en ce qu'elles 
correspondent à des espèces multiples du type trichophytique ectothrix 
à dermite profonde, à cultures blanches. J'ajoute une fois de plus que, 
pour un même cas, tous les poils de la lésion offrent à l'examen micro- 
scopique, un Parasite d'aspect morphologique identique ( 3 ) ». 

Toutefois, à l'époque où j'écrivais, les Microsporums étaient à peine 
connus à l'étranger, et partout mal différenciés. Et comme à ce moment 
aucun dermatologiste, même micrographe, n'avait la pratique métho- 
dique des cultures, ce point spécial du sujet fut pour presque tous 
une pierre d'achoppement. 

(') Bunch. On ringworm infection in man and animais. British médical Journal, 
n» 2093, 1901, p. 323. 

( 2 ) Comparer dans l'atlas des Trichophyties humaines, les fig. 109 et 111 qui 
représentent les types mêmes des groupes niveum et gypseum. 

(°) Sabouraud. Trichophyties humaines, p. 106-107. 



346 TRIGHOPHYTIES. 

A peine le texte de 1895 que je viens de rappeler était-il écrit, que pa- 
raissait dans la Gazette des hôpitaux de Copenhague, un article de H.- 
C. Slomann de Vejle sur deux cas de kérion dont un lui avait fourni des 
éléments d'étude microscopique^ 1 ). 

Il y trouva des spores relativement petites, hors du cheveu, et il crut 
avoir affaire au Microsporum Audouïni. 

« L'auteur en conclut que le Microsporum Audouïni, contrairement 
aux résultats de mes recherches, peut causer le kérion de Celse. Bien 
plus, le môme cas s'accompagnait d'une plaque de folliculite agminée du 
front. L'auteur conclut encore que, contrairement à mes observations, 
le Microsporum Audouïni peut s'accompagner de cercle tiïchophytique 
confirmé de la peau glabre ( 2 ). 

De son examen microscopique, unique, et sans culture, l'auteur con- 
cluait naturellement que ces faits ne s'accordaient pas du tout avec les 
résultats de mes observations. 

On comprend très bien l'erreur de l'observateur danois lorsqu'on 
connaît la morphologie des Microïdes et qu'on a soi-même rencontrés au 
cours de ses recherches, des cas semblables. C'est là une erreur d'inter- 
prétation qui n'est évitable que si l'on pratique la culture des cas que 
l'on observe, et qu'on étudie ( 3 ). 

On trouve la même erreur faite par les travaux anglais de la même 
époque ( 4 ). 

Bunch s'est heurté aux mêmes difficultés. Lui aussi a trouvé difficile 
de différencier Ectothrix et Microsporums, mais il a compris que les 
cultures éclairent la route et empêchent toute erreur ( 5 ). 

Ce qui est certain c'est qu'en l'absence de culture l'erreur était sûre 
partout, et partout elle s'est produite. Ainsi, à Berne, Frédéric répète 
l'erreur de de Slomann presque dans les mômes termes : L'examen mi- 

f 1 ) H. C. Slomann. 2 Tilfaelde af kérion Celsi. Hospitalstidende, 16 août 1893, 
n° 3.". 

( 2 ) Et cependant l'auteur lui-même mentionne plus haut que, d'après ce que 
j'ai dit, « le Microsporum ne montre jamais de rameau myrélien sporulé, et 
dans le cas qu'il rapporte : 

" Les cheveux examinés contenaient surtout des filaments mycéliens remplis 
de spores. Ces fdaments formaient notamment une couche extérieure à la subs- 
tance corticale du cheveu et occupaient cette substance corticale jusqu'au-des- 
sous de la cuticule.... En outre, toute la partie radiculaire du cheveu était 
entourée d'une couche épaisse de spores, en partie disposées irrégulièrement, 
en partie disposées en fdes régulières, entre le cheveu même et la gaine in- 
terne de sa racine. » 

( 3 ) Rappelant le travail de II. C. Slomann dans les Trichophyties humaines, 
1894 (note de la page 106.) J'ajoute : « Il s'agissait de l'espèce de Trichophyton 
ectothrix à culture blanche, à spores relativement petites, mais agminées en 
chaînes, dont je viens de parler. Je n'avais si précisément décrit ses caractères 
microscopiques que pour rendre impossible cette erreur très facile à faire en 
l'absence d'examens microscopiques multipliés ». 

(*) Adamson. Observations on the parasites of ringworm. British Journal of 
Dermatology , 1895, p. l 2()i. A chaque instant lorsque, Fox et Blaxall examinent 
un Trichophyton ectothrix, la mention revient que les spores sont « certainly not 
bigger than Microsporum ». Tous ces doutes sans la culture ne pouvaient être 
levés et c'est par la culture que les auteurs anglais les ont éclaircis. Désor- 
mais, il n'y a pour eux aucun doute sur la réalité de la différenciation des 
Microsporums, des Trichophytons endothrix et ectothrix. 

( 5 ) Bunch, toc. citât. 



TRICHOPHYTON ASTEROÏDES. 347 

croscopique disait microsporie ; pourtant la réaction inflammatoire était 
rive et l'histologie montrait des cellules géantes. Pas de cuilure( l ). 

Tous ces exemples montrent d'une façon absolue et surabondante la 
lécessité des cultures en la matière. Elles y apportent une clarté par- 
faite, et avec elles presque toutes les difficultés du sujet s'effacent. 

En terminant il me paraît curieux de faire remarquer que ces diffi- 
cultés avaient frappé Gruby le premier, car c'est lui qui avait nommé le 
«icrosporum Audouïni, et quand il rencontra un kérion de la barbe, il 
nomma aussi microsporum mentagrophytes le Parasite qu'il y rencontrait. 
Mais tout en soulignant par un nom analogue les ressemblances des deux 
Parasites, il ne les avait point identifiés. 

Après cette étude générale des Trichophytons microïdes, nous 
devons envisager maintenant une par une les espèces dont leur groupe 
est composé ; elles sont pour le moment au nombre de huit : six 
Trichophytons à culture poudreuse ou gypseums, deux à culture duve- 
teuse ou niveums. 



PREMIER GROUPE DES TRICHOPHYTONS MICROÏDES 

I. — TRICHOPHYTONS GYPSEUMS 

Tr. (gypseum) astéroïdes (Sabouraud, 1895). 

Le premier des Trichophytons gypseums est le Trieliophyton asté- 
roïdes. Je résumerai d'abord en quelques lignes l'histoire des cas 
dus à ce Parasite, que j'ai rencontrés. Je les grouperai par formes et 
localisations analogues. 

Chez l'Enfant, j'ai observé cette espèce 7 fois. 

1. Juliette Séj... (fig. 158). Lésion occupant la tempe droite sous 
forme d'une très large plaque rose couverte de petites squames gras- 
ses jaunes et de cheveux malades cassés à 4 millimètres, décolorés, 
fragiles ; d'autres, cassés au ras de la peau, épilés, se montraient en- 
tourés d'une collerette. Le traitement par les rayons X provoqua 
l'alopécie temporaire. La plaque resta longtemps marquée en rose, 
mais l'évolution complète du kérion fut évitée. Repousse normale 
dans le temps normal. 

2. Biaise il/..., cas similaire; mais l'évolution du kérion, traité plus 
tard, fut plus complète. 

5. Anne-Marie Page.... Beaucoup de points d'inoculation récente 
impétiginisés. Peu d'inflammation dermique profonde. 

(') J. Frédéric. Beitrag zur Fraeje der mikrosporie (Archiv f. Dermatologie u. 
êyph., 1902, t. LIX, p. 45). 



348 



TRICHOPHYTIES. 



\. Riss..., fils d'un cocher. Kérion en pleine période d'état : tous 
cheveux décollés s'épilant sans traction et sans douleur. 

5. Vall. Kérion en 
régression ; plaque uni- 
que de 6 centimètres 
de diamètre, d'évolu- 
tion rapide. La peau est 
décollée par une nappe 
de pus très liquide au- 
quel on donne issue 
par trois ou quatre 
pointes de galvano- 
cautère. La peau se 
recolle et la repousse 
s'effectue peu à peu 
complète. 

('). Louise Lej.... Sur 
l' avant-bras, beau cer- 
cle d'herpès circiné à 
fonds rouge, semé de 
vésico-pustules, faisant 
sur la peau un relief 
total égal à celui d'une 
pièce de cinq francs 
environ. 

7. Marins Van L.... 
Trichophytie sembla- 
ble du dos de la main 
empiétant sur le dos 
des doigts. 

J'ai observé le même 
Trichophyton sur huit 
adultes, deux femmes 
et six hommes. 

Parmi les femmes : 

8. Claudine Pieu..., 
servante arrivant de la 
campagne. Large pla- 
card de trichophytie suppurée du dos du poignet : Kérion typique. 

9. Mme Délai/.... Cercle vésico-pustuleux du dos de la main. 
Parmi les hommes : 

II). M. Coutu..., cocher. Large kérion plat, d'intensité moyenne à la 
face palmaire du poignet. 




Fig. 158. — Juliette Srj... Kérion au début. Tt 



TRICHOPHYTON ASTEROÏDES. 349 

11. Ch. Duna..., charretier : sur l'avant-bras droit, plusieurs petits 
gérions de deux centimètres et demi de diamètre et d'intensité 
très moyenne. 

1*2. Alph. Ch..., notre garçon de laboratoire, contaminé sans doute 
en nettoyant des tubes de culture ; sur lavant-bras un médaillon de 
trois centimètres de diamètre, détruit sans qu'on ait attendu son déve- 
loppement. 

15. M. Mérou.... Sur tout le corps, une dizaine de macarons, tous 
semés de points de l'olliculite, mais assez discrets de symptômes et 
de dimension petite. 

14. Jean Hare..., machiniste : grand placard de l'olliculite agminée 
au dessous du jarret ; à côté de lui, deux petites lésions commençantes. 

15. Le Dr Breg.... Autour du cou trois petits kérions bénins traités 
au début de la suppuration folliculaire. 

Depuis ma statistique arrêtée, deux cas de kérions de la barbe dus 
au môme Parasite ont été observés, mais tous deux peu graves, malgré 
la dermite assez intense et la suppuration folliculaire. 

En outre, en 1906, quelques mois avant de reprendre systématique- 
ment l'étude des trichophyties, j'avais recueilli une observation si pré- 
cise que je veux l'ajouter aux précédentes. 

Lieutenant du C..., appartenant à un régiment de cavalerie, envoyé 
dans le département du Nord au cours d'une grève, pendant 8 jours 
ne s'est pas couché, dormant roulé dans des couvertures de Cheval. 
(Par la suite, j'ai appris que les Chevaux de son régiment avaient pré- 
senté des cas d'Herpès). Double kérion de la barbe, deux plaques éga- 
les de cinq centimètres de diamètre, avec l'aspect du kérion type au 
stade d'état. Œdème périphérique considérable, déformant le cou. 
Réaction ganglionnaire vive. 

Observation animale. — Je n'ai observé la maladie chez le Cheval 
qu'une fois, en 1895. Je transcrirai la description faite alors : 
«.... Chez le Cheval, la lésion occupait l'angle inférieur et la partie 
externe du naseau... (elle) formait un placard large de six centimètres 
environ à peu près circiné, et d'aspect général furonculeux. » 

« La lésion, guérie dans sa moitié antérieure, n'avait laissé qu'une 
plaque érythémateuse un peu indurée, trace de la folliculite passée. 
La partie postérieure était encore en activité. Son rebord était couvert 
d'une croûte adhérente engainant les poils et les agglutinant à 
leur base. Par places, la croûte était épaissie et acuminée, semblant 
recouvrir autant de lésions distinctes ; cet aspect, grossièrement ana 
logue en ces points à des boutons de vaccine en régression, justifiait 
assez l'erreur diagnostique du vétérinaire »; qui avait pris cette tri- 
chophytie pour du horse-pox. 



350 



TRIGHOPHYTIES. 



« Enfin, en dehors de ce rebord eroûteux, sur la moitié postérieure 
de l'aire occupée par la lésion, on pouvait voir une dizaine de pustules 
acuminées, émergeant du disque de dermite qui, chez le Cheval 
comme chez l'Homme font le fond de la lésion. » 

« Ces pustules, toutes semblables, de disposition assez régulière, à 
peine grosses comme un grain de chènevis laissent voir, quand on les 




Fig. 159. — Tr. (gypseum) astéroïdes. Squames prélevées autour d'un kérion à son premier 
stade. A gauche : mycélium jeune. A droite, mycélium adulte « sporulé ». x 260. 



ouvre par grattage, un infundibulum assez profond et taillé comme à 
remporte-pièce. On voit par cette description que la ressemblance 
entre la lésion du Cheval et celle de l'Homme est fort accusée. Il paraît 
que chez le Cheval efiV n'est pas d'une évolution très lente. Sur l'Ani- 
mal que j'ai observé, la lésion s'était formée en quelques jours,, et sa 
durée totale, après traitement par une pommade mercurielle simple, 
n'a pas dépassé cinq semaines. » 

« Elle n'a pas laissé de cicatrice malgré l'induration très apparente 
du derme, et la profondeur de chaque petit abcès folliculaire. C'est un 
point que j'ai pu vérifier, ayant examiné le Cheval deux mois pins lard. » 



TR. ASTEROÏDES. 



351 



« 11 ne m'a pas paru non plus 
qu'elle ait déterminé localement 
de l'alopécie ; en tous Cas pas 
d'alopécie totale. » 

« Elle existait seule et n'a causé, 
ni sur l'Animal ni sur ses voisins 
d'écurie, de contagion secondaire. 
Le Cheval était âgé de dix ans (') » . 

Examen microscopique. — 

Les squames prises à la surface 
de la lésion jeune ou au pourtour 
de la lésion adulte montrent des 
filaments mycéliens en abondance. 
Les plus fins sont les plus jeunes, 
les plus fréquemment septés sont 
les plus âgés, faits de chapelets 
de spores ovoïdes de 5-4 y., non plus 
rectilignes mais sinueux (fig. 159). 
Môme dans les kérions des ré- 
gions glabres, l'examen d'un follet 
est très important. Il faut chercher, 
au bord de la lésion, un petit poil 
portant à son point d'émergence 
de la peau une collerette d'appa- 
rence épidermique. Voici fig. 140 
un follet semblable coloré au bleu 
polychrome. On a extirpé avec lui 
quelques cellules épidermiques 
qui lui sont restées adhérentes. On 
les reconnaît à leur forte colora- 
tion, à leur forme losangique, à 
leur situation extérieure au poil. 
Dans le poil, le Parasite se pré- 
sente sous la double forme, con- 
stante chez les Tr. microïdes, de 
filaments mycéliens réguliers et 
de spores détachées. Les filaments occupent 
le corps du poil et les éléments sporulaires 
lui font une écorce extérieure. 

f 1 ) Sabouraud. Trichophyties humaines, p. 101-102. 

Fig. U0. — Tr. (gypseum) astéroïdes. Poil follet au pour- 
tour d'un kérion. x "260. Bleu polychrome. 



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352 



TRICHOPHYTIES. 









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Môme l'écorce sporulaire du cheveu montre un mélange de spores 
issociées et de filaments, ce qui est la caractéristique des Tr. mi- 

croïdes; on re- 
in arquera la 
petitesse des 
éléments sporu- 
laires très ana- 
logues à ceux 
de l'écorce péri- 
pilaire des Mi- 
crosporums. 

Cultures. — 
Sur gélose giu- 
cosée, les cul- 
tures du Trichoî 
phyton astéroï- 
des prennent un 
aspect très élé- : 
gant et orne- 
mental. Au dé- 
but, c'est une 
éminence ron- 
de, saillante, 
entourée de 
quelques rayons 
poudreux. (PI. 
XV, fig. ii et n 2 ). 
Plus tard l'émi- 
nence centrale 
est devenue une 
calotte ombili- 
quée d'où par- 
tent des rayons 
lancéolés. Plus 
tard encore, ces 
rayons augmen- 
teront de nombre, et tous ceux qui affleurent le milieu sont recouverts 
de la même poudre blanche. Après 4-5 semaines, la petite coupole 
centrale se recouvrira d'un duvet blanc qui croît peu à peu. C'est la 
forme pléomorphique, duveteuse, qui apparaît. En un mois ces cultures 
peuvent dépasser 6 et 7 centimètres de diamètre (PI. XV. fig. iv). 

Sur gélose maltosée, le développement est le même et la rapidité de 
croissance très peu supérieure. La coupole centrale est moins régu- 



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Fig. lit. — Tr. (gypseum) astéroïdes autour d'un poil de la barbe. 
Mélange de spores petites et de filaments, x 260 



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l'écorce sporulaire du 
de filaments 



LÉGENDE DE LA PLANCHE XV 



Les Trichophytons gypseums. 



TlUCHOPHYTON ASTEROÏDES. 



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P. 

II, II, IL 

II 2 . 

III. 

IIP. 

IV. 



Cultures de 20 jours sur gélose maltosée (en tubes). 

, „„ . j aspeel 

Culture de 30 îours — 

gant H 

Cultures de 20 jours sur gélose glucosée (en tubes). \ u , 

Culture de 30 jours. — 

Culture de 20 jours sur gélose peptonisée 5 0/0 (en tubes). 

Cultures de 45 jours — 

Forme pléomorphique duveteuse, tout à fait purifiée de la 
culture primaire. Culture de 25 jours sur gélose maltosée. 

XV.lig. n el 
Plu-, lard 1 ■ 
nence centrale 
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ra d'un duvel blanc qui < roît peu à peu. ; 
duveteuse, <|iii app« raît. En un mois ces eullu 
? centimètres de diamètre (PI. XV. lig. 
■ développement osl le même et la nu 
■ lire. La coupole central» 



SABOURAUD. — Teignes. 



Planche XV 




Masson S: Cie, Éditeurs 



TRICHOPHYTON ASTEROÏDES. 



353 



Hère, affaissée par places, ou incisée de sillons creux. Les rayons 
lancéolés n'existent qu'à l'état rudimentaire, comme une frange, au- 
tour d'un disque de poudre blanche. La culture ne prend tout son 
développement qu'en un mois et demi. Elle atteint alors 10 centi- 
mètres de diamètre (PI. XV, i, i 2 ). 

Sur les cultures en tubes, on conçoit que des cultures aussi vivaces 
se trouvent vite gênées et ne puissent se développer que dans un sens, 
ce que les figures i, 
i, i, de la PI. XV 
montrent déjà; 
néanmoins leur for- 
me et leurs caracté- 
ristiques y restent 
reconnaissables. 
Sur gélose sucrée, la, 
face dorsale des cul- 
tures présente une 
couleur rougeâtre 
très utile pour le 
diagnostic de l'es- 



pèce. 

Sur le milieu de 
conservation, (pep- 
tone 7) pour 100), le 
Trichophyton asté- 
roïdes prend des ca- 
ractères différents, 
mais aussi spéciaux. 
En tubes, c'est une 
petite cupule exac- 
tement ronde, toute 
blanche, peu pou- 




Fig. 142. 



Tr. astéroïdes. Poil de Cobaye onze jours 
après l'inoculation, x 260. 



cireuse, entourée, dans l'épaisseur du milieu, d'une aréole de fins 
rayons (PI. XV, ni). Sur matras où la culture peut se développer 
davantage, elle prend l'aspect connu des cratères lunaires, quelque- 
fois un peu difformes, et elle se recouvre de la même poudre farineuse 
que les cultures sur milieux sucrés, mais beaucoup moins épaisse et 
abondante (PI. X, m 2 ). 

Lorsque la culture vieillit et que le duvet pléomorphique est apparu 
à sa surface, on peut le prélever et l'ensemencer séparément. Sa cul- 
ture est totalement différente de la culture primaire. C'est un disque 
partait de duvet velouté : le disque est quelquefois ombiliqué en son 
centre (PL XV, iv). 



LES TEIGNES. 



354 



TRICHÔPHYTIES. 




Il est à remarquer que lorsqu'on prélève, au centre dîme culture 
primaire vieillie, une trace de duvet pléomorphique, on n'obtient pas 

d'emblée la culture que je 
viens de décrire. On obtient 
d'abord une culture duveteuse, 
à rayons lancéolés qui repré- 
sente déjà une dégradation de 
la culture primaire, mais qui 
en garde encore beaucoup de 
caractères (PI. I, n, m) ; ce 
n'est que peu à peu, par ses 
ensemencements successifs de 
cultures vieilles qu'on parvient 
à la forme dégradée que la 
figure iv, pi. XV représente. 
Et si l'on suit les transforma- 
tions mycologiques connexes 
de la transformation culturale, 
on voit la culture perdre de 
plus en plus ses formes diffé- 
renciées, pour arriver à n'être 
plus qu'un lacis mycélien tout 
à fait stérile. 







Inoculations. — L'inocula- 
tion du Trichophyton asté- 
roïdes est régulièrement posi- 
tive au Cobaye, même si l'on 
se sert de vieilles cultures con- 
servées depuis un an et plus 
au laboratoire. Ce sont les 
cultures dermatophytiques les 
plus robustes, celles qui con- 
servent le mieux leur viru- 
lence intégrale, môme quand 
elles paraissent desséchées. 
L'inoculation ne se montre po- 
sitive qu'au huitième jour, sous 
la forme d'un point rose qui 
devient croùteux vers le on- 
zième. Il s'étend progressivement et, sur sa surface, on trouve les 
poils agglutinés dont quelques-uns largement parasités. 

Ces poils sont entourés de squames largement infectées de filaments 



Fig. lir>. — Tr. astéroïdes. Poil de Cobaye ino- 
culé de la forme pléomorphique duveteuse 
du Parasite, x 2(50. 



TRICHOPHYTON RADIOLATUM. 



355 



mycéliens. Les poils malades sont recouverts de filaments sporulés 
verticaux qui lui forment une écorce 
lacunaire, et la disposition de leurs 
spores en chaîne peut être distinguée 
même après dissociation. 

Le corps même du poil peut être 
pénétré de semblables filaments, 
(fig. 145). Lorsqu'on suit ces filaments 
jusqu'au point sus-bulbaire, où l'extré- 
mité du poil épilé se fracture, on y 
retrouve les mêmes filaments, plus 
fins, non septés formant la frange dé- 
crite par Adamson (fig. 144). 

Les résultats de l'inoculation sont 
identiques, soit qu'on la pratique avec 
la culture primaire plâtreuse, soit 
qu'on inocule la forme secondaire 
duveteuse. Mais celle-ci meurt plus 
vite que la culture primaire et peut 
perdre, avant même de mourir, la 
possibilité de vivre sur l'Animal et de faire des inoculations positives 




Fig. \ii. — Tr. astéroïde*. Extrémité 
radicùlairé fracturée d'un poil de, 
Cobaye inoculé de la forme duve- 
teuse du Parasite, x 260. 



IL — TRICHOPHYTON RADIOLATUM (Sabouraud, 1910) 



Clinique. — Le Trichophyton ràdiolatum a été observé en 1895-94, 
mais non étudié à cette époque. Espèce rare : un cas sur 500 derma- 
tomycoses. Depuis que ma statistique a été arrêtée, j'en ai observé 
une épidémie familiale de trois cas. 

1. ./. Chand..., 18 ans, cuisinière. A l'avant-bras droit, large kérion 
typique, lésion rouge, dure, infiltrée, bien ronde, en forme de maca- 
ron, criblée de points suppures visibles à travers la couche cornée. 

2. Mme Laur.... Assez large placard de trichophytie vésico-pustu- 
leuse, de développement rapide, siégeant sur le dos de la main et des 
doigts. La malade soignait un de ses enfants pour « une succession 
d'abcès » et croyait s'être inoculée de l'un d'eux, ce que la culture 
démontra. Lésion au début, sans infiltration dermique sous-jacente. 

5et4. Des deux enfants Laur..., l'un, contaminé par son frère, ne mon- 
trait que trois points d'inoculation récente ; l'autre présentait la tête 
dans le plus pitoyable état. Il était traité chirurgicalement pour des lie- 
rions, supposés abcès furonculeux, et ouverts au bistouri. Cuir che- 
velu à demi dépilé, couvert de plaques rouges bosselées, fluctuantes. 
Des points cicatriciels signalaient les orifices par lesquels des abcès 



356 



TRICHOPHYTIES. 



s'étaient partiellement vidés.... La repousse s'effectua cependant sans 
encombre, sauf sur les cicatrices spontanées et chirurgicales. 

Examen microscopique. — 
L'examen microscopique montra un 
cheveu identique à celui du Tricho- 
phyton astéroïdes. Sa description et 
sa figuration nous paraissent donc 
inutiles. 

Cultures. — La culture à son 
début paraît celle du TrichophyïoË 
astéroïdes quoique dès l'abord sa cou- 
leur ne soit pas d'un blanc aussi pur. 
Peu à peu les différences se précisent. 













'Â%v»i? 



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p i\4*\ 










Sur gélose maltosée en tubes, le cen- 
tre de la culture est plus régulière- 
ment arrondi ; sur gélose glucosée, 
l'aspect radié en soleil est plus 
confus et les rayons gladiolés moins 
distincts. Ces différences s'accusent 
bien plus nettement sur matras. 
Leur couleur seule, plus rose, les 
différencierait déjà sur gélose mal- 
tosée. Sur gélose glucosée, les 
rayons ne sont distincts qu'au pour 
tour de la culture autour d'un disque 
plein pulvérulent (PI. XVI, n). 

Après T)-A semaines les cultures sur 
milieux sucrés donnent lieu à un 
duvet blanc pléomorphique que la 
PI. XVI, ni reproduit. On trouve entre 
les duvets blancs de ces deux Tricho- 
phylons microïdes des différences à 
peu près aussi marquées qu'entre 
leurs cultures primaires. 

Inoculations. — L'inoculation 
toujours positive au Cobaye, donne 
du dixième au douzième jour des poils 
parasités qui reproduisent d'une façon 
typique l'aspect du cheveu humain at- 
teint par le même Parasite (fig. Ho). 

On y trouve quelques mycéliums 
rubanés dans le cheveu, et une écorce sporulaire de spores petites 
(3-4 ii) 



Fig. Ii5. — Tr. radiolalum. Poil de Co- 
baye, 12 jours après l'inoculation, x 260. 



dont l'agmination en filaments reste partout distincte. 




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LÉGENDE DE LA PLANCHE XVI ] 

celle du Tri 

quoique dès l'abord - 

ne-soit pas d'un blam 
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Sur g-élose maltosée en tul 

Les Trichophytons gypseums. 

menl arrondi : sur gélose ^ le 

[•'aspect radié en sole: 
TRICHOPHYTON B ADIOLATUM raV()U 

— Culture de 25 jours sur gélose maltosée. 
I T)ien plus nettement sur uialr 

— Culture de 50 jours — (en tubes). Is rose. 

— Culture de 25 jours sur gélose glucosée. léjà sur 

— Cultures de 30 jours — ' (en tubes). 

-hue!- qu'ai 

— Forme pléomorphique duveteuse. Culture de 30 jours sur gélose 

maltosée. '. ..... 

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donnent lieu à 

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PI. XVI, m reproduit. On trou 

luvets blanc- de ces deux 

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peu pies aussi marquées qu'e 



I, I. 

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II, II. 

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III. 






leurs cultures primai: 

Inoculations. L'inocula 

toujours positive au Coba- 
du dixième au douzième jour i 
parasités qui reproduisent d'ùi 
typiq-ue l'aspect du cheveu lie 
teint par le même Par, 

On y trouve quelqu 
. et une écorce sporulairc de spoi 
ii en filaments reste partout distim 



260. 



SABOURAUD. — Teignes. 



Planche XVI 




Masson & Cie, Éditeurs 



Phototypie Berthaud, Pans 



TRICIIOPHYÏON GRANULOSUM. 



357 



III. - TRICHOPHYTON GRANULOSUM (Sabouraud, 1908). 

Au cours de Tannée 1908, M. le vétérinaire en premier Pécus vint 
soumettre à mon examen des poils de Chevaux provenant d'une épi- 
démie qui avait sévi l'année précédente sur les Chevaux du XIV 1 ' Ré- 
giment de Dragons à Sedan. 

Les premiers cas étaient à peu près passés inaperçus, bientôt ils se 
multiplièrent au point que 800 chevaux turent atteints en une année. 










Fig. 116. — Cheval de l'épidémie Irichophytique de Sedan (1908). Cliché de M. Pécus. 



La maladie s'annonçait par une éruption de petites taches sur les- 
quelles le poil était ébouriffé. En observant de plus près, on trouvait, 
sur chaque tache, le poil agglutiné en petits pinceaux qui semblaient 
trempés de colle. Puis le poil tombait, avec une squame-croûte, dont 
on pouvait dissocier des pellicules blanches et des particules de sérum 
desséché. Le poil tombé laissait des plaques noires, nues, sèches, sur 
lesquelles le poil repoussait ensuite lentement. 



358 TRICHOPHYTIES. 

Quelques caractères donnaient à cette épidémie une physio- 




Fig. iil. — Cheval de l'épidémie trichophytique de Sedan (1908). Cliché de M. Péeus. 

nomie spéciale. Les plaques étaient innombrables et toutes petites. Et la 

maladie procédait par 
poussées successives, et 
persistait de longs mois 
sur le même sujet. 

M. Pecus m'apporta 
des touffes de poils ag- 
glutinés, prélevés six 
mois avant sur une di- 
zaine de Chevaux. Et 
leur examen certifia aus- 
sitôt la nature trichophy- 
tique de raffection. 

La culture fut faite en 
partant de trois Chevaux 
différents. Elle fut posi- 

Fig. 148. — Tr. gvamtloswm. Re- 
pousse du poii sur le Cheval 
après guérison. Des touffes de 
poil, de croissance plus rapide, 
indiquent ^encore la place des 
lésions. Cliché de M. Pécus. 




TR1CH0PHYT0N GRANULOSUM. 



359 



tive pour les trois Animaux et identiques sur tous les tubes. L'inocu- 
lation au Cobave, aisément positive, et la rétroculture, certifièrent la 




Fig. 149. — TV. granulosum autour de la partie radiculaire du poil de Cheval, x 260. 

spécificité du Parasite. C'était un Trichophyton microïde d'espèce un 
peu différente de celles que nous connaissions déjà('). 



(') M. Pécus. Une épidémie de trïchophytie équine (<S00 cas), analyse mycologique 
par M. le D r Sabouraud. (Revue générale de médecine vétérinaire', 15 mai 1909, n° 154). 



360 TRICHOPHYTIES. 

Sur l'Homme ce Trichophyton n'a jamais été observé en France, 




Fig. 150. — Culture jeune du Tr. grànulosum sur milieu d'épreuve; 




Fig. 151. — Culture adulle du Tr. grànulosum sur milieu d'épreuve. 

mais une l'ois, en Italie, par Dalla Favera qui a bien voulu nous en 
envoyer la culture (1909). 



TRICHOPHYTON GRANULOSUM. 



361 



Pendant toute l'épidémie équine de Sedan, il n'y aurait eu aucune 
inoculation humaine, sauf 
un cercle du dos du doigt 
chez un maréchal-ferrant 
du régiment. Nous ne 
connaissons donc pas la 
lésion humaine de ce Pa- 
rasite et le type morpho- 
logique qu'il prend sur le 
cheveu ou le poil humain. 

Microscopiquement les 
poils de Chevaux nous 
ont montré, parmi beau- 
coup de poils sains, quel- 
ques-uns assez pauvre- 
ment parasités. C'étaient 
de très courtes chaînes 
dispersées autour de la 

partie radiculaire du poil. pjg. 1,5-2. — Duvet pléomorphique du 7V. granulosum. 

On ne trouvait ni fila- A s e adulte - Milieu d'èpreuye. 





Fig. 155. 



— Tr. granulosum. Poil du Cobaye, 12 jour; 
après l'inoculation, x 260. 



ments parasitaires dans 
le poil, ni une gaine spo- 
rulaire complète autour 
de lui ; les spores suh- 
cubiques de grosseur mé- 
diocre (5-4 fx), étaient 
agminées en filaments de 
direction curviligne et 
irrégulière (fig. 149). 

Culture. — La culture, 
sur milieux d'épreuve, est 
un disque de poudre d'un 
blanc jaunâtre semé de 
granulations plus grosses. 
Au centre un ombilic sail- 
lant ou creux, radié et 
souvent à demi capuchon- 
né. Culture presque iden- 
tique sur milieux mal- 
tosé et glucose, PI. XVII, 
i, ii, i s , n 2 . Sur peptone 



362 TR1CH0PHYT1ES. 

3 pour 100, culture plus petite; son centre occupe plus de place dans 
la culture, son pourtour est denticulé, sa surface se couvre quelquefois 
de perles d'eau de condensation (fig. 150 et 151). Sur milieux sucrés, 
la forme duveteuse pléomorphique survient vite. Sur tous milieux, 
elle se comporte presque exactement comme le même duvet des Tri- 
chophytons radiolatum et astéroïdes (fig. 152 et PI. XVII, m, m*. 

Inoculations. — Le Trichophyton granulositm est très facilement 
inoculable au Cobaye et reproduit, dans les délais et avec ses carac- 
tères ordinaires, une trichophytie typique. 

Sur le poil du Cobaye, ce Trichophyton reprend d'une façon parfaite 
les caractères des Trichophytons microïdes : un mycélium fin, 
branchu, ramifié, infra-pilaire, et une coque de spores petites agmi- 
nées eu chaînes reconnaissables. Ce que la figure 155 reproduit 
exactement. 



IV. — TRICHOPHYTON LACTICOLOR (Sabouraud, 1910). 

Étude clinique. -- Cette espèce, observée en 1892, n'a pas été 
étudiée jusqu'ici. Son nom rappelle la couleur crémeuse jaunâtre de sa 
surface, et son aspect grumeleux comme celui de la crème de lait 
bouilli : Espèce rare, observée deux fois seulement sur 500 dermato- 
mycoses. Tous ses caractères la rapprochent de celles dont nous sa- 
vons l'origine animale, mais nous ignorons son Animal d'origine. 

I. Lerigol..., ouvrier agricole, 35 ans, attribuait son origine à un 
rasage malpropre, opinion qui peut être vraie, mais qui est commune 
à tous les malades atteints de trichophytie de la barbe. 

Les photographies ci-contre montrent l'aspect des lésions (fig. 154 
et 155). Elles étaient très nombreuses et de date variable. Toutes sui- 
virent sous nos yeux la môme évolution. C'était, au début, quelques 
poils malades sur une tache érythémateuse, cernée d'une collerette 
squameuse. 

Ensuite des points suppures apparaissaient aux orifices pilaires. A 
mesure qu'ils augmentaient de nombre, la lésion augmentait de dia- 
mètre et d'épaisseur jusqu'à constituer des macarons de 2-4 centi- 
mètres de diamètre, gonflés de pus. Bientôt ces lésions dispersées se 
fusionnèrent, la barbe entière fut prise, surtout au-dessous de la mâ- 
choire. Douze jours après le premier début, les régions maxillaires et 
la région antérieure du cou étaient le siège d'un vaste phlegmon : 
Ouverture au galvano; écoulement de pus en quantité considérable; 
la palpation rendait compte de vastes décollements sous-cutanés et 
de clapiers communiquants. 




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LÉGENDE DE LA PLANCHE XVII 

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I dune façon parfài 
1 phytons microïdes : un mycélium li 

Les Trichophytons gypseums. 

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Trichophyton granulosum. 

I. — Culture de 20 jours sur gélose maltosée. 

- ^TRICHOPHYTON LACTICOLOR Sabouraud, 1910). 
I 2 . — Culture de oO jours — 

II. — Cultures de 201jours sur gélose glucosée. 

u ;i pas • 
II 2 . — Culture de oO jours — 

III. — Forme pléomorphique duveteuse. 

Culture de 20 jours sur gélose maltosée. 

IIP. -Culture de 50 jours 

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de date variable. Tou! 
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après le premier début, les régions maxill; 
■ -i,: cou étaient le siège d'un va; 
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■lBOURAUD. - Teignes, 



Planche XVII 




Afnssoii et CJe. Éditeurs 



Phototypie Berthaud, Paris- 



TRICHOPHYTON LACTICOLOR. 



363 



La régression commença vers le vingtième jour. A plusieurs 
reprises, il fallut ouvrir de nouvelles collections purulentes isolées. 

Le poil mortifié tomba partout. La guérison demanda cinq semai- 
nes. Un mois plus tard, le malade présentait à chaque orifice d'écoulé- 







Fig. loi. — Kérions multiples de la barbe dus au 7Y. laciicolor. 

ment du pus, spontané ou chirurgical, d'énormes cicatrices pseudo- 
kéloïdiennes et difformes qui s'affaissèrent peu à peu. 

2. Laurent Fuc..., déménageur, 50 ans : Énorme kérion de l'avant- 
bras. Au début, lésion à peine saillante, rose, croûtelleuse, entourée 
de quatre inoculations de voisinage. En peu de jours cette lésion de- 



364 



TRICHOPHYTrES. 



vint énorme, couverte d'abcès folliculaires qui suppurèrent abondam- 
ment : œdème de F avant-bras et tracés lymphangitiques. Après 
12 jours, l'inflammation céda aux applications émollientes. Un mois 




Fig. 155. — Même malade que la fig\ 151. Autre profil trois jours plus tard. 

et demi plus tard, la lésion guérie restait marquée d'une large tache 
pigmentée. 

Ces deux observations se rapportent à deux des plus considérables 
kérions que j'aie jamais vus, et à la même espèce tri chophy tique. On 
ne peut pourtant conclure sans réserve à sa virulence particulière. 



TRICHOPHYTON LACTIGOLOR. 



365 



Examen microscopique. — L'examen microscopique de la 
squame nous a montré une abondance de filaments mycéliens, comme 
il arrive toujours autour d'une lésion active en accroissement rapide 
(fig. 156) mais sans caractères spéciaux reconnaissables. 

Le poil ou cheveu a les caractères que lui donnent tous les Tri- 
chophytons microïdes : Une épaisse cuirasse de spores petites, très 



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Fig. 156. — Tr. lacticolorr Filaments mycéliens dans une squame à la périphérie d'un kérion 

de l'avant-bras. x 260. 

analogue à celle du Microspbrum, mais facile à résoudre en fila- 
ments. 

Notons les filaments de la squame, auprès du poil. Ils sont faits 
d'éléments cubiques qu'on n'observe pas dans la Microsporie, même 
dans la squame. 

Culture. — Les cultures primaires du Trichophyton lacticolor 
sont discoïdes, plates avec des sillons radiés peu profonds, presque 
identiques sur les deux milieux d'épreuve; leur surface est jaune- 
crème, grumeleuse (PL XYIII, i et n). 

Sur milieu de conservation (pept. 5 pour 100) culture de forme tron- 
conique, creusée en surface de cannelures radiées, et en son centre 
d'un ombilic profond ; surface couverte d'un duvet court blanc, velouté 
(PL XVIII, m). 

Le duvet pléomorphique blanc apparaît vite sur les cultures pri- 



366 



TRICHOPHYTIES. 



maires en milieux sucrés. Isolé, il donne sur les deux milieux d'épreuve 
un gâteau de duvet blanc court, dont le centre saillit peu à peu et se 
creuse en un cratère irrégulier dont les bords finissent par se déjeter 
quand la culture vieillit. Sur gélose maltosée, cette culture devient 
un gâteau plat bordé d'un large anneau de duvet (PI. XVIII, iv), très 
ressemblant à la culture primaire sur milieu de conservation. 

Toutes ces cultures sont caractéristiques de forme et couleur. Il 




ÊfMwMê 






A V 









157. 



TV. laeticolor. Poil el squame de l'homme, x 260. 



faut noter la couleur jaune-serin que prend la face profonde de la 
culture en milieu glucose. 

Inoculations. — L'inoculation du Triehophyton lacticolor au Co- 
baye est facile et toujours positive, l'évolution de la lésion est iden- 
tique à celles des Micrpïdes précédents. Les résultats sont les mômes 
si l'on inocule la culture primaire ou celle du. duvet blanc pléomor- 
phique. 

Le poil présente un revêtement incomplet de spores petites et ; 
moyennes. Il est envahi en outre par un mycélium flexueux, curvi- 
ligne, de direction capricieuse. 



TRICHOPHYTI 

il douiu ijfiix milieux d'épi 

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la oullurc primaire sur milieu de conservation. 

es ''" : : iques d< l'orme et coulei 

LÉGENDE DE LA PLANCHE XVIII. 






Les Trichophytons gypseums. 

Trichophyton lacticolor. 

I, I. — Cultures de 30 jours sur gélose maltosée (en tubes). 
I 2 . — Culture de 12 jours ■ — (en matras). 

I 5 . — Culture de 18 jours — 

I 4 . — Culture de 50 jours — 

IL — Cultures de 30 jours sur gélose glucosée (en tubes). 
III, III. — Cultures de 18 jours sur gélose peptonisée 3 0/0 (en matras). 
IV, IV. — Forme duveteuse pléomorphique . 

Culture de 25 jours sur gélose maltosée. 



île de l'homme', x 260. 

tiJeur jaune -serin qu e prend la l'ace profonde de 
u glucose* 

! inoculation du Trichophyton lacticolor aii < 
jours positive, l'évolution de la lésion esl id« 
croïdes précédents,- Les résultats sont les i 
■ primaire ou celle du. duvel blanc pli 

revêtement incomplel de spores pe 
"tdre par un mycélium lïexueux 



5ABOURAUD. — Teignes. 



Planche XVIII 




Masson et Cie, Editeurs 



Phototypie Berthaud, Paris 



TRICHOPHYTON LAGTICOLOR. 

La fig. 159 montre hors du poil de très grosses spores 
une lamelle épidermique. Ce sont 
les spores géantes qui signalent la 



367 
dans 







!'">;.;* 









-i'TV.V 





Fig. 158. — Tr. laclicolor. Cheveu humain 
dissocié laissant voir le mélange des amas 
fie spores et des filaments, x 260. 



Fig. 159. — Tr. laclicolor. Poil du Co- 
baye 11 jours après l'inoculation. 
x 260. 



période d'envahissement du follicule et du cheveu. Elles ne doivent 



368 



TRICHOPHYTIES. 



pas être confondues avec les spores péripilaires, beaucoup plus petites 
lorsque le parasitisme est pleinement établi. 

V. - TRICHOPHYTON FARI N ULENTU IVI (Sabouraud, 1910). 



Cette espèce n'a qu'une brève histoire. Je l'avais autrefois rencon- 
trée (1895) sur un employé de l'abattoir spécial des Porcs, rue des 
Fourneaux. Je l'avais décrit p. 114, des Trichophyties humaines et 
fig. 117 de l'atlas du même ouvrage. 

La lésion située à l'annulaire, et sous un anneau, avait débuté comme 
un petit cercle oblong couvert de pustuletles remplies d'un liquide 

louche dont la culture avait 
donné une pluie de petites et 
« fines étoiles blanches déli- 
cates comme une dentelle ». 
. J'ai retrouvé cette espèce 
quatre fois en trois ans sur 
500 dermatomycoses. 

I. Jean Rie h..., il ans, ou- 
vrier agricole : kérion de la 
nuque, à moitié sur les sur- 
faces pilaires et glabres de la 
réeion. Kérion vrai, exulcéré, 
couverte de puits purulents 
folliculaires, déjà vides de leurs 
cheveux. A la joue, deuxième 
lésion ovale, petite, moins 
active que la première sur 
une région glabre. 

L 2. René Ben..., enfant de 
7 ans : 2 kérions, l'un au som- 
met du cuir chevelu, l'autre à 
la tempe gauche. 

Le premier énorme (7 cent, 
de diam.), le deuxième plus 
petit (5 cent.). Lésions déjà en 
régression, avec la peau vio- 
lette encore décollée sur de larges surfaces, bosselée par une série 
d'abcès communiquants. Plus de cheveux malades. 

5. Ei-nesline Jourd.'.., 15 ans, large cercle rouge surélevé de la région 
du poignet. Lésion au début; à peine quelques pustules disséminées. 
Guérison en 15 jours. 




Fig. 160. — Tr.fm 
13 jours aprèi 



Inulentum. Poil du Cobaye 
l'inoculation, x 260. 



LES TRICHOPHYTONS MICROIDES. 



369 



i. DecA..., malade adulte appartenant au service du D r Queyrat, à 
l'hôpital Ricord. Semence apportée par un élève qui fréquentait ce 
service et mon laboratoire : Sur le dos, placard rond, rouge, squameux 
avec des pustules folliculaires. 

Le malade avait couché dans le lit de son frère atteint d'un sem- 
blable cercle au poignet. 
Tous deux accusaient un 
Chat qui nous fut amené 
et qui était sain. 

Pour résumer les cas 
précédents, on peut dire 
que ce Trichophvton rare 
cause, chez l'enfant et 
l'adulte, la même lésion, 
un kérion qui semble bé- 
nin à la peau glabre, plus 
grave au cuir chevelu où 
il s'est accompagné d'ab- 
cès sous-cutanés, peu dou- 
loureux, longs à guérir. 

Le hasard ne nous a 
montré sa lésion, au dé- 
but, que sur les régions 
glabres ; toutes les lésions 
pilaires que nous avons 
vues étaient déjà dégla- 
brées en sorte que l'exa- 
men objectif et microsco- 
pique du cheveu malade 
nous manque. 

L'origine animale de 
cette espèce comme des autres Microïdes, paraît certaine, mais, pour 
cette espèce, reste sans preuves. 

Culture. — La culture du Trichophyton farinulentum est facile à 
individualiser sur les deux milieux d'épreuve; c'est d'abord un disque 
poudreux, blanc, ombiliqué, coupé de radiations plus ou moins creu- 
ses. Ensuite le centre devient un umbo saillant en coupole, sur lequel 
apparaîtra vite le premier duvet blanc pléomorphique. Souvent la 
périphérie de la culture montre une auréole de rayons immergés : 
auréole plus marquée sur gélose glucosée où elle est séparée du corps 
de la culture par un trait circulaire glabre (PI. XIX, fîg. i, r~, n). 

Sur milieux sucrés, le duvet pléomorphique apparaît après trois 
semaines, sur le centre umboné, ou excentriquement. Ce duvet séparé 

LES TEIGNES. Vi 




161, — Tr. farinulentwn. Poil du Cobaye, 13 jours 
après l'inoculation, x 260. 



370 



TRICHOPHYTIES. 



donne, sur même milieu, un disque presque plat, blanc, neigeux, 
velouté, avec, autour d'un centre en extumescence légère, des saillies 
et dépressions concentriques et des plis radiés. Souvent sa surface 
montre des perles d'eau de condensation (PI. XIX, fig\ vi). 

La culture primaire du Trichophyton farinulentum a un caractère 
spécifique particulier. Sur gélose peptonisée sans sucre, elle est 
glabre, jaune, presque humide et sans duvet. D'abord en forme de 
coupole aplatie, elle se montre ensuite découpée à sa périphérie pai\ 
des plis radiés qui se multiplient quand la culture vieillit. Alors on 
peut voir son pourtour devenir finement poudreux, et le centre tou- 
jours jaune, glabre, humide, se hérisser de poils jaunes, courts, tout 

à fait spéciaux. 
Ces caractères 
suffiraient à 
faire diffféren- 
cier cette cul- 
ture de toutes 
les autres du 
même groupe 
(PI. XIX, m, 
m 2 , m 3 ). 



Inoculations. 

— Comme nous 
n'avons jamais 
observé ce Tri- 
chophyton dans 
le cheveu hu- 
m a i n , nous 
avons très soi- 
gneusement re- 
levé sa morpho- 
logie dans le 
poil du Cobaye, 
auquel son ino- 
culation est 
aussi facile que 
celle des autres 




Fig. 16-2. 



Tr. farinulentwn. Poil du Cobaye, 13 jours 
après l'inoculation, x 260. 



Tricliophytons du type Gypseum. Elle confirme absolument les carac- 
tères microïdes de ce Parasite. 

Au premier aspect on dirait le cheveu entouré de l'écorce sporulaire 
des Microsporums (fig. 160), Mais si l'on éclaircit davantage le corps 
même du poil on le voit occupé par une longue série de mycéliums 



• 



. suc même milieu. pic piaf, blanc, neigg 

autour d'un : uce légère, de 

concentriqw idiés. Souvent sa 

PI . XIX , fig. vi ) . 
LÉGENDE DE LA PLANCHE XIX 

-.■ peptooisée sans sucre. 

■ luvel D'abord en forint 

suite découpée à sa périphérie 
idiéî ; ■■■■ mulliplienl quand la culture vieillit* Alors 
-■■•■. . ■■ Loui ni r fii dreux, el le centre t 

Les Trichophytons gypseums. 

a l'ail Spécial 
Os caractè 



Tricophyton farinulentum. 



n l'fi ru ienl 



I. 

I», P. 

K 

IL 

II 2 . 

III, III. 

III». 

IIR 
IV. 



Culture de 12 jours sur gélose maltosée. 

Culture de 18 jours — 

Culture de 50 jours — 

Débuts de la transformation pléomorphique. 

Culture de 18 jours sur gélose glucosée. 

Culture de 30 jours — 

Culture de 12 jours sur gélose peptonisée 3 0/% 2OCI iï a fj o 



(en tubes). 

1rs autre: 
môme m 

pi. xix; 

m'--, m";. 



Culture de 18 jours 

Cultures de 30 jours — 

Forme duveteuse pléomorphique. 

Culture de 30 jours sur gélose maltosée. 



(en tubes). 
n avons 
observé 
ehoph\ li 
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Poil du 
260. 






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SABOURAUD. — Teignes. 



Planche XIX 




Masson Je Cic, Editeurs 



Phototypie Bertliaud, Paris 



LES TR1CH0PHYT0NS MICROIDES. 371 

parallèles qui semblent non cloisonnés, et présentent peu de dicho- 
tomies (fig. 161); et si Ton pousse la dissociation de l'écorce sporu- 
laire, on la voit constituée, non par un agglomérat de spores irrégu- 
lièrement accolées, mais par des chaînes régulières que la préparation 
dissocie, mais dont la structure filamenteuse est on ne peut plus 
évidente (fig. 162). 

Ces trois figures sont parmi les plus démonstratives et les plus 
caractéristiques qu'on puisse obtenir des Trichophytons microïdes, et 
montrent, on ne peut mieux, les ressemblances de ces Parasites avec 
les Microsporums et leurs caractères distinctil's. 



VI. — TRICHOPHYTON PERSICOLOR (Sabouraud, 1910). 

Le dernier des Trichophytons gypseums n'a jamais été étudié. Il a 
dû être vu par Adamson qui rencontra « dans une trichophytie 
palmaire » présumée d'origine tropicale, un Trichophyton à culture 
« couleur de pêche, (peach-coloured) ». 

Aucune comparaison ne donne une plus juste idée de la couleur et 
de l'aspect de sa culture. xVussi conserverons-nous à Ce Parasite le 
nom donné par Adamson en le latinisant simplement. Et ce sera le 
Trichophyton persicolor. 

Étude clinique. — Nous avons observé deux fois cette trichophytie. 

La première au menton, chez un jeune Homme de 20 ans presque 
glabre : lésion peu visiblement circinée, à peine squameuse, un peu 
rouge, très peu et irrégulièrement saillante, mamelonnaire. Chacune 
des saillies de ce placard était acuminée, rose, et marquée d'un point 
central de suppuration. La lésion resta unique, d'évolution bénigne; 
elle guérit, en deux semaines, par des applications iodées faibles. A 
aucun moment on ne put observer de follets envahis par le Parasite. 
L'examen microscopique des squamules était aisément positif; la 
culture du pus des folliculites très facile. 

Le second cas concernait un Homme de 15 ans, atteint, comme le 
malade d'Adamson, d'une trichophytie palmaire typique de la main 
droite. La lésion occupait presque toute la paume de la main, elle 
avait un centre et des bords. Les bords étaient faits d'une multitude de 
phiyctènes plates, presque cohérentes, et dont plusieurs fusionnées; 
les plus grosses d'un centimètre de diamètre, les plus petites comme 
une tête de grosse épingle, toutes plates; leur coupole faite d'un épi- 
derme corné épais, jaune, difficile à rompre. Elles contenaient un 
liquide louche, non puriforme; abrasées et vidées, les phiyctènes 
semblaient taillées à l'emporte-pièce, toujours rondes ou polymicro- 
cycliques, à fond rouge. En soulevant l'épidémie, on voyait que des 



372 



TRICHOPHYTIES. 



phlyctènes voisines étaient communicantes alors qu'on les croyait 
isolées. Les phlyctènes les pins excentriques étaient les plus vivantes 
et les plus actives. Elles étaient entourées d'un anneau rose d'inflam- 
mation circonvoisine. 

En dedans d'elles, les phlyctènes moins récentes contenaient moins 
de liquide, plusieurs étaient comme flétries, et plusieurs sèches. Sous 
leur épiderme corné, abrasé, on trouvait des lamelles d'épiderme mi- 
cacé, blanc, brillante, superposées en strates, et faciles à dissocier 

en parcelles. Quant 
à la lésion du centre, 
c'était une énorme 
phlyctène sèche sem- 
blable à celles que 
je viens de décrire, 
mais elle occupait les 
deux tiers de la pau- 
me de la main. Ces 
lésions s'étendaient 
de jour en jour. Vne 
médication appro- 
priée : abrasion aux 
ciseaux de l'épider- 
me décollé, et net- 
toyage du fond des 
phlyctènes à la tein- 
ture d'iode au dixiè- 
me, amena la gué- 
rison en trois semai- 
nes. 

Quelques nouvel- 
les phlyctènes appa- 
rurent entre les plus 
excentriques et lu- 
rent arrêtées par les 
mêmes moyens. Dans aucun des deux cas que nous avons observés, 
les commémoratifs n'indiquaient nettement l'origine animale possible 
de la maladie. 




Fi 



163. — Trichophyton persicolor. Squame de l'épidémie 
palmaire infiltré de filaments mycéliens. x 260. 



Examen microscopique. — L'examen microscopique des squames 
micacées des vésicules sèches était facile et probant. Elles étaient 
toutes infiltrées de filaments mycéliens rubanés de 5 p. de large, 
composés de cellules rectangulaires de 9-10 [x de long, sans rien 
qui indiquât d'ailleurs une espèce trichophytique nouvelle et rare. 




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